Fictions III - Michel Théron - E-Book

Fictions III E-Book

Michel Théron

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Beschreibung

La Bible est un texte essentiel pour connaître notre culture, et se refuser à la lire, par exemple pour obéir à une laïcité mal comprise, est un signe d'étroitesse d'esprit qui ne peut que précipiter la déculturation contemporaine. De ce point de vue, le présent livre peut être une petite initiation au contenu de la Bible, formulée de façon vivante et instructive à la fois. Le présentation sous forme de petit roman par lettres est propre à y concourir.

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Seitenzahl: 91

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Sommaire

Avant-propos

Lettre 1

Lettre 2

Lettre 3

Lettre 4

Lettre 5

Lettre 6

Lettre 7

Lettre 8

Lettre 9

Lettre 10

Lettre 11

Lettre 12

Lettre 13

Lettre 14

Lettre 15

Lettre 16

Lettre 17

Lettre 18

Lettre 19

Lettre 20

Lettre 21

Lettre 22

Lettre 23

Lettre 24

Lettre 25

Lettre 26

Lettre 27

Lettre 28

Lettre 29

Lettre 30

Lettre 31

Avant-propos

La Bible est un texte essentiel pour connaître notre culture, et se refuser à la lire, par exemple pour obéir à une laïcité mal comprise, est un signe d’étroitesse d’esprit qui ne peut que précipiter la déculturation contemporaine.

De ce point de vue, le présent livre peut être une petite initiation au contenu de la Bible, formulée de façon vivante et instructive à la fois.

La présentation fictionnelle, sous forme de petit roman par lettres, est propre à y concourir.

*

Pour le fond, je considère avec bien d’autres que la Bible n’est pas le livre de Dieu, mais celui d’hommes parlant de Dieu. Et ce n’est pas un livre (le Livre, comme on dit), mais un ensemble de livres, une Bibliothèque. D’ailleurs le mot lui-même l’indique : par le latin ecclésiastique biblia, il vient du grec biblia « livres saints », qui lui-même est le pluriel de biblion « livre ». Ces livres, donc, sont très différents les uns des autres, et comprennent des considérations, autorisent des attitudes de vie très diverses, et même parfois totalement opposées les unes aux autres.

Il m’est donc venu le désir d’incarner ces différentes postures en des personnages différents, échangeant leurs idées sous forme de lettres, et dont le caractère et les options se découvriraient tout au long de la lecture. J’ai alors créé ce petit roman épistolaire, pour mieux faire voir la polyphonie de la Bible, et qu’il est très dangereux de brandir cet ouvrage, si divers et contradictoire, qui contient tout et donne des exemples de tout, comme une arme monolithique pour pourfendre ses adversaires : c’est le propre de tous les intégrismes, quels qu’ils soient, qui ne mettent jamais en doute l’unité du message biblique et son infaillibilité (son inerrance). Dire : « La Bible dit que... », c’est oublier qu’elle peut dire tout autre chose ailleurs !

Saisir cette diversité sera le fruit de la lecture de ce livre, et l’idée de polyphonie biblique, la conclusion à laquelle le lecteur aboutira. On voudra peut-être passer de cette idée de polyphonie à celle d’une symphonie. Ce serait le propre d’une vision croyante, à l’écart de laquelle je me tiens. Je ne parlerai pas non plus d’une cacophonie, ce qui serait peu obligeant. Il me suffit, parmi les différentes idées et attitudes qu’il verra incarnées, que le lecteur puisse choisir celle qu’il voudra, en fonction de son propre tropisme et de son propre tempérament : mais aussi il connaîtra les autres, et sera amené ainsi à la tolérance. Comme dit le texte lui-même : « Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père. »1*

L’avantage des lettres, c’est que la lecture en est plus vivante que celle d’un exposé didactique et professoral. La conclusion à tirer de l’ensemble n’est pas assénée de façon péremptoire par une voix unique. Il faut la dégager de tous ces dialogues et échanges, par réflexion personnelle. Mais au moins y est-on plus libre, et peut-on avoir plus de satisfaction, si on se donne la peine de réfléchir soi-même, que si on l’absorbe passivement toute prête.

Pour éviter que mes personnages ne soient que des porte-paroles d’idées abstraites, et non des êtres de chair et de sang, j’ai créé une petite intrigue pour les faire vivre, que le lecteur découvrira progressivement en avançant dans l’ouvrage.

On constatera que mes personnages s’expriment très souvent au moyen de citations : elles renvoient chaque fois à un passage biblique que j’ai choisi de façon qu’il soit significatif. Car je sais bien le danger qu’il peut y avoir à couper une citation de son contexte : on peut lui faire dire ce qu’on veut, ou n’importe quoi. Aussi ai-je bien pris soin que chaque citation résume en elle-même un important courant de pensée présent dans le texte biblique.

Je mets donc ici mes pas dans ceux de ses rédacteurs, qui d’ailleurs aussi écrivent très souvent eux-mêmes en citant des textes antérieurs, reformulés par midrash ou palimpseste. Je dialogue avec ces textes, tout comme mes personnages dialoguent entre eux. Puisse le lecteur, à son tour, dialoguer avec lui-même, ce qui est toujours s’enrichir !

M.T. – décembre 2022

* Les références figurent en fin d’ouvrage.

Lettre 1

Antoine à Luc

Cher Luc,

tu m’as trouvé l’autre jour bien sombre, et il ne faut pas m’en vouloir si j’ai éludé tes questions. Ce n’est pas mauvaise volonté, mais mauvais moral. J’admire ta sérénité ordinaire : elle n’est pas mon lot. Il me semble qu’aujourd’hui plus rien ne va, comme on dit. Rien n’est à sa place. Mes enfants par exemple, ils me tuent à force d’ingratitude. Pourtant, il me semble, je les avais aimés, choyés même. Voi-ci qu’ils me tournent le dos. Et quand je regarde autour de moi, je vois la même chose. Combien de parents tremblent devant leur progéniture ! Ils n’osent les reprendre, de peur qu’ils ne s’en aillent en claquant la porte. Eh bien, qu’ils le fassent, pourquoi les retenir ? Tu as bien de la chance, toi, de ne pas en avoir. Maintenant on ne sait plus où on est, où on en est. C’était prédit, d’ailleurs, dans ce Livre même que tu fréquentes et connais bien : Les enfants se soulèveront contre leurs parents et les feront mourir…2

Comment peut-on les aimer, s’y sentir bien, les temps que nous traversons ? Il y a eu sûrement au-trefois un monde en ordre, mais aujourd’hui il est sorti de ses gonds. Tout s’affronte et se contredit. Les places sont déniées, les normes, piétinées, l’anarchie règne. Un tel triomphe sans mérite aucun, et le sort s’acharne sur le vaincu : il pleut toujours dans les flaques d’eau. Les choses, je le vois bien, ne sont pas où elles devraient être, il faut bien le comprendre : c’est assurément la fin d’un monde. Ne voyons-nous pas l’abomination de la désolation établie là où elle ne doit pas être ?3

Vois : l’élève commande au maître, l’ignorant au savant, le fou au sage, le bateleur, au philosophe. Rien ne s’approfondit, partout règne la légèreté, et en plus la prétention. C’est une gigantesque imposture. Y a-t-il déjà eu, dans l’histoire, une détresse semblable ? Vraiment, nous ne l’avons pas méritée : je la crois telle qu’il n’y en a pas eu jusqu’à maintenant de semblable depuis le commencement du monde4.

Tout s’est cassé. Ce à quoi j’ai cru, ce que j’espérais et me représentais digne d’être. En quoi placer maintenant notre attente ? Obscurci, le soleil ; pâlie, la lune ; tombées du ciel, les étoiles…5 Réponds-moi, mon ami ! À moins d’un grand coup de balai… Qui va détruire tout cela ? Quel Juge peut-il encore venir, comme le croyaient naïvement nos ancêtres, sur les nuées du ciel avec beaucoup de puissance et de gloire, envoyant ses anges pour rassembler ses élus des quatre vents ?6 Heureux temps, où on y croyait ! Mais nous n’avons plus que la peur, et la tristesse du deuil.

Mélancoliquement.

Antoine

Lettre 2

Luc à Antoine

Cher courroucé,

je comprends ta peine, mais je ne peux l’approuver. Je ne sais qui a dit (il me semble que c’est Talleyrand) que ce qui est excessif est insignifiant. Je conviens qu’il y a beaucoup de choses qui ne vont pas, comme tu dis. Mais d’autres vont bien. La vie est faite de contrastes : à tel moment le ciel nous tombe sur la tête. Et à tel autre, il nous éblouit. Une parole nous plonge en enfer, et un sourire nous ouvre le ciel. C’est banal. Mais la banalité n’est pas toujours fausse.

Tu me cites la Bible, les prophètes, les passages apocalyptiques repris de génération en génération. Mais je peux t’en citer d’autres. Calme-toi donc, puisqu’aussi bien il y a un moment pour tout, un temps pour toute chose sous le ciel : un temps pour pleurer et un temps pour rire ; un temps pour se lamenter et un temps pour danser…7 Cris ou plaintes, paroles excitées ou exaltées ne sont pas tout. Il y a des moments de rémission, heureusement ! Sans doute n’y a-t-il jamais dans la vie de dernier mot...

Mais je vois que tu hausses les épaules, m’accusant de ne pas te prendre au sérieux. Soit. Mettons que rien n’aille, comme tu le penses. Qu’est-ce qui t’oblige à rester dans ce monde-là ? Tes enfants te tournent le dos, dis-tu. Quitte-les donc, non pas effectivement peut-être, mais quitte l’attachement, ou ce désir éperdu d’une reconnaissance que tu voudrais obtenir d’eux, et qui est mendicité. Car peut-être leur ingratitude te rendra-t-elle service, en te faisant comprendre sur quelle dépendance et quelles projections repose l’amour que tu as pour eux.

Tu parles de détresse. Mais pourquoi aussi ne pas la surmonter, en fuyant ce monde qui la cause ? Et au lieu de reprendre des paroles d’imprécation, prends-en d’apaisement : Je vous ai parlé ainsi, pour que vous ayez la paix en moi. Vous avez de la détresse dans le monde ; mais prenez courage, moi, j’ai vaincu le monde8.

Une autre fois je te dirai peut-être ce qu’est vaincre le monde, ou être du monde comme si on n’en était pas. Mais comme à la fin de ta lettre tu me parles avec nostalgie d’une époque qui mériterait un juge, je ne saurais te mettre assez en garde contre cette manie prédicante et judicante, cette volonté et obsession constantes attribuées à Dieu d’entrer en jugement. Que de sang versé au nom de tout cela ! Vois : Car le Seigneur est en procès avec les nations, il entre en jugement contre toute chair, il livre les méchants à l’épée – Oracle du Seigneur9. Méfions-nous d’un Dieu aussi colérique. Au moins, ne l’imitons pas dans nos récriminations. Le pacte est sans doute préférable à l’anathème. On dit qu’un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès. Là encore la banalité n’est pas toujours fausse.

Combien je préfère, moi, ces autres paroles attribuées aussi à celui que tu cites dans ta lettre : En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.10 Il suffit de foi et de parole, de foi il me semble ici en la Parole, pour que personne n’entre plus en jugement. Parler ainsi est plus à hauteur d’homme, ne crois-tu pas ?

Quant à savoir si ces paroles-là sont accordables à celles que, toi, tu relèves et qui pourtant proviennent du même Livre, c’est une bien vaste question, qu’ensemble nous pourrions examiner, lorsque tu seras plus calme et serein.