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Ce livre comprend une sélection de mes photographies. Elles sont accompagnées de petites méditations d'une page, que j'ai écrites en les regardant. De format volontairement court, elles permettent en retour la méditation du lecteur, qui peut ainsi faire de l'ouvrage une lecture picorante et fragmentée. On verra dans ce livre la recherche d'une âme en exil, hantée par la nostalgie de l'enfance et en quête d'une vie authentique, par-delà les déceptions causées par un monde dépourvu d'idéal ou de transcendance. Comme ces textes font appel à la sensibilité autant qu'à la compréhension intellectuelle, certains sont assortis, en contrepoint, de quelques poésies.
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Seitenzahl: 61
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Avant-propos
L’essence des choses
Vers le ciel
Désordre
Chemins
Brefs éclairs
Royauté du silence
Ombre sur sable
Solitude
Sicut erat in principio...
Mélancolie
Sur le chemin sombre...
La chaleur de l’été
Reflets
Rien ne se montre...
Le Monde vit de son absence
Marque ta place...
Lointaine l’Origine...
Chaos
Antanaclases
Voir
Vision
Un lieu
Automne
À chacun son rêve
Fumée
Voyage
Le Courage d’être
Étoiles
Monde perdu
Et tout le reste...
Intérieur
Quoi dessous ?
Spectacles
Flux et reflux
Nuit
Tant que sommes vivants...
Éclats
Brisure
Traces
Un horizon de lumière
Âme brûlée...
Château ruiné
Testament
Du même auteur
Ce livre comprend une sélection de mes photographies, accompagnées de petites méditations d’une page, que j’ai rédigées en les regardant.
De format volontairement court, elles permettent en retour la méditation du lecteur, qui peut ainsi faire de l'ouvrage une lecture picorante et fragmentée.
On verra dans ce livre la recherche d’une âme en exil, hantée par la nostalgie de l’enfance et en quête d’une vie authentique, par-delà les déceptions causées par un monde dépourvu d’idéal ou de transcendance.
Comme ces textes font appel à la sensibilité autant qu’à la compréhension intellectuelle, j’ai adjoint à certains, en contrepoint, quelques poésies.
→ Ce livre fait suite aux tomes I, II, III, IV et V de mes Petites méditations photographiques, parues chez le même éditeur en 2022.
M.T.
Novembre 2022
Du plus loin que je me rappelle, j’ai toujours senti l’insuffisance de tout ce que je voyais par rapport à un désir d’ordre, une exigence de substance et de densité que je sentais au fond de moi. Bien sûr je ne pouvais alors le formuler ainsi, mais bien réel était mon refus du monde tel qu’il se présentait : tout s’y effilochait, rien ne m’y paraissait stable et sûr. Je m’évertuais à y imposer un semblant de cohérence, par rituels propitiatoires et mises en scène répétés, mais toujours en vain : les instants parfaits s’enfuyaient toujours.
Quand, devenu adulte, j’ai fait cette photo, je me suis souvenu de mes exigences d’enfant. Alors, me suis-je dit, ne serait-il pas satisfait de ces quelques signes, lui qui au fond implorait les roseaux de ses promenades de lui délivrer leur pure essence ? Il voulait que les choses répondissent entièrement à leur définition, à ce qui s’atteste dans l’esprit quand leur nom est prononcé. En somme, que pour lui la vie fût vie.
L’enfant que j’étais évidemment ne connaissait pas Platon, mais son intuition d’un monde fallacieux, fantomatique, en regard duquel devaient bien exister des modèles éternels pour les garantir, répondait bien à celle du philo- sophe. – Peut-être n’aurait-il pas apprécié ma photo, peut-être ne lui aurait-elle rien dit. Je n’en sais rien. Tant il est hasardeux de supposer déjà chez un enfant la réflexion d’un adulte...
En tout cas, l’essence de ces roseaux, l’Idée au sens platonicien, se figure pour moi aujourd’hui sous la forme de ces quelques traits noirs. Ils sont délivrés de leur apparence circonstancielle, dans laquelle ils s’enlisent souvent. Et ils revêtent pour moi leur forme essentielle, archétypale. Leur dépouillement les a enrichis. Je vois ici les nervures mêmes de leur être, pures et sans mélange.
Cher enfant qui es moi, je te dédie cette image, que tu peux sentir même sans la comprendre. Je l’ai créée en pensant à toi.
Quand j’étais enfant, et en solitude, j’animais tout ce que je voyais, au point de me sentir constamment entouré de présences vivantes, avec lesquelles j’entrais en dialogue. Je suppose que c’est le propre de tous les enfants. Ce n’est que plus tard que j’ai appris que là résidait aussi la poésie, et qu’il y a les poètes, et les grandes personnes.
Quand, adulte, j’ai fait cette photo, je me suis quasiment allongé sur le sol, et j’ai cadré ces phragmites en contre-plongée. Ils semblent monter à l’assaut du ciel, ou lui adresser un appel, comme si eux aussi étaient vivants, et c’est pourquoi je me souviens à cette heure de l’animisme spontané qui m’habitait étant enfant.
Que lui disent-ils, au ciel, tous ces phragmites ? Je ne sais plus évidemment ce que l’Enfant en moi pourrait leur dire. Il est derrière moi maintenant, je l’ai laissé bien loin au bord de son chemin, bien qu’à plusieurs moments je sens qu’il est là qui m’appelle, m’invitant à le rejoindre : on ne retombe pas en enfance, on y remonte.
Seul alors l’adulte pourra dire qu’il voit les bras des roseaux levés vers le ciel en signe de salutation, plus ou moins véhémente selon la force du vent. Mais il pourra préférer une autre version, celle de la supplication.
Il y a en l’homme une recherche constante de sens à tout ce qu’il vit, et une prise à témoin de l’Instance à laquelle il demande justification de son être et de sa pensée. Qu’on l’appelle Dieu ou autrement, sa demeure est chez nous le ciel. Eh bien, il arrive que ce dernier demeure silencieux et vide. Alors les bras tendus vers le ciel supplient, puis accusent. En vain. Et retentit l’immémorial cri de déréliction : Pourquoi m’as-tu abandonné ?
Il ne faut pas, mon Enfant, m’en vouloir de cette réflexion sombre sur ces phragmites que tu as aimés. J’ai vécu bien des choses, depuis que je t’ai quitté. Demeureront-elles encore en moi, lorsque je t’aurai rejoint ?
Acharnés à poursuivre leur proie, les goélands montrent le vrai visage de la nature. Elle ignore toute bonté, elle n’est qu’un combat pour la nourriture et la survie. Sa beauté n’est qu’un leurre, qui masque sa réalité, l’autophagie qui la définit, le meurtre permanent dont elle est le théâtre. On nous dit que ciel et terre chantent la gloire de Dieu. Eh bien, nous le voyons là, le vrai visage de Dieu : celui d’un massacreur, d’un tueur sans gages, dont les crimes seront à jamais impunis. Crimes parfaits.
L’enfant que j’étais ne pouvait faire toutes ces réflexions. Le catéchisme l’avait modelé, et sans doute le désir secret d’être illusionné. Pourtant du vol de ces oiseaux il pouvait tirer l’image d’un désordre constant, figurant celui qu’il voyait autour de lui. Il me semble qu’un enfant, surtout un enfant sensible, ne peut faire qu’il ne voie le décalage constant entre ce qu’il attend comme propre à le assurer, et ce qui se produit. L’inconstance parentale, d’abord. Elle détruit, et souvent pour toujours, la confiance native dans la vie. D’un père on attend qu’il soit un Père, et cela ne se produit pas, à cause d’une conduite non maîtrisée, incohérente. D’une mère, qu’elle rassure, et non pas qu’elle communique sa propre angoisse. Mais tout autour de soi aussi on constate l’évidente rupture d’un monde éclaté. Miroir brisé.
Au plus loin que je m’en souvienne
Le monde fut désaccordé
Et l’enfant était dans la peine
Du désordre qui le mordait
La poésie d’aujourd’hui, bien sûr, ne rachète rien, n’annule rien. Tout au plus permet-elle une certaine mise à distance. Sang d’encre...
