La Flèche fantôme - Bill Buffalo - E-Book

La Flèche fantôme E-Book

Bill Buffalo

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Beschreibung

Buffalo Bill est en mission pour essayer de convaincre les Indiens de stopper "la danse du spectre", qui pourrait entrainer une nouvelle guerre avec les blancs. Il rencontre Dakota Dan qui lui explique que tout cela est l'oeuvre d'un desperado nommé Jack Horner...

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La Flèche fantôme

Pages de titreAmis et ennemis.Allures de traîtres.Buffalo Bill défend sa vie.La cabane déserte.Sur le qui-vive.Le secret de la caverne.La flèche fantôme.Dans le village indien.Terribles Hasards.Un combat en courant.Le camp militaire.La bataille.Conclusion.Page de copyright

BUFFALO BILL

LA FLÈCHE FANTÔME

ou La Danse du Spectre

Fascicule n° 9

1906-08

Amis et ennemis.

À la fin d’une journée d’hiver, à la tombée de la nuit, un homme, monté sur un cheval fatigué, entrait dans une petite ville sur la lisière de la civilisation américaine, pas très loin de ce qu’on appelait alors les « Bad Lands », les Mauvaises Terres, où les enfants à peau foncée du Gouvernement de Washington étaient rassemblés, se livrant à la danse du spectre, dont l’excitation devait aboutir à un conflit armé avec les blancs.

Comme ce cavalier atteignait les bords même de ce settlement, il fut surpris d’entendre le bruit sec d’un fusil qu’on arme, suivi de la brève interpellation :

— Halte ! Qui vive ?

Gros Pied, le farouche chef des Sioux hostiles, avait la réputation d’un batailleur acharné, et si la guerre se déclarait, il frapperait dur et vite, avant que le général Forsyth ait le temps de s’y opposer.

C’est pourquoi, dans les circonstances présentes, on établissait des gardes destinés à prévenir toute surprise. C’était sur un avant-poste de ce genre que le voyageur venait de tomber.

La lumière disparaissait rapidement du pâle ciel d’hiver ; mais il en restait assez pour lui montrer les traits de l’homme qui sortait des buissons, le fusil à la main.

— À moins que mes yeux ne me trompent, j’ai déjà vu cette figure… Dakota Dan, comment allez-vous ?

La sentinelle poussa un cri, mit sa main sur la jambe du cavalier et le regarda en face.

— Est-ce que je rêve ou est-ce son ombre ? William Cody, parlez ! Est-ce vous en chair et en os ?

— En chair et en os, vrai comme un sermon, Dan. Une poignée de main !

— De tout mon cœur, Dieu vous bénisse, Buffalo Bill ! Ça fait du bien aux yeux malades de vous voir. Qu’est-ce qui vous amène ici, en ce moment ?

Le célèbre éclaireur militaire devint grave.

— Cette folie des danses de spectres surexcite les vieux amis que nous avons parmi les Sioux, et si on ne l’arrête tout de suite, les flammes de la guerre se répandront le long de notre beau pays, avec plus de violence que tout ce qu’on a vu jusqu’à présent.

— Buffalo Bill, vous êtes venu pour arrêter cette folie ? s’écria l’autre avec un ardent intérêt.

— Je suis venu pour essayer, répliqua Bill modestement. Si je réussis ou non, cela dépendra des circonstances ; mais j’ai peur que les rouges ne soient pas en état d’écouter un bon conseil.

— Et vous avez raison, vieux camarade. J’ai vu quelques-unes de leurs danses du spectre ; et je jure que jamais troupe de baladins aussi toquée n’a remué les pieds. Les rouges sont fous furieux parce que les agents les filoutent ; et maintenant cette histoire de Messie les met en belle condition pour se faire supprimer en masse ; car vous savez que c’est ce que fera le Général Miles si jamais il se met en mouvement.

— C’est trop malheureux. Je pensais que nous avions eu notre dernière guerre indienne dans les plaines. Dan, qui est-ce qui est au fond de cette affaire-là ?

— Qui vous fait croire que je le sais ?

— Parce que je me rappelle ce que vous valiez autrefois. En outre, vous m’avez dit que vous avez pénétré avant dans les Mauvaises Terres, que vous avez vu plus d’une fois ces danses de spectres. Voyons, qui est responsable de l’état dans lequel sont les rouges ?

— Vous voulez faire porter le blâme sur un homme ?

— Si cela se peut, Dan.

— Regardez une douzaine d’années en arrière ; vous rappelez-vous un homme que vous aviez pris à voler, dans le campement sur le Brule, et dont on cloua les oreilles à un chêne rabougri en guise d’avertissement ?

— Laissez-moi voir… C’était un Jack Horner… Je me le rappelle comme un visqueux coquin, une sorte de factotum, homme de loi, maître d’école, conducteur de voiture, guide, joueur et voleur. Est-ce qu’il est encore en vie ?

— Tout à fait. À vrai dire, Cody, c’est la plus grosse erreur de votre vie de n’avoir pas envoyé une balle à travers sa misérable carcasse.

— Expliquez, Dan.

— Eh bien ! Dieu vous bénisse, Grand Chef Bill ! cet homme est la cause principale de toute l’émotion qui règne parmi les rouges. Par ses manigances, il est devenu un homme très important parmi eux, car ils le regardent comme le Messie.

Ce renseignement arracha une exclamation à Buffalo Bill.

— Alors, ce fut une grosse erreur de ma part, dit-il. Peut-être l’occasion se présentera-t-elle à moi de remédier à mon mauvais jugement. Mais il faut que j’entre en ville, que je me procure un cheval frais, que je voie à quelques affaires et que je sois parti de grand matin.

— Je vais avec vous, Bill ; le temps d’envoyer quelqu’un prendre ma place ici…

— Bien aise d’avoir votre compagnie, Dan.

Le settlement était une ville de mineurs, au milieu de collines qui, trente ans auparavant, n’étaient visitées par aucun blanc, si ce n’est quelque trappeur audacieux.

Des lumières s’étaient allumées çà et là. On entendait des voix. Des rires et des chants grossiers faisaient hésiter à croire qu’un soulèvement des Indiens était vraiment à craindre.

Un détachement de cavalerie, à destination de l’Agence de Pine Ridge, venait d’arriver au campement, et pour fêter les soldats, les citoyens faisaient la fête.

On voyait les feux de bivouac à un bout de la ville, où une foule s’était portée.

La nouvelle de l’arrivée de Buffalo Bill s’était répandue partout, comme le feu dans la paille. Aussi, lorsqu’il entra en ville accompagné de Dakota Dan, il fut bientôt entouré d’une cohue empressée, parmi laquelle il y avait nombre d’anciens camarades ; et sa mémoire des faits et des figures était si bonne qu’il ne manqua pas, dans un seul cas, de se rappeler les circonstances qui se rattachaient à chaque nom.

Dès qu’il put le faire raisonnablement, Buffalo Bill quitta les camarades, et se rendit au camp de cavalerie.

Il trouva dans l’officier de service un vieil et solide ami, avec lequel, en un autre moment, il aurait eu plaisir de causer longuement ; mais ils durent remettre la partie à une autre occasion.

Dakota Dan s’était assuré d’un cheval frais pour le fameux éclaireur, ou scout, et il fut convenu qu’ils partiraient une heure après minuit. La lune serait tout à fait levée à cette heure-là, et ils pourraient toujours traverser un bon bout de la plaine dans la direction du campement indien.

Cependant une autre chose réclamait l’attention du scout.

Dan l’avait déjà renseigné sur la topographie des rues. Aussi, quand il eut dit bonsoir au Capitaine de la cavalerie, il suivit son chemin sans hésitation jusqu’à ce qu’il fut à un endroit où le flamboiement des lumières indiquait un de ces tripots qui sont les monuments les plus brillants d’une ville de mineurs.

Il y avait beaucoup de monde à l’intérieur, et l’on ne faisait guère attention à ceux qui entraient ou sortaient.

Cody regarda autour de lui et ses yeux s’arrêtèrent sur un individu assis à une table voisine.

Cet individu portait les cheveux longs et avait tout l’extérieur des hommes des plaines. Il jetait ses enjeux avec une ardeur qui dénotait qu’il avait le jeu dans le sang.

Lorsqu’il fut sûr que c’était bien là l’homme qu’il cherchait, Buffalo Bill vint derrière lui et lui mit la main sur l’épaule.

Le joueur leva les yeux avec un froncement de sourcils.

Mais il n’eut pas plutôt vu qui se permettait cette familiarité que sur son visage se répandit une expression mêlée d’émerveillement, de stupéfaction intriguée, d’inquiétude et de peur mortelle.

— Je suis venu… Êtes-vous prêt, Rusie ?

L’homme fut une minute sans retrouver sa voix ; puis il exprima sa surprise de voir le scout ici quand on le croyait bien loin.

— Êtes-vous prêt, Rusie ? répéta Cody avec persistance.

— Comme vous le dites, bégaya l’autre.

— Alors, venez avec moi.

Le joueur fit disparaître sa petite pile d’argent dans sa poche et suivit.

Il était évident qu’il craignait Cody ; il y avait quelque chose dans son passé qui le faisait l’esclave du scout.

On jetait sur eux des regards curieux, car la nouvelle s’était tout de suite répandue que Buffalo Bill était dans l’établissement.

Sans s’occuper de ces regards, le scout sortit d’un pas délibéré, avec Rusie derrière lui.

Une fois seul, Cody laissa l’autre arriver jusqu’à ses côtés avant de prendre la parole.

— Vous êtes surpris de me voir, Rusie ?

— Je peux le dire.

— Alors vous n’avez pas reçu ma lettre ?

— Je n’ai pas eu de vos nouvelles depuis deux ans.

Cody réfléchit une minute ou deux.

— J’ai découvert par hasard que vous étiez ici, et je vous ai écrit avant de partir ; mais je compte que j’ai dû aller plus vite que la malle-poste de l’Oncle Sam. Vous vous rappelez votre promesse, Rusie ?

— Je ne l’ai jamais oubliée.

— Le temps est venu de la tenir.

— Bon !… Je suis prêt. Vous avez sauvé mon enfant autrefois, Buffalo Bill, et j’ai juré de faire tout ce que vous me demanderiez. L’enfant est parti maintenant, mais ma promesse tient toujours.

— Vous et Gros Pied, le chef Sioux, vous avez été grands amis autrefois ?

— Nous étions comme frères.

— Il ferait beaucoup pour vous.

— Je le crois.

— Vous savez qu’il est maintenant le meneur des jeunes coqs qui sont disposés à nous faire de vilaines affaires ; et même on me dit que Nuage Rouge et Coup-Double lui-même peuvent à peine empêcher leurs jeunes gens de courir se joindre aux forces de Gros Pied.

— Vous avez été absent, Chef Bill ; mais c’est bien comme vous le dites.

— J’ai besoin que vous alliez trouver Gros Pied et que vous usiez de toute votre influence pour prévenir une révolte, dont le résultat sera sûrement désastreux pour les rouges.

— Je le ferai, Cody ; mais mes chances de succès sont extrêmement minces. Vous ne pouvez pas comprendre quelle terrible prise cette danse du spectre a sur les esprits des Indiens dans tout le pays. Ils sont comme des fous attendant le Messie qui leur donnera le pouvoir d’effacer les blancs de la surface de la terre.

— Oui, je sais ; depuis que je suis ici j’ai appris des choses. Vous vous rappelez Dakota Dan ?

— Certainement ; nous nous voyons de loin en loin.

— Il me raconte que ce Messie des rouges n’est autre qu’un homme que j’aurais dû fusiller il y a quelques années.

— Qui ça ?

— Jack Horner. C’est la cause principale de cette agitation. Les rouges l’appellent leur Messie. Il a tellement travaillé leur naturel superstitieux qu’ils en sont arrivés à croire tout ce qu’il dit.

— Alors le moyen d’assurer la paix serait de casser la tête à Horner.

— Mon idée, exactement ; et je la mettrai à exécution au premier semblant d’occasion qui se présentera, fut-ce dans le tepee de Gros Pied lui-même.

— Quand partirai-je ?

— Mieux vaut attendre que nous partions nous-mêmes, Rusie.

— Quand est-ce ?

— Environ trois heures après le lever de la lune.

— Je serai prêt, Bill. Le temps est venu de payer la dette de mon petit Joe, et vous trouverez Amos Rusie en mesure. Mais, tout de même, j’ai peu d’espoir de succès. Quand j’ai vu votre figure, le vieux temps m’est apparu. Je vous ai revu arracher le petit garçon de la main enragée de ce chef Arapahœ, juste au moment où il allait lancer le pauvre petit dans la rivière au fond du précipice. Je devais avoir un drôle d’air, mais ça n’a rien d’étonnant. Je me sentais collé à ma chaise, comme si je voyais un revenant.

— Rappelez-vous… Soyez au rendez-vous à temps, à la taverne du Nuage Rouge.

— Qui y aura-t-il encore ?

— Dakota Dan, et c’est tout.

Le scout militaire s’éloigna, l’esprit rempli de plans pour l’avenir, car l’horizon était orageux sur la frontière, avec les Indiens prêts à briser tout frein.

Il suivait la principale rue de la ville, lorsqu’il eut tout à coup la perception d’un danger qui pouvait être mortel.

Du côté le plus ténébreux de la rue, il aperçut une courte flamme et entendit le bruit sec et bref que fait la détonation d’un petit revolver.

Il sentit le vent de la balle qui passa en sifflant à deux pouces de sa tête et lui enleva même une boucle de cheveux.

Allures de traîtres.

Buffalo Bill était toujours prêt à l’action dans les moments critiques, et il le montra une fois de plus.

La flamme du pistolet avait à peine disparu que, d’un bond de panthère, il s’abattait sur une petite forme accroupie, que cette flamme avait illuminée un instant fugitif.

— Grand Dieu ! s’écria-t-il, c’est une femme.

— Une femme, en effet, à qui vous avez fait jadis abominablement du mal, Buffalo Bill ! dit d’un ton d’amertume et de haine l’assassin, sans faire un mouvement pour s’enfuir.

— Vous devez vous tromper. Je n’ai jamais fait sciemment de mal à une femme, reprit le scout d’une voix grave.

— Vous avez tué Hank Hamilton.

— Quoi ? ce desperado. Oui, je l’ai tué pendant qu’il était en train de commettre un meurtre. Et vous ?

— Je suis sa veuve. Sur son corps j’ai juré d’avoir vengeance. Mon temps viendra. J’ai cru qu’il était venu, mais la maudite balle m’a trahie.

Buffalo Bill était peiné, car une femme acharnée contre sa vie, c’était pour lui chose nouvelle.

— Je regretterais beaucoup de faire du mal à une femme, mais ma vie a une certaine valeur pour moi et pour d’autres, et si l’on me pousse à bout, je dois me défendre. Si vous faites ce genre de commerce, vous devez être préparée à en accepter les conséquences ?

— Bah ! Vos paroles ne m’effraient pas, Cody. J’ai juré d’avoir votre vie, si jamais la chance me vient, et je tiendrai mon serment.

— Très bien ! Bonne nuit !