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Une double affaire pour le célèbre détective !
Cicéron Angledroit est détective privé en banlieue parisienne. Quand il ne croule pas sous les affaires, ce qui est régulièrement le cas, il partage son temps entre sa fille et ses maîtresses. Mais voilà, tout à coup, il se retrouve avec deux dossiers sur le dos. D’un côté, une sombre histoire de flics pas très honnêtes, de l’autre, un mystère autour d’une naissance… Avec son flegme et son humour légendaires, Cicéron mène l’enquête.
Dans la veine de San Antonio ou de Nestor Burma, ce détective se coltine, avec humour et nonchalance, des enquêtes rocambolesques et hautes en couleur. Servi par un style vif et une langue pleine de verve, ce polar ne vous tombera pas des mains.
Mise en garde de l’éditeur : de nombreux cas d’addiction ont été rapportés. Cette addiction semble irréversible et définitive. Toutefois, à ce jour, aucune plainte n’a été enregistrée !
Une nouvelle aventure de Cicéron, le privé le plus borderline et le plus endetté de toute la banlieue parisienne !
EXTRAIT
Margueron s’est rassis et a repris le touillement ou touillage de sa Desperado. Il regarde autour de lui avant de parler comme s’il allait me remettre en loucedé les plans de la dernière bombe à tritons qu’il aurait piqués au général en chef des armées françaises.
— C’est que… C’est que… c’est délicat.
— Accouche, merde ! On t’a dit que c’était un pote, le détective, tu peux tout y dire.
René s’en voudrait de m’avoir déplacé pour un pétard mouillé. Je lui en sais gré :
— Ouais, vas-y, je t’écoute. Je ne suis pas flic, pas journaliste et encore moins juge.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Une écriture gouailleuse, jubilatoire, des trouvailles littéraires fort bienvenues, et des éclairages sur cette terra incognita que représente la banlieue pour les provinciaux, qui ne la connaissent en général qu'à travers la vision tronquée qu'en donnent les médias... Un vrai coup de cœur! - Jean Failler
À PROPOS DE L'AUTEUR
Banlieusard pur jus, Cicéron Angledoit - de son vrai nom Claude Picq - est né en 1953 à Ivry, ceinture verte de Paris transformée depuis en banlieue rouge.
« Poursuivi » par les études (faute de les avoir poursuivies lui-même) jusqu’au bac, il est entré dans la vie active par la voie bancaire. Très tôt il a eu goût pour la lecture : Céline, Dard, Mallet… Et très tôt il a ressenti le besoin d’écrire.
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Seitenzahl: 264
Veröffentlichungsjahr: 2016
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CICÉRON ANGLEDROIT
Nés sous X
éditions du Palémon
DU MÊME AUTEUR
1. Sois zen et tue-le
2. Nés sous X
3. Fallait pas écraser la vieille
4. Riches un jour, morts toujours
5. Qui père gagne
6. Hé cool la Seine
Communiquons : [email protected]
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CE LIVRE EST UN ROMAN.
Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres,
des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant
ouayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.
REMERCIEMENTS
PRÉAMBULE
Pour celles et ceux qui entrent directement, par ce bouquin, dans l’univers de Cicéron et qui, de ce fait, n’ont pas eu le bonheur de lire les précédents ouvrages, voici une courte, mais opportune, présentation des personnages principaux.
Les Z’Hommes
Cicéron Angledroit : détective, la petite quarantaine, pas très grand, mal peigné, assez looser et très opportuniste. Il élève, seul, sa fille de trois ou quatre ans, Elvira (Elvira Angledroit… autre calembour). Son ex-femme est partie à l’étranger où elle enchaîne les missions humanitaires. Sa mère, yougoslave, vit à Paris et s’occupe souvent de la petite… Il fait ce qu’il peut pour vivre, c’est surtout un observateur. Il vit à Vitry ; un deux-pièces dans une maison divisée en appartements… Ses voisins africains comptent beaucoup dans sa vie.
René : caddie-man à l’Interpascher de Vitry… mi-ouvrier mi-traîne-savates… un homme bourru, rustre mais attachant (un peu le Béru de San-A mais en moins exotique). Il fréquente, chaque matin, le même bistro (dans la galerie de l’Interpascher) que Cicéron. Ils se sont rencontrés à l’occasion d’un attentat qui a touché le troisième larron important de l’histoire (Momo). René, sous ses airs rustauds, est un homme bien. Il se métamorphose parfois dans son rôle de président d’une association de malades (d’aide aux malades plus exactement), dans lequel il fait preuve d’un charisme étonnant.
Momo : un taciturne au statut de SDF (faux statut), intellectuel « rentré », pas expansif ni vantard. Il vend des Belvédères (journal de réinsertion) à la sortie d’Interpascher… Il déploie une telle psychologie que cette activité est très lucrative pour lui. C’est le penseur de la bande. Il connaissait déjà René. Mais un attentat (lire Sois zen et tue-le), dans la galerie marchande, l’a privé de son bras droit et lui a permis de sympathiser avec Cicéron, qui croisait ces deux-là, chaque jour, sans faire attention à eux. Depuis qu’il est manchot il a doublé son chiffre d’affaires…
Le commissaire Saint Antoine : un flic à l’ancienne, pas très loin de la retraite, connaissant bien la vie, désabusé mais très droit. Est devenu pote avec Cicéron, auquel il confie quelques affaires en marge quand il n’a pas les coudées franches. Pote mais avec, quand même, la barrière des convenances et du respect qu’ont ancrées, en lui, son éducation et une longue carrière poussiéreuse de fonctionnaire de terrain.
Les Nanas
Brigitte : la maîtresse « officielle » et régulière de Cicéron. Elle est préparatrice dans une pharmacie et mariée à Jacques, un conducteur de travaux désormais au chômage. Ça ne facilite pas les choses mais ces deux-là parviennent toujours à leurs fins.
Monique : veuve de Richard Costa qui a été au cœur de Sois zen et tue-le. Elle aussi maîtresse de Cicéron mais plus épisodiquement. Elle est également lesbienne et vit désormais avec Carolina, son ancienne belle-sœur (sœur de Richard).
Carolina : juste ci-dessus évoquée, c’est le fantasme number one de Cicé. Manque de bol, lui si talentueux d’ordinaire, se métamorphose en cloporte dès qu’il approche d’elle. Au fil des aventures, ils se familiarisent l’un à l’autre mais ça n’est pas facile. D’autant que Carolina connaît très bien le passé de Monique et de Cicé et qu’elle semble plus exclusive que notre héros.
Voilà, voilou… Bonne lecture !
Mardi
L’horloge débitait des secondes : soixante par minute, des minutes : soixante par heure, des heures : vingt-quatre par jour. C’était d’un chiant ! Le soleil, déjà, se carapatait vers l’ouest, éternel fuyard. Toujours vers l’ouest. Trois cent soixante-cinq jours par an, trois cent soixante-six les bonnes années. Comme un chien qui court après sa queue. C’était d’un mortel ! En plus il avait plu toute la journée. Y a que ce soir que les nuages s’étaient dissipés. Ça nous promettait une nuit ensoleillée en quelque sorte. Avec plein d’étoiles et des mouches qui viendraient s’éclater la tronche contre la vitre. À l’intérieur Margueron compte ses sous… son butin. Pratique, cette fois-ci y avait pas à partager. Parce que diviser en deux ou en trois un butin, souvent trop maigre, c’était pas toujours facile. Ça tombait jamais rond. Il avait vidé le sac FNAC sur la table de la cuisine. Pas derche ! Heureusement c’était des euros. Margueron gratte son Zippo et met le feu à la liasse des billets de dix euros qui comporte un trombone en plus de son bracelet en plastique. Putain, une liasse piège ! songe-t-il en regardant les biftons se racornir sous l’effet de la flamme. Des billets numérotés préparés exprès pour le flag ou la perquise. On ne la lui fait pas à Margueron, celle-là. Restait exactement quatre mille huit cent trente euros consommables. Pas mal ! En plus pas à partager. Tout pour sa pomme. Un vrai coup de bol. D’habitude Margueron, il lui faut un ou deux complices pour se faire une station-service ou une supérette. Une banque, il avait jamais osé. À cause des systèmes d’alarme qu’il pressentait et qui lui pourrissaient d’avance l’ardeur. Là, cette fois-ci, il n’avait eu qu’à se baisser. Pas plus compliqué que ça. Cet après-midi, entre deux averses, Margueron était allé essayer sa vieille 650 CXE Honda qu’un pote lui avait enfin remontée. Il pleuviotait mais l’envie avait été trop forte. D’ordinaire, quand il pleuvait, il préférait prendre la Fiesta s’il avait quelque chose à faire dehors. Là, il avait rien à foutre de particulier mais le bruit du gros V-twin lui manquait. Direction le sud. RN7. Il quitta Juvisy vers quinze heures. À quinze heures vingt, il entamait la descente de Corbeil. Deux ou trois coups d’accélérateur, à vide, au feu rouge du lycée, histoire de frimer devant un petit groupe de gonzesses multicolores qui attendaient leur bus. Vert ! Beau démarrage. Le V2 était une merveille. Le voilà en bas de la côte. Nouveau feu rouge. Pas de gonzesses, mais une bagnole de flics en sens inverse. Calmos. Margueron n’a pas son permis moto. Pas la peine d’en faire trop. Peinard, il redémarre en regardant ailleurs. Les keufs foncent, direction lycée. Ouf ! Encore un feu. Bordel de merde ! Cent mètres : un feu, cent mètres : un feu, et tous rouges bien sûr. Margueron s’admire dans la vitrine de l’opticien. Belle dégaine. Y a pas à dire, une bécane, ça rend un mec beau. Quelques petits coups timides d’accélérateur et ça repart. À sa droite, deux fondus sortent en courant du Crédit Agricole et s’engouffrent dans une vieille Golf GTI qui les attendait en warning. La caisse démarre sur les chapeaux de roues. C’est quoi ce merdier ? Margueron les suit. De loin, machinalement. De toute façon, ils vont dans la direction qu’il s’était choisie. La 650 grimpe la côte. Pas trop vite. Pas rattraper la caisse. En haut : l’Ermitage et ses barres HLM, la Golf grille le feu. Margueron ralentit. Il s’arrête presque. Le feu passe au vert, il réaccélère. La Golf est plus loin, pas très loin. Un autre feu. La bagnole stoppe. Obligée, les autres caisses l’empêchent de passer. Margueron reste en retrait. Le flot repart. Au niveau de l’usine ALTIS, virage à droite, direction Mennecy. Là, ça carbure sur la RN191. Encore une série de feux. Mais tous verts. On file. La Honda mouline dans les tours. La Golf fume. Une fumée blanche. Sans doute le joint de culasse qui fatigue. On traverse Mennecy comme une fleur. Au niveau de la Perception la voiture passe au vert mais la moto doit stopper. Margueron regarde la Volkswagen. Où elle va ? Tout droit. OK, direction la piscine. Vert ! La Honda s’arrache à donf. Au rond-point de la Poste, ça frotte côté gauche, la béquille latérale qui traîne un peu, faudra retendre le ressort. La RN191 passe sur quatre voies. Ça pousse fort. La passerelle de la piscine s’approche du plus vite qu’elle peut. Margueron ne voit plus la voiture qu’il suivait. Feux rouges et mômes qui traversent. Putain ! Y’peuvent pas prendre la passerelle !? Le pied à terre, Margueron zieute tout autour de lui. Des fois que… Il a raison, la Golf repointe son nez en face de lui. Après un détour elle se dirige vers le parking de la piscine, dans le lotissement genre amerloque. Du coup, pour gagner du temps, Margueron suit les gamins sur les passages cloutés. Des tennismen le reluquent de travers. Il la joue modeste. Un petit coup de première et le voici à vingt mètres de la VW. Le passager descend. Un sac FNAC à la main. Il grimpe dans une AX et démarre. La Golf repart dans le village amerloque. L’AX fait demi-tour et repique la RN191, direction Corbeil. Margueron hésite trente secondes et préfère suivre le sac FNAC. Il coupe à travers l’espace piéton et se retrouve devant l’AX. Il ne force pas. La Citroën non plus. Il arrive au niveau de la poste. Il regrette d’être devant. Que faire ? Il se met en orbite autour du rond-point. La tire fait le tour et descend la côte de la Gendarmerie. La moto suit. De loin. Juste assez pour voir la direction prise en bas de la côte. Ça vire à droite. Margueron aussi. Il file vers la gare. Il ne voit plus l’AX. Merde ! Au niveau du laboratoire d’analyses médicales il voit un mec traverser. Un sac FNAC à la main. Il le passe, se tape le rond-point de la gare (eh oui, encore un, c’est à la mode dans le coin) et revient. L’AX est garée sur le parking qui longe l’avenue. Juste devant un marchand de fuel. Le « sac FNAC » fouille ses poches et ouvre le portail d’une baraque posée là. Il grimpe trois marches quatre à quatre et pénètre dans la maison. Margueron béquille sa moto un peu plus loin, sur le trottoir, devant un coiffeur. Il revient sur ses pas. Passe devant la maison. Continue. S’arrête à la boulangerie. Achète un croissant aux amandes. Paye. Revient vers la maison. Se repose un instant sur le muret du labo. Y consomme son croissant. Des thuyas l’empêchent de bien voir ce qui se passe dans la maison. Il n’a pas fini son goûter que le mec ressort, sans son sac, regarde à gauche, à droite et traverse. Il s’engueule avec le marchand de fuel qu’il gêne avec sa bagnole mal garée. Puis redémarre direction d’où il vient. Margueron s’essuie la bouche avec la serviette en papier que lui a donnée la boulangère. Balance le papier gras à travers le grillage du labo et, nonchalamment, se dirige vers le portail. C’est ouvert. Il grimpe les trois marches du perron et frappe à la porte. Si ça ouvre, il fera celui qui s’est trompé. Ça ne répond pas. Personne. À tout hasard, il essaye d’ouvrir. Faut pas rêver, c’est fermé. Avec la circulation et les gens qui stationnent en face, vaut mieux pas rester en façade. Il contourne la maison. Derrière, une terrasse. Les volets ouverts. La porte-fenêtre ne résiste pas à la pression du genou de Margueron. Elle s’ouvre. Un salon. Pas un grand salon, mais un salon avec une table basse, un canapé et un bureau genre scriban. Le scriban est ouvert. Le sac FNAC y est coincé. Pas longtemps. Margueron le chope et repart comme il est venu. Retour en façade. Pas de problème. Sauf qu’il repleut. La selle de la Honda est trempée et Margueron n’aime pas avoir le cul mouillé. Il retourne à Juvisy par la côte de Montauger, Lisses, Évry, la 7 etc.
Épilogue du premier mardi
Une petite pause pour ceux qui ont lu Sois zen et tue-le
Mercred’1
— Papa ! Papa ! Viens voir… le jour, il est tout sale !
Ma mère est partie pour la journée à un voyage, comme elle dit, en autocar. On la prend porte de Clichy. Elle passe la journée dans l’Yonne avec d’autres vieux. On lui fait visiter une fabrique de conneries. Elle achète pour trois cents balles de casseroles ou de tapis ou d’étains ou de couverts. Petite bouffe au restau typique et retour à Paname avant la tombée de la nuit. Donc depuis hier soir, j’ai récupéré Elve, ma fille de croizan et nemi. Elle est pas trop en avance pour parler. Elle a du mal avec les consonnes. Faut dire qu’avec l’accent yougo de ma mère, qui l’élève, elle n’est pas à bonne école. Ça va quand même un peu mieux depuis qu’elle fréquente presque assidûment la maternelle de la rue Pouchet. On est levés depuis une heure mais je n’ai pas encore eu le loisir de regarder par la fenêtre. Je laisse donc tomber les Télétubbies du DVD que je lui passe en boucle et vais voir de quoi ma fille me cause. J’écarte les rideaux et je rigole. En effet, le jour, il est sale, il y a un brouillard à couper au couteau. C’est étonnant pour un mois d’avril. Ce matin mon bistro me manque, mais je n’allais tout de même pas y amener ma gamine. Déjà qu’elle commence, comme ma mère, à se poser des questions sur le cravail de son papa. Les Télétubbies c’est bien mais ça m’endort. Ça m’hypnotise ce truc. Heureusement je ne les regarde pas tous les jours.
— T’as raison, le jour il est sale aujourd’hui. Viens boire ton chocolat.
— J’ai pas faim ! Et la nuit ? Elle est où ? Elle est partie dormir ?
— Oui, c’est ça. Elle est couchée.
— Où ça ?
— De l’autre côté de la terre.
— Pourquoi ? Et le jour, il dort où ?
— Pareil… dans le lit de la nuit quand elle n’y est pas.
Ça frappe à ma porte. Pourvu que ça ne soit pas Félicité, ma voisine, qui vienne taper l’incruste.
— Papa ! Y a quelqu’un.
— J’y vais.
J’ouvre sur la tronche mal réveillée de René.
— René ? Qu’est-ce que tu fous là ?
— Ben, c’est à toi qu’il faut demander ça. Ça fait une plombe qu’on t’attend au rade, moi et Margueron.
— Margueron ?
— Oui Margueron. Tu connais pas Margueron ?… Le mec qu’a la moto pourrie. Mais si, le cousin de Momo.
Je remets le loustic. Il rôde souvent à l’Interpascher avec sa moto peinte au pinceau et son air de traîne-savates à l’affût. René aperçoit Elve. Il en devient aussitôt gaga.
— Oh ! mais c’est qui cette belle petite-fille ? Tu viens faire un bisou à tonton René ?
— C’est qui le meûssieur, papa ? C’est pas papy René…
— Papy René ? je m’étonne. T’as un papy René ? Depuis quand ?
— Ben oui, papy René. Le meûssieur qui vient jouer avec mamie.
Voilà que j’apprends que ma mère, ma propre mère joue avec un monsieur devant ma fille.
— Et ils jouent à quoi mamie et papy René ?
— Avec des cartes.
Ouf, un instant j’ai imaginé le pire. Ça aurait expliqué ma vie sentimentale, un peu décousue, à propos de laquelle je me demande souvent de qui je tiens.
— René, tu bois quelque chose ?
— T’as quoi ?
— Café, mais t’aimes pas… Coca, t’aimes pas non plus… Plus de bière. Voyons… À part du pinard.
— Ça ira très bien, j’ai soif.
Fait chier, le mec, ouvrir une bouteille rien que pour lui, Le matin en plus !… Je fouille dans mon placard sous l’évier. J’attrape la première bouteille qui se présente. Sidi Brahim que m’a refilé mon épicier en cadeau de fin d’année.
— T’as pas aut’chose ?
— Si, de l’eau… du robinet ou du lait enrichi pour môme.
— Ça ira. Tu peux pas venir ? Pour voir Margueron…
— Qu’est-ce qu’il me veut ton Margueron ? On lui a tagué sa bécane ?
— Il est pas mauvais pour un vin rebeu.
Il a l’air bon, en effet. René s’est servi dans un bock qu’il a trouvé sur l’évier et qui me sert, d’ordinaire, pour mettre des fleurs. Eh oui, j’aime bien mettre des fleurs quand j’ai de la visite… féminine. Il reprend :
— Non, mais il lui est arrivé un truc bizarre et il voudrait ton conseil avant d’en parler aux flics. Tu sais comment y’sont.
— Ça peut attendre demain, non ? J’ai Elve aujourd’hui. Je ne tiens pas à lui faire connaître ton Margueron.
— Ben c’est que…
Il se sert un second bock, si bien que la bouteille est aux trois-quarts vide.
— C’est que quoi ?
— C’est que… c’est pas vraiment ordinaire comme truc. Et puis, la petite je m’en occuperai si tu veux. Hein ? Tu vas jouer avec tonton Néné ?
— C’est ça, tu la promèneras dans un caddie sur le parking…
— Mais non, on jouera au flipper…
Je renonce à discuter. Son histoire pas ordinaire me titille, déformation professionnelle. Il vide la bouteille. Et puis merde, je ne vais pas renoncer à tout au prétexte que je garde Elvira ! Déjà que ça me foire un rendez-vous avec Brigitte.
— Bon d’accord… on arrive. J’arrive… je laisse Elve chez la voisine. Mais une heure, pas plus… T’es prévenu, dans une heure je suis ici.
La gamine est toute contente de cette aubaine. Elle adore Félicité et ses deux morveux. Bien qu’au début Félicité, étant donné son volume, lui faisait un peu peur.
Mercred’2
— Oh ! Qu’elle a gwandi !
Tu parles ! La dernière fois qu’elle a vu Elve remonte à quinze jours. Faut pas pousser quand même. C’est tout Félicité, ça.
— Vous pouvez me la garder une petite heure ?
— Pwenez vot’temps, monsieur Cicéwon. On va pwépawer le manger. Hein, Elviwa ?
— Tu me feras des crêpes ?
Bon, je laisse ma fille avec la voisine et rejoins tonton René qui m’attend devant ma Fiat Uno. P’tain, encore une tache en dessous ! Je me fous à quatre pattes et zieute mon carter… Soufflet de cardan qui fuit. Un coup de cinq cents balles (eh oui, je pense encore en francs). Mais pour aller jusqu’à l’Inter ça ira bien. Le brouillard s’est levé d’un coup semble-t-il. Préchauffage. Démarrage. C’est parti. En route vers de nouvelles aventures. René est pensif :
— Qu’est ce que t’as ? Ça n’a pas l’air d’aller ?
— Hein ? Moi ? Si… Je pense à l’histoire de Margueron. Tu verras, c’est vraiment bizarre.
— C’est qui ton Margueron ?
— Tu sais, çui qu’a la moto… Il passe souvent voir Momo, vu que c’est son cousin… Me demande pas de quel côté, j’en sais rien. Moi j’l’aime pas trop comme mec. Il a toujours l’air de se foutre de la gueule des gens. Même de Momo. J’sais pas exactement c’qu’il fait, mais ça doit pas être terrible. Il emprunte souvent du fric à Momo. C’est pour ça qu’il vient le voir. Mais d’après Momo, y’rembourse toujours. Bref, c’est pas le problème ! Mais y’est arrivé un truc quand même pas banal. Tu verras… Dis, elle est mignonne ta fille. Ça m’a fait plaisir de la voir. Des fois, moi et Momo, on croyait que tu nous racontais des charres à propos de ta gosse.
Mercred’3
Pas grand monde, ce matin, à l’Inter. Je gare la Fiat pile devant l’entrée principale. René descend et me précède dans la galerie. Tout est à sa place, comme j’aime. Le patron du bistro s’engueule avec la fleuriste parce que, selon lui, elle fout de la flotte partout et que ça éclabousse la grosse bouteille de Ricard en carton que le représentant en spiritueux lui a donnée pour mettre devant sa porte, des fois que les ivrognes du coin rateraient son établissement. En nous voyant, René et moi, il esquisse un sourire de constipé. C’est marrant, ce mec je l’aime pas et pourtant les matins où je ne mets pas les pieds dans son rade vous pouvez être sûrs que ma journée sera ratée. Momo est en grande discussion avec son cousin. C’est-à-dire que, le regard vague, il ne dit rien. Il doit être télépathe ce type-là. Toujours dans le brouillard à penser à je ne sais quoi (je ne vous le dirai donc pas). Margueron est assis en face de lui. C’est pas du tout le bonhomme à qui je pensais quand René m’a parlé de lui. Je ne me souviens pas l’avoir déjà vu. La bécane, oui, je me rappelle, une pièce de collection, on ne peut pas l’oublier, y en a qu’une en Île-de-France. Lui, c’est un grand type maigre qui a l’air de se foutre du monde, comme m’a dit René, il n’est pas vieux mais on ne lui donne pas d’âge. Sans doute à cause de ses cheveux avec cette grande mèche toute blanche. Il touille sa bière. C’est la première fois que je vois ça. Lui aussi a le regard dans le vague sauf qu’il regarde ailleurs, à l’opposé de Momo puisqu’il lui fait face. René l’interpelle :
— Margueron, c’est lui, mon pote le détective que tu m’as demandé.
Le vieux motard (que jamais) lève les yeux et estompe un sourire qui me rappelle étrangement celui du patron, à l’entrée.
— Bonjour, vous prenez quoi ?
Il me tend une main moite et molle. J’ai l’impression qu’il ne regarde que mes cheveux. Qu’est-ce qu’il y a ? Je suis mal peigné ? Ça m’étonnerait, je ne me suis pas encore coiffé ce matin. D’ailleurs je ne me coiffe que pour les occasions à caractère religieux, genre communions, mariages et enterrements. Pas franc, en effet, ce Margueron.
— Tu peux y dire tu…
— Ouais, tu peux me dire tu. Salut Momo, je te réveille ?
— Excuse Dec ! (Je ne sais pas pourquoi mais il persiste à m’appeler ainsi). Je te présente mon cousin, un p’tit frère en quelque sorte… Je t’expliquerai…
— Dis, t’as une parenté pas simple, toi…
— Non, mais c’est aussi notre frère à ma sœur et à moi. Je te raconterai.
— Laisse tomber, tu m’embrouilles et puis je ne pense pas être ici pour dessiner ton arbre généalogique.
— T’as raison. René t’a expliqué ?
— Il m’a juste dit qu’il fallait que je vienne toutes affaires cessantes pour écouter une histoire pas ordinaire qui est arrivée à monsieur. Comme c’était pour René et toi, je suis venu. Et puis aussi, je suis curieux. Alors, raconte…
Margueron s’est rassis et a repris le touillement ou touillage de sa Desperado. Il regarde autour de lui avant de parler comme s’il allait me remettre en loucedé les plans de la dernière bombe à tritons qu’il aurait piqués au général en chef des armées françaises.
— C’est que… C’est que… c’est délicat.
— Accouche, merde ! On t’a dit que c’était un pote, le détective, tu peux tout y dire.
René s’en voudrait de m’avoir déplacé pour un pétard mouillé. Je lui en sais gré :
— Ouais, vas-y, je t’écoute. Je ne suis pas flic, pas journaliste et encore moins juge.
Rassuré, le bonhomme avale sa bière without bulles d’un trait, se lèche les babines, réprime un rot et commence son histoire. Là il me raconte le début de ce bouquin que, bande de veinards, vous connaissez déjà avant moi. Je ne vais donc pas vous la resservir. Le patron, qui a trouvé un terrain d’entente avec la fleuriste (il mettra sa bouteille en carton de l’autre côté de la porte et elle arrosera avec un arrosoir au lieu du jet), m’apporte un double café et la note qui, me semble-t-il, tient compte des consos des autres. Je ne relève pas, c’est pour les fois où c’est l’inverse. Je paye pour qu’il dégage, il bloque les confidences de mon ami. L’autre en est au moment où il doit reposer son cul sur sa selle mouillée. J’en sais donc autant que vous. C’est à ce moment-là qu’il se met à farfouiller dans son sac à dos mono-bretelle comme ça se fait maintenant. Je m’attends à ce qu’il en sorte un flingue et qu’il fasse un carnage dans le café. Je ne sais pas ce que j’ai mais c’est souvent que j’ai ce genre de fantasme. Je pars de la réalité et je divague. Des fois ça fait peur. Mais non, il sort un journal.
Mercred’4
Il me colle la une sous le nez :
— Regardez… regarde… C’est Le Parisien de ce matin. Édition du 91. C’que j’t’ai raconté, c’était hier après-midi. Regarde…
Je prends le canard. La une. Photo d’un pavillon de banlieue et gros titre : Rafle spectaculaire dans l’Essonne. Voir article dans larubrique faits diversen pages intérieures. Je feuillette. Margueron m’aide à trouver la page. Il me dit :
— Le pavillon en couverture, c’est là que j’ai chourré le paquet de biftons.
Je lis l’article :
Coup de filet spectaculaire des forces de l’ordre, hier à Mennecy. À seize heures, la police a réalisé une perquisition au domicile de M.D, un individu bien connu de ses services, suite au cambriolage du Crédit Agricole de Corbeil qui a eu lieu en début d’après-midi. Cette perquisition n’a pas permis de confondre le suspect. En effet, aucun indice n’a pu être relevé et, notamment, le butin n’a pas été retrouvé. M.D. est toujours en garde à vue au commissariat de Corbeil. Sa mère, vivant avec lui, a déclaré à notre envoyé spécial qu’elle ne comprenait rien à cette histoire, et que, selon elle, son fils n’avait rien à voir avec cette affaire. M.D. n’est pourtant pas un inconnu des services locaux de gendarmerie. Il a été à plusieurs reprises interpellé pour voie de fait, vol à la tire et émission de chèques volés. Etc. etc.
Suivent les habituelles divagations des journalistes accompagnées de vagues témoignages d’un voisinage hostile, le tout illustré par la photo d’un type menotté entouré de deux flics à brassards police. Je ne vois pas bien ce qu’il y a d’extraordinaire dans cet article qui vaille qu’on me réveille à l’aube et qu’on me traîne ici pour écouter la confession d’un petit truand opportuniste. Je ne vois pas bien mon rôle là-dedans, à part pour payer la tournée. Je serais mieux à regarder les Télétubbies avec ma fille. J’interroge :
— Ben oui… et alors ?
— Comment ça, alors ? Regarde… Hier, j’ai tiré les sous vers trois heures et demie, j’ai pas regardé, et une demi-heure seulement après, les poulets débarquent. Un peu plus et ils me trouvaient dans le salon du mec. Ça te paraît pas bizarre ?
— Peut-être que ton mec a été dénoncé. Ça se fait, tu sais…
— Mais oui… mais la photo ?
— Ben quoi, la photo ? C’est bien ton pavillon, j’imagine…
— Oui, mais pas celle-là, celle de dedans…
Je rouvre le journal. Margueron me montre de son doigt cambouisé le prisonnier.
— Ce gars-là, j’l’ai jamais vu. C’est bien la maison… Y avait bien les sous de la banque… Mais ce zigue j’l’ai jamais vu.
— C’est pas lui que t’as suivi dans l’AX ?
— Non, c’est çui-là !
Et il écrase son doigt dégueulasse sur la tronche du flic (de gauche sur la photo, pour les pointilleux qu’ont besoin de détails pour imaginer). Quand il retire son empreinte le gars est méconnaissable. Les choses prennent une tournure originale. Je regrette moins mes Télétubbies. Margueron me semble presque sympathique. Piquer leur butin à des flics véreux à peine trois minutes après qu’ils aient organisé leur flagrant délit, ça me botte bien cette histoire. Y a de la mutation dans l’air à la maison poulaga, la dioxine a encore frappé dans le poulailler. Du coup je regarde un peu plus attentivement l’article. Peut-être qu’ils sont persuadés que c’est le suspect nommé M.D. qui a escamoté le magot, ce qui serait un moindre mal pour eux s’ils retrouvent la preuve qu’ils avaient fabriquée. Leur flag reprendrait des couleurs. Manque de bol l’article précise que le suspect arrêté l’a été alors qu’au moment des faits, il faisait la queue à la sécu à Ballancourt depuis plus d’une heure, son ticket d’attente attestait de son heure d’arrivée. Imparable ! D’autant que, d’après Margueron, le hold-up avait eu lieu juste une heure avant la perquisition. Le journaliste, envoyé-spécial-pigiste, n’a pas relevé ce détail mais il est vrai qu’il lui manquait certains éléments de l’affaire. À mon avis, M.D. va pouvoir rapidement reprendre ses activités parce qu’une perquisition où on ne trouve rien chez un suspect qui a un alibi en béton, ça fait désordre. Surtout qu’apparemment on a convié la presse exprès pour faire mousser l’événement. À suivre…
Un qui biche devant mon regard évasif, c’est le beau René. Momo, lui, semble toujours faire la gueule.
— Alors ? J’t’l’avais pas dit que ça valait le déplacement ? T’en penses quoi ?
— Ouais… C’est bizarre… Difficile à croire que les flics font des hold-up eux-mêmes pour mouiller des petites frappes sans envergure. Ou il y a un loup là-dessous, ou on a affaire à des ripoux dont j’imagine mal la motivation…
— Faudrait pas en parler au commissaire ? Maintenant qu’on est potes avec lui ?
— Vaudrait mieux éviter, tant que c’est pas plus clair… Et puis, tu vois ton copain lui raconter son histoire ?
Margueron rouscaille :
— J’ai pas très envie de raconter ça à un keuf… Déjà que pour toi, j’étais pas chaud. Après tout, il a qu’à se démerder le mec chez qui y-z-ont fouillé.
Momo détorpe :
— Tu m’as quand même pas ramené mon artiche, abruti ! Tu viens m’annoncer que t’as réussi ton coup du siècle, que t’as empoché je ne sais pas combien et tu m’as pas rapporté mes trois mille balles.
— J’tenais pas à ce que tu tombes pour recel.
Il se marre. Momo pas :
— Dis donc Ducon, d’habitude quand tu me rembourses mon fric tu ne vas quand même pas t’imaginer que je crois un instant que t’as bossé pour l’avoir ?
— Arrête, Momo ! J’ai oublié, je te dis… Quand j’ai vu ça, je les ai planqués comme s’ils étaient phosphorescents ou qu’ils émettaient des ondes ces biftons. J’ai pas pensé à tes trois mille balles. J’suis arrivé ici dare-dare pour t’en parler de mon histoire. Demain j’t’en filerai six cents des euros. Habitue-toi à parler en euros. Ça t’en fera cent cinquante de rabe.
— Tu me les casses avec tes euros ! Une merde ce truc-là… Depuis j’en fourgue deux fois moins des Belvédères ! Chez Inter, ils ont foutu les consignes des caddies à un euro et ces cons du journal ils l’ont passé à un euro cinquante leur canard de merde ! Alors tu penses s’ils ont beau jeu, mes clients :
