Qui père gagne - Cicéron Angledroit - E-Book

Qui père gagne E-Book

Cicéron Angledroit

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Beschreibung

Une énigme à plusieurs inconnues.



Se savoir « né de père inconnu », comme on dit, et retrouver, quelque quarante ans plus tard, cet inconnu fracassé sur sa table de cuisine, c’est tout Cicéron, ça ! Découvrir que René a une maîtresse, ça décoiffe aussi pas mal. Quant à ces honnêtes commerçants en articles de souvenirs pieux « made in China », que viennent-ils faire dans cette embrouille ?

Vous mourrez d’envie d’en savoir plus ? Eh ben ça tombe vraiment bien car tout est dans ce formidable bouquin qui ne vous tombera des mains qu’une fois terminé.



Mise en garde de l'éditeur : de nombreux cas d'addiction ont été rapportés. Cette addiction semble irréversible et définitive. Toutefois, à ce jour, aucune plainte n'a été enregistrée.



Une nouvelle enquête passionnante du détective privé original Cicéron Angledroit !



EXTRAIT



Quand un commissaire, votre commissaire, vous dit :

— Je crois que ma femme me trompe.

Vous ne pouvez qu’être étonné et, dans mon cas, vous bidonner de l’intérieur (comme son ministre de tutelle).

— Vous êtes marié, vous, commissaire ?

— Ben oui… depuis près de quarante ans.

— Première nouvelle ! Je vous croyais veuf. Votre femme serait morte dans d’horribles circonstances. Ou alors divorcé, votre femme vous aurait largué en embarquant les marmots et en ne vous donnant plus de nouvelles depuis vingt ans. Enfin, comme dans tous les polars qui se respectent ! C’est vrai que vous ne picolez pas. Ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

Il apprécie moyennement, semble-t-il, mon humour matinal. Mais ses soucis matrimoniaux du moment l’occupent à 100 %. Pour me faire cette confession, il m’a « convoqué » dans un endroit neutre. Exit mon bistro de l’Inter, exit le sien, plus cocoon, du centre-ville. Là, on est attablés au fond d’un rade glauque, avenue Youri Gagarine (sans doute un héros local de la Résistance), en façade d’un centre commercial Simplet Market.



CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE



Une écriture gouailleuse, jubilatoire, des trouvailles littéraires fort bienvenues, et des éclairages sur cette terra incognita que représente la banlieue pour les provinciaux, qui ne la connaissent en général qu'à travers la vision tronquée qu'en donnent les médias... Un vrai coup de cœur ! - Jean Failler



Cicéron Angledroit pratique l'humour avec sérieux et inversement proportionnel. - Les Lectures de l'Oncle Paul



À PROPOS DE L'AUTEUR



Banlieusard pur jus, Cicéron Angledoit - de son vrai nom Claude Picq - est né en 1953 à Ivry, ceinture verte de Paris transformée depuis en banlieue rouge.

« Poursuivi » par les études (faute de les avoir poursuivies lui-même) jusqu’au bac, il est entré dans la vie active par la voie bancaire. Très tôt il a eu goût pour la lecture : Céline, Dard, Mallet… Et très tôt il a ressenti le besoin d’écrire.

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Seitenzahl: 295

Veröffentlichungsjahr: 2016

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CICÉRON ANGLEDROIT

Qui père gagne

DU MÊME AUTEUR

1. Sois zen et tue-le

2. Nés sous X

3. Fallait pas écraser la vieille

4. Riches un jour, morts toujours

5. Qui père gagne

Retrouvez ces ouvrages surwww.palemon.fr

Communiquons : [email protected]

Échangeons sur Facebook : Cicéron Angledroit

Dépôt légal 3etrimestre 2016

ISBN : 978-2-37260-272-3

CE LIVRE EST UN ROMAN.

Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres,

des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant

ouayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.

Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation, intégrale ou partielle de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie, microfilmage, scannérisation, numérisation…) sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335 2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’autorisation d’effectuer des reproductions par reprographie doit être obtenue auprès du Centre Français d’Exploitation du droit de Copie (CFC) - 20, rue des Grands Augustins - 75 006 PARIS - Tél. 01 44 07 47 70/Fax : 01 46 34 67 19 - © 2016 - Éditions du Palémon.

REMERCIEMENTS

Comme je vais oublier du monde, je vais à l’essentiel :

Sandra Martineau, Mijo du Chien Jaune, Jean Failler et Delphine Hamon… car c’est dans cet ordre que tout est arrivé…

Isabelle Corson et Stéphanie Champclos-Clémente pour leur relecture active, scrupuleuse, minutieuse, et pour m’avoir remis les points sur les « I » et, surtout, inondé d’accents circonflexes.

Toutes mes amies et tous mes amis qui me suivent sur Facebook et que j’aime.

PRÉAMBULE

Pour celles et ceux qui entrent directement, par ce bouquin, dans l’univers de Cicéron et qui, de ce fait, n’ont pas eu le bonheur de lire les précédents ouvrages, voici une courte, mais opportune, présentation des personnages principaux.

Les Z’Hommes

Cicéron Angledroit : détective, la petite quarantaine, pas très grand, mal peigné, assez looser et très opportuniste. Il élève, seul, sa fille de trois ou quatre ans, Elvira (Elvira Angledroit… autre calembour). Son ex-femme est partie à l’étranger où elle enchaîne les missions humanitaires. Sa mère, yougoslave, vit à Paris et s’occupe souvent de la petite… Il fait ce qu’il peut pour vivre, c’est surtout un observateur. Il vit à Vitry ; un deux-pièces dans une maison divisée en appartements… Ses voisins africains comptent beaucoup dans sa vie.

René : caddie-man à l’Interpascher de Vitry… mi-ouvrier mi-traîne-savates… Un homme bourru, rustre mais attachant (un peu le Béru de San-A mais en moins exotique). Il fréquente, chaque matin, le même bistro (dans la galerie de l’Interpascher) que Cicéron. Ils se sont rencontrés à l’occasion d’un attentat qui a touché le troisième larron important de l’histoire (Momo). René, sous ses airs rustauds, est un homme bien. Il se métamorphose parfois dans son rôle de président d’une association de malades (d’aide aux malades plus exactement), dans lequel il fait preuve d’un charisme étonnant.

Momo : Un taciturne au statut de SDF (faux statut), intellectuel « rentré », pas expansif ni vantard. Il vend des Belvédères (journal de réinsertion) à la sortie d’Interpascher… Il déploie une telle psychologie que cette activité est très lucrative pour lui. C’est le penseur de la bande. Il connaissait déjà René. Mais un attentat (lire Sois zen et tue-le), dans la galerie marchande, l’a privé de son bras droit et lui a permis de sympathiser avec Cicéron, qui croisait ces deux-là chaque jour sans faire attention à eux. Depuis qu’il est manchot il a doublé son chiffre d’affaires…

Le commissaire Saint Antoine : Un flic à l’ancienne, près de la retraite, connaissant bien la vie, désabusé mais très droit. Est devenu pote avec Cicéron, auquel il confie quelques affaires en marge quand il n’a pas les coudées franches. Pote mais avec, quand même, la barrière des convenances et du respect qui est la conséquence de son éducation et d’une longue carrière poussiéreuse de fonctionnaire de terrain.

Les Nanas

Brigitte : La maîtresse « officielle » et régulière de Cicéron. Elle est préparatrice dans une pharmacie et mariée à Jacques, un conducteur de travaux désormais au chômage. Ça ne facilite pas les choses mais ces deux-là parviennent toujours à leurs fins.

Monique : Veuve de Richard Costa qui a été au cœur de Sois zen et tue-le. Elle aussi maîtresse de Cicéron mais plus épisodiquement. Elle est également lesbienne et vit désormais avec Carolina, son ancienne belle-sœur (sœur de Richard).

Carolina : Juste ci-dessus évoquée, c’est le fantasme number one de Cicé. Manque de bol, lui si talentueux d’ordinaire, se métamorphose en cloporte dès qu’il approche d’elle. Au fil des aventures, ils se familiarisent l’un à l’autre mais ça n’est pas facile. D’autant que Carolina connaît très bien le passé de Monique et de Cicé et qu’elle semble plus exclusive que notre héros.

Vaness’ : Fliquette récemment arrivée, mais pas tièdement, dans la vie de Cicéron. Sexuellement elle le bouscule un peu de sa jeunesse et il a, parfois, du mal à s’accrocher aux branches. Elle est mariée à un CRS baraqué et africain dont l’existence crée des angoisses abyssales (et justifiées) dans la tête du détective.

Voilà, voilou… Bonne lecture !

HEIN ?

Vous allez voir, vous allez aussi être étonnés par ce premier chapitre.

Quand un commissaire, votre commissaire, vous dit :

— Je crois que ma femme me trompe.

Vous ne pouvez qu’être étonné et, dans mon cas, vous bidonner de l’intérieur (comme son ministre de tutelle).

— Vous êtes marié, vous, commissaire ?

— Ben oui… depuis près de quarante ans.

— Première nouvelle ! Je vous croyais veuf. Votre femme serait morte dans d’horribles circonstances. Ou alors divorcé, votre femme vous aurait largué en embarquant les marmots et en ne vous donnant plus de nouvelles depuis vingt ans. Enfin, comme dans tous les polars qui se respectent ! C’est vrai que vous ne picolez pas. Ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

Il apprécie moyennement, semble-t-il, mon humour matinal. Mais ses soucis matrimoniaux du moment l’occupent à 100 %. Pour me faire cette confession, il m’a « convoqué » dans un endroit neutre. Exit mon bistro de l’Inter, exit le sien, pluscocoon, du centre-ville. Là, on est attablés au fond d’un rade glauque, avenue Youri Gagarine (sans doute un héros local de la Résistance), en façade d’un centre commercial Simplet Market. C’est tenu par des Chinetoques. À gauche, il y a une librairie-papeterie-tabac-Française des jeux, sans un seul bouquin, également tenue par des chinois et, à droite, une épicerie exotique, où se pêle-mêle tout un tas de victuailles sans noms, toute aussi chinoise au niveau du K-Bis. Derrière, la supérette. On est ailleurs. Pourtant pas loin du commissariat mais dans un autre monde. Au bar ça parle cosmopolite, ça traficote à ciel ouvert, ça fume comme si la loi Évin était faite pour l’extérieur. Et nous deux, moroses, au fin fond de cet antre, coincés entre un grand frigo où chacun vient se servir, et la porte des chiottes, qui semblent être un lieu d’échanges intenses, tant ça y grouille. On ne fait même pas vraiment décalés tellement les différences se mélangent ici. Avantage, toutefois, nous exprimant en français, personne ne nous comprend. Le café n’est pas mauvais mais la tronche du vieux en atténue l’arôme. Toute la misère du monde l’accompagne, le cerne. Il vient de se placer en orbite autour de ses funestes pensées et si je ne le réveille pas, on va finir nos jours comme gardiens de la porte des cagoinces du troquet du Simplet. Et je n’y tiens pas. Je m’y sens pas à l’aise. Pas encore. Faudrait que je le fréquente cinq ou six fois pour y prendre mes marques. Je reprends donc :

— Racontez-moi ça.

Ça le réveille. Il émerge. Semble se demander pourquoi il est là, avec moi, et quelle mouche l’a piqué de me confier ses tracas conjugaux. La porte des chiottes s’ouvre, celle du frigo se referme et, aussi sec, ça recommence dans l’autre sens. Parfois, je me demande ce qu’on peut bien foutre sur cette terre. Mais là n’est pas la question d’actualité. Péniblement il reprend :

— Je crois que ma femme me trompe.

— Oui j’avais compris. Et qu’est-ce qui vous fait penser ça ? Vous croyez ou vous savez ?

Cette alternative lui donne un peu d’espoir. Il ébauche même un sourire. Désabusé, le sourire, mais quand même souriant.

— Je crois… Je ne suis sûr de rien mais, vous me connaissez, j’ai des intuitions.

— C’est un peu léger.

Un dealer trébuche sur une dalle du sol décollée, fait tomber un paquet de barrettes de shit, le ramasse et repart. On peut continuer.

— Des intuitions ça ne vient pas comme ça. Il doit y avoir des signes.

Il se tortille sur sa chaise. Le patron, sans doute dans l’optique de nous refaire commander, vient passer un coup de lavette sur la table d’à côté, pourtant nickel et inoccupée depuis notre arrivée. Je comprends le message et je lui fais signe de remettre deux cafés. Pour me remercier, il débarrasse nos tasses et passe aussi un coup de sa lavette douteuse sur notre table. Qui se retrouve trempée.

— Alors, commissaire, ces signes ?

Décidément il a l’air embarrassé, le vieux. Faut lui tirer les vers du nez.

— Vous avez espionné son portable ? Interrogé ses SMS ? Vous l’avez fait suivre par une de vos équipes ?

— Ça va pas, non ? Vous me voyez demander à un stagiaire : « Tiens, petit, pour t’entraîner tu vas suivre madame Saint Antoine » ? Pour les SMS, parlons-en. Elle n’en a pas du tout sur son téléphone. J’ai vérifié, vous pensez bien.

— C’est plutôt bon signe alors.

— Ben non, justement. C’est suspect !

— Vous êtes bien un flic, vous ! Peut-être que madame Saint Antoine ne sait même pas ce que c’est qu’un SMS. Ça arrive, vous savez, dans votre génération.

Je pense que je le vexe mais faut le faire reculer dans ses retranchements pour qu’il lâche le morceau. Comme prévu, il réagit :

— C’est ça, oui ! Elle bosse au service communication de la ville. Alors je pense qu’en matière de tout ce bordel de SMS, mails etc., elle en connaît autant que vous et plus que moi.

— De quelle ville ?

— Ça vous regarde ?

Et il se calme. On sort de ses préoccupations.

— D’ici. De Vitry.

— Eh ben alors je suppose qu’elle a un téléphone portable pro avec lequel elle communique. Vous avez vérifié son téléphone pro ?

— Non, c’est confidentiel.

Ah ben voila ! La loi, les règles. C’est bien un flic « vieille école » dans toute sa splendeur. Je n’insiste pas.

Les nouveaux cafés arrivent avec un bonbon à la menthe dans la soucoupe. Drôle de mariage. Mais le patron essaye de fidéliser sa clientèle. Je ne me soucie pas pour lui car son établissement ne désemplit pas entre sept heures, heure d’ouverture, et vingt-trois heures, heure de fermeture et, ça, sept jours sur sept.

— Bon, commissaire, arrêtons de tourner autour du pot ! Elles vous viennent d’où ces intuitions ?

Il blêmit et plonge son nez dans son café. Pas beau un homme jaloux. Que Dieu me garde de ces avanies.

— J’y ai collé un mouchard.

Et il se referme comme une huître à laquelle tu refilerais un tuba. Moi j’avale mon café de traviole. Pas à propos de ce qu’il vient de m’avouer. J’ai même pas entendu. Mais René vient de rentrer dans le rade. Décidément, il est impossible de fréquenter un bistro sans l’y croiser celui-là ! Je le vois, du fond de la salle où nous sommes. Le commissaire, non, il tourne le dos au bar. J’hésite à lui faire un signe et me ravise. Ne s’attendant pas à nous voir ici, il ne nous calcule pas. C’est un des secrets de l’invisibilité, je vous le garantis. Essayez un jour. Toutes les deux ou trois minutes il y a un gonze qui vient farfouiller dans notre frigo en alternance avec ceux qui vont et viennent pour traficoter dans les chiottes. Le René est, comme partout où la licence IV est affichée, comme un poisson dans l’eau. Une star ici aussi. Pas un mec qui passe sans lui serrer la main, l’embrasser, lui coller une tape sur l’épaule ou lui cogner la paluche, comme les d’jeun’s avec leur rituel à la con. Là, il est en grande discussion avec un rebeu qui n’arrête pas de lui faire des courbettes en se tapotant le cœur avec la main droite. Le vieux me regarde m’étouffer en regardant par-dessus son épaule. Je me rabougris de manière à rester complètement invisible de René. Il attend ma réaction.

— Excusez, j’ai avalé de travers. Vous disiez quoi ?

Je le torture mais je ne le sais pas. Lui faire avouer une deuxième fois l’origine de ses doutes c’est, à son échelle, inhumain. Il répète :

— J’y ai collé un mouchard.

— À qui ?

— Ben… à ma femme, pardi !

Je réintègre la conversation d’autant plus facilement que l’alerte se lève. René quitte le bar en faisant un signe au patron de noter sur son ardoise. Vu l’ampleur du signe, il doit s’agir de la tournée de tous les pègreleux qui sont venus lui témoigner allégeance. Me voilà plus détendu.

— Qu’appelez-vous un mouchard ?

— Un machin… une balise GPS qu’on colle sous la voiture et qu’on peut surveiller sur l’ordinateur.

— C’est élégant !

Il se tasse mais résiste et me laisse poursuivre :

— Vous faites des progrès en technologie.

— C’est le lieutenant R’Messa qui m’aide.

— Quoi ? Vous avez mis Vanessa dans la combine ?

— Ça va pas, non ! Je ne lui ai pas dit qui je surveillais. Vous me prenez pour qui ?

— Je me le demande, avec tout ce que vous me racontez là.

Re-rabougrissement de mon interlocuteur. J’enfonce le clou :

— Pour un jaloux vous ne me paraissez pas très franc du collier. Comment ça se fait que votre lieutenant callipyge soit encore chez vous ? Elle n’a pas terminé son stage depuis le temps ?

— Elle a été mutée chez moi.

Dans un sens ça m’arrange. Ça sera plus commode pour la voir.

— Vous avez dû user de votre charme. Et, après, vous épiez votre femme. Eh ben, avec vous, c’est « fais ce que je dis, fais pas ce que je fais » !

Les leçons de morale c’est pas son truc, le matin, à jeun. Et puis je sais très bien que, vis-à-vis de Vanessa, ses velléités libidineuses sont pléonasmatiquement velléitaires. Vous noterez, en passant, la qualité de cette tournure. La mayo monte, il est en rogne :

— Vous allez arrêter vos allusions ! Le lieutenant pourrait être ma fille !

— La mienne, peut-être. Mais, pour vous, on peut parler directos de « petite-fille ». Bon, on s’égare. Alors ? Il a dit quoi ce mouchard ?

Il replonge son nez dans sa tasse. Vide. Et se retrouve une cinquantaine d’années en arrière comme quand sa mère le poussait à aller à confesse. Et là, il ne s’agit pas d’avouer avoir arraché les pattes d’une fourmi, pour voir ce que ça faisait, ou expliquer une branlette en regardant les pages des gaines du catalogue Manufrance de sa vioque. Il doit être en train de se demander s’il ne va pas plutôt me dire que le mouchard est tombé en panne de batterie. Je le pousse donc pour pas que sa réflexion ne le fasse trop reculer :

— Alors ? Il a bien dû dire quelque chose votre machin électronique ! Sinon vous ne seriez pas là. Et moi encore moins. C’est vous qui m’avez fait venir, je vous rappelle.

Ça me fait drôle d’y causer ainsi au vieux. J’ai l’impression que les rôles sont inversés. Faudra que je pense à remercier madame Saint Antoine, après cette histoire, pour m’avoir offert, involontairement, ces moments exaltants. Il se lance :

— La semaine dernière elle a pris des congés… Le mardi elle a été pointée au « Grabôtel » de Rungis, le mercredi au « Break and Baise » d’Alfortville et le jeudi au « Relais Kokin » de Juvisy. Vous vous rendez compte, à Juvisy ?

Elle a la santé la commissaire que je pense. Mais je le garde pour moi. Intéressant. Quoique, probablement, elle pourrait être ma mère. Je me recentre :

— Je ne vois pas… pour Juvisy.

— Ben c’est là qu’on habite. À cinq cents mètres du Relais. On y a même fait les fiançailles du gamin.

Après l’avoir appris marié, voilà que je le sais père. Je progresse dans l’intimité du bonhomme. Finalement il ressemble à monsieur tout le monde. Je ne relève pas pour le gamin. Mais je soulève quand même ma première réflexion édulcorée :

— Ben, dites, c’est curieux quand même trois jours de suite ! Une aventure de temps en temps, je dis pas. C’est même salutaire, ça entretient la forme. Mais, là, c’est pathologique. Il doit y avoir une explication.

C’est certain qu’on a des divergences d’opinion à propos de la gestion d’un couple. Faut dire qu’on n’est pas à égalité sur ce plan-là. Moi, je théorise, lui, il pratique.

— C’est pour ça que je vous en parle. Pour avoir des explications.

— Vous auriez pu, peut-être, en parler avec votre femme.

— Pour lui dire que je lui ai collé un mouchard ?

— Oui, en effet, vous vous seriez trouvé dans votre tort. Et que puis-je faire pour vous ?

— Enquêter. Vous êtes bien enquêteur ?

— J’aime pas trop ce genre de truc pour des amis. C’est le meilleur moyen de les perdre et j’ai pas envie de vous perdre.

— J’ai pas perdu mon mouchard. Pourquoi vous perdrais-je ?

Excellente réplique. J’apprécie. Donc j’accepte, convaincu par cet argument.

— Soit ! Il me faut une photo et un petit topo sur ses habitudes. Votre adresse aussi, celle de son boulot à la mairie. Enfin vous savez aussi bien que moi ce qu’il me faut.

— J’ai tout préparé.

Il me tend une toute petite enveloppe qui a une drôle de forme. On dirait qu’elle contient un bonbon ou une dragée. J’ouvre : une clé USB. Là, qu’il ne me raconte pas que Vanessa n’y est pour rien. Mais je ne relève pas, ne voulant pas le contrarier. Il annonce :

— Vous avez tout là-dedans. Photos, voiture, habitudes etc. Pour vos honoraires…

Je l’interromps :

— Pas question de ça. C’est juste amical et c’est juste pour vous prouver que vous vous faites des idées.

Il sourit. Je ne saurais dire si c’est à l’évocation de mon amitié ou à celle des économies qu’il va faire mais toujours est-il que de m’avoir refilé le bébé lui redonne le moral. On regarde autour de nous et reprenons conscience, ensemble, du décor qui ne nous convient guère. Il se lève, je me lève, on se lève. Il me tape sur l’épaule, pose un billet de dix euros dans la soucoupe. Pour quatre cafés, ça devrait le faire. Et nous quittons ce paradis cosmopolite et enfumé sous les courbettes du patron. Dehors il me dit :

— Tout ça reste entre nous, bien sûr.

— Commissaire, voyons !

D’ŒUFS (pas à la coque)

— Tu savais, toi, que Saint Antoine était marié ?

Comme il n’était pas très tard après notre matinale conversation, au vieux et à moi, je suis allé directos chez Raoul, mon bistro de prédilection faisant office de bureau-siège-social à ma modeste auto-entreprise. Je sais que vous aimez bien savoir quel jour on est dans mes histoires. Disons alors que nous sommes jeudi. Comme ça la semaine est largement commencée et le week-end approche. René est en face de moi. Sa bouteille est vide et je vois donc, par transparence, sa grosse main qui l’étreint comme si elle avait encore quelques millilitres à livrer. Je n’ai pas abordé son passage, plus matinal, dans l’autre troquet. Ça ne me regarde pas et ça m’aurait obligé à des explications. Mon troisième café est meilleur que les deux premiers. Rien de tel que les habitudes.

Raoul trace, sur une ardoise, les propositions du jour en plat idem (du jour).Jaretde veauetChoucroute périgourdine, supplément 2 €. Il s’applique et tire la langue pour intensifier sa concentration. C’est calme ce matin. C’est de plus en plus calme au fil des années. Il va pouvoir couler une retraite peinarde, dans son rade vide, si ça continue sur cette pente.

Lulu, sa nièce serveuse en alternance, astique la vitre qui sépare le bar de la salle. Momo brille par son absence. Bizarre.

— Ben oui ! Même que je la connais, sa femme. Je l’ai rencontrée plusieurs fois mais la dernière fois, c’était aux médailles du travail. Le vioque l’accompagnait et il me l’a présentée.

— T’as eu la médaille du travail ?

— Penses-tu ! J’chuis trop jeune et j’ai commencé trop tard. Mais j’ai un pote qui bosse à la cantine centrale de la ville. Alors, dès qu’y a un pot, un cocktail, une cérémonie où qu’y a à becqueter et à picoler, il me prévient. Là, c’était la médaille du travail des gonzesses de la sécu. Y avait que des mousmées. Les mecs, là-dedans, y doivent pas survivre jusqu’à la médaille. T’aurais vu leurs gueules aux diplômées ! Elles vont vite passer de la CNAM à la CNAV1, j’te l’dis, moi.

— Et Madame la commissaire était médaillée ? Je croyais qu’elle bossait à la mairie…

— Ben t’es con ou quoi ? Si tu croyais qu’elle bossait à la mairie, c’est que tu savais bien qu’il avait une gerce, le vieux ! Bon… non elle, elle faisait le discours à cause que le maire était entendu, ce jour-là, par la brigade financière.

— Je ne t’ai jamais dit que je ne le savais pas. Je te demandais si tu le savais. Et elle est comment la bourgeoise ?

— Un peu cuite mais pas trop encore. Une belle femme qui pourrait encore te remettre la grande aiguille sur midi (et il se marre de sa connerie). Comment te dire ? Tu vois Maria Cotillon, qu’a tourné dansLes tire-jus, le film de Guy Lhommecané ? Un peu ce genre-là mais pas du même millésime. Elle doit être déjà manopesée, je pense. Pourquoi tu me demandes ça ? Ta pharmacienne t’a largué ?

Je n’insiste pas. Il m’a tout dit ce qu’il savait et j’ai toujours tendance à trop en raconter. Plus ça doit « rester entre nous » plus je suis tenté de la ramener. Alors je me contiens.

— Non pas du tout, c’est juste comme ça. Je pensais au vieux et je me disais qu’il n’en causait pas beaucoup de sa famille.

Lulu a terminé de frotter son carreau et, ataviquement côté pro, elle rapplique pour voir si les uniques clients, nous, n’ont besoin de rien.

Moi, non, René, si.

— Ma poule, elle était pas tout à fait pleine ta bouteille. Tu me remets ça et une bière ! À cause des cinq fruits et légumes, croit-il bon de justifier.

La môme est toute contente de sa vente et file, jupe ras-la-moule (ventre à terre ne peut pas s’appliquer dans son cas), récupérer la marchandise et le ticket de caisse qui va avec. Moi, il y a un truc qui me gêne. Ah oui, Momo !

— Il est où Momo ? C’est bizarre, je ne l’ai pas vu devant l’entrée. Pourtant c’est son heure.

— Il est à la visite du travail mais il va pas tarder. Ça fait un bail que j’l’ai déposé.

— C’est où ? (étant à mon compte je ne suis pas concerné).

— Juste à côté du Simplet, sur la nationale. Pas loin de chez les keufs.

J’ai l’explication à propos de son escale rapide chez le chinetoque, tout à l’heure. Et quand on parle du loup, voilà justement Momo qui rapplique. Il a sa gueule de tous les jours mais en pire. Il serre la main du taulier qui est en train de vérifier que son ardoise-menu n’est pas accrochée de travers. Je l’entends lui dire : « Y a deux r à jarret, Ducon ». L’autre regarde sa traîtresse d’ardoise comme si c’était elle qui le trahissait et remercie le manchot. Je ne sais pas si c’est pour la correction orthographique ou pour le « Ducon » qu’il le remercie. Peut-être pour les deux. Il me présente sa paluche gauche. Il n’a pas le choix. Et ignore complètement René qu’il a déjà vu ce matin. Il s’assoit à côté de moi. J’aime pas avoir quelqu’un assis à côté de moi mais sa tronche me convainc d’éviter toute réflexion. Lulu lui dépose pavlovement sa tasse de café et deux bises. Il y a des privilégiés. Mais c’est vrai qu’il m’a raconté qu’il la connaît depuis la maternelle. À l’époque, lui et la sœur de Raoul entretenaient « une relation » comme, pudiquement, il me l’avoua un jour. La petite, d’ailleurs, l’appelait tonton. Mais elle a arrêté, en public, depuis qu’elle est serveuse et que sa prof lui a recommandé une certaine distance avec la clientèle. Pas un mot. Ça glace. J’ose un :

— Dis donc, je t’ai connu sous de meilleurs auspices. Qu’est-ce qui se passe ?

— Je sors de la visite du travail.

— Je sais, René m’a raconté. Et alors ?

— Ils veulent me foutre à la Cotorep2. Inapte que cette connasse de toubib a dit.

Je tente un trait d’humour frappé du bon sens :

— C’est maintenant qu’ils s’en aperçoivent ?

Il ne rigole pas. J’atténue :

— C’est pas ta première visite et l’année dernière t’étais apte.

— Oui… à cause de mon bras…

Ça réveille René qui écoute distraitement en grattant l’étiquette de sa nouvelle bouteille avec son ongle.

— Ben qu’est-ce qu’il a ton bras ? T’as vraiment pas d’bol avec tes bras !

Momo le fusille du regard.

— Mon bras qui manque, Ducon ! (reste plus qu’un « Ducon », dans le rade, moi… mais je ne suis pas impatient). Paraîtrait que, dans ma profession, faut obligatoirement deux bras. Un pour tenir le stock et l’autre pour servir le client.

René se vexe, se ferme et se sert. J’alimente la conversation, histoire de dérider mon pote amputé :

— Pourtant tu t’en es toujours bien tiré jusqu’ici.

— Tu m’étonnes ! À ce compte-là il m’en faudrait aussi un troisième pour encaisser la monnaie.

Et il se marre ! Ça va mieux, il revient :

— Et tu vas faire quoi ?

— Je n’en sais rien. Passer outre sûrement. Enfin faut que je voie avec l’association. Mais normalement je devrais savoir, ces jours-ci, pour le FGTI. Et puis je devrais avoir une rente accident. L’asso a réussi à bidouiller pour passer mon bras en accident du travail en attestant que j’étais sur le chemin de mon travail quand ça a explosé. Donc ça devrait aller. Mais j’aime bien mon turbin. Je suis trop jeune pour être rentier.

Je suis comme vous, je me demandais, en l’écoutant, ce que pouvait bien être le FGTI. J’ai vérifié tout en écrivant. C’est le « Fonds de Garantie des Victimes des actes de Terrorisme et d’autres Infractions ». Le sigle ne correspond pas mais c’est ça. Je veux le réconforter :

— On n’est jamais trop jeune pour être rentier. Regarde-moi !

— Justement…

Bon, flop. Son café avalé, il se lève et retourne, par bravade sans doute, sur le parking, refourguer sa pile de Belvédères. René n’a plus soif. Enfin, je le suppose car ses deux bouteilles sont vides et il termine sa bière avant de se lever à son tour.

— C’est pas l’tout, mais j’ai du taf aussi et faut que j’aille pisser.

Je me retrouve seul à ma table. Raoul me demande si « c’est sûr qu’il y a deux r à jarret ? ». Je confirme. Lulu me ramène un café « offert par la maison ». J’l’aime bien c’te môme même si, au début, j’ai eu du mal à l’intégrer dans mon paysage.

1. Caisse Nationale de l’Assurance Vieillesse.

2. Commission Technique d’Orientation et de Reclassement Professionnel.

T’ROI

Me revoilà installé chez moi. Un peu de tranquillité pour étudier le contenu de la clé USB du commissaire. En repartant, dans la galerie de l’Interpascher, j’ai croisé Monique et Caro qui poussaient leur caddie. Ça fait drôle de voir Monique enceinte. Quatre mois passés, ça commence à se voir. Caro fait désormais, à mon égard, preuve d’une bienveillance à laquelle je ne parviens toujours pas à m’habituer. Pourtant, je ne la soupçonne pas d’hypocrisie. Bon, nous avons échangé quelques bises, deux ou trois mots et, basta, le caddie s’est éloigné. Tout à fait conforme à nos transactions. Rien à dire. Mais quand même.3 Les deux filles sont bien connues dans le quartier et j’imagine que ça doit commencer à jaser. J’en ai d’ailleurs eu la confirmation, sur le parking, en croisant René qui essayait de rafistoler un de ses chariots qu’une malveillance incivique, voire une malveillante incivilité, avait tout tordu.

— T’as vu les goudounes Costa ? J’chuis sûr que la Monique est en cloque ! Elle a pris du cul et du bide. T’es au courant ?

— Non, pas spécialement mais, maintenant que tu le dis…

— Comment qu’elles ont pu faire ? Elle a dû se faire faire une infécondation vitrée.

— Sans doute. Ou quelque chose comme ça.

Et je l’ai laissé. Je n’aime pas trop m’étendre sur ce sujet. Maintenant que ça a refroidi, et que les travaux pratiques sont terminés, je me sens un peu bizarre, partagé, presque ubique de moi-même. Là, je suis donc installé à mon bureau (qui est aussi le plan de travail de ma kitchenette). Mon ordi est branché et il ronronne en démarrant. Il cherche je ne sais pas quoi avant d’être fonctionnel. Ça me laisse le temps de vous dire que, ça y est, j’ai craqué pour un deuxième tableau de Vrbain Constant ! Mon mur est désormais décoré à la hauteur de sa surface. Deux toiles c’est la classe et ça fait moins vide. Celui-là aussi représente des drôles de petits bonhommes mais il est plus grand et plus coloré que l’autre. L’ordi m’invite à mettre mon mot de passe. Comme s’il ne le connaissait pas, depuis le temps ! Et accepte derechef avec, semble-t-il, plaisir que je lui fourre la clé du vieux dans le derrière. Soyons précis, dans le côté plus exactement. Il me propose d’ouvrir ou de copier les fichiers. J’ouvre. Là, c’est du vieux tout craché. Tout est bien en ordre, réparti en dossiers : photos, coordonnées, habitudes et même « CV ». Impec, rien à dire ! Vous me connaissez, je clique sur photos. Il n’a pas été pingre le commissaire. Je m’attendais à deux photos anthropologiques, une de face et une de profil avec plaque d’identification. Ben non, il y a une dizaine d’images que je qualifierais de familiales. Chacune est identifiée « Mireille, La Baule 2014 » (mais pas en maillot de bain, snif), « Mireille et Jacqueline 2014 », « Mireille et Théo, anniversaire Juju, 2014 » et ainsi de suite. J’en conclus donc que la commissaire se prénomme Mireille. Là, vous entrez direct dans le mental du détective détectant. Je me marre avec celle de l’anniversaire de la Juju, qu’on ne voit pas sur la photo, car elle a dû échapper à la vigilance du Théo de commissaire en question. On voit pépère en short « maisons et jardins » et chemise hawaïenne obsolète avec une cuisse de poulet dans une main et Mireille sur l’autre genou (tournure novatrice qui ne devrait pas échapper aux vioques du Goncourt). Mais revenons-en à mon enquête et à la suspecte. Pour l’instant, la Mireille n’est que suspectée, donc présumée innocente, d’adultère par son veinard de mari. Parce qu’elle est pas mal du tout la communicatrice de la mairie ! Je ne vois pas ce que René lui trouve comme similitudes avec la Maria Cotillon. Il doit confondre ou alors on n’a pas la même vision des femmes. Pas que je jetterais la Maria, bien au contraire. Mais Mireille c’est différent. Plus « femme », plus classe, moins gamine. Moi, je la situerais plutôt sur le registre de Charlotte Trampoline, juste sur sa période de maturité avant qu’elle ne bafouille pour des réclames d’assurance. Voilà, c’est ça, Charlotte Trampoline avec dix ans de moins. Je ne sais pas si, comme le soupçonne le cocu putatif, elle le trompe quotidiennement mais elle en aurait le potentiel, la dame. C’en est même dommage, à mon avis, qu’elle soit innocente. Va pas falloir que j’enquête de trop près car je risque de fausser le pronostic. Bon, maintenant j’ai bien l’allure et le visage de ma cliente en tête. Je peux annoncer à mon ordi « fichiers transférés ». Ça ne le fait pas marrer. Rien ne le fait marrer, ce truc. J’ouvre les autres bidules. C’est du texte. Moins marrant, plus fastidieux. Je survole. La vie de Mimi n’est pas si compliquée que ça à tracer. Boulot, dodo, pas métro (elle a une Mini). Je connais désormais l’adresse du vieux mais je ne vous la donnerai pas. C’est à Juvisy et ça a l’air chouettos. Il a même collé une Google View, tellement il est pro, le keuf. Qu’on ne vienne pas me dire qu’il n’y a pas du Vaness’ là-dessous. L’adresse du boulot, la mairie de Vitry, je la connaissais déjà. Les horaires de la dame je m’en doutais un peu. Ses centres d’attraction, en l’occurrence Belle Épine, j’imaginais bien aussi. Bref, rien de bien intéressant pour une si petite enquête. Il y a aussi des liens sur les sites des trois hôtels visités. Il a dû se faire du mal, le mari, avec ces photos de chambres accueillantes. Je me demande s’il n’est pas un peu maso, Théo. Ça cogne à ma porte ! J’ai horreur de ça que ça cogne à la porte, que ça téléphone, bref que ça me dérange ! Là c’est pas René, il cogne au carreau de la fenêtre, c’est pas Félicité, ma voisine, je l’entends arriver bien avant qu’elle frappe. Je ne sais donc pas qui c’est. Peut-être un marchand de calendriers, on est en fin d’année. Je mets l’écran en veille. Je crains l’espionnage et, déontologiquement, je respecte le secret professionnel. Je me lève. J’ouvre. Et je tombe nez à nez avec Saint Antoine. Alors, là, j’en tombe sur le cul ! Vous verriez sa tronche ! Je vous ai déjà dit que je trouvais qu’il ressemblait un peu à DSK dans l’allure. Ben j’ai devant moi le DSK menotté que toutes les télévisions du monde ont diffusé. Je m’étonne :

— Vous ? Comment vous savez que j’étais là ?

— J’ai vu votre voiture.