Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
La rencontre fortuite de Gabriel et de Camille, leur coup de foudre immédiat et réciproque malgré leurs différences notoires leur apportera un bonheur profond, mais fragile. Lui homme politique influent et candidat à la prochaine élection présidentielle, elle ex-junkie tentant d’échapper à un passé douteux, leur avenir pouvait être tout aussi bien superbe que néfaste. Mais la vie reprend toujours le dessus. Surtout quand l’Olympe décide en réalité de leur sort ! En effet, Zeus, las des turpitudes des peuples, choisit ce moment-là pour envoyer sur Terre un virus transformant bon nombre d’habitants en faucheurs. Qu’adviendra-t-il alors de ce couple dans la tourmente vengeresse des Dieux de l’Enfer ? Sera-t-il capable de résister à l’adversité quand Gabriel commencera à ressentir les effets de sa mutation funeste ? Et quel avenir réserve, en définitive, Zeus pour l’Humanité ?
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 142
Veröffentlichungsjahr: 2022
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
MONIQUE LE DANTEC
SUR LES RIVES DU STYX
MORRIGANE ÉDITIONS
13 bis, rue Georges Clémenceau — 95 440 ÉCOUEN (France) Siret : 510 558 679 00006 85 10 65 87 — [email protected]
www.morrigane-editions.fr

2
À Gabriel, mon père et à Camille, ma grand-mère que je n’ai pas connue mais dont on m’a répété durant toute mon enfance que son grand défaut était... ... de lire à longueur de journée !
3
4
PROLOGUE Quelque part sur l’Olympe
Le regard impératif et plus froid qu’un ciel d’hiver de Zeus parcourt l’assemblée qu’il a convoquée, s’arrêtant plus longuement sur son propre frère Hadès, fils de Cronos et de Rhéa placé à sa gauche.
Puis, il s’attarde une seconde sur Perséphone sa belle-soeur, priée de s’assoir à côté de son épouse Héra qui s’offusque des sièges attribués, le sien étant d’ordinaire à ses côtés, et non pas face à lui. En fait, il a tenu à regrouper près de lui les Dieux de l’Enfer pour une raison bien précise.
Zeus, le sourire énigmatique, est armé comme d’habitude de la foudre lançant ses zébrures intermittentes, qu’il tient d’une poigne ferme. Tardant à prendre la parole, un silence compact s’est investi dans la salle, espérant que le maître de l’orage, des éclairs et de la pluie, cette pluie qui féconde la Terre, commence à parler et leur précise la raison de leur convocation.
Machinalement, les regards plongent tout en bas vers la Terre, anticipant une décision qui la concerne directement. Car ce choix privilégié a interpellé les autres Dieux qui s’attendent donc à une annonce d’envergure, mais surtout de sombre augure.
5
Pourtant, d’ici, émergeant d’un voile brumeux, la planète se teintant de rose et de bleu ne laisse guère supposer cette sphère opaque et pétrifiée que les humains sont en train d’instaurer. Malgré divers signes qui auraient dû alerter les populations, la fonte des glaces, l’avancée de la sécheresse, la pollution, elles continuent de courir aveuglément à leur perte.
Mais la patience de Zeus est arrivée à son terme. Il sait bien que la folie de l’être est enracinée à ce bas monde depuis l’aube des temps. Il ressent maintenant une colère rentrée, mais profonde. Et une pensée vengeresse investit désormais son esprit. Frapper un grand coup ! Quitte à détruire à terme cette Humanité qui ne maîtrise plus son avenir.
Après de longues minutes d’attente, il prend enfin la parole. Les pupilles des participants le fixent avec une attention palpable. Ils commencent vaguement à discerner le projet que leur maître a en tête, sans doute quelque chose qui ressemble à des représailles. Les yeux des Dieux se croisent et s’interrogent.
Mais, indifférent à leur attente, Zeus attaque :
— Je profite de ce rappel pour rendre hommage à ma mère Rhéa, fille de Gaïa et d’Ouranos qui n’a sauvé de la voracité de mon créateur Cronos, digne fils de son père qui dévorait ses enfants comme vous le savez, en lui présentant une pierre langée à l’instar de ce qu’elle faisait pour moi, qu’il avala sans se poser de question. Grâce à cette astuce, et à la façon dont elle m’a élevé, Rhéa a apporté au monde la stabilité et la justice que chacun attendait depuis la nuit des temps. C’est par conséquent en son nom que je vais vous faire part aujourd’hui de mes décisions concernant la Terre.
Minos, un de ses fils, regarde son père d’un oeil interrogateur. Il devine qu’il va avoir un rôle primordial à jouer. Malgré un destin de roi tragique qu’il veut oublier, il passe pour un sage et un législateur remarquable. C’est donc, en raison de son esprit d’équité, qu’il siège désormais au Tribunal des Enfers.
6
Quant à Hadès, l’un des invités principaux de cette réunion, après le partage de l’Univers en trois parties, il régne sur le monde inférieur. Justicier implacable, il gouverne sans pitié les âmes des morts et dicte sa loi sur la Terre.
Enfin Perséphone, la fille que Zeus a eue avec Déméter et qui a été enlevée par Hadès, se retrouvant ainsi enfermée dans la sphère des Enfers, elle se demande clairement la raison de sa présence ici. Sévère et grande, elle partage son temps, grâce aux négociations qu’avait eues Déméter avec Zeus, l’automne et l’hiver dans les Enfers, mais rejoint la Terre et sa mère au moment où les fleurs et les graines repoussent. Aujourd’hui, elle tient en main un magnifique pavot, apportant une note d’espoir et de renouveau.
Soudain, Zeus lâche, d’un ton qui ne supporte pas la contradiction :
— J’ai lancé un virus sur le globe qui va transformer une bonne partie de la population en faucheurs, par le biais d’attentats qui les infecteront partout dans le monde.
— Excuse-moi de t’interrompre, Zeus, mais qu’entends-tu exactement par « faucheur » ? demande Hadès de la voix la plus innocente possible.
Il commence à percevoir leur mission, mais veut en comprendre les conséquences.
— Un faucheur est un homme qui possède un appétit insatiable. Ils vont donc se dévorer entre eux lance Zeus dans un gros rire. Sachez toutefois que quelques survivants bénéficieront des grâces de l’Olympe. En conséquence, vous prendrez en main les individus que vous aurez choisis vous-mêmes, et qui suivront la voie que vous leur aurez attribuée, soit rester humains, soit se transformer. En espérant qu’ils retrouveront le chemin d’un monde positif selon la manière dont vous les manipulerez. Enfin, ce sera à Perséphone de les inciter à recréer une terre fertile. Sinon, je les ferai replonger, mais en totalité cette fois-ci, dans le Chaos. Sachez toutefois qu’au final, il y a de grandes chances, à part les quelques exceptions que j’aurais et vous-mêmes sélectionnées, que ce sera la fin de l’Humanité puisque je ne crois guère à leur rédemption.
7
8
1. Maintenant - À l’hôpital
Parmi les fantômes de l’aube, une ombre blanche se détache sur le lit.
Il flotte dans la pièce une odeur un peu lourde d’éther, liée à celle plus brassée de l’air conditionné qui fonctionne à plein régime en émettant un ronronnement discret. Dehors, les trombes d’eau tournoyantes qui ont fouetté le haut de l’hôpital pendant la nuit se sont enfin calmées. Elles tombent maintenant en vagues légères et rythmées, masquant la vue des fenêtres. À moins que ce soit le rideau de plastique qui entoure son lit et qui l’empêche de distinguer l’environnement dans lequel il se trouve.
Car, doucement, les strates de son coma s’évaporent. Son esprit tente de se frayer un chemin parmi une imagerie mentale exubérante dont il n’arrive pas à cerner les contours ni la provenance, mais tout en ayant conscience de traverser des étendues temporelles à la vitesse de l’éclair.
Bras allongés contre son torse, son corps demeure parfaitement immobile, à l’exception des muscles de sa mâchoire qui se contractent à intervalles réguliers au fil des questions qu’il commence à se poser. Une grande apathie lui lie les membres.
Un vague souvenir se fait jour dans sa mémoire. Des sensations encore confuses et indistinctes. Mais qui se précisent. Une
9
explosion, un embrasement invisible et asphyxiant, des hurlements, une agitation hystérique autour de lui. Et puis tout à coup, plus rien, le noir absolu.
Tremblant d’une fièvre soudaine, il ouvre les yeux, tente de se redresser. Mais tout un arsenal de flexibles le tient solidement relié à des appareils médicaux à côté du lit.
Il entend une porte s’entrebâiller et voit surgir comme dans un brouillard la silhouette généreuse d’une femme en blanc.
Une question lui martèle le crâne. Mais qu’il ne parvient pas encore à exprimer. Une voix grinçante vient lui taper les oreilles, une sorte d’ondulation sonore qui ne prend pas le chemin de la compréhension. Il émet un grognement interrogatif. L’infirmière franchit la séparation en plastique et lui fait un geste de la main en murmurant quelque chose qui ressemble à un conseil. Ou à un ordre. Après avoir vérifié les branchements des appareils, lui avoir soulevé la tête et replacé son traversin, elle quitte la salle.
Pendant le bref moment où la femme a relevé le rideau, il a pu apercevoir le profil d’une flèche et de deux tours par la fenêtre qu’il lui semblait reconnaître. La cathédrale Notre-Dame sur l’île de la Cité ! Se trouverait-t-il donc à l’Hôtel-Dieu, tout proche ?
Que fait-il là, a priori hospitalisé ? Mais pourquoi ? Les dernières heures se sont évaporées de sa mémoire. Et même celles d’avant, comprend-il très vite quand il se pose la question. Il ne sait plus son nom, pas plus que son âge. Son identité a disparu. Et sa vie aussi. Seule, l’image harcelante d’un visage de femme vient troubler le néant dans lequel son esprit a sombré. Le regard surtout, intense, tour à tour perçant puis fuyant.
10
Il faut qu’il se reprenne, qu’il retrouve des points d’appui, des repères. Mais pour l’instant, ce n’est que le voeux pieux de son propre vouloir.
Il inspire un grand coup, tout à fait réveillé maintenant. Du moins, il a l’impression d’absorber de l’air frais, mais il réalise qu’on lui a mis un masque sur le visage et que c’est de l’oxygène qu’il respire.
Au fur et à mesure qu’il reprend connaissance, une douleur sourde l’envahit, qui atteint son épiderme, ses poumons, ses artères, sa bouche... Mais c’est sa peau surtout qui le fait souffrir. Il a le sentiment qu’il se trouve à mi-chemin entre ce monde et l’au-delà, pas tout à fait mort ni entièrement vivant. Qu’il va se réveiller d’un cauchemar qui l’a entraîné sur les terres inexplorées de l’enfer !
Puis un vague souvenir prend corps dans son esprit. Mais il est encore trop flou pour avoir un sens. Comme s’il avait collé son oreille à un accès invisible, celui des abîmes.
Le problème le tient toujours quand la porte de la chambre s’ouvre. Il voit une silhouette se découper dans la lumière du couloir, puis un homme en blanc s’approcher du lit et franchir la séparation plastique.
— Que s’est-il passé ? Pourquoi suis-je là ? émet-il dans une voix déchiquetée.— Ne parlez surtout pas, répond le patricien en soulevant le rideau et en arborant un sourire factice. Vos poumons en ont pris un coup et votre gorge a été brûlée. On vous apportera un tableau plus tard, vous pourrez communiquer ainsi. Mais surtout, ne faites aucun effort.
À l’instar de l’infirmière tout à l’heure, l’homme en blanc vérifie également les écrans, pose un stéthoscope sur le thorax du patient, écoute longuement les bruits qu’il reçoit.
11
— Ça va mieux, diagnostique le praticien. Vous avez eu de la chance. Beaucoup de gens sont morts dans l’attaque du métro.— Il y a eu un attentat ? essaie d’articuler Gabriel en grimaçant de douleur.
Le médecin comprend la question sur les lèvres boursoufflées. Le visage à travers le masque est écarlate, le souffle rauque, les paupières lourdes.— Vous ne vous en souvenez pas ? répond-t-il. Vous êtes l’une des trente neuf victimes de l’explosion au gaz perpétré cette nuit dans le métro. Mais ne vous fatiguez pas pour l’instant. Je dois vous administrer un calmant, vous irez mieux après quelques heures de sommeil. Je reviendrai vous voir dans l’après-midi. Là, il faut absolument vous reposer, rester tranquille.
Pendant qu’il parle, il lui fait une piqûre.— Mais mon nom, je ne me... souviens... même pas de..., tente de prononcer l’homme. Mais il s’endort instantanément.
Quand il s’éveille, quelques heures plus tard, la première chose à laquelle il songe est à un steak tartare ! Un vrai, comme il les aime, bien copieux et saignant, nature, sans sauce ni herbe ajoutées. Il a faim. Un sacré appétit d’enfer, aurait-il pensé s’il avait eu encore ses réflexes d’auparavant.
Puis, après cette vision un peu décalée par rapport à son état, mais dont il n’a pas conscience, il se concentre de toutes les forces dont il est capable. L’effort lui fait serrer les mains jusqu’à s’en blanchir les articulations. Deux profonds sillons parallèles entaillent son front. Une barbe grise de plusieurs jours ombre ses joues creuses. Mais ce qui domine sa douleur, c’est sa gorge qui l’empêche de déglutir. Il commence à comprendre qu’il a subi des brûlures, aussi bien extérieures qu’intérieures. Des flashs dans son esprit se
12
précisent. Des bruits surtout. Une explosion. Puis des cris. Soudain, il se revoit dans le RER à Saint-Michel.
Laissant peser son regard sur l’environnement blanc et translucide qui ne l’aide pas spécialement à recouvrer la mémoire, il tente de reconstituer les faits dans le métropolitain. Effectivement, il se rappelle l’avoir emprunté, avoir attendu sur le quai, être monté dans la rame. Puis être descendu quelques stations plus loin. Mais ne pas s’être échappé à l’extérieur. Pourquoi il était là, il ne l’a plus en tête. Par contre, c’est bien à cet endroit que la bombe a explosé. Un bruit, une grande flamme, un nuage toxique qui a enveloppé les voyageurs. Une brûlure intense en respirant. Et puis plus rien. Black-out.
Tour à tour, des images disparates s’engouffrent dans son esprit, des bribes de souvenirs. Un visage de femme revient à plusieurs reprises. Très belle. Mais qui, à chaque fois qu’elle se manifeste, lui déclenche une bouffée de colère. Qui est-elle ? Mais surtout, qui est-il, lui ? Car il n’a toujours pas retrouvé son nom. De l’impatience lui vient, et l’envie de se lever, prêt à toutes les morsures.
Il n’en a pas le temps. La porte s’ouvre à nouveau sur le praticien qui lui a administré la piqûre plus tôt.— Je vois que vous avez repris connaissance ! C’est bien. Nous allons pouvoir discuter. Enfin, c’est une façon de parler. Votre gorge est trop abîmée pour le faire. Je vous ai apporté un tableau et un feutre, vous écrirez ce dont vous vous vous rappelez.
Joignant le geste à la parole, le médecin tend l’objet à son patient. Celui-ci le saisit avec promptitude. Sa main tremble, ses lettres sont déformées, mais il réussit à inscrire :— Qui suis-je ?
13
Comment aurait-il pu expliquer qu’il est encore coupé de tout souvenir précis, de toute racine ?— Parfait, vous comprenez ce que je dis. Je craignais que votre ouïe soit défectueuse à la suite de l’explosion. Donc, vous avez oublié votre nom ?
Un geste du menton affirmatif le fait poursuivre.— Cela arrive, ce n’est pas très grave en soi. Votre mémoire va revenir peu à peu. La Police a réussi à vous identifier.Consultant le dossier qu’il tient entre les mains, il continue :— Vous vous appelez Gabriel de Kermeur. Vous êtes un homme politique important, chef du parti de l’opposition actuelle. Et je suis certain, ajoute le patricien en émettant un petit gloussement, que vous viserez un jour la présidence de la République, si ce n’est déjà dans vos intentions !
Les mots s’ancrent dans l’esprit de Gabriel, mais ont du mal à prendre un sens. Soudain, une nostalgie de soirées vides l’envahit. Cette femme qu’il voit dans ses réminiscences l’a quitté ! Ou c’était lui qui s’en est séparé. Un flou persiste quant à elle. Mais, ce dont il était certain, ils ont été en couple. Puis la solitude a de nouveau submergé son existence.
Au fur à mesure que la mémoire lui revient, il sait qu’il devra affronter certaines évocations pour exorciser le passé. Qu’il est toujours sous le joug d’une influence négative ! De sombres pressentiments surgissent à l’horizon de sa conscience. Désormais, il se rappelle une grande partie de sa vie d’avant, ses activités au siège du parti, ses meetings de plus en plus nombreux, cette femme Camille dont le prénom claque dans son esprit comme une bombe, il reprend confiance. Camille qu’il a tant aimée. Mais qui lui laisse comme une saveur amère et vénéneuse dans la bouche.
D’ailleurs, en est-elle vraiment la cause ? Car, tentant d’humecter ses lèvres sous le masque, il constate avoir un goût bizarre dans la
14
gorge qui lui fait penser à du métal chauffé. Il se souvient de la fumée âcre au moment de l’explosion qui a empli l’air déjà vicié du métro. Pourtant, la faim le tient toujours, lui fait ressentir des spasmes soudains et violents au creux de l’estomac.
C’est avec un léger soulagement qu’il voit la porte s’ouvrir, laissant le passage à une infirmière qui pousse un chariot. Une dame d’un certain âge, au regard triste et au sourire qu’il pense être forcé pour la circonstance. Sa joie de pouvoir se restaurer est de courte durée, la femme ne venant que pour lui faire sa toilette.
Déroutée par son air ironique, elle lui dit qu’elle va le raser, qu’il aurai bien meilleure mine ensuite. À ces mots, comme pour lui donner raison, il passe sa main sur son visage, et la retire plein des poils de la barbe. Surpris, il fait de même dans sa chevelure, arrachant sans violence une mèche qui pend entre ses doigts.
— C’est normal, ne vous inquiétez pas, affirme l’infirmière. Vous avez absorbé des produits toxiques dont on n’a pas encore trouvé la composition exacte. Mais qu’il y ait une influence sur votre capillarité n’a rien d’extraordinaire. D’ailleurs, je vais vous raser, vous vous sentirez plus confortable ensuite.
Elle a soulevé le rideau plastique, ce qui lui permet de voir par la fenêtre. Le vent a fléchi, la pluie cessée. Une nuée compacte et sombre traverse le ciel lentement, frôlant les immeubles.
Sa toilette est longue et laborieuse. Chacun de ses gestes éveille une douleur qui lui provoque un pincement de lèvres.— Tranquillisez-vous. Vous vous sentirez mieux maintenant que tous les pansements sont refaits.
Se saisissant de son ardoise, il écrit ces mots : — Miroir.— Bien sûr, je vous en apporte un tout de suite.
15
L’infirmière, affable, disparaît quelques instants, revient avec l’objet et lui place devant le visage.
Voyant ses traits tirés, ses yeux qui paraissaient plus enfoncés dans les orbites avec les cernes mauves qui torturent sa physionomie, il grimace.
— Vous recouvrerez votre belle mine et votre prestance, assure la femme d’une inclinaison de tête bienveillante en reprenant le miroir.
