Amours - Michel Théron - E-Book

Amours E-Book

Michel Théron

0,0

Beschreibung

Les petites fictions de ce livre tournent autour de l'amour. Elles illustrent certains aspects que peut prendre le sentiment amoureux, et certaines situations dans lesquelles il se manifeste. On trouvera dans mon autre ouvrage "Savoir aimer - Entre rêve et réalité" (BoD, 2022) des considérations plus générales, à mettre en regard avec celles, plus concrètes et particulières, contenues dans le présent livre. En fait ces deux ouvrages peuvent s'éclairer l'un l'autre, et constituent les deux volets d'un diptyque, le premier illustrant de façon plus littéraire ce que le second analyse de façon plus philosophique.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 100

Veröffentlichungsjahr: 2024

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



TABLE

Avertissement

Lequel des deux ?

Rendez-vous

Comme il faut

L’âme-sœur

On verra...

La Chevelure

Badinages

Je pense qu’il pense que...

Mauvaise tactique

Thaborisme

Tout est affaire de regard

Ne pas perdre son latin

Ce qui n’a pas de sens

Crise

Pas comme les autres

L’Amour-Haine (I)

L’Amour-Haine (II)

Lorsque l’enfant paraît...

Il faut retoucher le costume !

Je t’aime, mais...

Le Bonnet de bain

Si tu veux...

Confidences

À demi-mot

En avoir le cœur net

Le cœur a ses raisons...

Où, quand, combien ?

Un Regret souriant

Familles

Solitude

Jalousie (I)

Jalousie (II)

Destin

Entêtement

Prends garde à la corde !

La TSF de la vie

Du même auteur

AVERTISSEMENT

Les petites fictions qu’on va lire tournent autour de l’amour. Elles illustrent certains aspects que peut prendre le sentiment amoureux, et certaines situations dans lesquelles il se manifeste. Quelques unes de ces micro-fictions ont rapport avec ma propre vie, mais pas toutes.

On trouvera dans mon autre ouvrage Savoir aimer – Entre rêve et réalité (BoD, 2022) des considérations à mettre en rapport avec celles contenues dans le présent livre.

En fait ces deux ouvrages peuvent s’éclairer l’un l’autre, et constituent les deux volets d’un diptyque, l’un illustrant de façon narrative ce que l’autre analyse de façon philosophique.

M.T.

août 2024

LEQUEL DES DEUX ?

La fusion intime de deux êtres, on rêve toujours qu’elle soit réalisée dans la rencontre amoureuse. Ce serait comme deux flammes de deux bougies, qui rapprochées se fondraient l’une dans l’autre, pour finalement n’en faire qu’une. C’est un beau mythe, et un bel espoir. Mais la symbiose, l’union parfaite, qui supprimerait la différence, gommerait l’altérité, qui a déjà pu la réaliser ?

Dans cette image, un visage semblerait y aspirer, quand il est vu regardant vers le haut. Mais l’autre (le même en vérité, mais vu autrement) regarde vers le bas, et semble taraudé par l’inquiétude. Nulle part on ne voit réalisée ici l’espérance de ne faire qu’un, et l’altérité gommée.

Quelle que soit la mise au point visuelle et mentale que l’on y fait, les deux visages demeurent séparés. Et ce n’est pas l’un et l’autre, c’est ou l’un ou l’autre. La vision n’est jamais simultanée, mais toujours alternative.

De même dans la vie on cherche toujours à partir de deux à ne faire qu’un. Mais en fait, on s’en aperçoit bien souvent, la question est toujours de savoir : lequel ?

L’image montre une étreinte. Certains disent que peut s’y réaliser l’union parfaite. Mais on voit dans l’image qu’au sein même de l’union physique peuvent subsister doute et anxiété. On n’y possède rien, et surtout pas le partenaire, malgré ce que le langage dit en pareil cas.

Multiple et complexe donc est l’amour humain. Il ne se laisse pas réduire à ce qu’en pourraient dire les feel good books. C’est pourquoi les variations et micro-fictions qui suivent évitent tout catéchisme, en explorant les aspects fort divers où chaque fois s’actualise le sentiment amoureux.

RENDEZ-VOUS

Rendez-vous avait été pris avec elle dans le centre commercial. D’elle il ne connaissait que sa voix au téléphone, si douce et jeune, apparemment. Maintenant il cherche, regarde autour de lui. De la foule anonyme va-t-elle surgir, pour une énième déception ? Comment est-elle en réalité ?

Bonjour, c’est moi que vous cherchez ? Il se retourne, une grande silhouette en manteau jaune lui fait face. Le visage s’illumine d’un beau et avenant sourire. Il voudrait être ailleurs, disparaître sous terre.

Mais elle tente de le rassurer, en lui proposant de s’asseoir à la terrasse du café, pour prendre un verre.

Il ne la regarde pas. En un instant toutes celles qu’il a rencontrées précédemment s’évanouissent, retombent à leur néant. Mais comment affronter maintenant ce sourire, comment en être digne ? Et que se passera-t-il s’il disparaît lui aussi de sa vie ? Elle parle toujours, et il est paralysé, par la peur de ne pas lui plaire. Il sent les larmes lui monter aux yeux. Il essaie de garder contenance.

De toujours confiance et assurance l’ont déserté. Personne, pense-t-il, ne peut s’intéresser à lui. Aussi ne s’est-il jamais avancé vers quiconque, et s’est-il protégé par la façade froide des angoissés qui veulent donner le change. Et dans la moindre marque d’intérêt il voit un essentiel miracle, gommant sa disgrâce.

Mais elle continue de parler, et dans l’invite de ses paroles il devrait voir une leçon qu’elle lui adresse. Pourquoi n’a-t-il pas confiance ? Cela cadre si mal, d’ailleurs, avec ce qu’elle suppose de son statut social : professeur, lui a-t-il dit. Il doit bien avoir l’habitude de parler...

... Le sourire est un phare qui devrait guider tous les naufragés. Celui-là s’exprime vraiment, il engage à lâcher prise, à abandonner les défenses. De quoi demain sera fait, personne ne le sait. Mais l’instant d’aujourd’hui encourage à faire confiance. Pourquoi résister ? De toute façon la bataille est perdue, le masque de défense est tombé, il est vain de se demander ce qui arrivera plus tard, puisque l’essentiel est déjà arrivé.

La voix maintenant est caressante, quasimaternelle. Sa musique dit qu’il ne sert à rien de se protéger, que le sort n’est jamais entre nos seules mains. Vous êtes défait, Monsieur. Abandonnez-vous...

RENDEZ-VOUS !

COMME IL FAUT

Et la Mère, fermant le livre du devoir,

S’en allait satisfaite et très fière, sans voir,

Dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminences,

L’âme de son enfant livrée aux répugnances.

Rimbaud

Songe à tout ce que j’ai fait pour toi. Depuis ta naissance je t’ai dorloté, choyé. Il n’y en avait que pour toi dans la maison, et j’ai même délaissé ton père pour ne m’occuper que de toi. Tous les sacrifices qui s’imposaient en ta faveur, je les ai faits. Tu as été mon seul amour.

Et maintenant, voici que tu veux choisir ce métier de saltimbanque, qui te fera vivre dans la précarité ! J’ai l’expérience de la vie, crois-moi. Toi, tu ne l’as pas, et donc tu dois te fier à moi dans ce domaine. Tente plutôt de prendre un métier à revenus garantis, fonctionnaire par exemple. Les rêves ne sont pas tout dans la vie. Il faut manger ! Réfléchis au moment de faire ton choix, et tu m’en remercieras plus tard.

Une belle situation, stable et reconnue de tous, c’est toujours ce que j’ai imaginé pour toi. Vois combien nous sommes proches en fait. Je t’ai porté dans mon ventre neuf mois, et ensuite tu es né : tu es une partie de moi, je te connais parfaitement parce que je t’ai fait. Souvent tu m’as montré ton affection : montre-la encore dans le choix de ton métier, en suivant mes conseils. Beaucoup n’ont pas, comme toi, une mère aimante. Choisis ce que tout être raisonnable ferait à ta place, choisis comme il faut.

– Je t’ai montré mon affection depuis que j’étais tout-petit ; c’est ce que tu dis, mais peut-être t’es-tu illusionnée là-dessus. Maintenant en tout cas j’ai grandi, et je vois que cet amour que tu prétends me porter, tu m’en accables. Et tu détruis mes rêves. Je ne suis que le reflet de tes désirs à toi. Tu ne me respectes pas, tu ne laisses pas libre quand tu me sommes de choisir, dis-tu, comme il faut. En vérité, toi-même tu ne m’aimes pas COMME IL FAUT.

L’ÂME-SŒUR

Elle voulait rencontrer son âme-sœur, qui l’accompagnât toujours dans sa vie, à qui elle pût se confier et de qui être parfaitement comprise. Il pouvait aussi lui faciliter maté-riellement l’existence, et remédier à tous les petits problèmes quotidiens, qui découragent par leur mesquinerie l’âme éprise d’idéal : démons de faible envergure, perpétuellement tourmenteurs.

Un jour, mon prince viendra. Elle se remémo-rait la chanson, qui la faisait rêver depuis qu’elle était petite. Mais peut-être aujourd’hui cherchait-elle aussi sans se l’avouer un Monsieur Bricolage. Et la Maison du Berger de la poésie romantique pouvait n’être pour elle qu’un mobil-home, au moyen duquel l’élu de son cœur la conduirait au long des routes, dans la découverte de pays toujours nouveaux. Elle avait besoin d’un compagnon pour voyager. Ne dit-on pas qu’ailleurs l’herbe est plus verte ? Et aller ailleurs, n’est-ce pas être autre ?

Ne supportant pas la solitude, le besoin la torturait d’une présence toujours constante à ses côtés. Elle en serait occupée, et dispensée de penser à elle, ce qu’elle n’aimait pas et évitait le plus possible.

Un jour, elle écrivit une annonce pour un site de rencontres :

N’EN POUVANT PLUS DE SOLITUDE, CHERCHE L’ÂME-SŒUR

Suivait une liste impressionnante de ses désirs, minutieusement catalogués, dans la limite malheureusement de l’espace typographique qui lui était imparti.

L’annonce parut, mais nulle réponse satisfaisante ne venait. Elle se demandait si elle l’avait bien rédigée. Pour s’en éclairer, elle résolut de rendre visite à l’Agence qui l’avait publiée.

Sur le chemin, la devanture d’un magasin retient son attention. Et en grosses lettres dorées, sur la vitrine, elle lit :

L’AMI SÛR

Alléchée, elle baisse les yeux. N’y avait-il pas là un signe du destin ? Allait-elle trouver là ce qu’elle cherchait depuis toujours, l’âme sœur, un compagnon pour la vie ?

Et plus bas elle voit, installé sur une étagère, dans son bocal, un poisson rouge.

ON VERRA...

Il danse avec elle, dans cette surprise-partie réunissant des étudiants. Pour lui, très timide d’habitude, c’est très inaccoutumé. Pour l’occasion, il a dû se jeter à l’eau.

Elle lui plaît beaucoup, avec ses longs cheveux bruns dénoués. La musique aidant sa main, il les caresse, de façon de plus en plus marquée. Aucune prévision, aucun calcul en lui. Simple impulsion.

Alors se produit une grande surprise, et pour lui un événement majeur. Voici qu’elle répond à son geste, se presse contre lui, sans rien dire. Il l’a réveillée.

Maintenant c’est comme si le ciel s’ouvre d’un seul coup. Comment peut-il avoir mérité cela ? Du plus profond de son passé lui vient l’image d’un être inhibé, replié sur lui-même. Il n’a eu jusque là aucune initiative amoureuse, il n’a fait aucun premier pas. Désert de solitude. Insondable naïveté.

Le miracle est si grand qu’il efface tout. Toute son existence s’éclaire. Une impression merveil-leuse l’envahit : celle du début enfin de quelque chose, l’arrachant à son passé si dur à porter.

La danse finie, la musique éteinte, il la raccompagne, tenant sa main, et lui murmurant qu’ils ne doivent plus se séparer désormais.

La réponse vient, et l’atteint à bout portant :

– ON VERRA..

LA CHEVELURE

L’amour est mort j’en suis tremblant

J’adore de belles idoles...

Apollinaire

Elle était vraiment belle, longue et souple, odorante aussi. Il se plaisait à la caresser longuement. Et aussi il y trouvait des réminiscences littéraires, qui le flattaient. De celle qui la portait il gardait, dévotement, une photo où les cheveux dénoués recouvraient partiellement la guitare dont elle était en train de jouer. Jamais il n’eût cru pouvoir être à pareille fête. Si terne avait été sa vie, jusque là ! Et si difficile le milieu où il avait passé son enfance !

Cette vision magique, sans doute crut-il alors pouvoir la pérenniser en épousant la jeune femme. Ils vécurent donc côte à côte quelques années.

Progressivement il s’aperçut alors que la chevelure était dotée de parole, en la personne de sa propriétaire, qui ne manquait pas, hélas !, d’en faire usage. L’abîme qui les séparait désormais alla croissant de jour en jour. Ce n’étaient que récriminations sur ce qu’il était : pourquoi restait-il identique à lui-même ? Ne pouvait-il évoluer ? Vraiment elle s’était trompée sur son compte, en espérant qu’un jour elle pourrait le voir changer, en l’arrachant à son milieu familial anxiogène pour lui faire connaître autre chose que ce qu’il avait connu : son entourage à elle, la sphère où elle évoluait, milieu évidemment plus équilibré.