La Vraie Vie - Michel Théron - E-Book

La Vraie Vie E-Book

Michel Théron

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Beschreibung

On verra dans ce livre la recherche d'une âme en exil, hantée par la nostalgie de l'enfance et en quête d'une vie authentique, par-delà les déceptions causées par un monde dépourvu d'idéal ou de transcendance. Cet ouvrage, illustré de mes photographies, est autobiographique. Mais il peut concerner aussi tous ceux qu'intéresse la quête spirituelle, alimentée ici par toutes les traditions, évoquées sans aucune exclusive.

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Seitenzahl: 86

Veröffentlichungsjahr: 2024

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TABLE

Avant-propos

La Vie ne suffit pas

Lumières

Dangereuse présence

Patrie perdue

Viatiques

Ce reste si méprisé...

Voilements

Exil

Solitude

Tentation

La Proie pour l’ombre

Épines

Pureté

Lumière brisée

Autrefois et Aujourd’hui

Résilience

Symbiose

Nuit et Jour

La Terre et l’Eau

Sur fond de nuit

La Moindre des choses

Le Pas de côté

Dans la chaleur de l’été

Savoir et Connaissance

Dans une forêt obscure

Fétus

Désirs flous

Paix

Lumières

La Beauté des choses

La Plénitude du Vide

Un appui

Un monde perdu

Look up !

Look down !

Née de la boue

Bribes

Une Promesse

Échappée bleue

Larmes célestes

Paysage solitaire

La Salutation des Phragmites

Vent

Obnubilation

Terre et Ciel

Le Fruit et le Nuage

De dos

Ensemble

Moments éblouis

Un calme profond

Intimité

La Sagesse du Soir

Testament

Du même auteur

AVANT-PROPOS

J’ai toujours eu l’impression que la vie que nous menons ordinairement n’était pas la Vraie Vie, qu’à côté d’elle et en son sein même en existait une autre, plus ordonnée, plus pleine, qu’il ne s’agissait que de trouver. Ou plutôt retrouver, car elle s’était déjà fugitivement révélée, par éclairs, au milieu de la rouille et de la déchéance du Temps. Je veux parler de certains surgissements de l’Enfance essentielle que j’ai connus, comme tout le monde je pense : il suffit de s’en souvenir. Bien sûr ce n’est pas l’enfance en général que j’évoque ici : la mienne a été tout à fait banale. Je veux parler simplement de quelques instants d’éblouissement qui s’y sont manifestés, où la Vraie Vie a pu se deviner.

Ce livre part à sa recherche. Il comprend une sélection de mes photographies, certaines en noir et blanc, et d’autres en couleurs. Elles sont accompagnées de petits textes d’une page, que j’ai rédigés en les regardant. Ils constituent chacun une petite méditation qui se suffit à elle-même. On peut ainsi faire du livre une lecture picorante et fragmentée.

L’ouvrage est autobiographique. Mais il peut concerner aussi tous ceux qui sont intéressés par un cheminement à travers les traditions spirituelles auxquelles je me suis rattaché. Outre la gnose des premiers temps du christianisme, dont l’apport est central dans mon texte, elles sont très diverses de par le monde : Inde, Extrême-Orient, etc. Je les ai évoquées ici sans aucune exclusive.

M.T.

Janvier 2024

LA VIE NE SUFFIT PAS

Au plus loin que je me rappelle, j’ai toujours senti ma vie comme insuffisante, incomplète. Je l’ai toujours comparée à l’intérieur de moi à un modèle idéal de vie, à quoi elle pourrait ressembler si on y mettait bon ordre. Et cet ordre, bien des fois je l’ai imaginé, surtout dans mes promenades solitaires, loin de mes parents et des orages domestiques. De façon bien exaltée j’en disposais les contours, les éléments. Quand j’y repense, ce furent de beaux moments, par les résolutions pour l’avenir que j’y prenais. Bien sûr, elles ne furent jamais suivies d’effet.

Ces moments d’éternité, je les appelle aujourd’hui des traces de la Vraie Vie, en pensant à ce qui inévitablement les suit, la retombée dans l’insignifiance. Et à distance je remercie l’enfant que j’ai été de me les avoir fait connaître, et donné aussi le désir d’en connaître encore, lumineux et découpés sur le néant ordinaire des jours.

Devenu adulte, j’ai fait la photo ci-contre. Elle me semble offrir un singulier écho à ce que je ressentais enfant. Nous ne voyons jamais, comme ici, que des formes indécises, des fantômes de réalité, dans un éclair de beauté incompréhensible et soudaine qui semble attester l’existence d’un autre monde, en regard duquel celui que nous connaissons est frappé d’inanité. Comme dans la philosophie de Platon, apprise plus tard au Lycée, ou dans l’évangile gnosticisant de Jean : le Royaume n’est pas de ce monde. Ou chez Rimbaud : La Vie est ailleurs – Phares essentiels pour moi désormais.

De toute façon, seuls comptent pour une vie, et de façon décisive, les premières expériences, les premières sensations. Elles sont fondatrices, et ce qu’on apprend ensuite ne peut être à leur égard que vérification. Pour moi, ce sentiment de l’insuffisance de la vie telle qu’elle va m’a toujours accompagné. Aujourd’hui, il me paraît être une exigence spirituelle.

LUMIÈRES

J’ai toujours été fasciné par les inépuisables jeux de l’ombre et de la lumière. Il me semble même que l’une n’est point sans l’autre, et peut-être les meilleures photos sont-elles celles qui les juxtaposent. Et je n’oublie pas ici l’origine de photographie : écriture par la lumière.

À regarder ma photo, je vois moins le sujet lui-même (vagues léchant un rivage) qu’un combat de la lumière et de l’ombre, une photomachie. Je songe alors à celui qui se fait en nous, entre l’esprit qui met en ordre, et le désordre qui toujours menace. Et je me souviens que dès la Genèse la manifestation du premier est un appel à la venue de la lumière : Fiat Lux ! – Que la Lumière soit ! Cette lumière pourtant, qui doit conjurer le chaos ou le tohu-bohu du monde, n’est pas la lumière que nos yeux voient, mais une lumière intérieure, mentale.

Lux... Le mot latin l’exprime bien : c’est une lumière qui n’a pas de source physique assignable, à la différence de lumen, qui se dit d’une lumière dont on voit l’origine, comme une bougie, ou une lanterne. Les yeux, qui la reflètent, sont appelés des lumina.

Je me souviens aussi que dans la Genèse même le soleil et la lune ne sont créés que bien après l’injonction à la venue de la lumière, à laquelle on ne comprend rien si on n’en tient pas compte. Ce sont comme dit la Vulgate des luminaria, des luminaires (un grand et un petit) qui vont désormais marquer les journées et les nuits.

Il y a donc deux lumières, l’intérieure et la physique. Un aveugle même dit Je vois pour dire Je comprends. Estil meilleur exemple de la différence ?

Bien sûr je ne voyais pas tout cela autrefois. Mais l’attrait que toujours la lumière a exercé sur moi me prédisposait sans doute à le comprendre, et cela dans une autre lumière : celle des lectures que j’ai faites plus tard.

DANGEREUSE PRÉSENCE

La présence de la Lumière est telle qu’on peut vouloir, comme ici, la filtrer par un rideau, où elle se devine seulement. Et la précaution ainsi prise, loin d’en détruire l’importance, l’augmente au contraire en secourant les yeux.

Elle peut aussi se refléter dans un miroir, où elle prend une valeur et une présence plus probantes. J’en ai souvent fait l’expérience : n’importe quel objet, reflété dans un miroir, est plus net, plus essentialisé, étant en plus mis en relief par le cadre, qui le sépare du reste.

De la lumière le miroir renvoie une image nette mais fragmentée. Il nous fait souvenir de la Lumière essentielle, dont il est une trace, un rappel. Une invitation à retrouver une perfection perdue, qu’on ne connaît que par éclats ou bribes. C’est notre lot : malgré l’intensité de notre désir, nous n’avons accès qu’à des parcelles. La Vraie Vie ne peut que se laisser deviner dans la vie ordinaire, comme un reflet de lumière dans un miroir au milieu de l’obscurité d’une pièce peut soudain nous faire signe. À nous néanmoins d’y faire attention, et d’en recueillir le langage.

... Il y a un type de miroir sur pied, visible dans cette photo, qu’on appelle une Psyché. Et psyché, en grec, c’est l’âme. Pourquoi ne pas voir alors dans celle-ci un réceptacle, un asile de la Lumière essentielle, qu’elle reflète comme un miroir ? Comme dans la Shekhina hébraïque, qui désigne la présence divine au cœur du sanctuaire ?

Cette présence de toute façon ne peut se soutenir frontalement et en totalité. Aussi est-il besoin de filtres, comme le rideau, ou d’instrument reflétant, comme le miroir, pour en moduler l’intensité. La splendeur de Dieu, dit la kabbale, a eu besoin d’un retrait de celui-ci, le tsimtsoum, pour être supportable à l’homme. De toute façon, on ne peut le voir face à face et continuer de vivre. Et qui pourrait aussi fixer le soleil ?

PATRIE PERDUE

Point n’est besoin dans nos vies de voyager loin. L’herbe n’y est pas plus verte de toute façon. Je me demande toujours d’où vient cette constante manie ambulatoire qui affecte mes contemporains. Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que la Lumière est en toi ?

Si donc nous savons voir, tout peut retenir notre attention, comme le moindre rai ou éclat de lumière dans notre pièce, tel celui que montre cette photo. Modeste, mais essentiel.

Même fragile, même menacé, jaillissant hors des ténèbres, cet Essentiel est au fond de nous. Ne cherchons pas pour nous guider une lumière qui est en nous.

Le Verbe, dit l’évangile selon Jean, a dressé sa tente en nous (1/14). Nous en sommes le tabernacle, et ce mot signifie initialement tente en latin. Nul besoin d’église, de synagogue, de mosquée, pas plus que de prêtres ou tiers quelconques pour nous encadrer et diriger, si l’essentiel se trouve en nous, et s’il ne s’agit que de le retrouver.

C’est une infime et fort modeste fraction de la patrie perdue, ainsi qu’il arrive dans nos vies, quand un objet pourtant familier nous remplit d’une joie inattendue, comme si c’était la première fois que nous le voyons. Mais elle nous en donne le souvenir, le désir aussi et la nostalgie, qui est étymologiquement la maladie du retour.

L’évangile selon Luc dit, en un passage que la plupart des traducteurs falsifient (17/21), que le Royaume est à l’intérieur de nous. Il en est donc de lui comme de la Lumière. Tous deux sont au centre de nous-mêmes. Et nous sommes bien, comme disent certains textes chrétiens, des enfants de lumière. Un lumineux foyer, au fond de nous, est là qui nous attire.

... Merci à ce simple coin de fenêtre, qui m’a mené bien plus loin que ne vont maints voyageurs qui ne font que se fuir !