Les cahiers du Passeur d'Âmes - Christine Barsi - E-Book

Les cahiers du Passeur d'Âmes E-Book

Christine Barsi

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Beschreibung

N’avez-vous jamais rêvé d’histoires tellement prenantes que vous n’avez eu de cesse de les jeter sur un bout de papier, dès le lendemain matin, afin de ne pas en oublier une seule bribe ? Les nouvelles de cette anthologie sont pareilles à ces histoires, mêlant le réel, l’imaginaire et l’indicible. À la fois expériences spirituelles et occultes, elles nous plongent dans la trame ésotérique et intangible d’une réalité que nos perceptions ne font qu’effleurer, la plupart du temps, pour nous sensibiliser à ce qui existe au-delà de notre dimension temporelle. Une initiation comme une autre.

À PROPOS DE L'AUTRICE

L’auteure puise son inspiration dans ses études en biologie, et dans son métier dans les ressources humaines. Elle écrit depuis 1998 des romans de science-fiction et de fantastique. Présidente de l’association culturelle Les Mondes Mutants, elle est membre du Conseil d’administration de sa ville, afin de promouvoir la littérature, du Conseil des Sages également. Seize romans publiés, un recueil de nouvelles dont l’une, "L’Avatar", a gagné le prix René Barjavel 2022, une anthologie de nouvelles fantastiques, ésotériques et spirituelles.

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Veröffentlichungsjahr: 2025

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Christine Barsi

Les cahiers du Passeur d’Âmes

Anthologie de Nouvelles fantastiques

 

PREMIÈRE PARTIE - LES CAHIERS DU PASSEUR D’ÂMES

 

Prologue

Ces histoires me sont venues, chacune, de mon vécu que j’ai amené à l’existence par diverses situations que le quotidien offre régulièrement, si l’on sait le considérer ainsi qu’un repère, un signal ou bien une synchronicité qui marque notre inconscient.

J’ai ramené à moi ces moments intangibles, afin de les distordre à volonté et rendre malléable notre réalité. Puis je les ai posés sur le papier, pour en modifier la trame sous-jacente et mieux en maîtriser l’essence subtile.

Ainsi mis sur le devant de ma conscience, je les ai altérés et courbés pour mieux franchir les limites, pour mieux franchir les limites que l’on nous impose insidieusement et enfreindre les interdits, à ma manière, pour en dernière extrémité vous les partager.

Ces expériences particulières que vit chacun d’entre nous, lorsqu’il nous arrive de quitter ce corps que nous ne pouvons plus habiter, sont des périodes d’intense spiritualité que nous devrions valoriser plutôt que les dissimuler à nos proches. Ce sont des points-charnières qui nous transcendent au contraire, et nous révèlent des vérités dissimulées jusque-là à nos regards captifs de nos œillères humaines.

Pour le lecteur ou la lectrice qui souhaiterait connaître plus précisément l’origine de ces histoires, je me tiens à leur disposition.

L’Underwood

J’ai amorcé cette nouvelle en février 2023, pour la finaliser le 2 octobre de la même année, mais savez-vous d’où proviennent ces idées qui ont martelé mon subconscient à son propos ?

 

Mon tout premier roman gothique et vampirique Déviance met en scène une romancière qui écrit un manuscrit sur l’une de ces fameuses machines à écrire Underwood.

 

Et pour mon plus grand plaisir, des amis de notre si belle région du Perche m’ont offert cette machine qui traînait dans leur grenier depuis plus de cinquante ans.

 

L’Underwood

 

Mes doigts frappaient les touches de la machine à écrire, mais ce n’était pas moi qui contais l’histoire. Mes mains positionnées impulsaient à mes doigts le contenu qui leur était dicté, mais ce n’était pas mes mains ni mon esprit féru d’imaginaire qui imposaient le rythme de mes phrasés, mais plutôt l’entité habitant l’Underwood ramenée de son grenier tout récemment.

J’avais fait l’acquisition d’un vieux manoir dressé sur une hauteur, au cœur des collines du Perche. La forêt, contre laquelle il s’adossait, m’avait enthousiasmée dès que mon œil s’était rivé à la masse enchevêtrée de ses arbres centenaires en lisière. La rivière, en contrebas, chantait à mes oreilles une mélodie sans pareille. Le village de Bellême, à proximité, avec son histoire médiévale avait fini par me convaincre.

Nous étions dans le troisième millénaire, ayant largement dépassé la deuxième décennie du second si mon esprit confus, ces dernières semaines, ne me fourvoyait pas trop. Les arbres s’avéraient fidèles à eux-mêmes, à l’instar de la forêt, de la rivière, des hommes. Mais si j’osais m’avancer, j’aurai décrit cet univers en pleine évolution comme un macrocosme terminal, un macrocosme que les plus illustres prophètes de notre modernité annonçaient comme le plus grand des désastres.

C’est pourquoi ce désir lancinant d’habiter cette citadelle d’un autre âge m’avait tannée, jusqu’à ce que je m’investisse dans le projet et découvre ce joyau dans son écrin de verdure, de collines et de bois. Une sorte de métempsychose m’incitant à côtoyer, à la fois ce corps qui me définissait, en quelque sorte, et ce château en déliquescence, ces prairies alentour et cette ville affichant une certaine joie de vivre qui n’existait plus ailleurs dans le monde.

Deux mois déjà que j’arpentais les pièces, les couloirs et les tours de la forteresse, afin d’en repérer leurs secrets dans les ombres mouvantes imprégnant l’atmosphère de ses pierres peut-être millénaires. Et lorsque cette antique machine à écrire s’était offerte à mon regard, dans les recoins d’un caveau humide, je ne m’étais pas interrogée de prime abord, à propos du lieu improbable où on l’avait remisée. En pouffant nerveusement, je m’étais simplement imaginé l’hôtesse d’alors travailler consciencieusement sur un parchemin jauni, au sein de ces catacombes inquiétantes. Encore que c’eut été au sein d’un grenier poussiéreux, cela ne m’aurait pas trop intriguée, mais ici, sur un meuble rustique en vieux bois flotté, posé à même un sol de terre battue, cela me désorientait.

J’avais ramené l’Underwood, jusque dans le salon que je m’étais approprié, au rez-de-chaussée de la demeure, et j’avais entrepris sans attendre de la nettoyer et d’en inspecter les éléments et les mécanismes, trop heureuse de posséder un objet de plus d’un siècle d’âge. Mon œil de romancière y avait vu un signe du destin et un appel à l’écriture. Il m’avait fallu commander certaines des pièces maîtresses, tels le tambour et la barre à caractères, changer le ruban dont j’avais repéré tout un stock, près de la machine dans son caveau.

Désormais, mon Underwood fonctionnait. Je n’avais pu récupérer toutes les pièces, mais j’avais les plus essentielles et le miracle s’était réalisé. Des lignes s’ébauchaient sous l’empreinte de mes doigts, des pages entières dont je ne saisissais pas toujours bien le sens, et pourtant je m’activais alors que les ombres, souvent, venaient ronger le peu de jour fusant encore depuis les vitraux de la tour, au sein de laquelle je m’étais finalement installée. Une antique tour aux fissures alarmantes, mais qui ne m’inquiétaient pas pour autant.

Il m’arrivait de m’échapper de l’influence mélancolique du manoir et de son aura que j’aurai pu qualifier de délétère si je m’y étais appesantie. Mais je ne souhaitais pas approfondir ce qui survenait en moi et au-dehors, ces derniers temps. J’aspirai à cette nouvelle facette de ma personnalité, cette romancière tout récemment émergée des antres de cette bâtisse entre toutes. Aujourd’hui, j’avais un but. Un vrai but ; et comme tous les buts, celui-ci m’accaparait pleinement.

Au fil des pages s’esquissait ce qui paraissait être l’existence d’une précédente propriétaire de cette gentilhommière isolée dans son cadre champêtre. C’était curieux comme les mots, les termes et le vocabulaire s’enrichissaient, ces derniers jours. C’était comme si l’âme de la romancière que je matérialisais, dorénavant, infiltrait chacune de mes pensées, chacune de mes visions artistiques. L’Underwood semblait avoir sur moi un ascendant déroutant qui ne me laissait pas indifférente, plutôt même me fascinait dans la posture qui s’avérait, désormais, la mienne sous son joug singulier. Après tout, si cet objet d’antique facture me préservait de l’ennui des jours qui n’en finissaient pas et favorisait chez moi cette créativité inattendue, eh bien soit !

Depuis que j’avais investi à la fois ce donjon en ruine et cette personnalité si éloignée de la mienne en temps normal, les ombres se multipliaient autour de moi, se déployaient comme les fils tissés d’une araignée monstrueuse qui me guetterait ainsi qu’une proie gracile.

Pour fuir l’atmosphère pesante, je m’étais décidée à m’extirper d’entre ces murailles, néanmoins hospitalières, et avais traversé les champs et les sentiers, franchis quelques clôtures, admiré quelques vaches et brebis broutant l’herbe à l’infini, puis je m’étais rendue dans le cœur de cette petite cité médiévale pour voir et parler à des gens bien réels. L’épicerie de Suzanne m’avait accueillie chaleureusement, puis j’avais pénétré les murs protecteurs de l’église Saint-Sauveur afin de méditer, religieusement, sur mon existence présente et ôter de moi ces fils torturés qui s’évertuaient à m’enliser dans quelque chausse-trappe inopinée. J’avais promené mon regard indolent sur sa travée, puis contemplé sa nef et ses bas-côtés.

C’est avec un plaisir évident que je reprenais le chemin de ma citadelle et m’engouffrai au sein de ses fortifications suintant l’humidité et la fraîcheur de l’air de ces collines immanentes.

Néanmoins, quand je réintégrais mon petit nid douillet dans les hauteurs de ma tour, et que je retrouvais mon poste d’écrivain, j’eus la surprise de découvrir une pile de feuillets manuscrits beaucoup plus épaisse qu’à mon départ. Et lorsque je jetais un œil intrigué sur les pages à ma disposition et parcourais l’ensemble, je compris que j’avais devant moi l’histoire de ma vie et que celle-ci, apparemment, si j’appréhendais bien la fin du récit, s’achevait cette nuit-là.

Choquée, bouleversée, ne décryptant rien de la trame du scénario dans lequel j’étais la première impliquée, je m’extrayais du piège à retardement, ouvris la porte de la tour et dévalai les escaliers.

Ce fut sur les quelques dernières marches que le destin choisit, à mon encontre, cette conclusion aberrante. Mon pied dérapa sur une vieille pièce de bois usée, se tordit et m’entraîna, mon corps et moi, dans une chute mortelle qui acheva sa course au bas de la tour, près de l’entrée du manoir.

La douleur et le choc renouvelé me déracinèrent de ce corps devenu inutile pour découvrir au final que ma vie s’était éteinte deux mois auparavant, au même endroit, et que cette ancienne propriétaire dont j’avais cru qu’il ne s’agissait pas de moi, eh bien s’était baignée dans mon essence vitale !

J’avais été cette femme, j’avais vécu dans ce manoir puis je l’avais hanté, en ignorant désespérément la fin sordide qui avait été la mienne. Avais-je voulu faire perdurer mon existence au-delà de la mort, afin de goûter un repos que, peut-être, je n’avais pas eu la chance d’expérimenter dans ma vie d’alors ? Qu’en savais-je ? Il demeurait une alternative : replonger dans le rêve et l’essence fantomatique de cette personnalité que j’avais incarnée ou bien quitter ces lieux pour toujours et arpenter d’autres sphères d’humanité.

Je choisis de rester.

Le musée des Morts de Passy

Si j’ai achevé cette nouvelle le 1er novembre 2024, pour le mois des morts et le jour de la Toussaint, mes intentions n’étaient pas de le célébrer particulièrement.

Le contexte de mon anthologie et de mon inspiration est seul responsable de cette date.

 

Quelques semaines auparavant, j’avais accompagné mon mari au cimetière de Passy, dans le cadre de son travail sur la généalogie de notre famille. Il m’est resté dans le cœur cette nouvelle que j’ai tenu à célébrer, en la rédigeant pour vous.

 

Le musée des Morts de Passy

 

La visite du musée du cimetière de Passy s’amorçait avec un guide costumé d’un chapeau haut de forme, d’une écharpe rappelant un linceul qui ne serait pas blanc et d’une lanterne pour convoquer les morts. Ce n’était pas très original, puisque cette visite avait exigé des déguisements évoquant la mort et ses misères. Curieux événement auquel je m’étais tout aussi curieusement inscrit, parce que je m’ennuyais à mourir ces temps-ci. Le jeu de mots vous fait-il sourire ? Finalement pas vraiment, en ce qui me concerne.

Nous étions sept avec notre guide assermenté. Il nous ouvrit la grille de l’un des sanctuaires qui grinça quelque peu, et aborda la visite par une petite chapelle gothique dont il nous dit qu’elle était le lieu de l’un d’entre nous. Ah la bonne blague ! Mes compagnons eurent des rires en coin et je m’aperçus que la dentition de l’un d’eux n’était pas des plus seyantes. Je supposais qu’il avait emprunté l’objet, dans l’une de ces boutiques qui exposent leurs déguisements dans Paris. Comme eux, je m’étais fagoté d’une cape noire à capuche, évoquant les magiciens de sombres obédiences, et cela me suffisait avec des gants tout aussi noirs qui recouvraient mes mains.

Poursuivant notre procession, notre guide nous décrivit le confort des mausolées de Passy comme s’il s’agissait d’un hôtel quatre étoiles ; là encore, il y eut des rires, mais je ne pus m’y joindre. Plaisanter dans un endroit si révérenciel me scandalisait. Lorsque je tombais sur une tombe fraîchement creusée, notre guide précisa qu’il s’agissait de la mienne et là je grimaçais, contrarié d’une plaisanterie d’aussi mauvais goût. Pliés en deux, mes compagnons tentaient de contenir les exclamations obscènes qui menaçaient de jaillir. Je remarquais la défroque vieillotte de l’un d’eux, plutôt des loques à vrai dire. Quelle inconvenance !

Lorsque le guide nous informa de la fin de la visite et nous annonça que nous devions rejoindre notre sépulture, je restais de marbre ; là encore un joli jeu de mots, n’est-ce pas ? Mes cinq compagnons obéirent sans coup férir et je les hélai, un tantinet inquiet.

– Que faites-vous ?

– Tu le vois, nous regagnions notre foyer mortuaire. Nous avons eu cette chance, aujourd’hui, que l’on nous propose d’animer nos nuits, mais il faut savoir revenir à la réalité, Bob.

– Mais vous êtes fou ! Cette comédie a assez duré, et si ça vous amuse de jouer aux morts, désolé, mais je suis bien vivant, moi !

– Fais comme tu veux, Bob. Nous, on suit le guide et on lui obéit.

– Mais ce n’est qu’Halloween !

– Eh bien ! Justement. Il est temps de rentrer.

Je laissai mes amis poursuivre le jeu, et quant à moi, je courais vers la sortie du cimetière de Passy en les abandonnant. Quand je voulus m’extirper de ce lieu que j’avais cru bon enfant, la grille refusa de s’ouvrir et je hurlai de frustration et de la peur qui m’envahissait.

– Bob ! Ne t’entête pas et rejoins-nous. Demain, on recommencera la visite.

Une force que je ne pus contrer me ramena au centre de cette nécropole singulière, là où ma tombe m’attendait paisiblement depuis ce ridicule accident qui avait emporté mon corps et m’avait submergé d’une confusion qui ne voulait pas céder. Je découvrirai bien le moyen de quitter tout ce bazar et recouvrer ma légitimité d’âme dans cette éternité qui m’appelait, mais dont je ne trouvais pas encore le chemin. Une de ces nuits, la révélation me toucherait et je partirai pour de bon. Dans l’entre-temps, je me plierai aux contingences de ce monde en perdition.

– J’arrive les gars, attendez-moi !

La cohabitation

J’ai achevé cette nouvelle le 30 octobre 2024, après une conversation, la veille, avec mon cousin, Jean-Claude Scionico, qui habite un appartement du côté de Menton et a eu l’immense plaisir de travailler, plusieurs années, avec le réalisateur et acteur français Robert Hossein.

Quand je la lui ai lue au téléphone, nous avons bien ri de la chute inattendue de celle-ci.