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Un conte de fée adapté à une réalité moderne dure.
Rêver à la tour Eiffel pour ne pas oublier sa promesse de quitter la banlieue. Comme dans un conte de fée. Mais cette fois, le prince charmant est un délinquant, et sa princesse, une prostituée qu'il arrache à son réseau. Alors ils vont fuir pour leur salut, partir pour trouver un ailleurs. S'installer dans un monde en paix où vivre caché et se faire oublier. Comme dans un conte de fée. Mais naître à la liberté a un prix.
Comment deux adolescents courent pour leur indépendance, avec la violence comme moyen d'émancipation, pour briser leurs déterminismes sociaux et leurs mauvais choix. Mais une nuit qu'on entend crépiter les néons, il faut pouvoir en payer le prix. Comme dans un conte de fée, oui, mais alors, dans un univers sombre, et qui se lit comme on boit un alcool fort.
Découvrez comment deux adolescents courent pour leur indépendance, avec la violence comme moyen d'émancipation, pour briser leurs déterminismes sociaux et leurs mauvais choix.
EXTRAIT
Quand t’es immigré dans la cité tu peux vraiment te la jouer « moi j’ai des origines, une culture authentique », et pas cette ville de merde pour racines, faut comprendre. Quand t’es blanc, tu nais pas dans la cité ou alors c’est que t’es un looser, un pur beauf, quand t’es immigré t’avais pas le choix à l’époque puisqu’on les mettait dans des ghettos, c’est pas ta faute quand t’es black ou beur, c’est que t’es discriminé. Alors, un mec blanc comme moi ça doit être à la hauteur. Et puis avec les emmerdes de ma mère et mes vols à la portière je me suis taillé une réput' de bandit solitaire, et ça me vaut du respect. C’est tout ce que je veux. N’empêche que j’aurais préféré naître black.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Après avoir fait des études de droit, Rémy Lasource est devenu fonctionnaire. Il a travaillé quelques années en banlieue nord de Paris au contact des policiers et des magistrats. Il vit aujourd'hui en limousin. Du crépitement sous les néons est son second roman chez Ex Aequo après avoir publié début 2017 Des veines dans le granite, tome 1 du cycle de Clément, un thriller fantastique.
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Seitenzahl: 127
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Table des matières
Résumé
I Des fleurs sur le béton
II La nuit, c’est plus beau, c’est pour les fées
III Naître à la liberté
IV La couleur de l’aube
V Paradise
VI fin de la course
Dans la même collection
Rêver à la tour Eiffel pour ne pas oublier sa promesse de quitter la banlieue. Comme dans un conte de fée. Mais cette fois, le prince charmant est un délinquant, et sa princesse, une prostituée qu'il arrache à son réseau.
Alors ils vont fuir pour leur salut, partir pour trouver un ailleurs. S'installer dans un monde en paix où vivre caché et se faire oublier. Comme dans un conte de fée. Mais naître à la liberté a un prix.
Comment deux adolescents courent pour leur indépendance, avec la violence comme moyen d'émancipation, pour briser leurs déterminismes sociaux et leurs mauvais choix.
Mais une nuit qu'on entend crépiter les néons, il faut pouvoir en payer le prix.
Comme dans un conte de fée, oui, mais alors, dans un univers sombre, et qui se lit comme on boit un alcool fort.
Après avoir fait des études de droit, Rémy Lasource est devenu fonctionnaire. Il a travaillé quelques années en banlieue nord de Paris au contact des policiers et des magistrats. Il vit aujourd'hui en limousin. Du crépitement sous les néons est son second roman chez Ex Aequo après avoir publié début 2017 « Des veines dans le granite, tome 1 du cycle de Clément » un thriller fantastique.
Rémy Lasource
Du crépitement sous les néons
Thriller
ISBN : 978-2-35962-930-9
Collection Rouge : 2108-6273
Dépôt légal Avril 2017
© couverture Ex Aequo
© 2017 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de
traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
Éditions Ex Aequo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières les bains
www.editions-exaequo.fr
« La liberté exactement dans le sens où j’entends ce mot : comme quelque chose que à la fois on a et on n’a pas, que l’on veut, que l’on conquiert… »
« Le crépuscule des idoles » F.Nietzsche
« Je t'aimerai de toute la folie de mon âme
Un jour, bébé, je ne sais quand, nous irons rejoindre cet endroit
Où convergent tous nos désirs
Et nous marcherons sous le soleil
Mais jusque-là, les vagabonds comme nous
Bébé, sont nés pour courir. »
« Born to run » B.Springsteen
On la prend et on la met à genoux près de moi. Ses yeux n’expriment plus que la peur. La détonation crache derrière son crâne des débris d’os dans un jet rouge noir sur le gravier. Je reçois des gouttelettes de son sang sur le visage; elle est tombée immédiatement sans bruit; comme un pantin. C’est bizarre de se dire que tout est fini. Tout se sera passé comme dans un mauvais rêve. Ma main m’envoie des arcs électriques douloureux où il me manque des doigts, comme si mes nerfs envoyaient des signaux de vie vers le vide où se trouvaient autrefois mes membres, mais qu’ensuite ces messages revenaient transformés, chargés d’une souffrance brûlante. Le gravier me fait mal à la peau juste derrière ma tête. Le sang n’a pas bon goût dans ma bouche. C’est poisseux et tiède, nauséeux. Je regarde l’enseigne du perroquet iriser la nuit sans étoiles d’un halo bleu électrique, rouge kitsch et jaune pétant, ce qui sera mes dernières lumières dans le monde. C’est déjà le printemps, des insectes de nuit s’affolent autour des lumières, attirés et jouant avec leur vie pour risquer au plus près de toucher l’idéal. C’est maladroit de leur part, mais cette vision me rassure. Je n’ai plus de force, j’ai froid et mal, mais bientôt je sens couler en moi une grande fatigue, et si je ne bouge plus je souffre un peu moins. Les types sont partis et ma fée n’est plus là, du coup je suis seul, tout seul pour mourir. L’enseigne bourdonne dans le silence, et le mot « Paradise » sous le perroquet semble une blague, ou une porte avant la nuit noire sans fond qui s’ouvre derrière, comme un gouffre béant, mais sans lumière. Y a juste ces insectes qui s’agitent et ce grésillement des filaments électriques au-dessus de moi. La lumière m’inonde complètement. Je ne vois plus que ça, ce halo multicolore, et je ne ressens plus grand-chose en restant immobile, je n’ai plus que ma tête, mon corps est froid, est ce que je respire ? Je n’entends plus mon cœur et mes yeux se figent. Y a plus rien maintenant, juste du crépitement sous les néons.
Dans la cité, il faut être black ou beur, mais pas blanc. Blanc ça fait pauvre con. Moi j’aurais voulu être black et puis j’ai leur carrure, j’ai des épaules de videur et à 18 ans je pousse 105 kilos au développé couché. C’est déjà balaise. Alors il ne me manque que les abdos. Et je me débrouille à la boxe poings pieds.
Quand t’es immigré dans la cité tu peux vraiment te la jouer « moi j’ai des origines, une culture authentique », et pas cette ville de merde pour racines, faut comprendre. Quand t’es blanc, tu nais pas dans la cité ou alors c’est que t’es un looser, un pur beauf, quand t’es immigré t’avais pas le choix à l’époque puisqu’on les mettait dans des ghettos, c’est pas ta faute quand t’es black ou beur, c’est que t’es discriminé. Alors, un mec blanc comme moi ça doit être à la hauteur. Et puis avec les emmerdes de ma mère et mes vols à la portière je me suis taillé une réput' de bandit solitaire, et ça me vaut du respect. C’est tout ce que je veux. N’empêche que j’aurais préféré naître black.
Moussa et Saïd c’est quand même deux mecs bien. Pas trop déjantés par la colle ni trop enfoncés comme d’autres dans le business, et qui sont devenus de vrais cons. Non, eux comme moi, ils vivotent de petits coups.
— Ce soir, j’ai comme un truc à fêter. Bonne chasse, je vous paie le coup au MCM café.
Ils s’emmerdaient et voilà comme une lueur de fête dans cette nuit d’ennui. Moussa me file une bourrade dans l’épaule et Saïd nous demande de l’attendre, il part chercher des cachetons dans sa piaule.
***
RER D.
Long défilé de gares éclairées d’un blanc éclatant, d’une auréole électrique qui cherche à maculer de pureté ces décharges où on nous entasse. Derrière on aperçoit l’ombre des tours aux fenêtres légèrement orangées, et qui dorment imposantes comme des montagnes recluses dans la nuit.
Saïd est excité par le récit de mes exploits, pourtant je ne fanfaronne pas, je suis plutôt du genre à débriefer sans en rajouter, parce que je cherche des coéquipiers pour l’avenir. Et Saïd je sais ne s’en sent pas les couilles pour l’instant, mais faudrait juste lui apprendre patiemment, le former. Moussa et Saïd sont deux mecs honnêtes comme moi, je veux dire qu’ils sont moraux, c’est des types bien, avec du cœur, c’est pas des tarés, des frimeurs, des finis au krach. Ils veulent juste s’en sortir. Et bandit c’est un travail sérieux avec une éthique. Voilà ce que je leur dis. D’ailleurs, j’ajoute que la différence entre l’éthique et la morale, c’est que l’éthique vient du cœur, qu’elle vient d’un code de conduite que l’on s’impose à soi-même vis-à-vis des autres, alors que la morale c’est le fruit des règles que vous imposent un groupe humain. J’ai lu ça avant mon bac, dans une interview de Paul Ricœur. J’aime bien leur faire partager ce que je sais, parce qu’ils en font autant.
— L’éthique c’est ce que je m’interdis de faire, comme cracher à la gueule d’une victime ou de voler des gosses, et la morale c’est ce qu’impose notre société répressive qui nous discrimine et nous interdit de nous en sortir, et du coup cette morale-là n’est pas juste, elle n’est pas éthique.
— En quelque sorte, on n’a pas le choix ? demande Moussa.
— On subit un état de fait, on est dans un quart monde où on n’a plus aucune égalité avec nos concitoyens, en plus on attend de nous que nous restions soumis à une misère qu’on nous impose. Ça c’est la morale de notre société et elle a les juges, les flics et tout ce beau monde pour nous cadenasser la gueule. Mais on est des êtres libres et on peut faire des choix. Comme celui de s’en sortir comme je fais en attendant de grossir ma situation. Et c’est pour ça qu’on peut penser à s’associer pour faire des petits coups sans risque, mais pensés pour rapporter et pour vivre, pas pour tirer un téléphone portable à une gosse. On sait que des hommes nés et grandis en cité ont pas de boulot. Y a que les filles qui s’en sortent, parce qu’elles font pas peur aux entreprises.
— Ouais, dit Saïd. En même temps, y’a un paquet de tarés dans la cité, et c’est pas fait pour nous aider.
— C’est à réfléchir, dit Moussa.
Ils ont l’air satisfaits de ma façon d’agir, je sais maintenant qu’ils y viendront. Faut pas les brusquer. Gare du Nord. Murs aux mosaïques orangées. Commence à y avoir tout un tas de bandes qui traînent autour. Là faut qu’on fasse gaffe.
Avant le MCM café j’achète chez l’arabe une bouteille de whisky qu’on vide dans une autre de coca, le tout mélangé. On s’enfile des rasades qui détendent la colonne vertébrale. Je commence juste à me sentir bien, léger, et puis toutes ces lumières et ces beaux immeubles ça a de la gueule quand même, moi je suis fait pour taffer ici et loger dans ces coins. Putain j’ai envie de pisser, ça me prend comme un chien, vite le temps de sortir le tuyau et j’arrose le béton d’un mur en faisant des cercles. Je ris comme une baleine. Les autres rigolent dans mon dos. Je suis heureux. Ça chauffe. Je commence à brancher les filles dans la rue, « Oh quoi, je leur parle mal ? Qu’est-ce qu’elles ont, les bourges, elles ont jamais vu des gangsters ? C’est quoi je pue, je suis moche ou quoi ? C’est pour boire un verre, eh connasse. »
Moussa me calme.
On arrive chauds au bar. Les gonzesses sont bonnes là-bas. Saïd nous file un ecstasy chacun. Je sens combien ma vie, combien ce quotidien sans issue et mes responsabilités envers ma mère me pèsent ; j’ai pas envie de toute cette merde, faut que je me casse d’ici, mais pour aller où? Ma vie est pourtant là.
Allez, c’est la fête, ecsta ! Yes, arrivent des crépitements sur la langue, des coulées dans le cerveau poussées par un cœur qui part tout seul au sprint alors que tout le reste se détend enfin. Ouah, feu d’artifice, les couleurs grossissent et deviennent floues, et mon corps est plus souple, plus cool, les bruits sont plus forts, mais ne m’agressent pas, je les ressens vibrer en moi et je danse dans un rêve en coton, le sourire sur les dents, les bras levés vers ceux de mes amis et on essaie de toucher les lampes en remuant les mains comme des idiots et pourtant c’est ça qu’on veut faire dans la vie, lever les bras en cherchant à s’attraper les mains parce qu’on est des frères.
En sortant j’ai froid et me sens successivement déprimé, heureux, anxieux et optimiste, enfin, pas dans mon assiette. Près de Pigalle on cherche à manger un kebab.
Je vois une pute black assez jeune et plutôt jolie. Voilà ma petite amie, je déclare aux copains :
— Vous allez voir, je vais payer ma passe, mais je vais la draguer et lui filer un rancart. C’est tout à fait mon style.
Je remonte l’énergie qui reste dans mon corps vers mes pectoraux et j’avance en dandinant, à la façon d’un boxeur, comme Rocky Balboa. Je lui demande son tarif. Je glisse un billet. Elle m’entraîne dans une ruelle derrière. Elle a un sourire qui me désarme et des hanches qui ondulent comme au cours d’une danse primitive. Je commence à parler excité et bourré, tout en essayant de garder les idées claires pour déployer mon charisme.
— Putain, que t’es belle. Écoute, tu sais j’ai toujours rêvé d’être black, comme toi. T’es belle et je t’aime, tu m’entends ?
Elle sourit de son beau visage régulier avec des dents blanches. Quelle grâce.
— Écoute-moi, moi c’est Yann, je sais que je suis bourré, pourtant je te parle avec lucidité tu me crois ? Je suis bourré, mais je le suis pas en vrai. OK ? C’est marrant je suis chaud, en fait j’étais bourré juste avant et là je t’ai vue et mon esprit est revenu, écoute-moi bébé, c’est sérieux pour moi et pour toi ça peut l’être ? Arrête de sourire comme ça tu me rends dingue de toi mon bébé. Je peux t’appeler mon bébé ? Embrasse-moi, t’embrasses pas ? C’est quoi ce bordel, je t’ai payée, non ? Embrasse-moi sur la bouche et je ferai de toi ma femme. T’embrasses pas, OK, je comprends, respect, respect. Mais moi je t’aime, je te jure et je sais que je suis lourd.
Je lui caresse ses épaules et fais tomber sa doudoune par terre. Elle me sourit tout en fixant ses yeux dans les miens, je fais glisser ses bretelles de débardeur et découvre son soutien-gorge blanc sur sa peau de black. Ouah la vache, je bande comme un taureau. Je mange son épaule et son cou, je sens que je suis complètement bourré, mais je prends sa main que je plaque sur ma bite pour qu’elle me masse, vas-y prends-là que je lui braille à bout de souffle, mais avant je me relève et prends le temps de baisser son soutien-gorge sur ses petits seins aux tétines toutes pointues. Je suis heureux, mais je réalise dans un flash que je suis un pauvre type, pourquoi est-ce qu’elle ne m’aimerait pas autrement que pour mon fric ? Allez, c’est des conneries. Je caresse sa joue et elle commence à me sucer dans cette petite rue éclairée. Putain, c’est bon !
Plus loin, j’entends le bruit de la foule sur l’avenue, la sortie des bars, je vois les gens qui clopent inondés dans la lumière électrique des néons, je lève la tête qui tangue dangereusement vers les réverbères et leur halo ouaté dans le froid de la nuit, mes jambes chancellent et mes hanches balancent à droite, à gauche, sans trouver leur point d’équilibre. Libre je suis loin de ma cité.
— Putain, c’est bon, mais tu sais ce que je t’ai dit tout à l’heure c’est vrai, je t’aime, tu sais, écoute: la nuit c’est plus beau, c’est pour les fées, t’es ma petite fée d’Afrique.
Mais là, j’ai rien compris, c’est quand je me disais que c’était une chic fille et que j’aurais voulu qu’elle ne soit pas une pute, mais ma vraie petite amie, et moi un jeune qui a un boulot, que c’est sorti sans prévenir sur tous ses cheveux crépus, c’était collant et nauséabond, elle en avait partout, je ne bandais plus.
