Une Vie, ma Vie, mon parcours - Dovidio Monaco - E-Book

Une Vie, ma Vie, mon parcours E-Book

Dovidio Monaco

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Beschreibung

Une Vie, ma Vie, mon parcours. Une expérience personnelle et professionnelle à transmettre. Peut-être une source d'inspiration ! Pour tous, la vie, c'est une naissance et une mort. Ce qui reste, c'est le parcours. Ce parcours de vie retrace les souvenirs de l'enfance, l'insouciance de l'adolescence, les challenges des études qui apparaissent avec la jeunesse, la vie active avec des choix - parfois existentiels - de prise de position qu'il faut assumer, et lorsque l'on se retrouve à la croisée des chemins, la nécessité de défendre ses intérêts vitaux jusqu'au-boutisme. J'ai eu une scolarité très moyenne jusqu'à 15 ans. Jeune, le plaisir de jouer guidait ma vie. Mes études supérieures ont été très correctes. Plus j'avançais, mieux je travaillais. J'avais remplacé le fait d'étudier pour réussir un examen par l'envie d'augmenter mon savoir. Je vous emmène au travers de ce récit avec des anecdotes et des commentaires qui donnent des précisions, mais aussi la saveur de la vie. Un vrai parcours de Vie.

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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Pour tous, une vie, c’est une naissance et une mort.

Ce qui reste, c’est le parcours1.

1 Auteur inconnu

A mes parents2A ma famille3A toutes les personnes qui ont marqué ma vie

2 MONACO Fiorino, ROSSI Ida

3 MONACO Alicia, VERONESI Marina, MONACO Rita, TRAJKOSKI Aleksandar

Remerciements

Je remercie Rita, ma sœur qui a relu le livre avec beaucoup de minutie pour y apporter les corrections nécessaires pour une plus grande légèreté de lecture.

Je remercie aussi mon ami Philippe tant ses corrections ont été importantes que je ne peux les quantifier.

Table des matières

Remerciements

Avertissement

Avant-propos

Petit moment de vie - Pasta e Fagioli

Première partie

1. L'enfance

2. La migration

3. L'école - ma jeunesse

4. Les études supérieures

Deuxième partie

5. Ma vie privée

Troisième partie

6. Le nucléaire médical & industriel

6.1 Département des Applications Industrielles

6.2 Département du cyclotron

6.3 Constatation - Etudes universitaires

7. L'informatisation du cyclotron

8. MONACO Informatique

9. Diplômé de l'ULB - 1985, tout change !

9.1 Directeur informatique - le tremplin

9.2 IBM AS-400 - Synon-2

9.3 Un grand moment.

10. Le business international

10.1 CASE line SA - sa création

10.2 CASE line - une méthodologie, un succès

10.3 Principe de base de la méthodologie

10.4 Méthodologie et groupe IBS

10.5 Stratégie du groupe IBS

11. HORIZON Consulting

12. HORIZON ICT

13. Management & Services

13.1 Management & Services sprl

13.2 HI sprl

14. Professeur d'université

14.1 Professeur à l'Université Libre de Bruxelles

14.2 Coordinateur scientifique à Ichec Entreprises

15. La diversification

15.1 Aml-Création - Via Fontana Fashion

15.2 Via Fontana Moda

15.3 Fin d'un rêve

16. Il y a bien une justice

16.1 Petit historique

16.2 Période calme et prospère

16.3 Un déclin provoqué, voulu et organisé

16.4 La libération - Il y a bien une justice

Quatrième partie

17. Voyages en Harley-Davidson

17.1 Les grosses cylindrées - Harley-Davidson

17.2 Ma première Harley-Davidson

17.3 On conduit une voiture, on pilote une moto.

17.4 Mes premiers runs en Harley-Davidson

17.5 Voyages en Harley-Davidson - USA

17.6 Voyages en Harley-Davidson - Europe

18. Voyages vinicoles

18.1 Le vin - les prémisses

18.2 Le vin – la dégustation

18.3 Mes voyages vinicoles

19. Mes passions

19.1 Les montres

19.2 Les arts martiaux

20. Mon fil d'Ariane - La science

20.1 Introduction

20.2 La science

20.3 Les grands savants du début du 20e siècle

20.4 Albert EINSTEIN : consécration - 1919

20.5 D'autres grands noms de la physique

20.6 La cosmologie - l'univers

Cinquième partie

21. La retraite

21.1 Le business coaching

21.2 Coaching pour étudiant de dernière année

21.3 Entrer à l'université - coaching gratuit

22. La période Covid-19

23. Vivre à Knokke-Heist

24. Mes 70 ans

25. L'automne de ma vie - épilogue

Les petits plus…

1. Faits marquants de ma vie

2. Quelques points considérés comme des échecs

3. Lexique de mes repères & citations

4. Quelques commentaires marquants de clients

5. Liste des anecdotes

6. Liste des commentaires

Annexe 1 : La fusion et la fission

Annexe 2 : Le modèle standard

Avertissement

Mon prénom est Ovidio4.

Civilement, pour l'administration italienne, je m'appelle MONACO Dovidio Felicenicola.

Voici encore une belle histoire des petits villages d'Italie et de leurs dialectes.

A ma naissance, le 3 novembre 1951, dans mon village de 400 habitants, tout le monde se connaissait. Hormis pour quelques notables, la langue véhiculaire était le dialecte local, très différent de la langue italienne.

Lorsque mon père alla déclarer officiellement ma naissance à la Commune de San Giovanni Lipioni, le préposé s'adressa à lui - naturellement - en dialecte en lui demandant : "Alors, comment vas-tu appeler ton fils ?"

Mon père répondit - aussi naturellement - en dialecte "Ovidio", qu'il prononça [Douweoiude].

Le préposé inscrivit : Dovidio.

4 Du poète latin Ovide - en latin Ovidius, né en 43 av. J.-C. à Sulmona dans les Abruzzes à 40 km de San Giovanni Lipioni - mort en 17 après J-C (Métamorphoses - L'art d'aimer…).

Avant-propos

Jeune, quelqu'un m'a dit : "Vivre, c'est ressentir !" J'y ai adhéré toute ma vie.

J'ai commencé à écrire ce livre en 2019, quelques mois avant mes 68 ans. Il y a eu des périodes d'écriture, des périodes de mise en attente et le début de l'écriture de mon deuxième livre. Aujourd’hui, presque 3 années se sont écoulées.

Ce récit est basé sur mes souvenirs. Il retrace des périodes de vie qui m'ont suffisamment marqué pour qu'elles restent ancrées dans ma mémoire.

J'ai répertorié quelques dates importantes pour mieux situer le contexte. D'autre part, hormis quelques photos, j'aurais pu me documenter sur bon nombre de sujets que je décris afin de les compléter, les édulcorer, voire les rendre plus évocateurs. Cela n'a pas été mon choix.

Mon père est décédé en février 2019, il avait un peu plus de 91 ans. Ma mère est décédée en juillet 2021, elle avait eu 92 ans en janvier ; mes souvenirs ne vont plus évoluer !

Alors, pourquoi avoir décidé d’écrire le parcours de ma Vie ?

Transmettre les acquis a toujours été l'un de mes objectifs. Par le biais des défis que j'ai dû relever, par les services de consultance proposés aux clients, par ma fonction de professeur d'université, et enfin, par le coaching des étudiants et des personnes en quête de changements, la transmission a toujours été présente.

D'autre part, les dernières années, tant mon père que ma mère sont devenus très dépendants. Nous avons dû les soutenir, les aider au point d’aller dormir chez eux tous les jours de la semaine - à tour de rôle - plusieurs jours par semaine.

J’ai donc passé beaucoup de temps avec mes parents durant les 3 dernières années de leur vie.

Cette période a été remarquable sur bien des points. Elle m’a permis, notamment de vérifier cette affirmation scientifique que la mémoire est beaucoup plus fidèle lorsque l’on évoque des souvenirs anciens par rapport aux souvenirs récents.

J'ai pu constater avec une énorme satisfaction le plaisir, voire le bonheur, qu’éprouvaient mes parents lorsque nous évoquions les souvenirs de leur passé.

Parler de San Giovanni Lipioni à mon père, c’était lui amener une bouffée d’oxygène, de la fraicheur. C’était à chaque fois un vrai moment de bonheur.

Demander à ma mère de raconter pour la xième fois ses premières rencontres avec mon père, en insistant un peu plus sur les détails, la replongeait dans son adolescence, et le fait, qu’à cette époque, elle devait grandir vite.

A plusieurs reprises, j’ai pu lui lire quelques passages que j’avais déjà écrits sur mes souvenirs d’enfance à San Giovanni Lipioni. Elle était ravie, la tête posée sur le haut de son fauteuil, elle esquissait un léger sourire de satisfaction.

J’ai beaucoup aimé ces moments privilégiés.

De mon côté, je voulais figer mes souvenirs ainsi que mon parcours de vie pour me mettre à l’abri d'un vilain tour que pourrait me jouer ma mémoire.

Enfin, dans mon récit, je n'aborde pas les événements de vie privée partagés avec ma famille et mes êtres chers.

Bonne lecture !

Petit moment de vie - Pasta e Fagioli

Une des grandes spécialités de l'Italie est "Pasta e Fagioli". Ma mère nous mitonnait ce plat typique que toutes les régions d'Italie préparent avec de légères variantes.

Dans notre famille, si nous étions tous d'accord sur les fagioli (haricots), un dilemme cornélien se posait sur le choix de la pasta (pâte). Pour ma sœur, le nec plus ultra était les pâtes faites à la main, coupées en morceaux. Pour moi, c'était des macaronis de 1 cm de long dont le diamètre était tel qu'un fagiolo puisse s’y nicher. Un jour, pour convaincre ma sœur que mon choix était le bon, je lui avais développé l'explication suivante :

Lorsque dans la bouche, tu as sous la dent une pâte avec à l'intérieur un haricot, tu commences à entamer sa chair ; ce qui te procure déjà une sensation de plaisir, mais quand tu écrases le haricot qui développe cette saveur si particulière, tu obtiens ce goût inimitable de "Pasta e Fagioli". Hilare, elle reprit calmement son souffle, me regarda et me dit : "Toi, tu as un réel problème !"

Quelques mois passèrent, puis un jour, un peu embarrassée, elle me murmura à l'oreille : "Je dois t'avouer quelque chose : à la Commission européenne, nous étions dans le corridor avec des collègues italiens et le Président Prodi5 et nous parlions de la cuisine des différentes régions d'Italie. Je les écoutais expliquer certaines recettes, les unes plus typiques que les autres.

Décidée, je pris la parole :

"Président, chez nous dans les Abruzzes, pour préparer - Pasta e Fagioli -, nous utilisons des macaronis de 1 cm de long, de sorte que lorsque vous avez sous la dent une pâte avec à l'intérieur un haricot, etc., etc.".

J'eus droit à un regard, un peu étonné, mais comblé par ces détails ; ce fut un moment agréable.

Malgré cet aveu de circonstance, ma sœur n'a pas changé d'avis et a gardé sa préférence pour les pâtes faites à la main.

Uniquement, pour les épicuriens, dans les Abruzzes, on prépare en accompagnement de "Pasta e Fagioli" des couennes de porc bien dégraissées, coupées en lamelles, mélangées à discrétion à "Pasta e Fagioli".

Cela augmente encore un peu plus le plaisir du palais.

5 Romano PRODI a été président de la Commission européenne du 21 septembre 1999 au 22 novembre 2004.

Première partie

L'enfance - L'émigration Ma jeunesse - Mes études

1. L'enfance

Garder les chèvres et les moutons en Italie

1 an

Je suis né en Italie sous le signe du scorpion en novembre 1951 à San Giovanni Lipioni, un village de la province de Chieti dans les Abruzzes. Il est situé au début des Apennins, à 220 km de Rome et 185 km de Naples. Il est à la même hauteur que Rome, à 30 km à vol d'oiseau de la côte Adriatique. La région possède l'un des plus grands parcs nationaux d'Italie avec ses belles montagnes qui approchent les 3.000 m comme il "Gran Sasso6" et la "Majella". Les paysages sont magnifiques et la cuisine est excellente.

Mon village est à 550 m d'altitude, couché sur une colline avec l'église en haut d'une butte et la place au pied de celle-ci. Un large escalier de plus de 50 marches, toutes en pierre, monte jusqu'à l'église. Les maisons sont sur la butte même et sur ses flancs, où certains petits quartiers s'étendent sur plusieurs centaines de mètres. La vue sur la vallée permet d'apercevoir la rivière "Trigno". Elle se jette dans la mer Adriatique et marque, vers le sud, la frontière de la région des Abruzzes avec la région du Molise. Vers le haut, sur d'autres collines, se trouvent d'autres villages7. Les villes les plus proches sont à 16 km Trivento et à 40 km Vasto sur la côte Adriatique. Les montagnes que l'on aperçoit au loin culminent à environ 1.300 m. L'horizon le plus lointain est à plus de dix kilomètres. La vue est splendide.

A quelque 500 m de la place, une fontaine monumentale alimentait en eau tout le village tant pour les personnes que pour les animaux. Cette situation se prêtait à un va-et-vient incessant du petit matin jusqu'à parfois tard le soir. Aujourd'hui, la fontaine existe toujours. Elle a été récemment rénovée, mais le débit d'eau s’est fortement tari.

Au-dessus de la fontaine, à flanc de colline, se trouve notre maison construite en pierres avec des murs de 60 à 70 cm d'épaisseur. Elle est située en dehors du village et isolée. Dans les années 1950, elle était entourée de vignes, d'oliviers, avait son propre puits et était organisée comme une petite ferme avec sa basse-cour, son cochon, ses moutons et ses chèvres ainsi que son âne.

Elle se composait au rez-de-chaussée d'une pièce appelée "cantina" (cave) et, à côté, d'une étable avec une mangeoire et de la paille où dormait le garçon8 de ferme. Il devait avoir 15 ans. Mes grands-parents l'avaient recueilli, car sa famille, nombreuse, n'avait pas les moyens de l'élever et de le nourrir tous les jours. L'étage était aménagé avec la cuisine et une 2e pièce avec un balcon qui permettait de découvrir ce paysage magnifique déjà évoqué.

Pour y vivre, huit personnes occupaient les lieux : mes grands-parents9 et mon père dans la "cantina", l'un de mes oncles10 avec sa femme11 et leurs deux enfants12 à l'étage et le garçon de ferme dans l'étable.

Les commodités étaient rudimentaires et les corvées de taille : couper le bois pour la cheminée, puiser l'eau du puits ou de la fontaine, soigner les animaux, s'occuper du potager… Ma mère avait la charge de l'approvisionnement en eau avec ce récipient en cuivre appelé "conca abruzzese", en forme de diabolo qu'elle portait sur la tête.

Les besoins naturels étaient encore gérés à l'ancienne. La nature, les étables et les seaux hygiéniques faisaient partie de la vie quotidienne.

La place était le terminus de la route faite de terre et de cailloux. Des travaux importants étaient en cours pour la rendre plus carrossable pour l'autocar et les premières voitures qui commençaient à circuler dans le village. L'autocar reliait, par un tracé sinueux, San Giovanni Lipioni aux différents villages qui se trouvaient sur le trajet de Vasto, belle ville médiévale avec ses plages, ses remparts, son belvédère et sa vieille ville. Ce trajet, d'environ 30 km à vol d'oiseau, en faisait au moins 50 par la route et prenait plus de 3 heures. En raison du tracé tortueux, de nombreuses personnes étaient malades. Pour ma mère, aller à Vasto était un cauchemar.

En 1985, une nouvelle route13 fut construite le long de la rivière Trigno. Aujourd'hui, de la place du village au bord de mer, une demi-heure suffit pour parcourir les 38 km.

Anecdote : les poissons dans le puits

En 2002, j'étais à Istanbul en villégiature avec des amis et nous visitions la "citerne basilique" construite par les Romains14 en 532. Elle pouvait contenir 80.000 m3 d'eau.

Une guide de 30 ans, parlant très bien le français, expliqua les détails de cette construction assez grandiose faite de grandes voûtes de 8 m de haut et de centaines de colonnes. Le sol était recouvert, sur toute la surface de l'édifice, de 50 à 60 cm d'eau. Nous marchions sur des passerelles en bois avec des garde-fous surélevés d'un bon mètre. Je regardais tout cela avec une certaine admiration lorsque je vis plusieurs poissons. Comme la guide n'était pas loin, je l'appelai et les lui montrai. Etonnée, elle me dit : "Je suppose qu'ils les ont mis pour agrémenter la visite des touristes."

Assez content de moi, je lui dis : non, je ne pense pas que ce soit la vraie raison. Chez nous en Italie, nous avons un puits et mon père y mettait toujours deux ou trois poissons. Quand nous y allions en vacances, c’était la première chose qu'il vérifiait. Si les poissons étaient vivants, il en déduisait que l'eau était potable.

Ma sœur est née en 1949. Cette année-là, pour profiter de l'électricité et remplacer l’utilisation des lampes à huile, chaque famille devait payer l'installation des poteaux et des lignes. Peu de maisons avaient été construites en dehors du village. La nôtre était la plus éloignée, à plus de 150 m de l'avant-dernière. Le coût direct pour mes parents était significatif, mais ils ont pu trouver les moyens pour couvrir cette dépense.

Mon père était un homme à tout faire. Il travaillait à la "journée" dans les champs pour faucher les blés lors des moissons ou sur la route principale pour casser des cailloux. A la demande, il grimpait sur les hautes branches des grands chênes pour gauler les glands qui nourrissaient les cochons. Il m'a raconté qu'il y passait parfois plusieurs heures pour, in fine, recevoir une bouteille d'huile à laquelle il manquait systématiquement un ou deux centimètres pour arriver au goulot. Il aimait se rappeler qu'il était l'un des rares de San Giovanni Lipioni à pouvoir dire qu'il avait mangé dans toutes les maisons du village, car tout le monde le sollicitait.

La vie n'était pas facile à cette époque. La moisson se faisait fin juillet début août, la période la plus chaude de l'année. Dans cette région d'Italie, il commence à faire de belles journées ensoleillées en mars-avril et cela, jusqu'en octobre-novembre. Les mois les plus chauds sont juilletaoût avec des températures au-delà des 30 °C et pouvant atteindre 35 à 36 °C. Malgré ces conditions, les gens travaillaient pratiquement du lever au coucher du soleil. Dans les campagnes autour du village, la journée était organisée en fonction du tintement des cloches de l'église qui sonnaient les heures. Les hommes, tous en ligne, coupaient les blés à la faucille et les femmes les attachaient en gerbes. D'autres femmes restaient à la maison pour préparer les repas. Lorsque midi approchait, elles apportaient au champ la pasta encore chaude, des morceaux de saucisse, du pain, des fruits et de l'eau. Elles parcouraient souvent plus d'un kilomètre pour atteindre les champs avec un panier d'osier posé sur la tête et une cruche en terre cuite remplie d'eau dans une main15.

Parfois, la nourriture était préparée pour deux jours. Certains soirs, les personnes dévolues à la fauche des blés décidaient de dormir sur place pour éviter de refaire ces longs trajets en fin d'après-midi dans un sens et avant l'aube dans l'autre. Pour se protéger, ils construisaient un abri de fortune avec quelques gerbes de blé. Ils dormaient à la belle étoile. Ma mère, qui de tout temps a été effrayée par les serpents, passait des nuits difficiles.

Penser à ces moments de vie, confortablement installés dans un fauteuil, pourrait presque faire croire que cette vie en pleine nature avait quelque chose d'inspirant. Cependant, le ton utilisé par mes parents lorsqu'ils nous racontaient ces passages de leur vie nous faisait comprendre que ce n'étaient pas vraiment des moments agréables. Nécessité faisait loi !

L'un de mes premiers souvenirs remonte à l'âge de 3 ou 4 ans. Mon grand-père16 m'avait fabriqué une petite chaise en bois et en osier sur laquelle je m'asseyais sur le seuil de la porte pour regarder la neige tomber. J'ai toujours le souvenir que les flocons qui virevoltaient lentement étaient plus gros que ceux que j'ai pu voir plus tard ailleurs.

De temps à autre, mon grand-père prenait son fusil et tirait un merle ou une perdrix. Quand il parvenait à toucher sa proie, il allait la récupérer, la nettoyait et la faisait rôtir sur les braises extraites du feu dormant de la cheminée ouverte à même la pièce. Lorsque cette petite volaille était bien cuite, il me donnait des petits morceaux de chair que je mangeais goulument.

La cheminée située dans la cuisine et le four en briques réfractaires étaient deux éléments importants de l'habitation. La cheminée pour la cuisson des plats mijotés et des pâtes et le four pour le pain, les pizzas et les viandes.

Chaque année, en hiver, à l'approche des fêtes de Noël, on tuait un cochon. Il devait geler 3 nuits de suite pour mortifier la viande. On préparait les prosciutti (jambons), saucisses et bon nombre de spécialités italiennes dont la soppressata17 et la ventricina18.

En Italie, les repas sont souvent organisés suivant le même protocole, surtout dans les restaurants :

Antipasti :

comme le nom l'indique, ce sont des entrées que l'on prend avant les pâtes. Généralement choisies si on a une bonne faim. Lors des repas de famille, on sert les spécialités des Abruzzes.

Primo :

toujours des pâtes. Elles changent pratiquement chaque jour.

Secondo :

soit de la viande, soit du poisson. Dans les restaurants, les "

contorni"

(

accompagnements)

sont commandés séparément : salades, légumes cuits, pommes frites…

Manger de la viande n'était pas une habitude. Elle était remplacée par de la saucisse conservée sous huile ou quelques cochonnailles ou encore du prosciutto. Aux occasions, nous mangions de la viande de porc, du lapin, du poulet ou de l'agneau. Ce que je préférais, c'était sans conteste, la viande de cabri19 cuite au four, entourée de pommes de terre coupées en gros morceaux avec beaucoup d'huile et des oignons eux aussi coupés en gros morceaux. Un vrai régal !

Anecdote : invitation

La coutume voulait que le présent apporté lors d’une invitation à un baptême, une communion, un mariage, un jubilé…, ait au moins une valeur équivalente au coût du repas offert. Comme on ne pouvait pas aller acheter un quelconque objet, on apportait une poule, un lapin, une cuisse d'agneau ou, ce qui était considéré comme le must, du cabri.

Tout le monde nourrissait les animaux pour qu'ils donnent une belle quantité de viande. Les cochons pouvaient atteindre 120 à 130 kg, les agneaux de 75 jours arrivaient à 25 kg, soit entre 12 et 14 kg nets. On mange l'agneau lorsqu'il a 3 ou 4 mois et le cabri entre 14 jours et 4 mois. Son goût est un peu plus prononcé, mais sa viande est moins grasse.

En réalité, seules les familles aisées pouvaient offrir de la viande de cabri.

Le feu de la cheminée permettait de chauffer la cuisine, d'éclairer la pièce et de préparer les repas. En hiver, on y plaçait des briques qui, entourées d'une serviette, étaient mises dans les lits pour réchauffer les draps et surtout les pieds. On utilisait les braises que l'on disposait dans un récipient en fer bien fixé dans une structure en bois introduite sous les draps pour chauffer le lit.

A partir de 4 ans, je suis allé à l'école maternelle située près de la place du village. J'y allais avec ma sœur ou avec d'autres enfants qui habitaient près de la fontaine. Je revenais souvent seul vers midi, car l'école était fermée l'après-midi. Dans ce contexte, ma mère devait subir, plusieurs fois par semaine, un rituel bien orchestré.

La route qui mène de la place du village à la maison fait, à peu près à la moitié du trajet, un coude à 90°. A cet endroit, sur le côté de la route, se trouvait un piédestal en pierre sur lequel était fixée une croix (un calvaire). De ce point précis, j'apercevais la maison située devant moi à flanc de colline au-dessus de la fontaine. Là, je m'arrêtais - les jambes un peu écartées - et j'appelais à tue-tête ma mère pour qu'elle vienne me chercher. Comme vous l'aurez compris, la situation était délicate et je ne prétendais plus bouger ne serait-ce que d'un pas. Si quelqu'un m'entendant crier voulait m'aider, c'était un refus catégorique, car j'aurais dû expliquer le besoin pressant qui m'était arrivé ; chose impossible à imaginer même à 4 ans. Ma mère, qui avait ses journées bien occupées, devait tout arrêter et venir me chercher.

Cela reste l'un des grands moments de ma vie.

A 5 ans, ma mère me confiait deux missions.

La première consistait à mener l'âne s'abreuver à la fontaine qui se trouvait à quelque 300 m de la maison. Le chemin était en forte pente. Elle me hissait sur son dos, sans selle, tout près de sa crinière à laquelle je m'agrippais fortement pour ne pas tomber. L'âne connaissait le chemin. Lorsque ma mère lui donnait une tape sur le train arrière, il démarrait et allait tout seul jusqu'à la fontaine. Je ne devais rien faire. Par contre, près de l'abreuvoir, il se plaçait devant et attendait. Pour qu'il commence à boire, je devais siffloter. Tant que l'âne entendait mes sifflotements, il buvait. Dès que j'arrêtais, il s’arrêtait aussi. Ce petit jeu pouvait durer de longues minutes. Lorsqu'il avait bu jusqu'à plus soif, il prenait le chemin du retour. Lors d’une de ces sorties, en remontant, à quelques dizaines de mètres de la maison, l'âne ayant vu une plante bien verte s'est penché pour la manger. Evidemment, j'ai glissé le long de son cou et me suis cogné la tête sur une pierre qui était juste au bon endroit pour me recevoir.

La seconde mission - très importante - était liée au fait que lorsque l'on possédait quelques chèvres et moutons, il fallait les mener paître là où l'herbe était verte. Tenant compte des saisons et des températures, les prairies où l'herbe restait verte n'étaient pas légion.

Pour revenir à ma mission, dans un village de quelque 400 âmes, l'entraide était souvent présente.

Près de chez nous, à côté de la fontaine, habitait une famille qui avait un fils d'environ 10 ans20. Je devais donc l'accompagner jusqu'au pré choisi par les parents, lui avec ses chèvres et moutons, moi avec les miens. Comme de coutume, nous avions notre petite besace dans laquelle nos mamans respectives mettaient un morceau de fromage et un bout de pain pour pouvoir, comme les grands, manger vers 9 heures du matin, car on partait tôt pour éviter les fortes chaleurs.

Anecdote : le pain et le fromage

Cette histoire peut faire penser à Gavroche dans “Les Misérables” de Victor Hugo.

Lors de soirées, au fil des conversations, j'ai parfois dû expliquer un peu plus en détail mes origines, ma petite enfance en particulier. Certaines personnes avaient d'emblée un regard de compassion, presque de pitié.

A dessein, je prenais le "rôle" à la manière de la commedia dell’arte et je leur expliquais :

Vous savez, quand on vient d'un petit village des Abruzzes, que l'on a 5 ans et que l'on ne mange pas à sa faim tous les jours, on vit des moments difficiles. En clair, quant à 5 ans, j'allais garder les chèvres et les moutons et qu'à 9 heures on devait manger, le garçon que j'accompagnais sortait de sa besace du pain et du fromage tandis que moi, bien souvent, je n'avais qu'un morceau de pain.

Alors, comment fait-on lorsque l'on n’a que du pain et que l'on veut quand même se donner du plaisir ?

On prend dans la main gauche un morceau de pain et dans la main droite un autre morceau de pain. Pour manger, on mord dans le pain de la main gauche, tandis que pour le pain de la main droite, on imite le bébé qui se nourrit. L'impression est remarquable !

Là, les personnes un peu sensibles étaient au bord des larmes. Je m'empressais de leur expliquer que ce récit était une pure fiction. Mes parents n'étaient pas riches, mais nous n'avons jamais manqué de rien. Pas de superflu, que l'essentiel. Ils ont bien géré la situation.

Lors de dîners organisés, l'un de mes amis21, qui avait bien perçu la portée émotionnelle de mon histoire, m'invitait à la raconter dès que le profil des convives s'y prêtait.

Cette tendre enfance a aussi été marquée par des souvenirs de simplicité. Ma mère a toujours expliqué que j'étais un enfant calme. Elle m'installait entre les pieds de deux chaises renversées et je jouais tranquillement avec des brins d'herbe et de petits morceaux de bois. Je me souviens que les maçons me fabriquaient un chapeau en forme de barque avec le papier légèrement cartonné des sacs de ciment et qu'ils savaient me confectionner la structure d'une petite voiture avec les fines tiges d'une plante dont j'ai oublié le nom. J'adorais !

6 Les Abruzzes, centre de recherche de physique des particules. Il Gran Sasso a en son sein, à 1.400 m de profondeur, le plus grand laboratoire souterrain du monde. C'est un laboratoire de physique des particules. On sait que l'univers est constitué de galaxies, d'étoiles, de planètes, de poussières et de gaz. Les étoiles que l'on voit représentent +/- 10 % de la masse de l'univers. Les planètes, les poussières et les gaz représentent aussi quelque 10 %. Les 80 % restants sont la "Matière noire" et "l'Energie noire" pour lesquelles nous n'avons aucune trace et aucune certitude. Le laboratoire du Gran Sasso essaie de trouver une trace de la "Matière noire" qui doit être une particule élémentaire avec une très faible interaction. On attend les résultats dans les 10 prochaines années. Quant à l'Energie noire, cela reste un grand mystère !

7 A 6 km Torrebruna, à 8 km Celenza sul Trigno et à 10 km Guardiabruna.

8 Le garçon de ferme s'appelait Antonio

9 MONACO Nicola et NINNI Angela

10 MONACO Matteo

11 FUSCO Virgilia

12 MONACO Vanda et MONACO Nicola

13 La Trignina

14 Sous une ancienne basilique après l'incendie de cette dernière.

15 Avoir de l'eau fraiche en plein soleil. Le principe de physique est bien connu. On place une serviette mouillée sur la cruche. L'eau de la serviette s'évapore, tandis que l'eau à l'intérieur de la cruche refroidit.

16 MONACO Nicola

17 Salami typique des Abruzzes. Produit avec de la viande de porc sélectionnée et coupée en petits morceaux. Mis sous presse pour lui donner sa forme plate. Maturation et affinage 40 jours.

18 Charcuterie un peu plus grasse et assaisonnée avec des piments rouges qui lui donnent sa couleur.

19 Ou chevreau - petit de la chèvre et du bouc.

20 Il s'appelait Primo

21 Pierre MERCIER

2. La migration

Le voyage - les corons

Fin janvier 1957 - départ pour la Belgique

Ma mère est née en 1929, mon père en 1927.

Mon père avait une sœur22 et deux frères23