Petite initiation à l'Art - Michel Théron - E-Book

Petite initiation à l'Art E-Book

Michel Théron

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Beschreibung

Ce livre est une réflexion, sous forme dialoguée qui la rend plus vivante, sur les principes fondamentaux de l'Art. Chaque dialogue s'inspire d'une version différente d'une même photographie représentant une folle avoine. A la fin de chaque dialogue, un encart à visée pédagogique permet de faire le point sur ce qui a été dit, et de le résumer pour permettre de mieux en mémoriser la substance. Mais le savoir n'est rien sans la saveur. Puisse ce livre, où dialoguent différents personnages qui sont autant de lobes du cerveau de l'auteur, ajouter le plaisir à l'utilité !

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Veröffentlichungsjahr: 2021

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Avant-propos

Les textes qui suivent constituent une réflexion, sous forme dialoguée qui la rend plus vivante, sur les principes fondamentaux de l’Art. Chaque dialogue s’inspire d’une version toujours différente d’une même photographie représentant une folle avoine. À la fin de chaque dialogue, un encart à visée pédagogique permet de faire le point sur ce qui a été dit, et de le résumer pour permettre de mieux en mémoriser la substance.

J’ai constamment mêlé dans ce livre l’étude de l’expression plastique et celle de l’expression verbale, pour bien faire voir qu’il y a, malgré les différences, une unité fondamentale du monde de l’expression. À son exploration j’ai déjà consacré beaucoup d’ouvrages.

Pour approfondir les références que fait le livre à la rhétorique verbale, on pourra aussi se reporter à mon ouvrage paru chez BoD en 2017 : La Stylistique expliquée – La Littérature et ses enjeux.

Mais le savoir n’est rien sans la saveur. Puisse ce livre, où j’ai créé et fait dialoguer différents personnages, qui sont en fait des lobes de mon cerveau, ajouter le plaisir à l’utilité !

M.T. Septembre 2021

Sommaire

Avant-propos

Ce que c’est…

Vision multiple I

Vision multiple II

Mouvement I

Mouvement II

Ensoleillement

Géométrie I

Géométrie II

L’Appel et le Rappel

Perspectives

Éclairage nocturne

Trompe-l’œil

Effacements

Rébus

Nuages

Vitrail

Du même auteur

1. Ce que c’est…

CANDIDE – Oui, j’aime bien… Mais je voudrais tout de même savoir ce que c’est.

PHOTOGRAPHE – (souriant, au professeur) – Motus…

PROFESSEUR – Ce que c’est ?

CANDIDE – Eh bien oui, c’est naturel, il me semble.

PROFESSEUR (rêvant) – Y a-t-il des questions si naturelles que cela ?

CANDIDE – Expliquez-vous.

PROFESSEUR – C’est-à-dire que votre question n’est pas simple, si on y réfléchit un peu.

CANDIDE – Je ne comprends pas.

PROFESSEUR – C’est seulement en disant cela que vous commencerez à comprendre.

CANDIDE – Trêve d’énigmes. Soyez clair.

PHOTOGRAPHE (vexé, et se détournant) – Comme si la photo ne l’était pas assez…

PROFESSEUR – Quand vous dites « Ce que c’est », vous voulez dire « ce que cela représente, ou « ce que cela désigne, dans la nature », n’est-ce pas ?

CANDIDE – Évidemment.

PROFESSEUR – Pas évidemment. Si nous posons la question au photographe, il ne nous dira pas forcément la même chose.

CANDIDE – Allez-y. Ou plutôt je me lance, je lui pose la question moi-même : qu’est ce que c’est ?

PHOTOGRAPHE (haussant les épaules) – Parbleu : une photo.

PROFESSEUR – Vous voyez.

CANDIDE – La belle affaire : une photo, je le sais bien…

PROFESSEUR – Mais vous ne l’avez pas dit d’abord.

CANDIDE – C’est que l’important n’est pas là.

PROFESSEUR – Pour vous.

CANDIDE – Soit, pour moi. Je resterai donc sans réponse.

PHOTOGRAPHE (soupirant, au Professeur) – Allez-y, faites lui plaisir.

PROFESSEUR – Ce que vous cherchez à voir, cher ami, derrière la photo qui, elle, ne vous paraît pas « le plus important », a dans la nature pour nom « Folle avoine ». J’espère que vous voilà enrichi.

CANDIDE – Oui, certes.

PROFESSEUR – Vous voulez dire quant à votre vocabulaire et votre connaissance du monde. Mais si par là vous n’étiez pas appauvri ?

CANDIDE – Et en quoi ?

PROFESSEUR – En ce que vous remplacez ce que vous voyez par ce que vous savez. Et ce qui est divers, profus, toujours changeant et quasi inépuisable par une définition de dictionnaire, un concept, sec comme un dessin au trait, un schéma facile.

CANDIDE – De quoi parlez-vous ? Quel schéma ?

PROFESSEUR – Le voici. Gloire au Père Larousse !

CANDIDE – C’est bien ça, c’est ce que je vois.

PROFESSEUR – Heureusement non. La photo est sans fin, le schéma fixé une fois pour toutes.

CANDIDE – Pourquoi sans fin ? Il me semble qu’il n’y en a qu’une.

PHOTOGRAPHE (ouvrant des yeux ronds) – Une ? Et les autres, alors ? À quoi est-ce que je sers ?

PROFESSEUR – C’est vrai, il y en a bien d’autres. Et sans doute une infinité d’autres… (Réfléchissant) Tout l’art sans doute, tout l’art possible, est dans leur différence d’avec le schéma, comme il y a différence entre la sensibilité et l’intellect.

CANDIDE – Mais le dictionnaire ?

PROFESSEUR – Il donne des cases où mettre les choses. L’essentiel est la différence entre ces cases et ce que vous voyez.

PHOTOGRAPHE – J’ai envie de reproduire cet article à coté de ma photo. On aurait à la fois dans la photo une vision subjective, et à côté une définition verbale, un schéma figé : bref, le plus de renseignements possibles sur la plante, et la différence alors entre ce qu’on en sait et ce qu’on en voit sauterait davantage aux yeux. On verrait plus les décalages, les abîmes entre le réel et ses différentes représentations. Cela serait plus pensé, on aurait une sorte d’art moderne, un art…

PROFESSEUR(le coupant) – … conceptuel ? Effectivement, pour l’idée vous avez bien raison : car même le schéma du dictionnaire, et aussi la définition verbale qu’il donne de la chose, étant faite de mots seuls, ne sont pas, ne peuvent être, ne sont jamais la chose même. Tout ce monde représente, chaque système de signes à sa façon, et ne reproduit pas. Pas plus les mots que les images d’ailleurs : le mot chien ne mord pas, pas plus que son image. (Un temps) Mais pour compléter le programme il faudrait encore mettre une folle avoine véritable, ou bien au moins son souvenir, sa figure asséchée : vous en seriez quitte pour commencer un herbier.

CANDIDE – Je ne comprends pas.

PHOTOGRAPHE et PROFESSEUR(ensemble) – Courage, il va commencer à comprendre !

Où l’on apprend…

… qu’il ne faut pas confondre la représentation d’une chose, quelle qu’elle soit (visuelle, verbale), avec cette chose elle-même ; cette erreur, couramment répandue, est appelée illusion référentielle. Les gens ne voient pas ordinairement dans les images des choses une représentation des choses (parmi bien d’autres possibles), mais bel et bien la chose elle-même, quasiment sa reproduction. En outre, ils cherchent ordinairement à se rassurer en cherchant à identifier très sommairement ces choses, à les mettre dans des cadres abstraits ou conceptuels, tels que ceux qu’offrent les dictionnaires. – Mais ils oublient que même la définition et le schéma des dictionnaires ne sont pas la chose elle-même, étant faits de simples mots et de simples traits. – Que si on montrait tout ensemble une photo ou représentation visuelle d’une chose (peinture, etc.), ensuite à côté la représentation verbale de cette chose (texte qui la définit ou en parle, légende, etc.), et enfin en regard la chose elle-même (ou son vestige), on ferait réfléchir sur la différence radicale entre les choses et les signes, entre représenter et reproduire ; cette attitude appartiendrait à un art qui fait penser, proche de ce qu’on appelle aujourd’hui art conceptuel. – Quand on commencera à saisir la différence entre chose et signe, entre réel et représentation, on commencera à s’ouvrir à l’art et à la sensation essentielle du style, la façon de représenter, elle-même écho d’une expérience particulière du monde : alors on ne désespèrera plus de Candide, dont le monde ne sera plus intellectuellement, donc abusivement simplifié, mais sensiblement multipliable, quasi à l’infini…