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L'ouvrage intégral de la Comtesse de Ségur, qui regroupe l'ensemble de ses œuvres, se déploie dans un univers littéraire empreint de nostalgie et d'éducation morale. À travers ses récits destinés principalement à la jeunesse, elle aborde des thèmes universels tels que l'amour familial, la vertu et la rédemption, tout en s'inscrivant dans un contexte du XIXe siècle où la littérature enfantine émerge comme une forme de moralisation sociale. Le style de la Comtesse, simple et accessible, fait appel à des dialogues vivants et à une narration captivante, rendant ses histoires tantôt didactiques, tantôt pleines d'humour et de tendresse. La Comtesse de Ségur, née Sofie Rostopchine en 1799, a grandi dans un environnement aristocratique et cultivé en Russie avant d'émigrer en France. Influencée par les valeurs de son époque et son rôle de mère, elle s'est engagée à façonner l'esprit des jeunes lecteurs à travers ses fables morales. Ses œuvres, telles que "Les Malheurs de Sophie", témoignent d'une profonde compréhension des enfants et de leurs émotions, ce qui l'a propulsée au rang des figures emblématiques de la littérature pour enfants. Je recommande vivement cet ensemble d'œuvres à quiconque désire explorer une littérature enrichissante et formatrice. La Comtesse de Ségur offre non seulement un reflet fidèle des mœurs de son temps, mais également des leçons intemporelles sur l'humanité et la responsabilité. Ce recueil est essentiel pour ceux qui veulent comprendre l'évolution de la littérature enfantine et son impact sur plusieurs générations. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction approfondie décrit les caractéristiques unifiantes, les thèmes ou les évolutions stylistiques de ces œuvres sélectionnées. - Une section dédiée au Contexte historique situe les œuvres dans leur époque, évoquant courants sociaux, tendances culturelles и événements clés qui ont influencé leur création. - Un court Synopsis (Sélection) offre un aperçu accessible des textes inclus, aidant le lecteur à comprendre les intrigues et les idées principales sans révéler les retournements cruciaux. - Une Analyse unifiée étudie les motifs récurrents et les marques stylistiques à travers la collection, tout en soulignant les forces propres à chaque texte. - Des questions de réflexion vous invitent à approfondir le message global de l'auteur, à établir des liens entre les différentes œuvres et à les replacer dans des contextes modernes. - Enfin, nos Citations mémorables soigneusement choisies synthétisent les lignes et points critiques, servant de repères pour les thèmes centraux de la collection.
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Veröffentlichungsjahr: 2023
Cette édition Comtesse de Ségur: Oeuvres complètes rassemble, en un volume de référence, l’ensemble des textes narratifs et pédagogiques attribués à la Comtesse de Ségur, figure majeure de la littérature pour la jeunesse au XIXe siècle. Elle réunit les romans et cycles célèbres, les contes de fées, les récits animaliers, les comédies, les ouvrages religieux et pratiques, ainsi que des lettres. L’objectif est de proposer un panorama cohérent de son art d’écrire pour les enfants et pour les familles, en respectant la diversité des formes qu’elle mobilise et la cohésion d’un projet éducatif traversant toute son œuvre.
Au cœur du corpus romanesque se trouvent les volumes liés à Fleurville, où l’on suit Sophie, Camille et Madeleine dans les étapes fondatrices de l’enfance: Les Malheurs de Sophie, Les Petites Filles Modèles et Les Vacances. À ces portraits d’apprentissages et de bêtises assumées répondent les Nouveaux contes de fées pour les petits enfants, ensemble qui propose des récits merveilleux comme l’Histoire de Blondine, de Bonne-Biche et de Beau-Minon, Le Bon Petit Henri, l’Histoire de la princesse Rosette, La petite souris grise et Ourson. L’imaginaire y côtoie la morale, sans masquer la saveur du jeu, de l’épreuve et de la réparation.
Les récits d’aventures et de caractère multiplient les dispositifs narratifs pour examiner la faute, la responsabilité et l’amitié. Mémoires d’un âne adopte la voix d’un animal observateur des vertus et travers des humains. Un bon petit diable met à l’épreuve l’énergie d’un garçon remuant, confronté à l’injustice et aux tentations. Pauvre Blaise, La sœur de Gribouille, Les Bons Enfants et Les Deux Nigauds explorent, chacun à sa manière, l’entraide, la naïveté, l’obstination et le sens du travail, dans des cadres quotidiens où l’humour, l’émotion et la sanction formative s’équilibrent sans emphase ni cruauté inutile.
À côté des chroniques d’enfance, plusieurs romans sociaux déplacent le regard vers la dignité, l’ascension ou la déchéance: La Fortune de Gaspard suit un villageois entreprenant; Quel amour d’enfant montre les périls d’une indulgence sans frein; Le Mauvais Génie interroge l’influence des mauvais camarades; Diloy le chemineau observe marginalité et honneur; Après la pluie, le beau temps traite d’autorité et de pardon; François le Bossu et Jean qui grogne et Jean qui rit mettent en scène des métamorphoses. Ces intrigues allient observation des milieux, péripéties concrètes et appels constants à la probité, à la constance et à la charité.
Le diptyque formé par L’Auberge de l’Ange-Gardien et Le Général Dourakine élargit la géographie et la galerie des portraits. L’on y rencontre hospitalité, justice réparatrice et échos de la Russie natale de l’autrice, traits qui nourrissent un humour franc et une générosité active. L’énergie romanesque s’appuie sur des scènes dialoguées vives, un sens du comique de situation et une attention soutenue aux jeunes protagonistes autant qu’aux adultes tutélaires. La cohérence de ces récits tient à leur manière de faire converger réformes du caractère, protection des faibles et satire douce de travers bien reconnaissables.
Hors du roman, la Comtesse de Ségur s’adresse aussi à l’intelligence pratique et au goût de la scène. Comédies et proverbes offre des pièces brèves destinées à être dites ou jouées, où la vivacité des réparties sert la clarté d’un principe moral. La Santé des enfants propose des conseils élémentaires pour prévenir et soigner, dans une langue accessible aux familles. Le Livre de messe des petits enfants, L’Évangile d’une grand’mère et Les Actes des Apôtres transmettent prières, récits et repères de foi. Enfin, Lettres de la Comtesse de Ségur et Lettre d’une grand’mère restituent une voix privée, attentive et lumineuse.
Au fil de cette œuvre, des thèmes unificateurs s’affirment: apprentissage par l’expérience, rectitude, compassion, responsabilité des adultes, primat de la charité. La signature stylistique conjugue limpidité de la phrase, vivacité du dialogue, efficacité du récit, ironie sans amertume et précision concrète des situations. Écrite pour des lecteurs jeunes, cette littérature parle aussi aux adultes par son sens du vrai et du bien, inscrit dans son époque. Sa postérité tient à cette alliance de fermeté et de tendresse, qui éclaire les erreurs sans les écraser et ouvre, dans chaque histoire, une possibilité crédible de progrès humain.
Née à Saint-Pétersbourg en 1799, Sophie Rostopchine est la fille du comte Fiodor Rostopchine, gouverneur de Moscou en 1812 lors de l’invasion napoléonienne. Émigrée en France après les bouleversements de l’Empire, elle épouse en 1819 Eugène de Ségur et s’établit en Normandie, au château des Nouettes, commune d’Aube dans l’Orne. Cette trajectoire d’exil aristocratique, conjuguée au souvenir des guerres, nourrit un attachement à l’ordre domestique, à l’hospitalité et à la charité. L’univers familial, foisonnant d’enfants et de petits-enfants, devient un laboratoire moral et narratif, matrice de figures mutines et exemplaires dont les mésaventures et réformes traversent ses contes, ses comédies et ses chroniques éducatives.
Les lois Guizot de 1833 puis Falloux de 1850 généralisent l’enseignement primaire et ouvrent largement l’école des filles aux congrégations. Dans ce nouvel espace de lecture, Hachette fonde en 1856 la Bibliothèque rose et déploie, depuis 1852, un réseau de librairies de gare qui démocratise le livre pour la jeunesse. Entre 1857 et 1872, la comtesse y publie l’essentiel de ses titres. La fabrication illustrée, le format maniable et la visée morale répondent aux attentes d’un lectorat bourgeois et provincial en pleine expansion. La réception favorable tient à cette adéquation entre pédagogie, divertissement et nouveaux circuits de diffusion massifs, rapides et bon marché.
Le catholicisme connaît un renouveau puissant sous le Second Empire. Les pèlerinages, dont Lourdes révélée en 1858, se multiplient; le Syllabus de Pie IX en 1864 et le concile Vatican I en 1869-1870 affirment l’ultramontanisme. Dans ce contexte, la comtesse propose des ouvrages de piété adaptés aux enfants, comme un livre de messe et une réécriture catéchétique de l’Évangile et des Actes des Apôtres. Loin d’être isolés, ces titres irriguent aussi ses fictions, où charité, confession et pardon structurent l’action. Si des milieux anticléricaux y virent un moralisme convenu, familles et écoles libres saluèrent des récits clairs, fervents et faciles à mémoriser.
La transformation de Paris par Haussmann entre 1853 et 1870, conjuguée à l’essor du chemin de fer, impose la capitale comme théâtre de tentations et de promesses. Les Expositions universelles de 1855 et 1867 attirent des foules provinciales, fascinées par la marchandise et l’image. Plusieurs intrigues conduisent des enfants à Paris par train, les confrontent aux vitrines, aux bals et à la police correctionnelle, et opposent l’éclat urbain au bon sens des campagnes. Cette modernité scénographique, avec ses boulevards neufs et ses parcs, permet d’examiner mobilité sociale, mimétisme et vanité, tout en guidant le lecteur dans un paysage nouveau, ordonné et surveillé.
Malgré l’urbanisation, la France demeure majoritairement rurale jusqu’aux années 1870. Les suites de la crise de subsistances de 1846-1847 et de la révolution de 1848 renforcent l’attention portée aux pauvres, aux orphelins et aux domestiques. Dans l’esprit des œuvres de charité nées autour de Frédéric Ozanam en 1833, la comtesse met en scène fermes, ateliers, foires et maisons de maîtres, où l’ascension passe par l’obéissance, l’initiative et la réparation. Les relations paternalistes, les contrats d’apprentissage et les conflits de service y sont détaillés avec réalisme. Cette sociographie aimable justifie une morale de l’effort et de la gratitude, opposée à l’orgueil et à la ruse.
Le XIXe siècle voit la médicalisation de l’enfance: choléra 1832, 1849 et 1854, petite vérole endémique, progrès de la vaccination et essor d’une pédiatrie clinique illustrée par Armand Trousseau. Les campagnes d’hygiène domestique gagnent les familles, dont la lecture devient un vecteur d’instruction sanitaire. La comtesse rédige un petit traité de santé, tandis que ses récits multiplient fièvres, éruptions, accidents et convalescences. L’épreuve corporelle légitime la discipline, valorise la patience et l’entraide, et rappelle l’importance des remèdes simples. Cette articulation du soin et du salut moral s’accorde aux attentes d’un public inquiet mais confiant dans la combinaison de science, prière et bon sens.
L’horizon transnational de l’époque marque ses pages. L’émancipation des serfs en Russie en 1861, sous Alexandre II, offre un arrière-plan pour questionner abus, dépendances et réformes à travers des figures de propriétaires et de paysans. Paris accueille depuis la Grande Émigration polonaise des années 1830 une communauté active, que les récits évoquent avec sympathie. De l’autre côté de la Manche, l’Écosse est choisie comme décor d’une satire de l’avarice et de la brutalité éducative. Parallèlement, la sensibilité nouvelle envers les animaux, relayée par la Société protectrice des animaux fondée en 1845, encourage l’usage d’un narrateur bête pour instruire sans moralisme pesant.
La fin de carrière est traversée par la guerre franco-prussienne de 1870, le siège de Paris et la chute du Second Empire, puis l’instauration de la Troisième République. Les lettres qu’elle adresse à ses proches entre 1861 et 1874 témoignent d’angoisses, de deuils et d’une volonté de consolation par l’écriture. Dans une France bientôt gagnée par la laïcisation scolaire, ses livres demeurent pourtant des prix d’excellence et des lectures familiales prisées. Leur succès tient à l’alliance d’un catholicisme cordial, d’une observation sociale précise et d’une dramaturgie efficace, capable d’offrir des repères stables au cœur des bouleversements politiques et culturels.
Contes merveilleux où fées, bêtes parlantes et enfants éprouvés apprennent que bonté, courage et loyauté font triompher l’innocence.
Ton tendre et féerique; motifs de récompense et punition, métamorphoses morales, famille protectrice.
Chronique d’apprentissage opposant l’impétueuse Sophie aux modèles de douceur et de raison de ses amies, entre bêtises, conséquences et progrès.
Ton enjoué et moral; thèmes d’amitié, discipline bienveillante, responsabilité et résilience au sein d’un cadre familial.
L’âne Cadichon raconte ses maîtres successifs et, par son regard malin, dévoile travers, injustices et gestes de bonté.
Ton espiègle et attendri; compassion envers les animaux, justice, gratitude et rédemption par l’expérience.
Un jeune domestique probe affronte tentations, mépris et fautes d’autrui sans renier sa droiture.
Ton réaliste et édifiant; dignité du travail, repentir, équité et reconnaissance des mérites.
Caroline soutient son frère naïf au fil de malentendus et de malveillance, jusqu’à faire de la charité une force.
Ton pathétique et consolant; thèmes de fraternité, calomnie, sacrifice et consolation chrétienne.
Suite d’aventures domestiques où une fratrie alterne étourderies, entraide et petites leçons sans lourdeur.
Ton vif et facétieux; honnêteté, modération et sens du collectif.
Deux provinciaux découvrent Paris, pris au piège des apparences avant d’apprendre prudence et autonomie.
Ton comique et vigilant; satire des faux brillants, éducation pratique, esprit critique.
Autour d’une auberge charitable et d’un général fantasque, des figures protectrices réparent torts et rassemblent des familles choisies entre France et lointains voyages.
Ton chaleureux et picaresque; hospitalité, justice rendue, conversion des cœurs et critique des abus.
Un garçon difforme mais noble d’âme s’attache à une jeune fille et triomphe des préjugés par la fidélité et le service.
Ton touchant et ferme; apparence contre mérite, persévérance, amitié réparatrice.
Orphelin vif et inventif aux farces mémorables, il apprend à transformer son audace en générosité sous l’épreuve.
Ton burlesque puis attendri; esprit d’invention, responsabilité, pardon et maturation.
Courtes pièces où proverbes, quiproquos et conversions morales dévoilent travers sociaux.
Ton théâtral et spirituel; bon sens, miséricorde, satire légère des ridicules.
Deux frères aux tempéraments contraires cherchent leur place entre artisanat, arts et épreuves du monde.
Ton réaliste, ponctué d’humour; formation par le travail, solidarité, humilité face aux revers.
Un garçon de la campagne s’élève par l’effort, l’économie généreuse et une probité à toute épreuve.
Ton rural et énergique; mérite, ascension sociale sans reniement, lutte contre avarice et vanité.
Portrait satirique d’une enfant adorée mais indisciplinée, dont la tyrannie domestique rencontre enfin la réalité éducative.
Ton ironique et correctif; complaisance parentale, responsabilité, apprentissage de la mesure.
Un garçon cède à l’influence d’un camarade funeste et découvre le prix du mensonge, avant le sursaut salutaire.
Ton alerte et préventif; influence des pairs, courage moral, seconde chance.
Sous la vigilance ferme et tendre de Mademoiselle Primerose, une famille traverse jalousies, injustices et réparations.
Ton domestique et consolant; droiture, patience, pacification des conflits.
Petit guide clair sur les maux de l’enfance et les soins élémentaires à portée des familles.
Ton didactique et maternel; prévention, simplicité, prudence.
Recueil de prières, litanies et évangiles pour accompagner la messe et former l’âme des plus jeunes.
Ton pieux et pédagogique; initiation liturgique, mémoire, intériorité.
Récit catéchétique de la vie du Christ destiné aux enfants, ordonné et accessible.
Ton narratif et édifiant; foi, miséricorde, exemplarité évangélique.
Suite pédagogique retraçant la naissance de l’Église, voyages missionnaires et persécutions, jalonnés de miracles.
Ton instructif et fervent; mission, courage communautaire, persévérance.
Lettres familières mêlant conseils d’éducation, tendresse et regard moral sur la vie quotidienne.
Ton intime et réfléchi; charité, constance, art de consoler et de guider.
(1856)
Comtesse de Ségur
À mes petites filles
Mes très chères enfants,
Voici les contes dont le récit vous a tant amusées, et que je vous avais promis de publier.
En les lisant, chères petites, pensez à votre vieille grand’mère, qui, pour vous plaire, est sortie de son obscurité et a livré à la censure du public le nom de la
COMTESSE DE SÉGUR, née Rostopchine.
Il y avait un roi qui s’appelait Bénin; tout le monde l’aimait, parce qu’il était bon; les méchants le craignaient, parce qu’il était juste[1q]. Sa femme, la reine Doucette, était aussi bonne que lui. Ils avaient une petite princesse qui s’appelait Blondine à cause de ses magnifiques cheveux blonds, et qui était bonne et charmante comme son papa le roi et comme sa maman la reine. Malheureusement la reine mourut peu de mois après la naissance de Blondine, et le roi pleura beaucoup et longtemps. Blondine était trop petite pour comprendre que sa maman était morte: elle ne pleura donc pas et continua à rire, à jouer, à téter et à dormir paisiblement. Le roi aimait tendrement Blondine, et Blondine aimait le roi plus que personne au monde. Le roi lui donnait les plus beaux joujoux, les meilleurs bonbons, les plus délicieux fruits. Blondine était très heureuse.
Un jour, on dit au roi Bénin que tous ses sujets lui demandaient de se remarier pour avoir un fils qui pût être roi après lui. Le roi refusa d’abord; enfin il céda aux instances et aux désirs de ses sujets, et il dit à son ministre Léger:
«Mon cher ami, on veut que je me remarie; je suis encore si triste de la mort de ma pauvre femme Doucette, que je ne veux pas m’occuper moi-même d’en chercher une autre. Chargez-vous de me trouver une princesse qui rende heureuse ma pauvre Blondine: je ne demande pas autre chose. Allez, mon cher Léger; quand vous aurez trouvé une femme parfaite, vous la demanderez en mariage et vous l’amènerez.»
Léger partit sur-le-champ, alla chez tous les rois, et vit beaucoup de princesses, laides, bossues, méchantes; enfin il arriva chez le roi Turbulent, qui avait une fille jolie, spirituelle, aimable et qui paraissait bonne. Léger la trouva si charmante qu’il la demanda en mariage pour son roi Bénin, sans s’informer si elle était réellement bonne. Turbulent, enchanté de se débarrasser de sa fille, qui avait un caractère méchant, jaloux et orgueilleux, et qui d’ailleurs le gênait pour ses voyages, ses chasses, ses courses continuelles, la donna tout de suite à Léger, pour qu’il l’emmenât avec lui dans le royaume du roi Bénin.
Léger partit, emmenant la princesse Fourbette et quatre mille mulets chargés des effets et des bijoux de la princesse.
Ils arrivèrent chez le roi Bénin, qui avait été prévenu de leur arrivée par un courrier; le roi vint au-devant de la princesse Fourbette. Il la trouva jolie; mais qu’elle était loin d’avoir l’air doux et bon de la pauvre Doucette! Quand Fourbette vit Blondine, elle la regarda avec des yeux si méchants, que la pauvre Blondine, qui avait déjà trois ans, eut peur et se mit à pleurer.
«Qu’a-t-elle? demanda le roi. Pourquoi ma douce et sage Blondine pleure-t-elle comme un enfant méchant?
— Papa, cher papa, s’écria Blondine en se cachant dans les bras du roi, ne me donnez pas à cette princesse; j’ai peur; elle a l’air si méchant!»
Le roi, surpris, regarda la princesse Fourbette, qui ne put assez promptement changer son visage pour que le roi n’y aperçût pas ce regard terrible qui effrayait tant Blondine. Il résolut immédiatement de veiller à ce que Blondine vécût séparée de la nouvelle reine, et restât comme avant sous la garde exclusive de la nourrice et de la bonne qui l’avaient élevée et qui l’aimaient tendrement. La reine voyait donc rarement Blondine, et quand elle la rencontrait, par hasard, elle ne pouvait dissimuler entièrement la haine qu’elle lui portait.
Au bout d’un an, elle eut une fille, qu’on nomma Brunette, à cause de ses cheveux, noirs comme du charbon. Brunette était jolie, mais bien moins jolie que Blondine; elle était, de plus, méchante comme sa maman, et elle détestait Blondine, à laquelle elle faisait toutes sortes de méchancetés: elle la mordait, la pinçait, lui tirait les cheveux, lui cassait ses joujoux, lui tachait ses belles robes. La bonne petite Blondine ne se fâchait jamais; toujours elle cherchait à excuser Brunette.
«Oh! papa, disait-elle au roi, ne la grondez pas; elle est si petite, elle ne sait pas qu’elle me fait de la peine en cassant mes joujoux… C’est pour jouer qu’elle me mord… C’est pour s’amuser qu’elle me tire les cheveux», etc.
Le roi Bénin embrassait sa fille Blondine et ne disait rien, mais il voyait bien que Brunette faisait tout cela par méchanceté et que Blondine l’excusait par bonté. Aussi aimait-il Blondine de plus en plus et Brunette de moins en moins.
La reine Fourbette, qui avait de l’esprit, voyait bien tout cela mais elle haïssait de plus en plus l’innocente Blondine; et, si elle n’avait craint la colère du roi Bénin, elle aurait rendu Blondine la plus malheureuse enfant du monde. Le roi avait défendu que Blondine fût jamais seule avec la reine, et, comme on savait qu’il était aussi juste que bon et qu’il punissait sévèrement la désobéissance, la reine elle-même n’osait pas désobéir.
Blondine avait déjà sept ans et Brunette avait trois ans. Le roi avait donné à Blondine une jolie petite voiture attelée de deux autruches et menée par un petit page de dix ans, qui était un neveu de la nourrice de Blondine. Le page, qui s’appelait Gourmandinet, aimait tendrement Blondine, avec laquelle il jouait depuis sa naissance et qui avait pour lui mille bontés. Mais il avait un terrible défaut; il était si gourmand et il aimait tant les friandises, qu’il eût été capable de commettre une mauvaise action pour un sac de bonbons. Blondine lui disait souvent:
«Je t’aime bien, Gourmandinet, mais je n’aime pas à te voir si gourmand. Je t’en prie, corrige-toi de ce vilain défaut, qui fait horreur à tout le monde.»
Gourmandinet lui baisait la main et lui promettait de se corriger; mais il continuait à voler des gâteaux à la cuisine, des bonbons à l’office, et souvent il était fouetté pour sa désobéissance et sa gourmandise.
La reine Fourbette apprit bientôt les reproches qu’on faisait à Gourmandinet, et elle pensa qu’elle pourrait utiliser le vilain défaut du petit page et le faire servir à la perte de Blondine. Voici le projet qu’elle conçut:
Le jardin où Blondine se promenait dans sa petite voiture traînée par des autruches, avec Gourmandinet pour cocher, était séparé par un grillage d’une magnifique et immense forêt, qu’on appelait la forêt des Lilas, parce que toute l’année elle était pleine de lilas toujours en fleur. Personne n’allait dans cette forêt; on savait qu’elle était enchantée et que, lorsqu’on y entrait une fois, on n’en pouvait plus jamais sortir. Gourmandinet connaissait la terrible propriété de cette forêt; on lui avait sévèrement défendu de jamais diriger la voiture de Blondine de ce côté, de crainte que par inadvertance Blondine ne franchît la grille et n’entrât dans la forêt des Lilas.
Bien des fois le roi avait voulu faire élever un mur le long de la grille, ou du moins serrer le grillage de manière qu’il ne fût plus possible d’y passer; mais à mesure que les ouvriers posaient les pierres ou les grillages, une force inconnue les enlevait et les faisait disparaître.
La reine Fourbette commença par gagner l’amitié de Gourmandinet en lui donnant chaque jour des friandises nouvelles; quand elle l’eut rendu tellement gourmand qu’il ne pouvait plus se passer des bonbons, des gelées, des gâteaux qu’elle lui donnait à profusion, elle le fit venir et lui dit:
«Gourmandinet, il dépend de toi d’avoir un coffre plein de bonbons et de friandises, ou bien de ne plus jamais en manger.
— Ne jamais en manger! Oh! Madame, je mourrais de chagrin. Parlez, Madame; que dois-je faire pour éviter ce malheur?
— Il faut, reprit la reine en le regardant fixement, que tu mènes la princesse Blondine près de la forêt des Lilas.
— Je ne le puis, Madame, le roi me l’a défendu.
— Ah! tu ne le peux? Alors, adieu; je ne te donnerai plus aucune friandise, et je défendrai que personne dans la maison ne t’en donne jamais.
— Oh! Madame, dit Gourmandinet en pleurant, ne soyez pas si cruelle! donnez-moi un autre ordre que je puisse exécuter.
— Je te répète que je veux que tu mènes Blondine près de la forêt des Lilas, et que tu l’encourages à descendre de voiture, à franchir la grille et à entrer dans la forêt.
— Mais, Madame, reprit Gourmandinet en devenant tout pâle, si la princesse entre dans cette forêt, elle n’en sortira jamais; vous savez que c’est une forêt enchantée; y envoyer ma princesse, c’est l’envoyer à une mort certaine.
— Une troisième et dernière fois, veux-tu y mener Blondine? Choisis: ou bien un coffre immense de bonbons que je renouvellerai tous les mois, ou jamais de sucreries ni de pâtisseries.
— Mais comment ferai-je pour échapper à la punition terrible que m’infligera le roi?
— Ne t’inquiète pas de cela; aussitôt que tu auras fait entrer Blondine dans la forêt des Lilas, viens me trouver: je te ferai partir avec tes bonbons, et je me charge de ton avenir.
— Oh! Madame, par pitié, ne m’obligez pas à faire périr ma chère maîtresse, qui a toujours été si bonne pour moi!
— Tu hésites, petit misérable! Et que t’importe ce que deviendra Blondine? Plus tard, je te ferai entrer au service de Brunette, et je veillerai à ce que tu ne manques jamais de bonbons.»
Gourmandinet réfléchit encore quelques instants, et se résolut, hélas! à sacrifier sa bonne petite maîtresse pour quelques livres de bonbons. Tout le reste du jour et toute la nuit il hésita encore à commettre ce grand crime; mais la certitude de ne pouvoir plus satisfaire sa gourmandise, s’il se refusait à exécuter l’ordre de la reine, l’espoir de retrouver un jour Blondine en s’adressant à quelque fée puissante, firent cesser ces irrésolutions et le décidèrent à obéir à la reine.
Le lendemain, à quatre heures, Blondine commanda sa petite voiture, monta dedans après avoir embrassé le roi et lui avoir promis de revenir dans deux heures. Le jardin était grand. Gourmandinet fit aller les autruches du côté opposé à la forêt des Lilas.
Quand ils furent si loin qu’on ne pouvait plus les voir du palais, il changea de direction et s’achemina vers la grille de la forêt des Lilas. Il était triste et silencieux; son crime pesait sur son coeur et sur sa conscience.
«Qu’as-tu donc, Gourmandinet? demanda Blondine; tu ne parles pas; serais-tu malade?
— Non, princesse, je me porte bien.
— Comme tu es pâle! dis-moi ce que tu as, mon pauvre Gourmandinet. Je te promets de faire mon possible pour te contenter.»
Cette bonté de Blondine fut sur le point de la sauver en amollissant le coeur de Gourmandinet; mais le souvenir des bonbons promis par Fourbette détruisit ce bon mouvement.
Avant qu’il eût pu répondre, les autruches touchèrent à la grille de la forêt des Lilas.
«Oh! les beaux lilas! s’écria Blondine; quelle douce odeur! Que je voudrais avoir un gros bouquet de ces lilas pour les offrir à papa! Descends, Gourmandinet et va m’en chercher quelques branches.
— Je ne puis descendre, princesse; les autruches pourraient s’en aller pendant que je serais absent.
— Eh! qu’importe? dit Blondine: je les ramènerai bien seule au palais.
— Mais le roi me gronderait de vous avoir abandonnée, princesse. Il vaut mieux que vous alliez vous-même cueillir et choisir vos fleurs.
— C’est vrai, dit Blondine; je serais bien fâchée de te faire gronder, mon pauvre Gourmandinet.»
Et, en disant ces mots, elle sauta lestement de la voiture, franchit les barreaux de la grille et se mit à cueillir les lilas.
À ce moment, Gourmandinet frémit, se troubla: le remords entra dans son coeur; il voulut tout réparer en rappelant Blondine, mais, quoique Blondine ne fût qu’à dix pas de lui, quoiqu’il la vît parfaitement, elle n’entendait pas sa voix et s’enfonçait petit à petit dans la forêt enchantée. Longtemps il la vit cueillir des lilas, et enfin elle disparut à ses yeux.
Longtemps encore il pleura son crime, maudit sa gourmandise, détesta la reine Fourbette. Enfin il pensa que l’heure où Blondine devait être de retour au palais approchait; il rentra aux écuries par les derrières, et courut chez la reine, qui l’attendait. En le voyant pâle et les yeux rouges des larmes terribles du remords, elle devina que Blondine était perdue.
«Est-ce fait?» dit-elle.
Gourmandinet fit signe de la tête que oui; il n’avait pas la force de parler.
«Viens, dit-elle, voilà ta récompense.»
Et elle lui montra un coffre plein de bonbons de toutes sortes. Elle fit enlever ce coffre par un valet, et le fit attacher sur un des mulets qui avaient amené ses bijoux.
«Je confie ce coffre à Gourmandinet, pour qu’il le porte à mon père. Partez, Gourmandinet, et revenez en chercher un autre dans un mois.»
Elle lui remit en même temps une bourse pleine d’or dans la main. Gourmandinet monta sur le mulet sans mot dire. Il partit au galop; bientôt le mulet, qui était méchant et entêté, impatienté du poids de la caisse, se mit à ruer, à se cambrer, et fit si bien qu’il jeta par terre Gourmandinet et le coffre. Gourmandinet, qui ne savait pas se tenir sur un cheval ni sur un mulet, tomba la tête sur des pierres et mourut sur le coup. Ainsi il ne retira même pas de son crime le profit qu’il en avait espéré, puisqu’il n’avait pas encore goûté les bonbons que lui avait donnés la reine.
Personne ne le regretta, car personne ne l’avait aimé, excepté la pauvre Blondine, que nous allons rejoindre dans la forêt des Lilas.
Quand Blondine fut entrée dans la forêt, elle se mit à cueillir de belles branches de lilas, se réjouissant d’en avoir autant et qui sentaient si bon. À mesure qu’elle en cueillait, elle en voyait de plus beaux; alors elle vidait son tablier et son chapeau qui en étaient pleins, et elle les remplissait encore.
Il y avait plus d’une heure que Blondine était ainsi occupée; elle avait chaud; elle commençait à se sentir fatiguée; les lilas étaient lourds à porter, et elle pensa qu’il était temps de retourner au palais. Elle se retourna et se vit entourée de lilas; elle appela Gourmandinet: personne ne lui répondit. «Il paraît que j’ai été plus loin que je ne croyais, dit Blondine: je vais retourner sur mes pas, quoique je sois un peu fatiguée, et Gourmandinet m’entendra et viendra au-devant de moi.»
Elle marcha pendant quelque temps, mais elle n’apercevait pas la fin de la forêt. Bien des fois elle appela Gourmandinet, personne ne lui répondait. Enfin elle commença à s’effrayer.
«Que vais-je devenir dans cette forêt toute seule? Que va penser mon pauvre papa de ne pas me voir revenir? Et le pauvre Gourmandinet, comment osera-t-il rentrer au palais sans moi? Il va être grondé, battu peut-être, et tout cela par ma faute, parce que j’ai voulu descendre et cueillir ces lilas! Malheureuse que je suis! je vais mourir de faim et de soif dans cette forêt, si encore les loups ne me mangent pas cette nuit.»
Et Blondine tomba par terre au pied d’un gros arbre et se mit à pleurer amèrement. Elle pleura longtemps; enfin la fatigue l’emporta sur le chagrin; elle posa sa tête sur sa botte de lilas et s’endormit.
Blondine dormit toute la nuit; aucune bête féroce ne vint troubler son sommeil; le froid ne se fit pas sentir; elle se réveilla le lendemain assez tard; elle se frotta les yeux, très surprise de se voir entourée d’arbres, au lieu de se trouver dans sa chambre et dans son lit. Elle appela sa bonne; un miaulement doux lui répondit; étonnée et presque effrayée, elle regarda à terre et vit à ses pieds un magnifique chat blanc qui la regardait avec douceur et qui miaulait.
«Ah! Beau-Minon, que tu es joli! s’écria Blondine en passant la main sur ses beaux poils, blancs comme la neige. Je suis bien contente de te voir, Beau-Minon, car tu me mèneras à ta maison. Mais j’ai bien faim, et je n’aurais pas la force de marcher avant d’avoir mangé.»
À peine eut-elle achevé ces paroles, que Beau-Minon miaula encore et lui montra avec sa petite patte un paquet posé près d’elle et qui était enveloppé dans un linge fin et blanc. Elle ouvrit le paquet et y trouva des tartines de beurre; elle mordit dans une des tartines, la trouva délicieuse, et en donna quelques morceaux à Beau-Minon, qui eut l’air de les croquer avec délices.
Quand elle et Beau-Minon eurent bien mangé, Blondine se pencha vers lui, le caressa et lui dit:
«Merci, mon Beau-Minon, du déjeuner que tu m’as apporté. Maintenant, peux-tu me ramener à mon père qui doit se désoler de mon absence?»
Beau-Minon secoua la tête en faisant un miaulement plaintif.
«Ah! tu me comprends, Beau-Minon, dit Blondine. Alors, aie pitié de moi et mène-moi dans une maison quelconque, pour que je ne périsse pas de faim, de froid et de terreur dans cette affreuse forêt.»
Beau-Minon la regarda, fit avec sa tête blanche un petit signe qui voulait dire qu’il comprenait, se leva, fit plusieurs pas et se retourna pour voir si Blondine le suivait.
«Me voici, Beau-Minon, dit Blondine, je te suis. Mais comment pourrons-nous passer dans ces buissons si touffus? Je ne vois pas de chemin.»
Beau-Minon, pour toute réponse, s’élança dans les buissons, qui s’ouvrirent d’eux-mêmes pour laisser passer Beau-Minon et Blondine, et qui se refermaient quand ils étaient passés. Blondine marcha ainsi pendant une heure; à mesure qu’elle avançait, la forêt devenait plus claire, l’herbe était plus fine, les fleurs croissaient en abondance; on voyait de jolis oiseaux qui chantaient, des écureuils qui grimpaient le long des branches. Blondine, qui ne doutait pas qu’elle allait sortir de la forêt et qu’elle reverrait son père, était enchantée de tout ce qu’elle voyait; elle se serait volontiers arrêtée pour cueillir des fleurs, mais Beau-Minon trottait toujours en avant, et miaulait tristement quand Blondine faisait mine de s’arrêter.
Au bout d’une heure, Blondine aperçut un magnifique château. Beau-Minon la conduisit jusqu’à la grille dorée. Blondine ne savait pas comment faire pour y entrer; il n’y avait pas de sonnette, et la grille était fermée. Beau-Minon avait disparu; Blondine était seule.
Beau-Minon était entré par un petit passage qui semblait fait exprès pour lui, et il avait probablement averti quelqu’un du château, car la grille s’ouvrit sans que Blondine eût appelé. Elle entra dans la cour et ne vit personne; la porte du château s’ouvrit d’elle-même. Blondine pénétra dans un vestibule tout en marbre blanc et rare; toutes les portes s’ouvrirent seules comme la première, et Blondine parcourut une suite de beaux salons. Enfin elle aperçut, au fond d’un joli salon bleu et or, une biche blanche couchée sur un lit d’herbes fines et odorantes. Beau-Minon était près d’elle. La biche vit Blondine, se leva, alla à elle et lui dit:
«Soyez la bienvenue, Blondine; il y a longtemps que moi et mon fils Beau-Minon nous vous attendons.»
Et comme Blondine paraissait effrayée:
«Rassurez-vous, Blondine, vous êtes avec des amis; je connais le roi votre père, et je l’aime ainsi que vous.»
— Oh! Madame, dit Blondine, si vous connaissez le roi mon père, ramenez-moi chez lui; il doit être bien triste de mon absence.
— Ma chère Blondine, reprit Bonne-Biche en soupirant, il n’est pas en mon pouvoir de vous rendre à votre père; vous êtes sous la puissance de l’enchanteur de la forêt des Lilas. Moi-même je suis soumise à son pouvoir, supérieur au mien; mais je puis envoyer à votre père des songes qui le rassureront sur votre sort et qui lui apprendront que vous êtes chez moi.
— Comment! Madame, s’écria Blondine avec effroi, ne reverrai-je jamais mon père, mon pauvre père que j’aime tant?
— Chère Blondine, ne nous occupons pas de l’avenir; la sagesse est toujours récompensée. Vous reverrez votre père, mais pas encore. En attendant, soyez docile et bonne. Beau-Minon et moi nous ferons tout notre possible pour que vous soyez heureuse.»
Blondine soupira et répandit quelques larmes. Puis elle pensa que c’était mal reconnaître la bonté de Bonne-Biche que de s’affliger d’être avec elle; elle se contint donc et s’efforça de causer gaiement.
Bonne-Biche et Beau-Minon la menèrent voir l’appartement qui lui était destiné. La chambre de Blondine était toute tapissée de soie rose brodée en or: les meubles étaient en velours blanc, brodés admirablement avec les soies les plus brillantes. Tous les animaux, les oiseaux, les papillons, les insectes y étaient représentés. Près de la chambre de Blondine était son cabinet de travail. Il était tendu en damas bleu de ciel brodé en perles fines. Les meubles étaient en moire d’argent rattachée avec de gros clous en turquoise. Sur le mur étaient accrochés deux magnifiques portraits représentant une jeune et superbe femme et un charmant jeune homme; leurs costumes indiquaient qu’ils étaient de race royale.
«De qui sont ces portraits, Madame? demanda Blondine à Bonne-Biche.
— Il m’est défendu de répondre à cette question, chère Blondine. Plus tard vous le saurez. Mais voici l’heure du dîner; venez, Blondine, vous devez avoir appétit.»
Blondine, en effet, mourait de faim; elle suivit Bonne-Biche et entra dans une salle à manger où était une table servie bizarrement. Il y avait un énorme coussin en satin blanc, placé par terre pour Bonne-Biche; devant elle, sur la table, était une botte d’herbes choisies, fraîches et succulentes. Près des herbes était une auge en or, pleine d’une eau fraîche et limpide. En face de Bonne-Biche était un petit tabouret élevé, pour Beau-Minon; devant lui était une écuelle en or, pleine de petits poissons frits et de bécassines; à côté, une jatte en cristal de roche, pleine de lait tout frais.
Entre Bonne-Biche et Beau-Minon était le couvert de Blondine; elle avait un petit fauteuil en ivoire sculpté, garni de velours nacarat rattaché avec des clous en diamant. Devant elle était une assiette en or ciselé, pleine d’un potage délicieux de gelinottes et de becfigues. Son verre et son carafon étaient taillés dans un cristal de roche; un petit pain mollet était placé à côté d’une cuiller qui était en or ainsi que la fourchette. La serviette était en batiste si fine, qu’on n’en avait jamais vu de pareille. Le service de table se faisait par des gazelles qui étaient d’une adresse merveilleuse; elles servaient, découpaient et devinaient tous les désirs de Blondine, de Bonne-Biche et de Beau-Minon.
Le dîner fut exquis: les volailles les plus fines, le gibier le plus rare, les poissons les plus délicats, les pâtisseries, les sucreries les plus parfumées. Blondine avait faim; elle mangea de tout et trouva tout excellent.
Après le dîner, Bonne-Biche et Beau-Minon menèrent Blondine dans le jardin; elle y trouva les fruits les plus succulents et des promenades charmantes. Après avoir bien couru, s’être bien promenée, Blondine rentra avec ses nouveaux amis: elle était fatiguée. Bonne-Biche lui proposa d’aller se coucher, ce que Blondine accepta avec joie.
Elle entra dans sa chambre à coucher, où elle trouva deux gazelles qui devaient la servir: elles la déshabillèrent avec une habileté merveilleuse, la couchèrent et s’établirent près du lit pour la veiller.
Blondine ne tarda pas à s’endormir, non sans avoir pensé à son père et sans avoir amèrement pleuré sur sa séparation d’avec lui.
Blondine dormit profondément, et, quand elle se réveilla, il lui sembla qu’elle n’était plus la même que lorsqu’elle s’était couchée; elle se voyait plus grande; ses idées lui semblèrent aussi avoir pris du développement; elle se sentait instruite; elle se souvenait d’une foule de livres qu’elle croyait avoir lus pendant son sommeil; elle se souvenait d’avoir écrit, dessiné, chanté, joué du piano et de la harpe.
Pourtant sa chambre était bien celle que lui avait montrée Bonne-Biche et dans laquelle elle s’était couchée la veille.
Agitée, inquiète, elle se leva, courut à une glace, vit qu’elle était grande, et, nous devons l’avouer, se trouva charmante, plus jolie cent fois que lorsqu’elle s’était couchée. Ses beaux cheveux blonds tombaient jusqu’à ses pieds; son teint blanc et rose, ses jolis yeux bleus, son petit nez arrondi, sa petite bouche vermeille, ses joues rosées, sa taille fine et gracieuse, faisaient d’elle la plus jolie personne qu’elle eût jamais vue.
Émue, presque effrayée, elle s’habilla à la hâte et courut chez Bonne-Biche, qu’elle trouva dans l’appartement où elle l’avait vue la première fois.
«Bonne-Biche! Bonne-Biche! s’écria-t-elle, expliquez-moi de grâce la métamorphose que je vois et que je sens en moi. Je me suis couchée hier au soir enfant, je me réveille ce matin grande personne; est-ce une illusion? Ou bien ai-je véritablement grandi ainsi dans une nuit?
— Il est vrai, ma chère Blondine, que vous avez aujourd’hui quatorze ans; mais votre sommeil dure depuis sept ans. Mon fils Beau-Minon et moi, nous avons voulu vous épargner les ennuis des premières études; quand vous êtes venue chez moi, vous ne saviez rien, pas même lire. Je vous ai endormie pour sept ans, et nous avons passé ces sept années, vous à apprendre en dormant, Beau-Minon et moi à vous instruire. Je vois dans vos yeux que vous doutez de votre savoir; venez avec moi dans votre salle d’étude, et assurez-vous par vous-même de tout ce que vous savez.»
Blondine suivit Bonne-Biche dans la salle d’étude; elle courut au piano, se mit à en jouer, et vit qu’elle jouait très bien; elle alla essayer sa harpe et en tira des sons ravissants; elle chanta merveilleusement; elle prit des crayons, des pinceaux, et dessina et peignit avec une facilité qui dénotait un vrai talent; elle essaya d’écrire et se trouva aussi habile que pour le reste; elle parcourut des yeux ses livres et se souvint de les avoir presque tous lus: surprise, ravie, elle se jeta au cou de Bonne-Biche, embrassa tendrement Beau-Minon, et leur dit:
«Oh! mes bons, mes chers, mes vrais amis, que de reconnaissance ne vous dois-je pas pour avoir ainsi soigné mon enfance, développé mon esprit et mon coeur! car je le sens, tout est amélioré en moi, et c’est à vous que je le dois.»
Bonne-Biche lui rendit ses caresses. Beau-Minon lui léchait délicatement les mains. Quand les premiers moments de bonheur furent passés, Blondine baissa les yeux et dit timidement:
«Ne me croyez pas ingrate, mes bons et excellents amis, si je demande d’ajouter un nouveau bienfait à ceux que j’ai reçus de vous. Dites-moi, que fait mon père? Pleure-t-il encore mon absence? Est-il heureux depuis qu’il m’a perdue?
— Votre désir est trop légitime pour ne pas être satisfait. Regardez dans cette glace, Blondine, et vous y verrez tout ce qui s’est passé depuis votre départ, et comment est votre père actuellement.»
Blondine leva les yeux et vit dans la glace l’appartement de son père; le roi s’y promenait d’un air agité. Il paraissait attendre quelqu’un. La reine Fourbette entra et lui raconta que Blondine, malgré les instances de Gourmandinet, avait voulu diriger elle-même les autruches qui s’étaient emportées, avaient couru vers la forêt des Lilas et versé la voiture; que Blondine avait été lancée dans la forêt des Lilas à travers la grille; que Gourmandinet avait perdu la tête d’effroi et de chagrin; qu’elle l’avait renvoyé chez ses parents. Le roi parut au désespoir de cette nouvelle; il courut dans la forêt des Lilas, et il fallut qu’on employât la force pour l’empêcher de s’y précipiter à la recherche de sa chère Blondine. On le ramena chez lui, où il se livra au plus affreux désespoir, appelant sans cesse sa Blondine, sa chère enfant. Enfin il s’endormit et vit en songe Blondine dans le palais de Bonne-Biche et de Beau-Minon. Bonne-Biche lui donna l’assurance que Blondine lui serait rendue un jour et que son enfance serait calme et heureuse.
La glace se ternit ensuite; tout disparut. Puis elle redevint claire, et Blondine vit de nouveau son père, il était vieilli, ses cheveux avaient blanchi, il était triste; il tenait à la main un petit portrait de Blondine et le baisait souvent en répandant quelques larmes. Il était seul; Blondine ne vit ni la reine ni Brunette.
La pauvre Blondine pleura amèrement.
«Pourquoi, dit-elle, mon père n’a-t-il personne près de lui? Où sont donc ma soeur Brunette et la reine?
— La reine témoigna si peu de chagrin de votre mort (car on vous croit morte, chère Blondine), que le roi la prit en horreur et la renvoya au roi Turbulent son père, qui la fit enfermer dans une tour, où elle ne tarda pas à mourir de rage et d’ennui. Quant à votre soeur Brunette, elle devint si méchante, si insupportable, que le roi se dépêcha de la donner en mariage l’année dernière au prince Violent, qui se chargea de réformer le caractère méchant et envieux de la princesse Brunette. Il la maltraite rudement; elle commence à voir que sa méchanceté ne lui donne pas le bonheur, et elle devient un peu meilleure. Vous la reverrez un jour, et vous achèverez de la corriger par votre exemple.»
Blondine remercia tendrement Bonne-Biche de ces détails; elle eût bien voulu lui demander: «Quand reverrai-je mon père et ma soeur?» Mais elle eut peur d’avoir l’air pressée de la quitter et de paraître ingrate; elle attendit donc une autre occasion pour faire cette demande.
Les journées de Blondine se passaient sans ennui parce qu’elle s’occupait beaucoup, mais elle s’attristait quelquefois; elle ne pouvait causer qu’avec Bonne-Biche, et Bonne-Biche n’était avec elle qu’aux heures des leçons et des repas. Beau-Minon ne pouvait répondre et se faire comprendre que par des signes. Les gazelles servaient Blondine avec zèle et intelligence, mais aucune d’elles ne pouvait parler.
Blondine se promenait accompagnée toujours de Beau-Minon, qui lui indiquait les plus jolies promenades, les plus belles fleurs. Bonne-Biche avait fait promettre à Blondine que jamais elle ne franchirait l’enceinte du parc et qu’elle n’irait jamais dans la forêt. Plusieurs fois Blondine avait demandé à Bonne-Biche la cause de cette défense. Bonne-Biche avait toujours répondu en soupirant:
«Ah! Blondine, ne demandez pas à pénétrer dans la forêt; c’est une forêt de malheur. Puissiez-vous ne jamais y entrer!»
Quelquefois Blondine montait dans un pavillon qui était sur une éminence au bord de la forêt; elle voyait des arbres magnifiques, des fleurs charmantes, des milliers d’oiseaux qui chantaient et voltigeaient comme pour l’appeler. «Pourquoi, se disait-elle, Bonne-Biche ne veut-elle pas me laisser promener dans cette forêt? Quel danger puis-je y courir sous sa protection?»
Toutes les fois qu’elle réfléchissait ainsi, Beau-Minon, qui paraissait comprendre ce qui se passait en elle, miaulait, la tirait par sa robe et la forçait à quitter le pavillon. Blondine souriait, suivait Beau-Minon et reprenait sa promenade dans le parc solitaire.
Il y avait près de six mois que Blondine s’était réveillée de son sommeil de sept années; le temps lui semblait long; le souvenir de son père lui revenait souvent et l’attristait. Bonne-Biche et Beau-Minon semblaient deviner ses pensées. Beau-Minon miaulait plaintivement, Bonne-Biche soupirait profondément. Blondine parlait rarement de ce qui occupait si souvent son esprit, parce qu’elle craignait d’offenser Bonne-Biche, qui lui avait répondu trois ou quatre fois: «Vous reverrez votre père, Blondine, quand vous aurez quinze ans, si vous continuez à être sage; mais croyez-moi, ne vous occupez pas de l’avenir, et surtout ne cherchez pas à nous quitter.»
Un matin, Blondine était triste et seule; elle réfléchissait à sa singulière et monotone existence. Elle fut distraite de sa rêverie par trois petits coups frappés doucement à sa fenêtre. Levant la tête, elle aperçut un Perroquet du plus beau vert, avec la gorge et la poitrine orange. Surprise de l’apparition d’un être inconnu et nouveau, elle alla ouvrir sa fenêtre et fit entrer le Perroquet. Quel ne fut pas son étonnement quand l’oiseau lui dit d’une petite voix aigrelette:
«Bonjour, Blondine; je sais que vous vous ennuyez quelquefois, faute de trouver à qui parler, et je viens causer avec vous. Mais, de grâce, ne dites pas que vous m’avez vu, car Bonne-Biche me tordrait le cou.
— Et pourquoi cela, beau Perroquet? Bonne-Biche ne fait de mal à personne, elle ne hait que les méchants.
— Blondine, si vous ne me promettez pas de cacher ma visite à Bonne-Biche et à Beau-Minon, je m’envole pour ne jamais revenir.
— Puisque vous le voulez, beau Perroquet, je vous le promets. Causons un peu: il y a si longtemps que je n’ai causé! Vous me semblez gai et spirituel; vous m’amuserez, je n’en doute pas.»
Blondine écouta les contes du Perroquet, qui lui fit force compliments sur sa beauté, sur les talents, sur son esprit. Blondine était enchantée; au bout d’une heure, le Perroquet s’envola, promettant de revenir le lendemain. Il revint ainsi pendant plusieurs jours et continua à la complimenter et à l’amuser. Un matin il frappa à la fenêtre en disant:
«Blondine, Blondine, ouvrez-moi, je viens vous donner des nouvelles de votre père; mais surtout pas de bruit, si vous ne voulez pas me voir tordre le cou.»
Blondine ouvrit sa croisée et dit au Perroquet:
«Est-il bien vrai, mon beau Perroquet, que tu veux me donner des nouvelles de mon père? Parle vite; que fait-il? Comment va-t-il?
— Votre père va bien, Blondine; il pleure toujours votre absence; je lui ai promis d’employer tout mon petit pouvoir à vous délivrer de votre prison; mais je ne puis le faire que si vous m’y aidez.
— Ma prison! dit Blondine. Mais vous ignorez donc toutes les bontés de Bonne-Biche et de Beau-Minon pour moi, les soins qu’ils ont donnés à mon éducation, leur tendresse pour moi! Ils seront enchantés de connaître un moyen de me réunir à mon père. Venez avec moi, beau Perroquet, je vous en prie, je vous présenterai à Bonne-Biche.
— Ah! Blondine, reprit de sa petite voix aigre le Perroquet, vous ne connaissez pas Bonne-Biche ni Beau-Minon. Ils me détestent parce que j’ai réussi quelquefois à leur arracher leurs victimes. Jamais vous ne verrez votre père, Blondine, jamais vous ne sortirez de cette forêt, si vous n’enlevez pas vous-même le talisman qui vous y retient.
— Quel talisman? dit Blondine, je n’en connais aucun; et quel intérêt Bonne-Biche et Beau-Minon auraient-ils à me retenir prisonnière?
— L’intérêt de désennuyer leur solitude, Blondine. Et quant au talisman, c’est une simple Rose; cueillie par vous, elle vous délivrera de votre exil et vous ramènera dans les bras de votre père.
— Mais il n’y a pas une seule Rose dans le jardin, comment donc pourrais-je en cueillir?
— Je vous dirai cela un autre jour, Blondine; aujourd’hui je ne puis vous en dire davantage, car Bonne-Biche va venir; mais pour vous assurer des vertus de la Rose, demandez-en une à Bonne-Biche; vous verrez ce qu’elle vous dira. À demain, Blondine, à demain.»
Et le Perroquet s’envola, bien content d’avoir jeté dans le coeur de Blondine les premiers germes d’ingratitude et de désobéissance.
À peine le Perroquet fut-il parti, que Bonne-Biche entra; elle paraissait agitée.
«Avec qui causiez-vous donc, Blondine? dit Bonne-Biche en jetant sur la croisée ouverte un regard méfiant.
— Avec personne, Madame, répondit Blondine.
— Je suis certaine d’avoir entendu parler.
— Je me serai sans doute parlé à moi-même.»
Bonne-Biche ne répliqua pas; elle était triste, quelques larmes même roulaient dans ses yeux. Blondine était aussi préoccupée; les paroles du Perroquet lui faisaient envisager sous un jour nouveau les obligations qu’elle avait à Bonne-Biche et à Beau-Minon. Au lieu de se dire qu’une biche qui parle, qui a la puissance de rendre intelligentes les bêtes, de faire dormir un enfant pendant sept ans, qu’une biche qui a consacré ces sept années à l’éducation ennuyeuse d’une petite fille ignorante, qu’une biche qui est logée et servie comme une reine n’est pas une biche ordinaire; au lieu d’éprouver de la reconnaissance de tout ce que Bonne-Biche avait fait pour elle, Blondine crut aveuglément ce Perroquet, cet inconnu dont rien ne garantissait la véracité, et qui n’avait aucun motif de lui porter intérêt au point de risquer sa vie pour lui rendre service; elle le crut, parce qu’il l’avait flattée. Elle ne regarda plus du même oeil reconnaissant l’existence douce et heureuse que lui avaient faite Bonne-Biche et Beau-Minon: elle résolut de suivre les conseils du Perroquet.
«Pourquoi, Bonne-Biche, lui demanda-t-elle dans la journée, pourquoi ne vois-je pas parmi toutes vos fleurs la plus belle, la plus charmante de toutes, la Rose?»
Bonne-Biche frémit, se troubla et dit:
«Blondine, Blondine, ne me demandez pas cette fleur perfide qui pique ceux qui la touchent. Ne me parlez jamais de la Rose, Blondine; vous ne savez pas ce qui vous menace dans cette fleur.»
L’air de Bonne-Biche était si sévère, que Blondine n’osa pas insister.
La journée s’acheva assez tristement. Blondine était gênée; Bonne-Biche était mécontente; Beau-Minon était triste.
Le lendemain, Blondine courut à sa fenêtre; à peine l’eut-elle ouverte que le Perroquet entra.
«Eh bien, Blondine, vous avez vu le trouble de Bonne-Biche quand vous avez parlé de la Rose? Je vous ai promis de vous indiquer le moyen d’avoir une de ces fleurs charmantes; le voici: vous sortirez du parc, vous irez dans la forêt, je vous accompagnerai, et je vous mènerai dans un jardin où se trouve la plus belle Rose du monde.
— Mais comment pourrai-je sortir du parc? Beau-Minon m’accompagne toujours dans mes promenades.
— Tâchez de le renvoyer, dit le Perroquet; et s’il insiste, eh bien, sortez malgré lui.
— Si cette Rose est bien loin, on s’apercevra de mon absence.
— Une heure de marche au plus. Bonne-Biche a eu soin de vous placer loin de la Rose, afin que vous ne puissiez pas vous affranchir de son joug.
—
