L'écho du passé - Géraldine Vert - E-Book

L'écho du passé E-Book

Géraldine Vert

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Beschreibung

Résumé Ce troisième livre clôt le chapitre sur une majeure partie de ma vie et pas des moindres. A travers mes aventures photographiques, mes anecdotes en Corse et en Provence toujours ponctuées de rire et de sourire, je me dévoile à vous comme jamais je ne l'ai fait jusqu'à présent, vous révélant mes démons les plus intimes depuis ma plus tendre enfance, mais également dans ma vie de femme. Ecrire ces trois volets a été pour moi une véritable thérapie. Je tiens à dédier ce livre à tous celles et ceux qui ont souffert de maltraitance physique, psychiques et surtout leur dire n'ayez pas honte de ce que vous avez vécu, les seules personnes qui doivent avoir honte sont celles qui ont abusé de vous, qui ont bafoué vos droits, vous plongeant dans la détresse. N'ayez pas peur de demander de l'aide, vous constaterez alors que vous avez au plus profond de vous toutes les ressources nécessaires pour sortir de ce cauchemar Géraldine Vert

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Seitenzahl: 176

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Géraldine Vert

Née à Toulon dans le Var, le 17 octobre 1971. Je quitte le continent pour la Corse avec mes parents dès mon plus jeune âge pour y revenir à mes neuf ans. Mes parents divorcent, mon père nous laisse ma mère et moi dans une pauvreté absolue. Dès l’âge de 14 ans, je quitte l’école pour subvenir aux besoins du foyer. Autodidacte et passionnée de lecture, je continue à m’instruire sans relâche jusqu’à l’obtention de mes diplômes que je valide en candidate libre à la suite de quoi j’exercerai un métier passionnant dans le milieu de la politique et associatif. L’escalade, la randonnée alpine et les arts martiaux deviennent mes exutoires. Je me marie à l’âge de 30 ans et à 45 ans je suis atteinte de plusieurs cancers successifs. Après avoir perdu emplois, vie sociale, amis, et avoir cessé mes activités sportives, la photographie deviendra ma nouvelle passion et m’aidera à me reconstruire. C’est à partir de ce moment-là que je crée une page sur les réseaux sociaux et que je commence à publier mes photos accompagnées de mes textes, je me vois aussitôt encourager par de nombreuses personnes à écrire mon premier un livre.

Ces trois bouquins sous forme de chroniques deviendront mes exutoires à la souffrance et m’auront permis de tourner la page une bonne fois pour toutes

Du même auteur :

- Ces fragments de vie

- Derrière le masque

- Les gardiennes du temps (livre photo)

- L’écho du passé

La vie brise tout le monde, et ensuite, quelques-uns deviennent plus forts aux endroits où ils ont été brisés

Ernest Hemingway

Sommaire

Le premier jour du début ou du reste de ma vie

Forêt de Janas – Six-Fours-les-Plages – Var La rencontre

L’automne ma saison préférée

Oppède le Vieux — Vaucluse

Lurs — Alpes-de-Haute-Provence

Gordes — la fierté des monts de Vaucluse

Quelques jours à Béziers

Le Gouffre Fontaine de Vaucluse

Julian et Louise (suite)

Un contexte social de plus en plus difficile

Gordes Les monts de Vaucluse

La messe avait un goût de papier

Batterie du Cap Nègre Six-Fours-les-Plages — Var

Une rencontre inattendue

L’envie et la jalousie Sont l’apanage des gens malheureux

Ma Provence

Gordes les monts de Vaucluse Une vie sous la ville

L’éveil

La parole est d’argent, le silence est d’or

La colère d’Eole

Mon copain le héron

Gordes Les monts de Vaucluse

Sacré mois de mars

Être une femme

Remerciements

Le premier jour du début ou du reste de ma vie

17 octobre 1971 un nouveau-né voit le jour à la clinique Notre-Dame du pont du Las à Toulon dans le Var, et ce de manière rocambolesque (Ces Fragments de vie). Mais quelle stupeur pour mes parents qui s’attendaient à la venue d’un garçon.

Aussi ils n’avaient aucun prénom à me donner, car pour ma mère je n’étais qu’un fibrome qui au moment où elle se rendit chez le médecin pour des douleurs abdominales accompagnées d’aménorrhée s’entendit dire :

– Jeannine c’est un drôle de fibrome que tu as là, tu es enceinte de cinq mois, toutes mes félicitations

– Quoi ! s’écria-t-elle, ce n’est pas possible à mon âge (40 ans) et puis je ne veux pas d’un enfant dix-huit ans après le l’ainé et quinze ans après ma cadette. Non j’en ai fini avec les couches et les biberons. Docteur, je vous en prie, n’y a-t-il rien que vous puissiez faire ?

– Je ne peux plus intervenir Jeannine, le délai légal de l’avortement est largement dépassé, je crains fort que tu sois dans l’obligation de te résigner à garder cet enfant, avec l’appui de Nonce. Considérez cette venue comme votre bâton de vieillesse, tu sais que parfois les évènements les plus inattendus se révèlent être de belles surprises.

À cet instant, Jeannine ne put refouler ses larmes. Elle laissa libre cours à son désarroi, ne sachant plus vers qui se tourner. Dans le déni total de cette grossesse, elle en conclut que le docteur devait se tromper et alla voir Eva, sa sage-femme, en qui elle avait toute confiance. Effectivement, cette professionnelle l’avait aidée à mettre au monde les deux premiers. Cette dernière, après une auscultation rigoureuse, lui confirma le verdict du médecin.

Mon père se trouvait lui aussi autant désemparé que ma mère devant cette situation et ne savait pas quoi faire pour calmer son épouse qui n’arrêtait pas de pleurer.

Elle n’en voulait pas de cet enfant et ne pouvait s’empêcher d’en vouloir à mon père de s’être oublié cette nuit-là.

Bon sang à quoi pensait-il ?

Les jours passaient et son ventre s’arrondissait dans des courbes généreuses.

Avec l’arrivée du printemps, Jeannine reprenait espoir et ce dit que finalement, cet enfant serait certainement une aubaine, car à bien y réfléchir les choses n’arrivent pas par hasard en fin de compte. Il existe toujours une raison bonne ou mauvaise.

Comme un papillon sortant de sa chrysalide, l’humeur de ma mère s’était muée en une douce euphorie. Et c’est avec le cœur léger et le sourire aux lèvres que Jeannine se lança dans des achats de folie pour le dernier-né, prévu pour le mois d’octobre. Elle acheta tout dernier modèle. La famille lui disait qu’elle avait perdu la raison de faire autant de frais alors qu’ils pouvaient la dépanner pour des affaires de bébé, car ils en avaient des tas à donner. Ma mère resta sourde à leurs propositions. Ce bébé aurait tout le confort nécessaire. Une chambre bien à lui, tout en blanc avec quelques fines dorures, des draps blancs et jaune poussin, les tétines étaient de couleurs ivoires, les biberons assortis. Dans son élan, elle avait aussi fait l’acquisition d’une table à langer. Enfin, tout était prêt pour accueillir ce nouveau venu au sein de la famille. Cédant à une pulsion de plus, elle fit rentrer une salle à manger, avec salon en cuir dernier cri ainsi qu’une nouvelle chambre à coucher parentale. Ah les hormones d’une femme enceinte !

Ma mère avait des idées de renouveau et jetait toutes ses vieilleries d’époque qu’elle ne supportait plus et envisager de déménager dans un bel appartement. Son souhait se réalisa juste après ma naissance.

Mes parents avaient eu la chance d’acquérir un appartement grand standing tout neuf aux Œillets quartier Sainte Musse de Toulon Est. L’intérieur était tout en marbre et les murs n’avaient pas encore étaient peints quand ils emménagèrent. Il y avait un balcon immense, les pièces étaient spacieuses et lumineuses, et cerise sur le gâteau il y avait une chambre supplémentaire pour héberger ma grand-mère maternelle. Enfin, tout était réuni pour couler des jours heureux.

Ah, mais quel fibrome ! j’en ai entendu parler toute mon enfance de cette histoire, mon papa se plaisait à la raconter avec une pointe de fierté dans la voix surtout en ma présence.

Oui, je sais, les personnes me disent souvent : « tu parles de ta mère, de ton frère, mais jamais de ton père ». Aussi dans ce bouquin j’ai décidé de vous parler de lui, de cette personne qui ne tenait pas en place et que l’on surnommait avec un humour non désuet de vérité « l’homme à la valise ». Je pense que j’ai hérité mon côté vadrouille de lui. En outre, après un ras-le-bol général d’être à terre, additionné à cela la faillite de la boucherie ; mon père jugea opportun de prendre le large et de s’engager à bord du câblier le « Marcel Bayard ».

Et il a exaucé son vœu le plus cher, qui était celui de partir à l’aventure.

Lors de notre aménagement aux œillets dans ce bel appartement, ma mère et moi nous nous retrouvions seules avec grand-mère. C’était un déchirement lorsqu’il prenait la mer pour des mois surtout pour maman. Personnellement, je ne me rendais pas bien compte, tout ce que je voyais c’est que papa me ramenait des poupées de collection à l’effigie de chaque pays où il faisait escale.

Ce dernier voyant sa femme malheureuse, il quitta ce navire pour un emploi plus proche sur les transbordeurs qui effectuaient la traversée entre la Corse et le continent. C’est à ce moment-là qu’il a convaincu ma mère de tout quitter et de venir s’installer en Corse auprès de lui. Et de fil en aiguille, après de nombreux tracas auxquels mes parents avaient dû faire face, deux ans après ma naissance, nous voguions ma mère et moi vers l’inconnu.

Nous sommes au printemps 1973, à bord du bateau qui nous emmenait ma mère et moi vers le début d’une nouvelle vie à Bonifacio. Jeanine ne savait plus à quels saints se vouer. Le petit « tronc de l’air » qui l’accompagne ne cesse de pleurer et de vomir, inconsolable, la petite ne cesse de geindre et d’appeler son père, bien sûr qui n’est pas à bord ce jour-là.

Maman d’abord réticente à l’idée de laisser sa mère, sa fille et mon frère qui étaient tous des adultes et menaient leur vie, avait fini par céder lorsque Nonce, mon père lui avait appris qu’il avait trouvé une villa à louer et que tout était prêt pour nous accueillir. Ce dernier ne voulait plus revenir sur le continent après tous les soucis auxquels il avait dû faire face, j’y reviendrai un peu plus loin dans le bouquin.

Une fois réglé le problème du déménagement et des divers papiers, et que ma grand-mère maternelle eut aménagé avec sa sœur, nous embarquions enfin ma mère et moi à bord du navire, qui en ce qui me concerne comme vous l’avez compris se révéla un véritable cauchemar. J’avais le mal de mer, bref une fois arrivées à destination Pierrot l’ami de papa était venu nous chercher (mes grands-parents paternels n’étant pas sur l’île) pour nous conduire à ladite demeure.

La voiture roulait tout en cahotant sur un chemin de terre en friches nous ballotant et nous secouant comme des sacs de pommes de terre d’un bord et de l’autre. Ma mère m’agrippait du mieux qu’elle pouvait, des herbes hautes jalonnaient le sentier, au bout d’un parcours infernal et interminable, nous sommes enfin arrivés à destination devant une minuscule barrière peinte en blanc.

Pierrot descendit du véhicule et poussa le portillon, maman aperçut une maisonnette qui ressemblait plus à un cabanon en plein maquis corse qu’à une demeure habitable, elle descendit à son tour pour rejoindre Pierrot, et dit :

– Pierrot, je ne vois pas la villa, c’est normal ? Ne me dis pas que c’est ça la maison dont Nonce m’a parlé !

– Jeannine il y a eu un léger contretemps, mais tout va s’arranger, ne t’inquiète pas Nonce s’en occupe ce n’est que du provisoire. Avec l’accent corse bien sûr.

– Un contretemps ! Du provisoire ! Mais c’est une ruine ! il n’y a même pas un coin douche ni de toilettes ! juste un matelas au sol et un réchaud de camping, non, mais c’est une blague j’espère !

- Eh Jeannine calme-toi, ne le prend pas comme ça, viens, viens, ça va aller un petit coup de ménage et ça va le faire, et puis il y a une cheminée pour vous chauffer toi et la petite.

Sur ce, une énorme tarente suivie d’un rat des champs passèrent entre les jambes de maman qui se mit à hurler, délogeant par la même occasion une toute petite couleuvre qui s’était lovée dans un coin du cabanon. La colère de ma mère était à son paroxysme, des larmes de rage et de désespoir lui montèrent aux yeux.

– Non, mais tu te rends compte que j’ai quitté un appartement neuf où « il a fallu que je fasse des pieds et des mains pour l’obtenir ! Un appartement où nous avions tout le confort et que j’ai tout abandonné pour venir vivre en plein maquis !

– Écoutes Jeannine (toujours avec l’accent corse) Nonce ne devrait pas tarder à rentrer d’ici un ou deux jours tu verras tout ça avec lui, je suis sûr que ce malentendu va être réglé au plus vite

– Hors de question ! S’écria-t-elle que je reste dans ce « boui-boui » ! Avec la petite, tu me trouves un hôtel à Bonifacio avec pension complète, et Nonce s’arrangera comme il veut après pour trouver un logement décent pour sa fille et sa femme ! Laisse-le arriver celui-là ! il va entendre parler du pays, je t’assure Pierrot !

– Jeannine nous pouvons vous héberger avec Marie Dominique, pas de problème notre maison est grande tu sais et vous êtes les bienvenues.

– Non Pierrot, c’est très gentil à toi, mais nous avons assez abusé de ta gentillesse, je réglerai ça avec Nonce à son retour.

Pierrot dépité avait le terrible sentiment d’avoir échoué dans sa mission. Aussi il nous emmena à l’hôtel. Hôtel dans lequel nous sommes restés tout de même deux mois avant que mon père ne trouve une villa confortable, mais il a fini par en dénicher une qui se révéla être un vrai petit bijou. Entre parenthèses, je ne vous raconte pas le savon que maman lui a passé quand il nous a rejoints à l’hôtel pour la première fois, il en a entendu parler du pays ! Ma mère se faisait un sang d’encre pour les meubles tout neuf qu’elle avait mis en gardemeuble et craignait qu’ils ne s’abîment et prennent l’humidité. Je vous rassure, ces derniers n’ont eu aucun souci et n’ont subi aucun dégât au grand soulagement de Jeannine.

Finalement, nous avons gardé le cabanon pour papa et moi quand nous partions en promenade et surtout pour y faire le nougat noir que l’on mettait à refroidir sur le marbre de la cheminée, pour ensuite le croquer à pleines dents une fois qu’il était bien refroidi et reposé. C’était un pur délice et de mémoire je n’ai jamais retrouvé ce goût d’antan avec les autres nougats noirs que j’ai pu acheter tout au long de ma vie. Je pense que les saveurs de la prime enfance ont un goût particulier et irremplaçable, ils ont le goût de la joie et de l’innocence accompagné d’un sentiment de liberté et d’amour.

Vous connaissez la suite. Nous avons coulé des jours heureux. Papa avait trouvé un emploi à terre comme boucher sur le port de Bonifacio, il rentrait tous les soirs à la maison, mon frère nous a rejoints dans la foulée et exerçait le métier de barman également sur le port.

Ma grand-mère maternelle est venue nous rendre visite pour une période de six mois. Nous étions heureux de sa visite, puis elle est repartie sur le continent rejoindre sa sœur avec qui elle ne s’entendait pas du tout ; cette dernière étant vieille fille avait du mal à accepter le mode de vie de mamie Louise et en devenait jalouse au point de s’en rendre malade.

Tous les après-midis avec ma mère nous partions nous promener. Sur le chemin, nous ramassions cousteline et poireaux sauvages, ensuite nos pas nous guidaient vers l’entrepôt de café dont le gérant était un ami intime de la famille. À chacune de nos visites, il donnait de ce précieux nectar à ma mère et du chocolat pour moi. Quelques fois, nous avions aussi droit à de belles tasses de café ou des verres à whiskies d’ailleurs il m’en reste encore quelques-uns c’est dire si c’était de la qualité, quarante-cinq ans après ils sont toujours intacts.

Pratiquement tous les week-ends, nous partions soit chez ma grand-mère paternelle du côté de Belgodère à Costa ou bien encore, chez l’ami Pierrot. Moi je retrouvais mon bourricot avec lequel j’allais chercher mon père qui jouait à la pétanque sur la place du village avec les collègues et bien sûr le pastaga ! et une menthe à l’eau pour moi.

Ce bourricot il était adorable, mais un peu têtu par moment il aimait bien en faire à sa tête et avancer quand il l’avait décidé ! Bon, je prenais mon mal en patience en attendant qu’il daigne avancer. Mais un jour je ne sais quelle mouche l’avait piqué il partit au trot avec moi sur le dos, je sautais dans tous les sens et m’agrippais comme je pouvais en lui criant oh ! Oh : tout doux, finalement rassuré par mes caresses, il se calma et ralenti la cadence pour revenir à une allure normale, il avait du être effrayé par quelque chose, je pense.

Je vous assure que pour moi ce fut les plus belles années de mon enfance

Cette terre de beauté que je chéris au plus profond de mon cœur, l’endroit où j’ai passé les meilleurs jours de mon enfance dans une insouciance absolue. Une île où nous aimons retourner avec Alain et où je vous emmène flâner du côté de Zoza, en passant par Bonifacio, pour finir à Sainte-Lucie de Tallano, le tout en admirant le panorama qui s’étend jusqu’au rocher du Lion de Roccapina qui domine et veille à la fois sur la tour et sur cette merveilleuse plage qui se mérite. Et oui, vous l’avez deviné, il faut s’y rendre à pied bien sûr et cela me paraît tout à fait légitime si l’on veut préserver un tant soit peu ce coin de paradis objet de bien des convoitises depuis des temps immémoriaux.

Citadelle Bonifacio

Zoza — Corse

Forêt de Janas – Six-Fours-les-Plages – Var La rencontre

Par une matinée glaciale du mois de janvier, où les branches des arbres dépourvus de tout feuillage s’élevaient vers le ciel, criant leur désespoir, ils faisaient appel à la clémence du temps. Aussi, dans cette aube naissante encore dépourvue de soleil, je n’aspirais qu’à m’échapper de la maison.

Deux jours auparavant, j’avais repéré un petit coin isolé, assez éloigné du chemin de randonnée, du côté de la forêt de Janas, et ce en vue de photographier en toute quiétude mes petits oiseaux. Dans la maison encore endormie, je saisis au vol ma thermo de café, un petit casse-croute qui me servirait de petit-déjeuner improvisé, mon sac à dos, le trépied, et me voilà déjà dans l’ascenseur affublé d’une parka, d’un bonnet en laine et de mitaines, je croise ma voisine qui me dévisage de la tête au pied, lisant une sorte d’incompréhension sur son visage, je la salue en lui disant que je pars à la chasse aux petits oiseaux, bien sûr photographiquement.

Trépignant d’impatience dans une circulation plus dense qu’à l’accoutumée pour 7 h 30 du matin, chose quasi coutumière, car tous les militaires et travailleurs privés des entreprises privées sous-traitantes s’engouffrent dans un flot ininterrompu de véhicules par la porte de l’arsenal coté Malbousquet au niveau de Toulon ouest, endroit où nous habitons bien évidemment. Il suffit de quitter le domicile avec dix petites minutes de retard et c’est la catastrophe.

En attendant patiemment que la situation se débloque, puisque de toute façon je suis retenue dans les embouteillages j’enclenche l’album de Queen Bohemian Rhapsody et Freddy Mercury entame une partie que j’affectionne, ayant vu le film, c’est bien évidemment, le moment, où il monte sur scène pendant le Live Aid de 1985, moment poignant et inoubliable, qui me fait frissonner et m’émeut, et je pense que c’est la même émotion pour tous celles et ceux qui ont eu la chance d’y assister. Arrivée en bout de CD avec « Show must go on », je me rends compte que je suis arrivée sur place. Merci Freddy. Même avec un peu de retard je trouve un endroit pour garer ma voiture sur la corniche merveilleuse et en prime, juste au point de départ du chemin de randonnée qui monte à notre Dame du Mai.

Bon sang qu’il fait froid ce matin, de la buée s’échappe de bouche et je me félicite au passage d’avoir pris mon bonnet et mes mitaines qui me tiennent bien chaud ainsi que la grosse parka de chantier d’Alain. Je pense qu’il est inutile de vous préciser que je ressemblais au célèbre bonhomme de la publicité pour les fameux pneus que nous connaissons tous ; mais importe du moment que j’ai chaud c’est l’essentiel, et je ne suis pas là pour un défilé de mode ; mais bien pour me fondre dans le paysage de façon à ce que mes amis à plumes ne soient pas perturbés par ma présence. J’entame d’un pas tranquille la montée, dans cette douce mélodie du silence, seul le bruit de mes semelles crisse sur une fine couche de verglas et je me félicite d’avoir pensé à un bâton de marche, ce qui m’évite de glisser et de chuter. Je m’arrête un instant avant le panorama qui s’offre à moi sur la grande bleue et au loin Toulon s’éveille. Après quelques minutes de méditation sur la chance que j’ai d’assister à un tel spectacle, je continue allègrement mon chemin et je bifurque sur un petit sentier non balisé qui, je pense, doit servir soit de repère à des chasseurs, ou bien, à quelques chèvres de Rove qui viennent de temps à autre nettoyer le coin en dévorant goulûment les herbes sauvages, je dois dire que c’est un excellent procédé écologique bénéfique à l’environnement.