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Retour vers le passé...
Nonchalant et séducteur malgré lui, Cicéron Angledroit est détective privé en banlieue parisienne. En manque d’argent, il accepte l’étonnante offre de Madame Costa : enquêter sur la mort de son mari enterré depuis dix ans. Ses aventures rocambolesques ne font que commencer...
Mais qu’est-ce qu’il lui prend, à la mère Costa, de me demander d’enquêter sur la mort de son mari enterré depuis dix ans ? Si j’accepte, c’est bien parce que j’ai besoin de sous ! Et puis il y a cette histoire de truands de banlieue qui explosent à chaque coin de rue. Et ces SDF qui n’en sont pas... Ajoutez une ou deux femmes mariées, un Yorkshire, mélangez le tout et dégustez ! Mais c’est qui qui tue ? Pour le savoir, il va falloir me suivre, moi Cicéron Angledroit, jusqu’au bout de cette histoire...
Découvrez sans tarder la première enquête trépidante du détective privé Cicéron Angledroit !
EXTRAIT
Cicéron Angledroit… Ça vous épate hein, ça, comme nom ? Et pourtant, ça fait trente-cinq ans que je me le traîne. « Angledroit » ils n’y pouvaient rien, mais « Cicéron », quand même ! Je leur en ai voulu longtemps. Enfin quand je dis « leur » je devrais dire « lui », car ma mère, quand je suis né, elle parlait à peine le français. Alors ce genre de jeu de mots lui passait un peu au-dessus. Lui, mon père, ce devait être un rigolo… ou, du moins, devait-il le croire. Ma mère, il l’avait ramenée de je ne sais quel voyage en Yougoslavie. Probable qu’il l’avait achetée comme on achète un souvenir. Une femme, vous parlez si ça va bluffer les potes, et belle avec ça ! Bien sûr elle ne parlait ni ne comprenait notre admirable langue de Shakespeare VF mais, au moins, quand elle l’ouvrait, il pouvait imaginer qu’elle le félicitait. Il a quand même attendu mes dix-huit mois et nos premiers balbutiements en français à ma mère et moi pour nous laisser Quimper. Juste le temps de me déclarer à l’état civil sous ce prénom débilisé par son nom.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Une écriture gouailleuse, jubilatoire, des trouvailles littéraires fort bienvenues, et des éclairages sur cette terra incognita que représente la banlieue pour les provinciaux, qui ne la connaissent en général qu'à travers la vision tronquée qu'en donnent les médias... Un vrai coup de cœur ! - Jean Failler
Certains auteurs écrivent en blanc cassé, d'autres en rouge hémoglobine, Cicéron Angledroit rédige en noir tendresse. - Les Lectures de l'Oncle Paul
À PROPOS DE L'AUTEUR
Banlieusard pur jus, Cicéron Angledoit - de son vrai nom Claude Picq - est né en 1953 à Ivry, ceinture verte de Paris transformée depuis en banlieue rouge.
« Poursuivi » par les études (faute de les avoir poursuivies lui-même) jusqu’au bac, il est entré dans la vie active par la voie bancaire. Très tôt il a eu goût pour la lecture : Céline, Dard, Mallet… Et très tôt il a ressenti le besoin d’écrire.
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Seitenzahl: 284
Veröffentlichungsjahr: 2016
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CICÉRON ANGLEDROIT
Sois zen et tue-le
éditions du Palémon
ZA de Troyalac’h
10 rue André Michelin
29170 Saint-Évarzec
DU MÊME AUTEUR
1. Sois zen et tue-le
2. Nés sous X
3. Fallait pas écraser la vieille
4. Riches un jour, morts toujours
5. Qui père gagne
Retrouvez ces ouvrages surwww.palemon.fr
Dépôt légal 3etrimestre 2016
ISBN : 978-2-37260-268-6
CE LIVRE EST UN ROMAN.
Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres,
des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant
ouayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.
Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation, intégrale ou partielle de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie, microfilmage, scannérisation, numérisation…) sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335 2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’autorisation d’effectuer des reproductions par reprographie doit être obtenue auprès du Centre Français d’Exploitation du droit de Copie (CFC) - 20, rue des Grands Augustins - 75 006 PARIS - Tél. 01 44 07 47 70/Fax : 01 46 34 67 19 - © 2016 - Éditions du Palémon.
REMERCIEMENTS
Je remercie très sincèrement tout le monde en général et, plus particulièrement, chacune et chacun d’entre vous.
MARDI
Première partie
I
Cicéron Angledroit… Ça vous épate hein, ça, comme nom ? Et pourtant, ça fait trente-cinq ans que je me le traîne. « Angledroit » ils n’y pouvaient rien, mais « Cicéron », quand même ! Je leur en ai voulu longtemps. Enfin quand je dis « leur » je devrais dire « lui », car ma mère, quand je suis né, elle parlait à peine le français. Alors ce genre de jeu de mots lui passait un peu au-dessus. Lui, mon père, ce devait être un rigolo… ou, du moins, devait-il le croire. Ma mère, il l’avait ramenée de je ne sais quel voyage en Yougoslavie. Probable qu’il l’avait achetée comme on achète un souvenir. Une femme, vous parlez si ça va bluffer les potes, et belle avec ça ! Bien sûr elle ne parlait ni ne comprenait notre admirable langue de Shakespeare VF mais, au moins, quand elle l’ouvrait, il pouvait imaginer qu’elle le félicitait. Il a quand même attendu mes dix-huit mois et nos premiers balbutiements en français à ma mère et moi pour nous laisser Quimper. Juste le temps de me déclarer à l’état civil sous ce prénom débilisé par son nom.
Maintenant, vu ce qui se passe là-bas, dans le pays émietté de ma mère, je lui en veux moins. Sans le faire exprès, il l’a sauvée. Elle vit, peinarde, dans son deux-pièces cuisine du XVIIearrondissement, près de la Cité des Fleurs. Elle parle français et a oublié sa langue natale faute de la pratiquer.
*
Et moi, Cicéron Angledroit, je suis détective privé. Pourquoi détective privé ? Eh bien parce que j’estime qu’il est temps de réhabiliter, dans la littérature française, les détectives privés. On en manque. Ils ont été délaissés au profit des flics, plus classiques, plus « autorisés » aussi. Remarquez que, dans cette histoire qui commence, on ne m’a encore rien demandé. Je passais juste… comme témoin… et encore, j’ai pas vu grand-chose. Je suis arrivé après l’événement. Mais dans les premiers quand même.
II
Comme chaque matin, je suis venu boire mon café au bar qui se trouve dans la galerie commerciale de « l’Interpascher » de Vitry. Oh ! Pas trop tôt, il devait être neuf heures quand j’ai franchi la porte automatique qui s’ouvre sur le parking. Le bar est à l’autre bout, si bien que, pour y aller, je dois traverser toute la galerie, passer devant les caisses et devant chaque boutique. La première chose qui m’a étonné, à peine la porte ouverte, quand je me suis pointé devant, ça a été la détonation. Une détonation vraiment étonnante. Surtout que jamais rien n’explose dans ce quartier calme. Surtout si tôt le matin.
*
Une véritable scène de guerre ! Comme on en voit si souvent à la télé. Juste devant la boutique de fleurs, là où ça sent tout le temps le géranium, sauf aujourd’hui. La première chose que j’ai vue, c’est un chien, un York nommé « Désir »...
— « Zéphir ! »
Comment ? Ah oui, Zéphir, autant (ou « au temps »pour les chicaneurs mais moi j’aime mieux comme ça) pour moi. Désir ou Zéphir, quelle importance ? Toujours est-il que le Zéphir en question avait emmêlé sa laisse à rallonge autour de deux tréteaux, les quatre fers en l’air. Une laisse du genre de celles qui s’allongent et se raccourcissent automatiquement. Vous savez, celles qui transforment les chiens en carpes et leurs maîtres en pêcheurs. Le Zéphir, tout poisseux, les poils collés qui le faisaient ressembler à un teckel à nez court, lapait, en tremblant comme une feuille, une petite mare rouge au milieu de la galerie. Les deux hôtesses-vendeuses payées à la commission, je dis « payées à la commission » parce que, pour commencer à neuf heures du mat’ des démonstrations de centrifugeuses dans un centre commercial vide, il faut bien être payé à la commission, les deux hôtesses, donc, paraissaient indemnes. L’une, genre « BTS Action-Co », était même intacte dans son tailleur mini-jupe vert pomme, même pas son collant filé. Elle essayait de réconforter l’autre, genre « BTS Techniques de Vente », qui piquait une crise de nerfs. À première vue cette dernière portait aussi un tailleur, mais je ne saurais vous en préciser la couleur. Elle était couverte de la tête aux pieds d’une espèce de ketchup rouge vif. J’ai d’ailleurs cru à du sang de mauvais goût comme dans les films de cow-boys italiens. J’ai su plus tard qu’il s’agissait d’un jus, naturel et plein de vitamines, de fruits rouges nourris à l’engrais chimique et mûris dans les soutes d’un avion-cargo. Le stand : deux tréteaux, une planche, une toile cirée recouvrant le tout et dissimulant le matériel nécessaire à la démo. Derrière, un stand parapluie vantant, en allemand – merci l’Europe – les qualités et avantages de l’appareillage ménager vendu, quelques spots et un présentoir à prospectus. Tout avait explosé.
*
À cette heure seuls trois SDF, qui avaient profité de l’ouverture de la galerie pour s’abriter, assistaient à la démonstration d’autant plus volontiers qu’elle était accompagnée d’une dégustation gratuite. Quand je dis trois SDF, ce n’est plus tout à fait vrai. Le premier, celui qui a pris la centrifugeuse dans le sternum… à ce propos, il n’y aurait personne qui aurait l’idée de la débrancher cette machine, ça fait un bruit d’enfer dans les côtes du vieux… merci, ça va mieux… bon, je disais que celui-là, vu son état, va avoir d’ici deux ou trois jours un domicile fixe et définitif, à la fosse commune municipale. Le deuxième va également trouver un foyer pour quelque temps. C’est lui qui tendait la main pour saisir le verre de dégustation que lui présentait la vendeuse au coulis. Juste au moment de l’explosion. D’où je suis j’aperçois son bras, quatre mètres au-dessus de moi, qui bloque la grosse hélice du système d’aspiration de l’air. En baissant la tête, je me rends compte que c’est son sang que Zéphir ne laisse pas perdre. Le dernier des Pieds Nickelés n’a rien apparemment. Il est abasourdi et gueule :
— Momo ! Ton bras ! Putain, Momo, ton bras !…
III
Ça y est, ça grouille de partout à l’Interpascher. Les premiers sur les lieux, à part votre serviteur, ont été les trois vigiles affectés à la surveillance des arrière-caisses, trois grands mecs encore plus noirs que gros. L’un tenait, serré dans sa main (me demandez pas laquelle), l’avant-bras d’un gamin qu’il avait attrapé alors qu’il chouravait un CD. Le môme, apeuré par ce branle-bas de combat, se protégeait la tête avec la main qui lui restait en récitant des :
— C’est pas moi, m’sieur ! C’est pas moi, m’sieur ! C’est pas…
Ensuite arrivèrent les caissières en blouse orange-amère, accompagnées des jeunes en rollers qui servent d’interface entre les rayons, les caisses et la caisse centrale. Le directeur et son staff, une secrétaire décorative et un responsable de rayon beau comme un énarque, suivaient. Les commerçants de la galerie, ayant eu le handicap de devoir planquer leur tiroir-caisse, des fois qu’on profiterait de l’occase, ne tardèrent pas non plus. Et pour finir, à part bien sûr la foule de badauds anonymes, le bouquet final, l’apothéose, le nec plus ultra, incontournable dans ce genre de situation, la police. Les flics, ils me font marrer. Ils arrivent toujours précédés d’un vacarme de sirènes, avec des gyrophares débiles comme s’ils souhaitaient ainsi écarter le danger. Moi, je suis truand, j’entends ce tintamarre, j’les mets, et sans bruit encore. Je me suis toujours demandé comment, malgré tout ce folklore, ils arrivent à faire des bavures. Remarquez, dans les bavures, c’est toujours les innocents qui trinquent, parce que les malfrats, sauf les sourds, ils sont aux abris quand les képis rappliquent.
*
Ça s’agite tout autour. Les pompiers essayent de récupérer le bras de Momo dans le ventilateur. Manque de bol, leur échelle est trop petite. Les flics dégagent le périmètre, comme ils disent. Ils font « circulezyarienàvoir » les badauds présents. Le commissaire qui, pour l’occasion, s’est déplacé, joue les cadors, les experts, s’agite dans son manteau, donne des ordres à droite, à gauche, engueule tout le monde, me bouscule, balance un coup de pied à Zéphir qui rejoint sa maîtresse en jappant salement. Comme s’il ne pouvait pas le laisser finir en paix son p’tit déj’ tombé du ciel. Il réquisitionne les témoins dont je me garde bien d’être, et les autres aussi d’ailleurs, à part les deux filles en tailleur et les deux clodos survivants qui ne peuvent pas faire autrement. Si bien que je ne pourrai pas vous raconter la suite car, victime de la dispersion, je me retrouve dehors ainsi que tous les clients de l’Inter présents.
IV
Bon ! Ben c’est pas l’tout, mais mon café quotidien commence à prendre du retard. Qu’à cela ne tienne, je fais le tour du centre commercial, à pied, par l’extérieur, je rerentre par la porte opposée à celle que j’ai l’habitude d’emprunter et je tombe pile sur mon bar-tabac attitré. Curieusement tous ceux qui prétendent avoir vu quelque chose ne sont pas à l’autre bout, à discuter avec les flics, mais accoudés au zinc.
— Putain ! Dire que j’aurais pu y être… Mais, heureusement, j’aime pas les jus de fruits.
— N’empêche que les deux gonzesses, je me les ferais bien…
— C’est la fermentation qu’a fait exploser les fruits…
— J’savais bien que c’était dangereux ces stands à la con. T’as vu comment que c’est branché ? Un fil qui descend du plafond et un max de multiprises. Pas étonnant que ça pète !
Etc, etc.
Tout en écoutant, comme chaque matin, mes Guignols de l’Info personnels, je cherche du regard une table qui voudrait bien nous accueillir, moi et mon journal. J’ai un cahier des charges très précis à ce propos. Il faut qu’elle soit assez grande pour y étaler ma lecture, qu’elle ne soit pas poisseuse de café et qu’elle soit suffisamment éloignée du bar pour que je sois épargné par les discussions graveleuses des habitués et leurs allées et venues. C’est pas une table que je repère aussitôt, mais un des trois SDF : l’indemne, celui qui criait tout à l’heure : « Momo, ton bras ! ». Le bonhomme est assis discrètement, dans un coin, le regard hagard, noyé dans ses pensées. Il a dû échapper aux enquêteurs, profitant de l’effet Karcher du commissaire. Du coup je replie mon journal, le remets dans ma poche, et me dirige vers ce vrai témoin, le seul qui ait tout vu et qui se taise. Vous me direz que je ne suis pas chargé de l’enquête, alors qu’est-ce que j’en ai à foutre de ce mec ? Eh oui ! Mais c’est mon côté fouineur, fouille-merde, une déformation professionnelle. Le bonhomme lève la tête en entendant la chaise qui lui fait face se déplacer. Il m’accueille :
— Merde !
— Salut ! lui réponds-je. Vous prenez quoi ? C’est ma tournée. Et ne vous inquiétez pas, je ne suis pas flic.
— Je sais… un demi… oh, et puis non, un grand crème.
— Vous aussi, vous vous êtes fait jeter par le commissaire ?
— Ouais, et tant mieux ! Il m’a dit : « File ramasser tes caddies, il n’y a rien à voir ici ».
Je me disais aussi que ce mec ne m’était pas inconnu. Maintenant qu’il me parle de caddies je le remets. C’est lui qui les regroupe, qui les range, qui les déplace autour du supermarché. Pour le SDF j’ai tout faux. Je commande deux grands crèmes au patron, un Corrézien qui ne se sent plus pisser depuis qu’un « pays » à lui s’est installé à l’Élysée. Tous les cafés de Paris et de la banlieue sont tenus par des Corréziens selon lui. À ce propos, il se plaît à dire, et il a raison, que « l’Élysée » ça fait nom de bistro.
— Dites donc, je reprends, salement amoché le Momo ! Et alors l’autre n’en parlons pas ! C’était qui ?
— J’le connais pas bien. Ça fait un mois qu’il traîne dans le quartier. Un Rmiste qui fait pas grand-chose de propre. D’ailleurs c’est sa valise qu’a explosé. J’en suis sûr maintenant.
— Sa valise ?
— Oui, ce matin il s’est pointé avec une valise grand luxe en cuir. Enfin pas une valise, plutôt un sac de voyage. Mais un beau truc en tout cas, classe. On l’a charrié avec Momo. Il nous a dit qu’il venait de la trouver à la gare et qu’il avait pas encore pu l’ouvrir. Y’avait un code et il voulait pas l’abîmer. Alors, toutes les deux minutes, il essayait de tripoter les molettes, des fois que le hasard… Mais, à mon avis, il l’a chouravée. On n’oublie pas une belle valise comme ça.
— Ça dépend, l’interromps-je, vu ce qu’il lui est arrivé à la valoche…
— Putain ! réalise-t-il soudainement. T’as raison !
Je m’aperçois, au tutoiement, que j’ai acquis la confiance du bonhomme. Je décide donc d’en faire autant et de mettre à profit cette nouvelle intimité.
— Et toi ? T’es qui ?
— Comment ça, je suis qui ? Je suis René… c’est moi qui m’occupe des caddies. Tu passes tous les matins et tu m’as jamais vu ? Parce que moi je te vois, détective…
— Alors tu me connais ?
— Ben c’est Momo, qui sait tout, qui m’a dit que t’étais détective.
— Donc, René, tu bosses ici.
— Oui, ma retraite de l’armée est un peu juste, alors j’ai trouvé ce boulot. Mais depuis que les caddies sont à pièces, c’est plus facile. Souvent les gens remettent leur caddie là où ils l’ont pris. Avant j’te dis pas, j’avais pas une minute, je courais d’un bout à l’autre du parking, et même dans les cités du coin, le soir, pour récupérer ces putains de chariots. Alors que, maintenant, je me contente de vérifier, surtout à l’entrée, que les files de caddies ne dépassent pas trop sur le passage des voitures. Ceux qui n’ont pas grand-chose les remettent sitôt sortis du magasin et partent avec leurs deux ou trois sacs en plastique. Mon boulot c’est donc de répartir les rangées.
— Et Momo ? C’est qui ?
— Ben dis donc, pour un détective, t’as d’la merde dans les yeux ou quoi ? Momo c’est le mec qui vend le Belvédère. Tous les matins tu le croises en venant ici. Il est justement là où les clients reposent leurs caddies. C’est, dit-il, un endroit stratégique où personne n’a d’excuse pour ne pas avoir de pièces de monnaie, sauf les cons qui lui mettent, sous le nez, un jeton en plastique ou en ferraille en lui disant : « Désolé, je n’ai pas de monnaie sur moi. »
— Alors lui, c’est bien un SDF ? je lui demande, un peu troublé d’avoir, effectivement, de la merde dans les yeux, car, maintenant qu’il me le dit, je vois bien Momo, chaque matin, avec sa pile de journaux entre les mains.
Je mets cet aveuglement sur le compte de la nature exceptionnelle des événements du jour.
— Un SDF ? Où tu vas, toi ? Momo, avec son journal à la con, il se fait sûrement plus que toi. Le principal, dit-il, c’est d’être propre pour ne pas repousser les mémères, mais rester modeste pour inspirer de la compassion. Fort de ça, le Momo, il en bazarde une centaine par jour, de son canard.
— Mazette ! fais-je, admiratif. Avec un euro pour lui par exemplaire vendu, si je suis bien renseigné, ça lui en fait, si je compte bien, dans les deux mille par mois au minimum. C’est pas mal en effet.
— Ouais, pas tout à fait. C’est brut. Mais en réalité, avec les pourboires, ceux qui donnent mais qui ne prennent pas le journal, et les « récup’ », c’est-à-dire les Belvédères qu’il récupère dans les poubelles sur le parking, les revendables évidemment, il se fait beaucoup plus, le Momo.
Je crois bon d’ajouter :
— Dans les poubelles ou les caddies…
— T’as rien compris, ses clients, il les chope justement quand ils reposent leur chariot pour récupérer leur pièce, l’endroit stratégique, rappelle-toi. Ils vont donc pas fourrer leur journal dans le caddie mais, s’ils en ont rien à s’couer de la lecture, dans une poubelle sur le parking ou dans la galerie.
— Dis donc, c’est toute une comptabilité pour s’y retrouver entre les ventes, les pourboires et les reventes, comment il fait ton Momo ?
— T’en tiens décidément une couche, détective…
— Merci.
— Il sait qu’il en a cent par jour. Le soir, il rend donc cent cinquante euros, sur lesquels il en touchera une centaine brute. Le reste, il se le garde. D’après lui, il arrive, tout compris, à presque deux plaques par mois (là il parle encore en francs le René). Pas mal, hein ?
— Très bien, même. Tu as raison il se fait plus que moi, et largement.
— Oui mais il le mérite. Momo c’est un expert, il fait ça en pro, pas en dilettante comme certains qu’osent pas, qui restent nonchalants avec leur pile deBelvédèresà regarder les passants avec, en plus, l’air de leur en vouloir. Non, Momo c’est un vrai commercial, lui, qui sait se faire apprécier. Souvent je lui dis qu’avec son talent il serait plus riche à faire le VRP. Il me répond, et il a sans doute raison, que c’est pas sûr et qu’avec son statut de pauvre mec qui essaye de s’en sortir, on le laisse peinard. C’est pas lui qui risque un contrôle fiscal. En plus il a pas d’frais, pas d’horaires, pas de réunions à la con, même pas d’chef qui vient l’emmerder. La plupart des mecs comme lui, ils tiennent pas. Pourquoi ? Parce que, et c’est Momo qui le dit, ils font ça en attendant. Le problème c’est qu’ils ne savent pas en attendant quoi. Alors, bon an mal an, ils en fourguent une vingtaine par jour et finissent le mois avec l’équivalent du RMI. Alors autant ne rien foutre, et c’est la spirale. Sûrement ce qui est arrivé au clodo qu’était avec nous ce matin. Mais dis donc, je me suis toujours posé une question, surtout depuis que je sais que t’en es un, ça vit de quoi un détective ? Nous, on te voit tous les matins, pas très tôt, t’as pas l’air de bosser des masses.
— Vaste sujet ! lui réponds-je. Mon chiffre d’affaires c’est trente pour cent la jalousie, trente pour cent les affaires commerciales et quarante pour cent le tout-venant. La jalousie, c’est le mari qui me demande de filer sa femme pendant une semaine, pour savoir ce qu’elle fait pendant qu’il bosse, c’est la femme qui me fait suivre son mari pour vérifier qu’il mange bien là où il lui dit, avec qui il lui dit, qu’il couche ou qu’il ne couche pas avec sa secrétaire. Ça a baissé avec les divorces par consentement mutuel car avant c’étaient les deux tiers de mon activité. Les affaires commerciales c’est, par exemple, dernièrement, une grande surface d’électroménager-HIFI-TV qui m’a demandé d’analyser une hémorragie de caméscopes. Ils m’ont donc embauché comme magasinier. Ça a duré un mois avant que les caméscopes ne recommencent à disparaître. Il fallait bien « étudier » ce nouveau collègue, et puis les coupables m’ont proposé d’intégrer leur business une fois qu’ils ont eu, à tort, confiance en moi. Le tout-venant c’est, par exemple, ce bonhomme un peu frappé qui m’a payé pendant un mois pour que je surveille, de l’intérieur, sa voiture neuve, une Opel Astra, pour que personne ne la raye quand il sortait avec. Au bout d’un mois, qui lui a coûté environ un tiers de la valeur de sa bagnole, il a jugé que sa voiture n’était, désormais, plus neuve et que cela n’avait donc plus d’importance qu’on la lui cabosse ou qu’on la raye avec des clés. Mais toi, dis donc, tu dois en avoir aussi des anecdotes dans ton boulot !
— Bof, pas grand-chose… moi, ça serait plutôt de la sociologie. Étudier le rapport entre les habitants d’un quartier et leur centre commercial. Tu sais, il y a des petits vieux qui viennent là tous les jours, leur unique distraction c’est le centre. Il y a ceux qui achètent de quoi bouffer pour la journée et il y a ceux qui se baladent. T’as déjà sûrement croisé « Quatre pattes », on l’appelle ainsi car il ne se déplace qu’avec ses béquilles. Il a quatre-vingts ans et il est haut comme trois pommes. Eh bien ce mec ça fait vingt ans qu’il se traîne ici chaque jour, avec ses cannes. Il connaît tout le monde et tout le monde le connaît. Cette galerie c’est sa seule famille au vieux. Tu sais, à force, l’un de vendre sesBelvédèreset l’autre de ramasser ses caddies, on en apprend des choses tous les deux, moi et Momo. Tu vois le gros là-bas, au bar ?
Je me retourne et aperçois un habitué que je croise ici souvent, gros, genre fainéant.
— Eh bien, continue René, ce mec c’est un éducateur des rues, payé par la mairie pour servir de tampon entre les jeunes et la délinquance. Figure-toi que cette enflure c’est, en plus, le mac le plus immonde du coin. T’as envie d’une môme des HLM ou d’un p’tit chinetoque, pas besoin d’aller en Thaïlande, tu lui demandes. Quoi encore ? Ah oui ! Le directeur du magasin, que t’as vu tout à l’heure. Eh bien sa secrétaire, celle qui se prend pour la première dame de France, c’est sa belle-sœur, la sœur de sa femme. Il l’a embauchée pour pouvoir la tripoter ou se faire sucer toute la journée.
— C’est pas rare, ça…
— Peut-être mais tu le savais, toi ? Non, il faut vivre ici à temps plein pour se rendre compte de ces petits détails. Tiens, une anecdote, une vraie : avant on avait deux générations de caddies, les vieux avec les poignées en ferraille, souvent rouillées et froides comme la mort, et les nouveaux, inoxydables avec les poignées plastifiées. Il y avait une vieille qui me faisait chier chaque matin pour que je lui dégotte un chariot ancien. Elle me prenait pour un voiturier, la mémé. Du jour où le directeur a fait mettre au rebut son parc de chariots déglingués, elle n’a plus jamais remis les pieds ici. Tu vois comme les gens sont cons parfois… souvent même. Et Colette ? Tu la connais, toi, Colette ? Tu peux pas la connaître, elle est caissière à mi-temps, même pas, et fait partie de la brigade du soir. C’est pas ton heure…
Effectivement, et en plus il connaît les horaires des usagers.
— Colette, si tu veux savoir, elle est multimillionnaire. Tout le monde le sait mais elle pense que son boulot de caissière c’est sa meilleure garantie antiagression. Qui irait cambrioler chez une caissière d’Interpascher qui touche un demi-Smic ? À ma connaissance c’est la seule caissière de France qui cotise à l’ISF.
Mine de rien, à l’écouter comme ça, je m’aperçois qu’il a fallu cette bombinette de merde pour que je lie connaissance avec des gens que je croise chaque matin sans même les apercevoir. Cette prise de conscience m’horrifie. Quelle époque ! Pendant que je philosophe intérieurement, René le caddie-man continue tout en sifflant, d’un trait, son crème.
— Dis donc, c’est pas l’tout, mais les chariots y vont pas s’ranger tout seul. Et puis si le dirlo me voit ici à cette heure il risque de me péter une durite.
— T’en fais pas, le dirlo, comme tu dis, il doit encore servir d’os au commissaire.
— T’as raison… et puis je me demande si j’aurais pas intérêt à aller aux flics parce que, fatal, les filles vont bien dire qu’on était trois à leur surprise-partie. Je voudrais pas que les poulets s’imaginent que je cache quelque chose.
— Ça vaudrait mieux, en effet. D’autant que le commissaire va sûrement mal digérer de t’avoir éjecté. Tu te rends compte, la faute professionnelle, virer le principal témoin valide du seul fait divers de l’année qui va le catapulter à la une des journaux du 9-4 !
— Et puis comme ça, je saurai où ils ont mis Momo. Du coup, j’irai le voir, ce soir, à l’hosto. Si tu veux on y va ensemble, comme t’as une bagnole… Qu’est-ce que tu fous aujourd’hui ? T’as une enquête sur le feu ?
— Non, mais j’ai un rencard avec une vieille qui veut je ne sais pas quoi. Après, comme tous les mardis, je vais déjeuner chez ma mère. Ça, tu le savais pas, hein ?
— Ben non… et pour Momo, tu viens ?
— OK ! Si tu veux on se retrouve ici, ce soir, à dix-huit heures.
— À six heures ? T’es ouf ou quoi ? J’termine à dix plombes, et encore… on ferme à dix plombes. Le temps que je termine, il est facile la demie.
— Et tu crois que c’est une heure pour aller visiter un manchot à l’hôpital ?
— T’inquiète, mec ! S’il est à Bicêtre, comme je le crois, j’ai mes entrées là-bas.
— Ben d’accord, à ce soir dix heures trente, devant l’entrée principale parce que le bistro sera fermé.
V
J’aime l’ambiance de la rue Pouchet, où habite ma mère. C’est calme, c’est clair, des vieux immeubles souvent modestes mais propres, quelques commerçants qui vendent des choses que personne n’achète, des boutiques fermées, laissées à l’abandon (on se demande ce qu’ils vendaient, ceux-là), une population multicolore qui rappelle les vacances, « C’est beau comme là-bas, dis ! », une école au bout qui se cache derrière de grands murs avec, le midi, des bruits de cantine qui me ramènent directement vingt-cinq ans en arrière. Enfin bref, un havre de paix à deux minutes à pied de la porte de Clichy et de sa circulation, de son boucan, de son périphérique et de ses fumées. Quand on pense qu’on est à cinq cents mètres, à vol d’oiseau, de l’Étoile, on se dit qu’il doit exister des frontières entre les arrondissements.
Comme je l’ai dit à René, tous les mardis midi je me pointe ici pour manger avec ma mère. Et c’est vraiment des circonstances gravissimes ou très importantes de mon job qui m’ont obligé, depuis quinze ans, à faillir à cette coutume familiale, et encore, les dix doigts des mains suffiraient pour compter ces manquements. Pour se garer ça va à peu près dans ce quartier. C’est payant mais trois fois moins cher qu’à cinq cents mètres plus au sud ou plus à l’ouest. Comme quoi les bourgeois des beaux quartiers sont bien cons d’aller s’entasser aux antipodes pour y trouver des conditions de change favorables. À deux stations de métro de chez eux ils ont le même dépaysement et leur pouvoir d’achat augmente, facile, de 100 %. D’ailleurs, les étrangers ne s’y trompent pas puisque, paraît-il, la France est le pays le plus visité au monde.
Donc, vous l’aurez compris, mon rituel du mardi est primordial. Je considère cette journée comme mon repos hebdomadaire. Même si dans ma profession cette notion n’est qu’aléatoire, les cocus l’étant également et souvent le dimanche.
Depuis deux ans je refuse systématiquement d’y déroger, quel que soit le motif, car, chose que je n’ai pas dite à René, j’y retrouve ma petite fille, Elvira. Vous voyez j’ai hérité de mon père le goût des jeux de mots, mais au moins, elle, un jour elle se mariera et, si elle évite d’épouser un « Aurouge » ou un « Delœil », il n’y aura plus de problème. Elvira a quatre ans et c’est ma mère qui s’en occupe étant donné ma vie de patachon. L’an prochain elle ira à la grande école et probable qu’alors mes mardis se transformeront en mercredis. Sa maman ? Elle est plus là. Martine elle s’appelle. Une infirmière que j’ai rencontrée un peu sur le tard, à trente ans. Je dis un peu sur le tard parce qu’à trente balais et avec mon métier j’avais accumulé pas mal d’habitudes et que ces habitudes paraissent généralement mauvaises à la personne qui doit les supporter à défaut de les partager. Si bien que deux ans après la naissance d’Elvira, Martine, pour faire le point et surtout, à mon avis, pour me donner conscience de ce qu’elle vivait avec moi et mes habitudes, a décidé d’accepter une mission humanitaire de deux mois au Rwanda pour aider les petits Éthiopiens (ou le contraire) – mission qui devait nous permettre de réfléchir l’un et l’autre. Manque de bol elle a rencontré sur place un médecin qui avait aussi, sûrement, de très mauvaises habitudes mais qui étaient les mêmes que les siennes. De là est né un grand amour genre Pierre et Marie Curie (quoique, d’après ce qu’on dit…) et Martine, depuis, on la voit deux fois par an. Elle a jugé plus commode de me confier la garde de notre gamine ne tenant pas à lui faire partager ses conditions de vie précaires voire dangereuses. Finalement elle a reconnu implicitement que mes mauvaises habitudes étaient meilleures que les siennes. Au début je me suis retrouvé seul avec ce bébé aimé de deux ans qui commençait à baragouiner des « pourquoi ? » et des « l’est où, maman ? ». Ma mère s’est présentée comme la seule possibilité pour assurer à Elve des conditions de vie normales. Elve, je l’appelle Elve, peut-être parce que j’ai honte de mon jeu de mots, décidé sur un coup de tête, devant l’agent d’état civil de la mairie quand j’ai déclaré la naissance. Toujours est-il qu’Elve Angledroit passe mieux qu’Elvira Angledroit. On ne se venge pas d’un père sur son enfant. Pas plus que moi elle n’avait rien demandé. Depuis, tout le monde est persuadé qu’Elve est un prénom yougoslave que j’ai donné à ma fille pour faire plaisir à ma mère.
— Bonjour mon grand ! m’accueille maman en me serrant dans ses bras.
Aïe, aïe, aïe ! Ce bonjour « mon grand » me hérisse le poil, m’horripile. Je ne saurais pas dire pourquoi, c’est comme ça. Peut-être le « mon » qui m’emprisonne en même temps qu’elle referme ses bras sur moi ou peut-être le « grand » car, avec mes 1 m 65, je ne me suis jamais senti grand et que la tendance, quand j’étais môme, c’était de m’appeler « P’tit citron ». Mais, bien sûr, je ne lui en veux pas une fois passé ce rituel d’accueil. Je me sens si bien dans mon univers à moi, avec maman et Elve. Un peu comme quand on plonge dans la piscine, putain, c’qu’elle est froide en entrant, mais qu’est-ce qu’on est bien dedans après.
— Papa ! Papachon !
Ça, c’est Elve qui s’agrippe à mes jambes pendant que sa grand-mère finit de m’asphyxier dans ses bras. Décidément les femmes de ma vie n’ont qu’une idée : m’étouffer. Ma mère et ma fille dans leurs bras et mon ex dans mes habitudes. Ma fille m’appelle Papachon car Martine, au temps de notre grand amour, celui qui n’a duré qu’un instant, m’appelait Bichon. Je la soupçonne d’avoir fait de même avec ceux qui m’ont précédé et cela ne m’étonnerait pas que son actuel toubib soit devenu, à son tour, son Bichon. Elve n’a donc entendu, pendant ses deux premières années, que ce vocable pour s’adresser à moi.
— Bichon, passe-moi l’sel…
— Bichon, je t’aime…
— Bichon, tu déconnes…
— Bichon, etc, etc. Bichon, Bichon…
Moi, ce surnom ne me déplaisait pas trop entre nous, mais en public c’était autre chose.
— Arrête de m’appeler Bichon devant tout le monde, ça fait ridicule…
— Pourquoi ? Tu trouves que Cicéron ça fait plus sérieux ?
Donc la petite, dans ses premiers balbutiements, dès un an, a commencé par m’appeler Chon, puis Chonchon et pour finir, et cela me restera je pense, Papachon.
— Tu veux un café ?
Ma mère sait que c’est là mon péché mignon. J’ai arrêté de fumer, j’ai jamais bu, mais le café… Qu’on ne me supprime jamais le café !
— Pas à cette heure on va manger.
— Tu veux un café, Papachon ?
Ça, c’est Elve, assise sur mes genoux, qui ne manque jamais de s’inspirer de sa grand-mère pour communiquer avec moi comme une grande. Elle fait mine de me servir dans une tasse imaginaire qu’elle tient entre ses petits doigts.
— Tu veux du sucre ?
— Oui, plein. Et tu me le tournes, s’il te plaît.
— Tiens, voilà, attention c’est chaud.
— Merci ! Oh la la ! C’est trop chaud, ça, je me suis brûlé la langue…
Rires éclatants de ma fille qui quitte mes genoux pour aller à la recherche de nouveaux jeux dans sa chambre. Chez ma mère c’est un peu comme chez « la mère à Titi
