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"Instants de lumière" : parce que la photographie fixe un instant (un instantané), et parce qu'elle est aussi, étymologiquement, une écriture par la lumière. Mais aussi au sens symbolique : parfois, dans l'obscurité de nos vies, tel instant semble nous illuminer, et racheter pour un temps notre exil dans un monde dépourvu d'idéal et de transcendance. Les textes de ce livre témoignent de ces instants. Ils sont illustrés de mes photos. Comme ils font appel à la sensibilité autant qu'à l'intellect, j'ai adjoint à chacun d'eux un de mes poèmes.
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Veröffentlichungsjahr: 2023
Avant-propos
Dans mon enfance...
Un Rai de lumière
Fêtes
Une lumière dans la nuit
La Vie malgré tout
Satori
Simplicité
Rêveries sur un promeneur solitaire
Photophore
Toujours fut pareil...
Ombre
Liquéfactions
Forêt
Still life I
Still life II
Escalier
Sur le mur gris des jours...
Sur un banc
Temps révolu
Suppressions
Intérieur
Glissez, mortels...
Héritage du ciel
Quoi dessous?
Balises
Kairos
Le Feu des signes
Il n’est sens...
Le dire encor...
Le Pas de côté
Noces
Pourquoi courir...
Tout se devine...
Peu de chose...
Écume
Promesse
Fumée
L’Essentiel à vivre
Marine
Roseaux
La Signature du soleil
Éternel retour
La Danse du Temps
Du même auteur
Instants de lumière : ce titre peut s’expliquer parce que la photographie fixe un instant (un instantané), et parce qu'elle est aussi, étymologiquement, une écriture par la lumière.
Mais aussi l’expression est à prendre au sens symbolique : parfois, dans l'obscurité de nos vies, tel instant semble nous illuminer, et racheter momentanément notre exil dans un monde dépourvu d'idéal et de transcendance. Bien sûr ces instants sont éphémères, et la lumière encourageante qu’ils paraissent contenir n’a pas valeur de révélation définitive. Mais enfin ils existent, et ce n’est pas rien : ce sont des phares qui percent notre nuit.
Les textes de ce livre témoignent de ces instants. Ils sont illustrés de mes photos. Comme ils font appel à la sensibilité autant qu’à l’intellect, j’ai adjoint à chacun d'eux, à une exception près, un de mes poèmes.
Ce livre fait suite aux tomes I, II, III, IV, V et VI de mes Petites méditations photographiques, parus chez le même éditeur en 2022.
M.T. Mars 2023
J’ai eu très tôt la vision d’instants lumineux et privilégiés , où, le temps étant suspendu, j’ai goûté l’éternité. Me l’ont fait pressentir par exemple, comme l’illustre ma photo, les oliviers de ma campagne méridionale, sous un ciel sans nuage et balayé par le mistral. Cela ne peut, je crois, m’être enlevé.
Ensuite bien sûr j’ai vécu, et comme tout le monde j’ai assisté au refroidissement de cet Essentiel que j’avais entrevu. J’ai vu sur toutes choses se déposer la rouille du Temps. Et m’a envahi une mélancolie sur fond de regrets, visible à la fin du sonnet ci-après.
Mais maintenant je crois que les élans de l’enfance peuvent revivre, et que la vision pessimiste de l’existence que j’ai pu avoir naguère n’est pas le dernier mot. Je le pense en effet aujourd’hui, et puisse ce recueil le montrer : IL N’Y A JAMAIS DE DERNIER MOT!
Dans mon enfance il y eut des éclairs de lumière
Où l’ombre recula devant l’éternité,
Et maintenant, quand je referme mes paupières,
Je revois le vent bleu tordant les oliviers.
Plus jamais ne seront tous ces instants magiques.
Mais quand viendra mon jour de refermer les yeux
Je les emporterai comme seul viatique :
Le seul pays où plein d’espoir je fus heureux.
La vie passe toujours en piétinant les rêves,
Mais on reste rongé par un désir sans trêve
En pensant que demain apportera du mieux.
Ce qu’on a désiré, pourtant on ne l’a pas,
Et ce qu’on a, sait-on si on le désira?
On reste seul alors face au vide des cieux.
Quand j’étais enfant, je ne pouvais m’endormir le soir, dans le noir de ma chambre, sans que filtrât au moins un rai de lumière au-dessous de ma porte. Il me rassurait, en me certifiant qu’une présence humaine était derrière lui, propre à combattre pour moi tous les démons de la nuit.
Et maintenant, devenu adulte, je me souviens de lui, que je peux encore surprendre et photographier où je le veux chez moi. Qu’y vois-je alors? Est-ce la même chose que celle qu’il proposait à l’enfant? Bien des années nous ont séparés, et j’ai vécu bien d’autres situations. Ainsi je ne peux dormir maintenant que dans l’obscurité complète, et le rai de lumière me dérangerait bien plutôt qu’il me rassurerait.
Aujourd’hui, une fois perdue l’ingénuité enfantine, il éveillerait en moi l’angoisse de savoir ce qu’il y a derrière la porte. J’ai tellement été confronté à des drames divers, comme quiconque a vécu, que l’attente naïve m’a quitté d’un secours toujours à portée. Les hommes aussi m’ont mis à l’épreuve. Aussi veux-je dans ma chambre m’ensevelir dans le sommeil, loin de leur présence, et aussi pourrais-je dire, au rebours de l’enfant que j’ai été et comme dit le poète : Car je cherche le vide, et le noir, et le nu...
Maintenant, quand je regarde à nouveau ma photo, j’y pourrais voir l’attente et la crainte à la fois de quelque chose qui me dépasse de façon incommensurable. Et aussi qui me juge, comme la Loi dans la parabole de la Porte, chez Kafka. Décidément, je ne peux plus avoir de ce rai de lumière une vision rassurante...
... Pourtant j’en ai eu une, autrefois. Et sans doute la leçon qui m’est donnée ici est-elle qu’il ne faut rien absolutiser. Que l’on change dans la vie est une certitude. Mais malheur à celui qui ne fait que s’arc-bouter sur ses dernières pensées, en oubliant toutes les premières qui l’ont habité, et qui aussi sont une partie de lui!
Vixi et quem dederat cursum fortuna peregi...Virgile
Il y a une sorte de mélancolie à contempler les signes habituels des fêtes, comme ici l’illumination d’un sapin de Noël. Certains s’attendrissent sur leur passé, d’autres déplorent son contraste avec le présent. D’autres enfin insèrent ces souvenirs dans une méditation plus vaste.
Ainsi on naît, on vit, on meurt, puis d’autres nous remplacent. Et puis tout recommence de la même façon. Vu d’en-haut, de Sirius comme on dit, ce spectacle n’a rien qui puisse véritablement affecter l’individu qui passe, et qui n’est qu’une simple goutte d’eau dans l’océan. Les vagues passent, mais la mer ne passe pas.
Ce point de vue relativisant me semble nécessaire, ne serait-ce que pour contrebalancer l’orgueil de chacun. Il faut se ranger ici à une essentielle modestie. Nous ne sommes qu’un des maillons de la grande chaîne des êtres. À chaque marionnette sa fête. Trois petits tours et puis s’en vont...
Les souvenirs de mon enfance
En quelque lieu se sont perdus
Et maintenant quand j’y repense
Tous ces moments n’existent plus
D’autres que moi s’éblouiront
De ce qu’autrefois j’ai connu
Il n’y a pas d’autre leçon
Que la rançon d’avoir vécu
Il y aura toujours des fêtes
Il faut se garder de l’envie
Il n’y a triomphe ni défaite
Simplement le cours de la vie...
