Histoires vraies - Michel Théron - E-Book

Histoires vraies E-Book

Michel Théron

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Beschreibung

Toutes les petites fictions contenues dans cet ouvrage s'inspirent d'histoires vraies, qu'on trouvera mentionnées dans quelques uns de mes articles, d'abord parus dans le journal "Golias Hebdo" entre 2009 et 2020, puis publiés en volume chez BoD en 2021 sous le titre "Petite philosophie de l'Insolite". Précisément dans l'Avant-propos de ce recueil j'écrivais : "Les articles étant datés et sourcés,, ils peuvent donner naissance à des fictions, et inspirer les candidats nouvellistes ou romanciers." J'ai donc pris les devants en décidant de réaliser moi-même cette possibilité dans cet ouvrage.

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Seitenzahl: 76

Veröffentlichungsjahr: 2023

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TABLE

Avant propos

L’Air du temps

Enchères

Où n’iront-ils pas ?

Un amour fou

Une obligation

Barbarie

Fidélités

Cruel embarras

La Jupe

Ce qui est fait effraie

Merveilleux stratagèmes

L’Art bananier (I)

L’Art bananier (II)

Conte

La Tentation de l’innocence

Brisures

Conseil municipal

Câlins

Les Principes sont les Principes

Narcissisme

À toi

Une compétition

Fictions

Synchronicités

Notes

AVANT PROPOS

« Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n’en rêve votre philosophie. »Shakespeare, Hamlet

Toutes les petites fictions contenues dans cet ouvrage s’inspirent d’histoires vraies, qu’on trouvera mentionnées dans quelques uns de mes articles, d’abord parus dans le journal Golias Hebdo entre 2009 et 2020, puis publiés en volume chez BoD en 2021 sous le titre Petite philosophie de l’insolite.

Précisément dans l’Avant-propos de ce recueil j’écrivais : « Les articles étant datés et sourcés, ils peuvent donner naissance à des fictions, et inspirer les candidats nouvellistes ou romanciers. »

J’ai donc pris les devants en décidant de réaliser moi-même cette possibilité dans les pages qui suivent.

> Les Notes indiquant l’origine et la référence de chaque histoire se trouvent en fin de volume.

L’AIR DU TEMPS

Pourquoi ne veux-tu pas que nous le vendions ? Pourquoi tant y tenir ? Nous l’avons depuis peu de temps, et nous n’avons pas eu le temps de nous y attacher. Réfléchis.

Songe à tout ce que nous pourrons acheter avec l’argent que nous en retirerons. Tu as envie d’un nouvel IPhone, tu pourras te l’offrir. Et ces chères chaussures de sport que tu as vues récemment à la vitrine du magasin, elles pourront être à toi. Tu feras pâlir d’envie toutes tes amies. Quelle victoire sur elles !

Arrête de pleurer. Nous pourrons bientôt en avoir un autre. Tu es jeune, la vie est devant toi. Songe qu’elle s’ouvre largement pour nous deux, avec tout ce qu’elle peut nous apporter, pour satisfaire tous nos désirs.

Vraiment le choix est aisé. Préférerais-tu le garder maintenant, avec toute la place qu’il va prendre et l’encombrement qu’il va causer dans notre petit logement ? Non. Crois-moi, cette solution est la meilleure : il vaut mieux s’en séparer. Vois. Laisse-moi faire. Je vais mettre une annonce sur Internet, et je suis sûr que beaucoup en seront intéressés. Nous pourrons même faire monter les enchères, et en tirer le meilleur prix possible.

Mais pourquoi encore gémis-tu ? Regarde-moi : nous l’avons eu tous les deux, n’est-ce pas ? Pourquoi ne pouvons-nous en faire ce que nous voulons ? Qui nous en empêche ? Et pourquoi le regardes-tu encore ? Et qu’est-ce que tu murmures ? Je ne t’entends pas. Parle plus fort. Oui...

– Mon bébé...1

ENCHÈRES

ANNONCE 1

www.rencontresanstabou.com

Que diriez-vous d’être le premier ? Qui ne l’a souhaité avec sa partenaire ? C’est comme visiter un appartement neuf : on n’a pas à y rencontrer la trace de l’ancien propriétaire. Et puis on peut s’en vanter auprès des autres.

Eh bien ! Je suis une jeune femme brésilienne, parfaitement saine, dans toute sa fleur, avec une peau splendide, attirante à tous égards. Je mets maintenant aux enchères ma virginité. Le plus offrant aura le privilège de me déflorer. Mais dépêchez-vous ! Il n’y aura qu’un seul élu. C’est une chance exceptionnelle qui s’offre à vous. J’attends vos propositions. Paiement sécurisé par Paypal.2

ANNONCE 2

www.le blog de X.com

Voulez-vous humer la Femme, goûter sensiblement le Féminin ? Vous en avez tou-jours rêvé. Eh bien, c’est maintenant possible, pour quelques dizaines d’euros.

Visitez mon blog. J’y vends chaque jour au plus offrant la petite culotte que j’ai portée la veille. Vous pourrez ainsi m’imaginer, rêver sur mon odeur. À vous les fragrances sensuelles, les parfums érotiques ! Émotions garanties. Poètes, amoureux s’y reconnaîtront avec enchantement.

Envoi discret sous pli banalisé.

À très bientôt.

*

MESSAGE LAISSÉ EN RÉPONSE PAR UN INTERNAUTE

[[email protected]] :

L’argent n’a pas d’odeur.3

OÙ N’IRONT-ILS PAS ?

Comment s’en débarrasser ? Elles font ‘crac-crac-crac’… Ça n’a rien à voir avec un chant. Est-ce que vous avez des produits insecticides pour passer sur les arbres ?

... Le Maire est abasourdi, moins par le chant habituel des cigales que par la requête des touristes. Évidemment il ne peut y accéder. Il hausse les épaules, et plein de pensées s’en retourne pour regagner la mairie de sa petite commune varoise.

Pourquoi venir ainsi troubler la quiétude estivale, bercée par ces insectes protecteurs et immémoriaux ? Ce sont sans doute des Parisiens, et que ne se souviennent-ils du bruit constant de la capitale, en regard duquel celui dont ils se plaignent ici est sans commune mesure !

Il va goûter à nouveau la fraîcheur de son bureau, quand le téléphone sonne. C’est le directeur du camping.

– C’est encore la question des cigales. Les touristes ont arrosé d’eau les arbres, dans une tentative désespérée de les faire taire et de résoudre enfin le problème, dont ils menacent maintenant de s’ouvrir à qui de droit. L’incurie municipale est impardonnable !4

Alors le Maire se souvient de la mésaventure arrivée à un de ses collègues lozérien, auprès de qui des vacanciers se sont plaints de ce que les cloches le matin faisaient trop de bruit et perturbaient leur grasse matinée. Ils avaient même déposé plainte auprès de leur Agence immobilière pour omission de leur signalement dans leur contrat de location.5

Où n’iront-ils pas ? Pourquoi ne pas se plaindre aussi du chant des grenouilles la nuit ? Ou du coq le matin ?

Et à propos de coq le souvenir lui vient d’un article paru dans la presse. Un coq charentais, surnommé Maurice, accusé par des voisins de chanter trop tôt le matin, a fait l’objet, en tant que « personne » sans doute, d’une assignation en justice à Rochefort. Le procès ensuite a même été reporté, Maurice, « fatigué », n’étant pas à l’audience.6

À ce compte, on pourrait bel et bien continuer l’usage médiéval d’intenter des procès aux animaux, avec procureur et avocat, comme pour les humains.

Il sourit à cette rêverie, et laissant où ils sont ces touristes et voisins réboussiers, il s’apprête à goûter encore, dans la même fraîcheur de son bureau, cette féconde énergie sans mouvement (energeîa akinèsis) qu’Aristote a si bien analysée – en somme, à faire un somme...

... qui sera bercé par la chanson d’Alibert et de Tino Rossi :

Adieu Venise provençale Adieu pays de mes amours Adieu cigalons et cigales Dans les grands pins chantez toujours...

UN AMOUR FOU

Laissez les morts enterrer les morts.

Elle l’avait aimé dès qu’elle le vit. Malheureusement il était marié, et leurs rencontres au début furent clandestines. À la fin, lassée d’attendre, elle le persuada de demander le divorce. Il l’obtint.

Ils furent heureux autant qu’on peut l’être. Ils s’accordaient surtout par le corps et le cœur, plus que par l’esprit. Souvent il lui reprochait gentiment son exaltation. Elle le voulait tout entier à elle, sans réserve, et qu’il ne fût à personne d’autre. La mort même ne les séparerait pas. Il avait beau lui représenter que nous ne sommes pas grand chose aux yeux de l’univers, qu’une vie humaine à cette échelle ne vaut pas mieux qu’un grain de poussière, qu’il suffisait de ramasser une motte de terre pour y voir notre destin, et que si haut qu’on soit monté, on finit toujours par des cendres.

Étrangère à cette façon de voir, elle le laissait parler, mais n’en pensait pas moins au fond d’elle-même. On verrait bien qui aurait raison.

Un jour fit advenir ce qu’il lui disait souvent en manière d’avertissement : il mourut, et on dut le rendre à la terre d’où il venait. Ce fut sa fille, née de son précédent mariage, qui, voulant réunir ses deux parents décédés dans la même tombe, organisa son inhumation, à côté de son ancienne femme.

Mais notre exaltée, loin de penser à notre future transformation en humus, notre lot commun, et de pouvoir modérer par là son ressentiment par quelque sagesse, tourna ce dernier entièrement contre sa belle-fille. De quel droit avait-elle pris la décision d’enterrer son mari au côté de sa première femme ? Qu’était-il désormais pour cette dernière ? Elle étouffait de jalousie. Mais on allait voir ce qu’on allait voir !

Elle intenta un procès, et le gagna. En voici les attendus.

Le Tribunal ordonne l’exhumation et la séparation des corps de ce couple de divorcés. Il fait droit à la requête de la nouvelle femme du défunt, qui n’a pas supporté que son mari ait été inhumé, à l’instigation de sa belle-fille, à côté de son ancienne femme. Les droits à la sépulture doivent revenir à la seconde femme, la première après le divorce étant devenue un tiers. Un délai de 2 mois est fixé pour le déménagement du corps, sous peine d’astreinte de 50 euros par jour de retard, payables par la belle-fille.7

Enfin la justice lui était rendue. Elle savait bien que son mari ne pouvait être qu’à elle, rien qu’à elle. Et pourquoi alors ne pas aller plus loin, réclamer en plus des dommages et intérêts ? Pourquoi pas ?