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Etude historique, religieuse et folklorique du mythe juif de Lilith depuis son origine lors de l'exil du peuple juif à Babylone jusqu'à l'époque contemporaine
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Seitenzahl: 719
Veröffentlichungsjahr: 2026
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A Massimo INTROVIGNE,
érudit des sciences occultes et religieuses,
combattant infatigable pour la liberté religieuse
Image de couverture
Coupe d’incantation découverte à Nippur conservée par le Penn museum © B2945 dont l’inscription, en araméen, indique que « Ce bol fut préparé pour protéger Abuna bar Geribta et Ibba bar Zawithai d’une série de forces maléfiques, et son auteur tira son pouvoir du vêtement d’Hermès, le Créateur du ciel et de la terre. Il menaça ces forces destructrices des malédictions qui frappèrent le Léviathan ainsi que Sodome et Gomorrhe. « J.A. MONTGOMERY, premier éditeur des bols de Nippur, a suggéré que la figure aux pieds bandés était un démon et que l’autre figure était le sorcier » indique LEVY dans sa notice muséale.
Ce bol est un des rares exemples de bol figurant deux personnages, la plupart ne montrant que un démon ou une démone voire seulement un texte.
Selon le mythe de Lilith, celle-ci est condamnée par la puissance divine invoquée à être attachée pour délier le vivant, et, s’agissant des femmes en couches, le terme « délier » prend le sens de les libérer de leur infertilité en déliant leur utérus. La démone lève les bras en signe de reddition.
Il s’agit ici très probablement de Lilith mais seule une traduction complète de la légende permettrait de s’en assurer. L’autre personnage, à l’air réjoui, est le sorcier qui fabriqua le bol. Les puissances invoquées sont implicitement YHWH par la référence biblique aux châtiments de Sodome et Gomorrhe et du Léviathan mais aussi Hermès témoignant du syncrétisme du commanditaire et du magicien à l’époque sassanide. Hermès Trismégiste avait été alors assimilé au dieu égyptien Toth par le Livre d’Hénoch, notamment.
Un artefact à rapprocher, notamment, d’une coupe également de Nippur conservée au Metropolitan Museum et d’autres coupes étudiées dans le chapitre « Bols de Lilith », tous datés de la fin de l’époque sassanide (224-651) soit du V au VIIe siècles après J.-C.
INTRODUCTION
LA DEMONE TUEUSE D’ENFANTS, UN MYTHEME
D’AKKAD A LA POP CULTURE, LES MILLE VISAGES DE LILITH
D’UN HAPAX BIBLIQUE AU MYTHE JUIF
LE MYTHE JUIF CHRISTIANISE ET ISLAMISE
LES DEUX CREATIONS DE LA FEMME
L’androgyne primordial
Les anges déchus unis avec les femmes
MAGIE ET HAGGADAH
LILITH, LA MAUVAISE FEMME SELON LES RABBINS
LILITH FAIT ENTRER LE « PROFANE » DANS LE CHAMP DU « SACRE »
LILITH, LA FEMME FATALE
DU DANGER DE LA PARONOMASE ET DU SYNCRETISME PSEUDO-STRUCTURALISTE
LILITH DANS LA KABBALE
L’ENVIE
LILITH SUR LE DIVAN
LILITH, PRETRESSE DE L’OCCULTISME
LILITH DANS L’ART ET LA LITTERATURE
LILITH HEROÏNE DE CINEMA
LILITH MISE EN MUSIQUE ET EN CHOREGRAPHIE
LILITH, ICONE DE LA POP CULTURE
LILITH, HEROÏNE LGTBQ
LILITH MARCHANDISEE
REMERCIEMENTS
AVERTISSEMENT
LE SEXE DANS LA BIBLE
LILITH, MYTHE JUIF – LILITH, MYTHE MODERNE
ICONOGRAPHIE – CREDITS DES IMAGES
SOURCES TEXTUELLES
BIBLIOGRAPHIE
CONVENTIONS TOPOGRAPHIQUES
ETYMOLOGIE DELILITH
UNE ETYMOLOGIE COMPOSITE
UN ESPRIT DU VENT
LILU, L’HOMME
LILU, DEMON MALE ET LILITU, DEMON FEMELLE
LA LILITH JUIVE, FEMELLE, PREND L’ASCENDANT SUR LES DEMONS MALES
DESLILIN, UNELILITH
UN ESPRIT NOCTURNE
L’ASSOCIATION DE LA NUIT ET DU VOL EN FAIT UN OISEAU DE NUIT
AUTRES ETYMOLOGIES DOUTEUSES
Assyrien lulti et loulou « luxure » -> succube
Absorption, engloutissement…
« Se rebeller, murmurer »
Sources
PSEUDONYMES DE LILITH
BUSNAI
GELLOU / GELO / GELU
GOULE
MEYALLELETH
NAHAMA
PIZNAI
« PLAIES DES HOMMES »
STRIGA
AUTRES PSEUDONYMES
LA CONSTRUCTION DU MYTHE LILITH
ETAT DE LA RECHERCHE
LILITH, UN MYTHE TROPOLOGIQUE ET ETIOLOGIQUE
Le mythe de Lilith, n’est pas une source mais une confluence
La démonologie juive, confluence de démonologies antiques
Religion, mythe et superstition
Le mythe sauvé par le Hassidisme et la Cabale de la censure rabbinique
Polysémie du mythe
Permanence du mythème
MYTHEME ET INCONSCIENT
De la confusion de la grande unification
Sédimentation et constance du mythème
D’AKKAD A LA POP CULTURE, LILITH AUX MILLE VISAGES
Lors de l’exil à Babylone, l’invention de Lilith
Lilith, esprit du vent, infanticide comme Lamashtu
Lilith, une invention juive
Lilith, incube engendre des démons du sperme des hommes endormis
Vierge et luxurieuse
Lilith, tueuse et séductrice
Lilith, hapax biblique (Es 34,14b)
Un acculturation ante exilique ?
Le châtiment d’Edom adorateur de la luxurieuse Lilith
JÉRÔME et la Septante lancent le syncrétisme
Le rabbinisme endoctrine cette superstition
L’union des anges et des filles des hommes
Lilith, première épouse d’Adam
Lilith et le péché originel
Samaël, ange de la mort et le péché originel
Lilith et son parèdre, Samaël
Gnosticisme, cabale et hérésie cathare
Lilith, héroïne profane judéo-chrétienne
Renouveau du mythe
Lilith, icône de la pop culture
Lilith, icône du féminisme
MYTHOLOGIE MESOPOTAMIENNE
ISHTAR ET LES DEMONS DANS LA RELIGION MESOPOTAMIENNE
Ishtar
La Hiérogamie
L’anthropogonie et la raison d’être des hommes
La mort et l’au-delà
L’exorcisme : magie et exorcisme
L’explication magique du mal
Rayonnement
LILITH, UNE DEMONE MESOPOTAMIENNE NATURALISEE PAR LES JUIFS
GENEALOGIE AKKADIENNE DE LILITH
LILITU, PROSTITUEE MAIS INFERTILE
LILITH, LALILLAK DUMYTHE DE GILGAMESH AUX ENFERS ?
LILITH, MALE ET/OU FEMELLE
MAGIE ET EXORCISME
MYTHOLOGIE EGYPTIENNE
SETH, PERTURBATEUR ET AVORTEUR
ISIS, LA FECONDE
Isis, déesse de la fécondité
Isis grosse d’Horus, fils d’Osiris, menacée par Seth
Isis et le nom secret de Ra / Rê
Isis n’est pas Lilith !
TAOURET, LA DEESSE DE L’ACCOUCHEMENT
BES, LE DIEU PROTECTEUR DU FOYER
BAGUETTES MAGIQUES
LILITH DANS LA BIBLE
Un hapax du Livre d’Ésaïe
Is 34,14
Es 13,21
Es 34,14
Inspiré du mythe de Gilgamesh ?
De l’autruche à la sirène, une paronomase
De si douces sirènes
Onocentaure
Oiseau nocturne
Empuse
Lamie
Lilith, être mi humain, mi animal
Sair
Le Livre de Job
Targoum sur Job
Le Psaume 91
Le Cantique des cantiques
Apocalypse syriaque de Baruch
NAHAMA / NAAMA / NAAMA / NOËMA
Une autre démone partenaire de Lilith
Une étymologie contradictoire
Génitrices de démons
Deux étrangleuses d’enfants
Lilith et Nahama, les deux prostituées comparaissant devant Salomon
Agrat bat Mahlat, une autre démone volante qui s’accouple avec David pour engendrer (H)adad l’Edomite
PERSONNAGES BIBLIQUES DU MYTHE LILITH
ADAM
ABEL
ELIE
ÈVE
CAÏN
ESTHER
JOB
SABA / NICAULIS / BALKIS / MALEBA / BALQUAMA
DANS LA BIBLE, LE CORAN ET LE KEBRA-NAGASHT
LA REINE CHINOISE DE LA TRADITION PERSE
LA REINE DE SABA DANS LA TRADITION JUIVE
Sources juives
LILITH IDENTIFIEE A LA REINE DE SABA DANS LE JUDAÏSME
La nature démonique de la reine de Saba
Les devinettes posées par la reine de Saba au roi Salomon
La reine de Saba est Lilith selon la Kabbale
LA BALKIS DU RECIT ARABE
Interprétation genrée
Le dépilatoire, invention de Salomon
Le lapin chauve, la reine de Saba et les Ptolémées
HAGIOGRAPHIE CHRETIENNE DE LA REINE DE SABA
SALOMON SOUMET LILITH
Le mythe judaïque de Salomon
Salomon, icône chrétienne
Salomon, pourfendeur de démones
Centaure, engeance de la démone
La chouette
Oculus indivisiosus, l’envie
φάλλος (phallus) et fascinus
Serpent de la Tentation
Salomon dans la tradition chrétienne
Le pentalpha / pentacle de Salomon
Salomon dans le mythe de Lilith
Salomon et la reine de Saba
TOBIAS, SARA ET ASMODEE
Asmodée « qui fait périr » dominé par Raphaël « qui guérit »
Ligotage du démon et dé-ligotage par divorce de Sara
Un exorcisme
ADVERSAIRES DE LILITH
AFRIEL / AFAROF
ARLAPH
ASSUR
CASSIEL
ESAÜE
JACOB
LAMASSU
MARDOUK / MARDUK
MATHUSALEM
MICHEL, ARCHANGE
RAPHAËL, ARCHANGE
PAZUZU
SANOÏ, SANSENOÏ ET SAMANGELOF
SAMAËL
SISINIOS / SISINOS / SISINIS / SICINIS / SICOE
Sisinios, un manichéen converti et sanctifié
Gobelet syrien
Amulette byzantine
Fresque de Baouît
Légendes roumaines
URIEL
DEMONOLOGIE LILITHIENNE
LES NOMS SECRETS DE LILITH
DIEUX BONS ET DIEUX MECHANTS
DEMONOLOGIE SUMERIENNE
MAGIE JUIVE
Le bâton de Moïse
Enosh, fils de Seth, maître magicien
La magie transmise aux femmes humaines par les anges déchus
Superstitions propitiatoires contre Lilith
DEMONOLOGIE JUIVE
Démonologie juive ante et post exilique
La démonologie juive, peu présente et réprimée
IRRUPTION DE SATAN DANS LE MYTHE
LILITH
DES DANGERS DU SYNCRETISME ATTRAPE-TOUT
LILITH, SES INSPIRATIONS, SES AVATARS ET SES EQUIVALENTS
LISTE DES DEMONS ET DEMONES
ABYZOU
Abyzou est Gilou
Des amulettes syriennes à celles byzantines
Amulette byzantine : Abyzou fouettée par Arlaph
Sortilèges et amulettes pour l’hystera
Akhkhazu
Ailô
ALILAT / AL-LAT / AL-LA-TUM / ALLAT
Alû
Aphrodite
ANTOURA
ARLAF / ARLAPH / ARAAF
ARSLAN TASH (AMULETTE)
Une amulette découverte en Phénicie
Une amulette judéo-phénicienne ?
L’inscription
Lamashtu ou Sphinx ?
Une louve ?
Ssm bn Pdr, noms divins dont dérivent sissinu, le Sissionios de la tradition byzantine
Assur ou Asherah ?
« Ceux qui volent dans la chambre noire »
« Les étrangleurs »
Une invocation proche d’autres amulettes
Qarīna, la Lilith arabe ?
Lilith or not Lilith ?
ARTEMIS, LA COUROTROPHE
ASMODEE
ASSUR
ASTARTE
ASTAROTH
AZAËL / AZAZEL
AVESTITZA/ EBEDISHA
DIMME
BRUXA / BRUESCHE
CENTAURE ET CENTAURESSE
Centaure
Centauresse
Centaure hermaphrodite
CIRCE
DIMME-KUR
EBEDISHA
ἜΜΠΟΥΣΑ / EMPUSA / EMPUSE
ÉRINYE
ESTRIE
ETIMMU
FAE / FEE
FEMME SERPENT SCYTHE
FURIE
GADRE’EL
GALLU / ΓΕΛΛΩ / GELLO / GELLO
SAPPHO
Les treize noms cachés de Gellou
GOULE / GHOUL / GHUL
HARPYES / HARPIES
ICHTYOCENTAURES
ILYTHIA / EILEHEIA
INANA
ISHTAR
Ishtar et le culte des déesses mères
Déesse de la fertilité
Ishtar et la prostitution
Une sexualité anormale ?
« La femme à la fenêtre »
ISIS
KUBU
LABARTU
LABASU / LABASSU
LAMASHTU / LAMASTU
Tueuse d’enfants
Invocation de Pazuzu
Amulette
« Plaque des enfers »
Lamashtu, « ange déchu »
LAMASSU
LAMIE, LAMIA, LAMME
LEVIATHAN יָתָן ְוִל
LORELEI
LOUP-GAROU
LILLES
LILIY
LUTIN
MARE
MORMOLYCES ΜΟΡΜΩ MORMO
NAHAMA / NAHAKMA
NINTU / NINHURSAG
MARDOUK / MARDUK
MEDEE
MEDUSE
MELUSINE
METATRON
OBIZUT(H) / OB(Y)IZO(U)TH / OBIZU / (A)BYZOU
ONOCENTAURE
OÛMM EÇ CIBYAN / OUMM AL-CUBYAN
PANDORA
PAZUZU
QARINA / KARINA
PIZNAI
RABISU
SAMAËL
SIRENE ΣΕΙΡΝΕ
Les sirènes funéraires
Les sirènes à apparence de femmes
De la sirène oiseau à la sirène poisson
La sirène n’est pas Lilith, Lilith n’est pas une sirène !
SPECTRE
SPHINX / SPHINGE
STRIGE
ULITU
UTUKU
VAMPIRE
VOUIVRE / GUIVRE
VENUS
WERWOLF
ZAHRIEL
LILITH, DEESSE LUNAIRE
LA LUNE, L’ASTRE DES DEESSES
SIN, LE DIEU-LUNE PRESIDE A L’ACCOUCHEMENT
LILITH PLACEE SOUS LE SIGNE DE LA LUNE
Croissance et décroissance de la lune
La lune punie par Dieu pour avoir facilité la séduction de Samaël prenant la forme du serpent tentateur
La lune, cause de maladies infantiles
La lune, astre des sorcières
La lune, avec le soleil, président à la mise à mort de Gellô
LILITH, LA LUNE NOIRE
BYZANCE, GRECE ET EUROPE CENTRALE
Une femme échevelée exorcisée
Serpent et dragon
Sissinios, saint des Carpathes
AMULETTES BYZANTINES
LILITH DANS LA TRADITION CHRETIENNE
LILITH, L’INCONNUE DU CHRISTIANISME
ÉPIPHANE DE SALAMINE
AUGUSTIN
Une « absurdité »
Une inspiration du catharisme
LILITH EST ABSENTE DE LA LITTERATURE MEDIEVALE
THEOLOGIE
TE LUCIS ANTE TERMINUM
LE TESTAMENT DE SALOMON
LA HORDE DE DEMONS MIS A SON SERVICE PAR SALOMON
OBIZOTH EST LILITH
ORNIAS, LE DEMON SUCEUR DE SANG
EPIPHAS, ESPRIT DU VENT ENFERMÉ PAR LE SCEAU DE SALOMON
LE SCEAU DE SALOMON, LE PENTALPHE
LE SEXE CONDUIT À L’IDOLÂTRIE
LILITH, EVE, ADAM ET LE PECHE ORIGINEL
SYNTHESE
LILITH, LA PREMIERE FEMME CREEE PAR DIEU
Dieu créa la femme à deux reprises
Homme et femme il les créa
La première création est en fait la seconde
Pour le Talmud, le premier humain, des jumeaux siamois, fut séparé par YHWH
LES TROIS FEMMES D’ADAM
LILITH ET L’ANDROGYNE PRIMORDIAL
LA REPUDIATION DE LILITH, L’IMPURE, PAR ADAM
FUITE DE LILITH REFUSANT LA SOUMISSION SEXUELLE
Un châtiment frappant Ève selon le Talmud
Lilith refuse la position du missionnaire
La bonne épouse juive
UNION DEMONIQUE D’ADAM ET EVE APRES LA MORT D’ABEL
Cent trente ans de retraite…
… polluée par Lilith …
… ou de chaste repentance
Cent trente ans de chasteté
Adultère d’Adam avec Lilith
Les démons et les diables, mi-homme, mi-ange
Carrière des démons issus de Lilith et Adam
La grenouille de rabbi Hanina
Incantation adam ve-hava huts lilit hava rishona (Adam et Ève dedans, dehors Lilith Ève première !)
UNION D’EVE AVEC LE SERPENT ET DES DEMONS
Caïn, engendré par le serpent ou Samaël
Union d’Eve avec des démons pendant l’abstinence d’Adam
ÈVE, COMME LILITH…
ÈVE N’EST PAS LILITH
SAMAËL ET LE PECHE ORIGINEL
L’UNION DES ANGES DECHUS AVEC LES FILLES DES HOMMES
LE PECHE ORIGINEL COMME LICENCE POUR NUIRE A LILITH
INFLUENCE DE LA DOCTRINE CHRETIENNE DU PECHE ORIGINEL
LILITH N’EST PAS LE SERPENT
LILITH ET L’ANDROGYNE PRIMORDIAL
AVERTISSEMENT
« LILITH, UNE ANDROGYNIE OUBLIEE »
L’ANDROGYNE, UN ARCHETYPE
L’ANDROGYNE PREMIER, ETRE PARFAIT SELON LE JUDAÏSME
L’ANDROGYNE PRIMITIF, UNE CROYANCE ANTIQUE
Mésopotamie
Egypte
Grèce
Rome
L’ANDROGYNE PRIMITIF DU JUDAÏSME
Philon d’Alexandrie, dénonciateur de la pédérastie
Adam-Eve, des siamois
Samaël-Lilith, Adam-Eve, deux androgynes
LE MYTHE LILITH, REMANENCE DU CULTE DES DEESSES-MERES PAR LE PEUPLE HEBREU
Ashérah, parèdre de Yhwh
CHRISTIANISME
L’homme primordial, singulier ou pluriel, androgyne ou non
Galates 3,28 et la répudiation
Augustin s’inscrit en faux contre l’hypothèse androgyne
GNOSTICISME
L’esprit primordial arsénothélys, « mâle-femelle »
C.H. Jung
Evangile de Philippe (NH Codex II)
Evangile de Thomas
Evangile des Egyptiens
L’Ecrit sans titre / Sur les origines du monde, Pistis-Lilith ?
Yaldabooth, Seth et l’onolâtrie supposée des Juifs et des Chrétiens
KABBALE
ALCHIMIE
ALPHABET DU PSEUDO BEN SIRA
ANCRAGE DU MYTHE SUR LA GENESE
INDECISION SUR L’AUTEUR, LA DATATION ET L’ORIGINE
UN PSEUDEPIGRAPHE DU XE SIECLE
LILITH, LA PREMIERE FEMME D’ADAM
Une légende tirée du Midrash Rabba…
… justifiant la superstition juive dès l’époque sassanide (VIIe s.) …
… ENCORE AMPLIFIEE PAR L’ALPHABET
TEXTE INTEGRAL DU PASSAGE DE L’ALPHABET RELATIF A LILITH
DEUX VERSIONS POUR MORALISER UNE HISTOIRE IMMORALE
LES FILLES NOUVEAU-NEES MENACEES PLUS LONGTEMPS QUE LES GARÇONS
UNE LEGENDE BATIE SUR UN FONDS ANCIEN DE SUPERSTITION JUIVE
DE LA POSITION SEXUELLE SOUMISE REFUSEE PAR LILITH
LE NOM EXPLICITE DE DIEU
GNOSTICISME ET OCCULTISME
LE « GRAND DEMON »
L’EGYPTE ET LA MER ROUGE
SANOI, SANSANOÏ ET SAMANGLOF, DES NOMS IMAGINAIRES
GEMATRIE ET NUMEROLOGIE
LE CHIFFRE 7 OMNIPRESENT DANS LES INVOCATIONS REPOUSSANT LILITH
Mésopotamie
Grèce
Judaïsme
Christianisme
Islam
LILITH A LA VALEUR 13 SELON LE ZOHAR
EN GEMATRIE PLEINE, LILITH VAUT 480
AFAROF / MICHEL A POUR VALEUR 640 ET JESUS-CHRIST 644, SELON LETESTAMENT DE SALOMON
LE DEFI DE CRIS DE LA LILITH L’AINEE ET DE MAHALAT LORS DU YOM KIPPOUR
POSITIONS SEXUELLES PIEUSES VERSUS CELLES IMPIES
LILITH, ICONE DE LA ‘MAUVAISE SEXUALITE’
LE SILENCE SEXUEL DE LA FEMME
LA CULPABILISATION DE LA FEMME INFERTILE
La femme infertile par malheur
La femme infertile par choix
Le mariage pour échapper à Lilith
LA POSITION DITE DU MISSIONNAIRE
CHEVAL EROTIQUE, AMAZONE, ANDROMAQUE
Un mauvais rapport selon le Talmud
Une manière pervertie mais pas un péché selon un rabbin du XIIe siècle
La femme doit se couvrir la tête en mémoire du péché d’Ève
LA NUDITE DE TA FEMME, TU NE VERRAS PAS
L’AMOUR LIBRE A SUMER ET JUSQU’A POMPEI
L’EQUUS EROTICUS, UNE PRATIQUE ANTIQUE
LILITH MANGEUSE DE SPERME
LA POSITION DU MISSIONNAIRE HONNIE AUSSI DANS LE CHRISTIANISME
La position du missionnaire évangélisée par les missionnaires…
… et les prédicateurs en chaire
… et jusqu’au Pape du Surréalisme
Des dangers de la confession et de la prédication
Moechialogie et pornothéologie
Manuels de confession
Dans l’enfer de l’art occidental
I Modi (Les Façons ou Les Positions)
Aristote et Phyllis
Rembrandt, promoteur de la position du missionnaire
LILITH DANS LA KABBALE
INTRODUCTION
DE LA DIFFICULTE DE SOURCER LA KABBALE
Kabbale, catharisme et gnose
L’hérésie albigeoise
Lilith, épouse de Satan
L’inspiration gnostique
LA NAISSANCE DE LILITH SELON LA KABBALE
Lilith, un des démons marins créés le cinquième jour
Née comme Adam mais de limon impur
Née du côté gauche donc impure
ANDROGYNEITE DE LA PREMIERE CREATURE HUMAINE
Lilith et Samaël, androgyne maléfique primordial…
… nés en dessous du Trône de Gloire
L’androgyne à l’image du monde dualiste
L’androgyne humain à l’image du Dieu qui est Un, à la fois mâle et femelle
Dieu et la Matrona / Matronit
Lilith, « la nudité de la Shekina »
L’androgyne, un mythème du Dieu unique, à la lumière de Charles Mopsik
L’unité divine
Permanence du mythème
L’androgyne de la cabbale égale de l’homme
L’union sexuelle comme recherche de la réunification divine et pacification du côté gauche, féminin
Patriarcat de la Cabbale : le côté féminin subordonné au côté masculin
GENESE 1,26-27 « LE SEXE DES AMES. ALEAS DE LA DIFFERENCE SEXUELLE DANS LA CABALE »
LILITH, ADAM, EVE ET LE PECHE ORIGINEL
Lilith reçoit licence de tuer les enfants pas sages du glaive tournoyant des chérubins aux visages d’enfants
LILITH ET JACOB
LES MALEFICES DE LILITH
Lilith, les luminaires et la maladie infantile
Lilith et les noix de Salomon
Lilith s’immisce dans le coït conjugal
Vers Dieu, tourne tes pensées pendant la copulation
La nudité de ta femme, tu ne verras pas
Seulement en état de sainteté, tu coïteras
Lilith fait sourire les enfants durant leur sommeil
Etrangleuse d’enfants et engrossée du sperme des hommes endormis
Lilith, le succube
Lilith, la prostituée
« LA FAMILLE LILITH »
Samaël et Lilith, le couple maudit
Samaël et Lilith, couple antagoniste d’Adam et Eve
Samaël et Lilith nés, spirituellement, androgynes
Lilith, l’aînée et Lilith, la jeune en rivalité amoureuse
Lilith sefonit, la « nordique »
Rivalité entre Samaël et Ashmodaï pour les beaux yeux de Lilith la jeune
Les deux Liliths et le Yom Kippour
La danse à mort de Mahalath et Lilith
Lilith « au cou raide », cherub déchu
Lilith l’aînée et Lilith la cadette, les deux prostituées du jugement de Salomon
SAMAËL, LE PAREDRE DE LILITH
INTRODUCTION
L’UNION PROLIFIQUE DE DEUX MYTHES
ETYMOLOGIE : SAMAËL, L’EMPOISONNEUR AVEUGLE
L’empoisonneur
L’ange de la mort
L’aveugle
APPARENCE
L’ANGE DE LA MORT EST L’ANTECHRIST
L’ANGE DE LA MORT, ADAM ET ÈVE
CAÏN, ENGENDRÉ DE SAMAËL ET/OU DU SERPENT
SAMAËL, D’ANGE REBELLE MINEUR A CHEF DE LA COHORTE DES DEMONS
SAMAEL EST SATAN
LILITH ET SAMAËL, ANDROGYNE MALEFIQUE
LES QUATRE EPOUSES DE SAMAËL ET LE LEVIATHAN
LE LEVIATHAN ET SAMAËL CASTRES PAR DIEU
II - CHRONOLOGIE DES PRINCIPAUX ECRITS SUR SAMAËL
2NDSIECLE AVANT JESUS-CHRIST : UN ANGE REBELLE MINEUR MAIS FORNIQUEUR D’HUMAINES
2NDSIECLE AV. J.-C., UN DES NOMS DE L’ARCHONTE YALDABAOTH
70 AV. -175 APRES J.-C., ISAÏE MARTYRISE PAR LA FAUTE DE BELIAL ET SAMAËL
1ERS. APRES J.-C. : PROMOTION COMME PRINCE DES DEMONS ET MAGICIEN
1ERS. APRES J.-C., LE SEMEL DE LA JALOUSIE
C. 100 APRES J.-C. APRES LE SIEGE DE JERUSALEM : FAUTEUR DE LA CHUTE DU PREMIER COUPLE DANS LE JARDIN EN EDEN
C.150 – C.250 : SAMAËL, « ANGE DE LA MORT » PREND LA FORME DU SERPENT DE LA TENTATION
VIII-IXE SIECLE
Pirqé de Rabbi Éliézer
Samaël chevauche le serpent de la Tentation
Caïn, engendré de Samaël
MAIMONIDE (XIIEMESIECLE)
SATAN/SAMAËL (L’ANGE DE LA MORT) PERD SON POUVOIR LORS DE YOM KIPPOUR
SAMAËL, LE « DEMON AVEUGLE »
XIIEMESIECLE, SEFER HABAHIR, LELIVRE DE LA SAGESSE
XIIIEMESIECLE, SAMAËL ET LILITH, ANDROGYNE PUIS COUPLE DEMONIQUE
Samaël et Lilith, androgyne démonique, symétrie d’Adam et Eve, androgyne divin
SAMAËL, INCONNU DE LA TRADITION CHRÉTIENNE
AGRIPPA VON NETTESHEIM
JACQUES COLLIN DE PLANCY (XIXEME SIECLE)
LILITH, SAMAËL ET ASMODEE
ASMODEE ET EDOM
LE SAMAËL DE RUDOLF STEINER
LILITH ET LE MESSIE
Le Messie, descendant de l’union de Dieu avec Lilith
LA KABBALE CHRETIENNE
SUPERSTITIONS POPULAIRES JUIVES
MAGIE, MYTHE ET SUPERSTITION
« RELIGION ET MAGIE, LE PERMIS ET L’INTERDIT »
LA MAGIE COMME MOYEN DE CONTROLE SOCIAL
DEUX MILLE ANS DE SUPERSTITION
PERIODE SASSANIDE
Formules incantatoires
Une transposition juive des superstitions akkado-sumériennes
Bols et amulettes judaïques
Coupes
Amulettes
Superstition mandéenne
Lilith succube qui tue les enfants et supplante la femme légitime
CONTINUITE ENTRE LES BOLS SASSANIDES ET LA GENIZAH (XIIE S.) A TRAVERS UN « ACTE DE DIVORCE POUR LILITH »
PERIODE MEDIEVALE
adam ve-hava huts lilit hava rishona « Adam et Ève dedans, dehors Lilith Ève première! »
Sefer Raziel
PERIODE MODERNE
Le cercle protecteur
Protection du défunt contre ses fils nés de Lilith
Rituel du Tahdid
Quelques amulettes contemporaines
Gross Family Collection
Lilith et la pollution menstruelle de l’eau
Lilith, mère infanticide comme Lamashtu
Broche dite "épée de Lilith"
Amulette de protection des femmes mariées et de femmes enceintes
TABLE DES NOMS
TABLE DES ILLUSTRATIONS
SOMMAIRE DU TOME 2
LILITH, UN MYTHE MODERNE
SOMMAIRE
Figure 1 Hokusai, Warai Hannya
笑ひはんにゃ Warai Hannya la « Démonesse riante », une des estampes de la série 百物語 Hyaku monogatari,Cent histoires de fantômes(c. 1831) parKatsushika Hokusai 葛飾北斎 publiée parTsuruya Kiemon 鶴屋喜右衛門, ici celle conservée par l’Art Institute of Chicago 1943.605
La démonesse riante Warai Hannya de HOKUSAI associe les traits de Hannya/Hariti une déesse du bouddhisme primitif indien et d'une yamauba « femme des montagnes » japonaise, un bel exemple de l’universalité du mythème de la démonesse tuant les autres des autres femmes.
« La démone (hannya) cornue tient la tête décapitée d'un enfant ; du sang suinte des blessures causées par ses longs ongles. Cette image fait référence à la légende de Kishimojin, une déesse du bouddhisme primitif connue en sanskrit sous le nom de Hariti. À l'origine, cette déesse était une ogresse terrifiante déterminée à dévorer tous les bébés de la ville de Rajgir, en Inde. Le Bouddha entendit les supplications des habitants et cacha l'un des enfants de Hariti, lui faisant comprendre le chagrin qu'elle avait causé. Elle se convertit alors au bouddhisme et fut finalement acceptée comme déesse et protectrice des enfants.1»
Figure 2 Pharro et Ardokso
« Une démone cornue et souriante (hannya) apparaît dans une fenêtre ronde, désignant la tête coupée et ensanglantée d'un nourrisson, serrée dans ses serres. Hokusai semble avoir combiné ici deux courants démoniaques. Hannya, à l'origine une divinité indienne de la variole, est devenue le fantôme d'un amant jaloux au théâtre Nô, souvent coiffée d'un masque cornu. Pour accentuer l'horreur, il lui a également conféré les attributs d'une « femme des montagnes » (yamauba), qui, au XVIIIe siècle, nourrissait généralement les nourrissons, mais qui, auparavant, les dévorait souvent.2»
Hariri est à rapprocher de Ardoksho (en écriture bactrienne Αρδοχϸο), romanisée en Ardochsho, Ardokhsho et Ardoxsho, la déesse iranienne de la richesse, la divinité féminine de l'Empire kouchan qui, du 1er au IIIème siècle, régna de l’Inde jusqu’en Iran, en Asie centrale et du Sud, au début du 1er millénaire, une dynastie d’origine chinoise qui adopta l’alphabet grecque comme ferment d’unité impériale. Une sculpture kouchane du British Museum la montre dans le style Gandharan qui associe des éléments d’inspiration bouddhiste, une influence grecque mais aussi iranienne, ce qui la rapproche de représentations de la déesse perse Anahita mais aussi de la déesse grecque Tyché, de celle la romaine Fortuna par les attributs de la corne d’abondance, de la composition…) ou encore de la déesse hindoue Shri.
Ardoksho, considérée comme une déesse de l'Iran oriental, également désignée comme Lakshmi, connue dans l'Avesta sous le nom d'Ashi, est analogue à la divinité Hariti, présente dans certaines variantes du bouddhisme, en particulier le Samyuktavastu dont la traduction chinoise fait partie du Tripitaka de Tokyo, récit qui inspira la Warai Hannya de la démonologie japonaise.
« Selon une légende, rapportée au VIIesiècle par le voyageur chinoisI-tsing, Hārītī était une ogresse s'adonnant au cannibalisme pour nourrir ses très nombreux enfants. « Mère-des-Enfants-Démons Démone présentée comme la fille d’une démoneyakshade Rajagriha. On dit qu’elle offrait les bébés des autres à manger à ses propres enfants. Dans le chapitre Dharani duSūtra du Lotus, avec les dix fillesrakshasa, elle émit cependant le vœu de protéger les pratiquants duSūtra du Lotus3». C'est après avoir rencontré le Bouddha qu'elle se repentit et protégea les enfants. Hārītī, preneuse d'enfants est la déesse de la variole, maladie qui frappait particulièrement les jeunes enfants4et après l'intervention de Buddha elle est transformée, par inversion des valeurs, en une divinité protectrice de l'enfance. »5678910
Cette digression sur Ardoksho / Hariti / Warai Hannya, non pas pour en faire un avatar de Lilith indo-européenne, mais bien au contraire pour illustrer trois points :
(1) la consistance d’un mythème associé à une angoisse universelle, celle de la mère qui tue les enfants des autres par envie, l’anthropophagie qui la rapproche de Lamashtu, la démone qui apporte la maladie (la variole s’agissant d’Hariti) mais cela suffit-il pour imaginer que la légende bouddhique de Kishimojin ait été dérivée de Lamashtu / Lilith ? En soutien de cette piste, la postériorité de la légende bouddhique, une influence des croyances assyriennes de l’ancienne Bactriane, conquise par Cyrus le Grand (VIe s. av. J.-C.) puis par Alexandre le Grand (328 av. J.-C.), une ancienne satrapie dont la dynastie chinoise kouchan adopta la culture hellénistique mais où survivaient les anciennes croyances assyro-babyloniennes. A rebours de cette hypothèse, la trajectoire toute différente des deux démones, Hariti/Ardoksho/Warai Hannya repenties, passant de tueuse d’enfants à protectrice tandis que la Lilith juive reste et demeure assassine,
(2) le syncrétisme à l’œuvre dans toutes les spiritualités qui absorbent les mythologies des peuples conquis dans une volonté d’unité et d’affirmation de la supériorité de la dynastie un temps victorieuse, processus politico-religieux que la déclinaison du panthéon akkadien, sumérien, babylonien puis assyrien illustre à travers la carrière de Mardouk le héros babylonien ; syncrétisme qui se fait également de la religion d’Etat dominante vers les peuples soumis comme en témoigne l’adoption des lilin, démons et démonesse suméro-akkadiennes par les Hébreux captifs à Babylone,
(3) l’ambivalence de certaines divinités qui, de malfaisantes deviennent bénéfiques comme l’Hariti bouddhiste qui de démone nourrissant ses enfants des enfants qu’elle tue devient, grâce à Bouddha, protectrice des nouveau-nés, « la Madone bouddhique 5», ce que montre une statue de Hārītī assise tenant un enfant dans les bras, d’autres à ses pieds du BM 1886,0611.1 que nous rapprocherons d’une possible représentation d’Ishtar sous l’apparence d’une déesse nue juchée sur un lion et donnant le sein, du IIe s. av. J.-C. du musée Pergamon VA 03868.
Figure 3 Ishtar ?
Figure 4 Hariti
Pazuzu bien que s’opposant à Lamashtu est une divinité ambivalente. Ishtar « déesse de l’Amour et de la Discorde 6 » à la fois révérée et crainte que l’on représente armée de flèches et de masse de guerre sur un cylindre akkadien (AIC A27903).
Figure 5 Ishtar
Artémis est, principalement, protectrice mais HOMÈRE la démonise incidemment dans un très bref, et isolé, passage de l’Iliade. La Lilith juive absorba les traits de maintes divinités antérieures et sera déclinée dans des variantes christianisées illustrant le continuum du mythème de l’angoisse primordiale de la mort de la mère et de l’enfant à travers diverses incarnations successives.
Les Hébreux adoptèrent des pratiques magiques babyloniennes et assyriennes, comme égyptiennes. DION illustre cette continuité par l’invocation dite « Marduk-Ea-Formel 7» qui inspira celles judaïques consignées sur des amulettes et bols de l’époque sassanide.
14Les chats sauvages y rencontreront les hyènes, les satyres s'y répondront. Et là aussi s'installeraLilith: elle y trouvera le repos.34,14 TOB
La place de Lilith dans l’imaginaire judéo-chrétien est étonnante et paradoxale. Sur la base d’un seul hapax biblique, une apocope du Livre d’Esaïe, le verset 34,14b du Livre d’Ésaïe, par l’acculturation par les Juifs exilés à Babylone de déesses mésopotamiennes, Lilith devient centrale dans la superstition populaire avec des rites apotropaïques qui perdurent du VIème siècle avant Jésus-Christ jusqu’à l’époque moderne. Les cabalistes font à partir du XIIIème de la démone un mythe qui est détourné par la culture occidentale à partir du XIXème pour devenir une icône grand public dans le monde chrétien qui l’a rejetée jusqu’alors comme une « fable rabbinique ».
Si Lilith est devenue un mythe c’est parce qu’elle incarne la fascination et l’angoisse ancestrale devant la sexualité humaine et la procréation, la terreur devant la mort des nouveau-nés.
Lilith n’est pas une déesse de l’amour et de la fécondité comme Ishtar, Isis, Vénus… mais, à l’inverse, une démone tuant mères et enfants, épuisant les hommes par des émissions nocturnes dont elle engendre une cohorte de démons.
Elle est à fois du monde d’en haut car convolant avec des anges déchus et au premier chef Samaël, mais aussi au monde terrestre puisqu’elle vient engendrer des démons du sperme répandu par les hommes fantasmant sur elle dans leur sommeil, et encore du monde d’en bas, celui des morts car elle vient étrangler les enfants au berceau.
Lilith est moitié humaine, moitié démone car elle s’accouple avec les anges et aussi avec les humains, vierge mais pourtant féconde selon les variantes du mythe, faute de toute description biblique, l’imaginaire lui donne une apparence fantastique et terrifiante associant l’oiseau de nuit mais aussi la pilosité.
Etonnante carrière que celle d’un esprit malfaisant de l’air, très secondaire dans la démonologie mésopotamienne, élevé, par la seule puissance de la superstition populaire juive, à l a hauteur d’un mythe.
Le mythe Lilith s’origine donc sur la seule base d’un hapax ; du statut de première épouse répudiée par Adam, Lilith deviendra, par sédimentation
successive d’un hapax biblique, et de quelques commentaires talmudiques, la reine siégeant aux côtés de Dieu selon la Caballe.
Syncrétisant la démonologie antique acculturée par la communauté juive lors son exil à Babylone, la tradition juive va, par sédimentation progressive des midrashim et d’écrits pseudépigraphiques (Alphabet de Ben Sira, Testament de Salomon, notamment, fonder une légende.
Nous résumons ici les étapes clés de la construction du mythe que nous développons dans un chapitre entier.
Deux légendes, la première, celle associant Lilith au Jardin en Eden et au péché originel et, la seconde, introduite par l’Alphabet de ben Sira (Xe siècle), et élaborée par la kabbale en particulier le Traité de l’émanation de gauche (c. 1280), celle de la saga des entreprises démoniaques conjointes de Samaël et Lilith, vont cœxister, perdurer, se surajouter, jamais donner matière à controverse, dans la construction du mythe Lilith se sédimentant sur le vieux fond de superstition populaire instillé dans les communautés juives par les pratiques mésopotamiennes acculturées lors de l’exil à Babylone.
Les pratiques superstitieuses des communautés juives, très probablement, acculturées à Babylone de leurs oppresseurs, attestées par des artéfacts du le VIe siècle, perdurent au Moyen-Age, et prospèrent jusqu’au XXe siècle. La « kabbale pratique » conserve des adeptes jusqu’au siècle présent, le XXIe.
Lilith devient la terreur des accouchées et des enfants nouveau-nés, dont on doit se protéger par des amulettes. L’incarnation des angoisses des familles en une démone est si puissamment étiologique et la magie exorcistique un tel espoir que Lilith sera adoptée par la Byzance chrétienne qui lui inventera un avatar, Gellô mais conservera Salomon comme chevalier pourfendeur de la tueuse infanticide en lui adjoignant un ange Arlaf ou mais aussi Sissinios ; de là, la superstition fera florès en Roumanie, Hongrie.
Les musulmans appelleront Lilith Oumm eç Cibyan, « la mère des enfants », Tabi’a, Qarina, la goule, mais c’est bien l’antique Lilith que les Juifs partagèrent avec les Arabes ; du Maghreb jusqu’en
Figure 6 Pendentif amulette
Egypte, la légende est commune, et jusqu’aux symboliques du mauvais œil et le moyen de s’en protéger par la khamsa, « la main de Fatima » gravée sur les amulettes juives e.g. Pendentif-amulette amulette pour concevoir un enfant El Djedida, Maroc, 1918 © Tel-Aviv, collection famille GROSS, parfois aux côtés du « bouclier de David », ici d’un poisson, symbole de fécondité.
La tradition juive interprète les des deux versions bibliques de la création de la femme selon la Genèse non pas comme une redite, avec quelques variantes, comme l’enseigne la tradition chrétienne mais bien comme la création successive de deux épouses pour Adam. Lilith, l’insoumise, est la première épouse, Ève, condamnée à la soumission par YHWH, est la seconde. Bien que coupable d’avoir abandonné Adam qui voulait la dominer, symboliquement dans l’acte sexuel, Lilith n’est pas tuée par les anges car elle connaît le nom caché de YHWH et qu’elle se soumet à eux, seuls les hommes et les femmes ayant manqué de foi resteront exposés aux entreprises criminelles de la démone car le mal est partie de la création et Lilith devient le « fléau de Dieu ».
Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa ;
mâle et femelle il les créa.Gn 1,27
Les Juifs, à la différence des Chrétiens, ne rejettent pas l’idée de l’androgynéité de la première créature humaine, selon une lecture littérale de Genèse 1,27. Par esprit de symétrie, face à l’androgyne primordial, bénéfique, Adam-Eve, Samaël et Lilith vont former un autre androgyne, maléfique celui-là, dans la tradition gnostique absorbée par la cabale.
Le récit des amours des « fils de Dieu » avec les « filles des hommes » en Genèse 6,1-4, s’il est fort dérangeant pour la glose chrétienne qui l’écarte comme une scorie, fonde toute l’angéologie des anges déchus et Samaël, ange déchu, en devient l’un des protagonistes comme incube. La littérature intertestamentaire, I Hénoch fait du péché des anges déchus l’explication du mal car ils enseignèrent aux hommes la mauvaise magie. Le concept d’ange déchu est fort antique - Lamashtu, lui-même, est un « ange déchu » - et faire de Samaël celui qui engrossa Ève de Caïn n’est que la prolongation d’une légende étiologique du Mal où YHWH laisse le mal prospérer pour punir non pas les méchants mais ceux qui manquent de dévotion.
Superstition, magie, folklore, sont autant de termes pour désigner les pratiques populaires visant à se protéger de Lilith. Malgré une proscription biblique de l’adoration des divinités des peuples païens, de la magie et de la sorcellerie, les rabbins non seulement laissèrent mais participèrent à la diffusion de ces pratiques et, comme l’explique Gideon BOHAK 8, c’est parce que l’interdit ne porte, en réalité, que sur la « mauvaise magie » et que les amulettes, talismans et invocations exorcisant Lilith relèvent de la « bonne magie ».
Faute de pouvoir éradiquer la croyance en Lilith, un esprit du vent akkado-sumérien ! des pratiques familiales juives, les rabbins imaginèrent de ‘canoniser’ la superstition en glosant que cette Lilith était la première femme d’Adam, celle du premier récit en Genèse 1,27, l’insoumise, la rebelle, la mauvaise femme frustrée de maternité autre que démonique du sperme dérobé aux hommes intempérants, l’antithèse de la « bonne épouse », Ève, non pas que celle-ci soit parfaite, après tout elle a fauté, mais née du côté d’Adam elle est, de par la punition divine, condamnée à être soumise à l’homme pour l’éternité. Le mythe de Lilith devient alors polyvalent : étiologie du mal terrestre représenté par la mort des enfants et des femmes en couche, il devient le fondement d’une éthique de la sexualité et du couple humain marqué par la domination masculine, une légende venant s’articuler avec des prescriptions bibliques et talmudiques pour justifier un certain ordre social. Lilith, libidineuse, prostituée, vierge folle, infertile et fertile d’une cohorte de démons tout à la fois, s’oppose à Ève, mère au foyer qui garde son bonnet pendant le coït qui se subit en position de missionnaire et à des fins purement reproductives.
La pratique superstitieuse sous forme d’invocations et d’amulettes à caractère magique, qui échappe au champ, donc au pouvoir, du prêtre, ici du rabbin, est tolérée par lui, voire même promue car elle véhicule une morale à l’usage des couples jugée vertueuse par le corps ecclésiastique. La persistance, depuis l’exil babylonien, des rites d’exorcisme de Lilith remettent en cause l’opposition faite par DURKHEIM entre « religions primitives » et « religions complexes » ; le midrash sur Lilith vient légitimer et instrumentaliser à des fins d’ordre social la pratique irrationnelle, « une science paysanne » selon l’expression de PLATON. De même l’opposition antinomique entre le « collège des magiciens » et le « collège des prêtres » faite par DURKHEIM est invalidé par la pratique superstitieuse à laquelle participe le rabbin recommandant de placer une amulette dans la chambre de la mère en couches ou organisant des danses d’exorcisme autour du corps du défunt. Contrairement à Max WEBER qui opposait le « profane » et le « sacré » comme deux étapes vers une religion évoluée, le peuple juif autour du mythe de Lilith impose du « profane » dans le « sacré » et le rabbin qui tolère, organise même la pratique superstitieuse, certes la légitime, mais surtout en garde le contrôle. Le rabbin redevient comme Moïse ou Salomon, prêtre et magicien, ce que démontre assez son invocation pour chasser Lilith. LeTalmudqu’échafaude l’Alphabet du pseudo ben Siravont chercher dans la peur primordiale de la perte de la mère et de l’enfant l’étiologie du comportement sexuel déclaré conforme et de la proscription de la sexualité récréative. Contrairement à ce que pose DURKHEIM selon lequel « La magie met une sorte de plaisir professionnel à profaner les choses saintes ; dans ses rites elle prend le contre-pied des cérémonies religieuses9», la superstition lilithiennesertla Loi, le culte rabbinique dogmatisé par le Talmud et la mischna. Faute de pouvoir, renonçant à réguler, interdire, la magie populaire lilithienne, les rabbins prirent le parti, fort habile, de larationaliseren l’institutionnalisantpour faire rentrer le « profane » dans le champ du « sacré ». La pratique superstitieuse supplée ainsi, ou plus exactement, contribue à la fonction de régulation sociale de la religion établie, accomplissant « la perpétuation et à la reproduction de l'ordre social » que BOURDIEU décrit, dans une perspective marquée par le marxisme, comme celle d’ « une société divisée en classes » (§ 2221). Le judaïsme en autorisant, mieux, en intégrant, la superstition magique dans le culte familial ne fit rien de très différent que le christianisme en christianisant comme des saints populaires toutes les divinités païennes, en promouvant les pèlerinages autour de reliques, cf.Manuel de Folklore français contemporaind'Arnold Van GENNEP10, et, ultimement, la mariologie faisant de la mère de Jésus-Christ, l’avatar des déesses mères des religions antiques en lui en donnant tous les attributs : l’écrasement du serpent, la lune comme symbole vénusien, le dogme de l’immaculée conception… « L'Eglise contribue au maintien de l'ordre politique » (§ 4.1) écrit BOURDIEU car « l'idéologie religieuse produit cette forme élémentaire de l'expérience de la nécessité logique qu'engendre la pensée analogique en unifiant des univers séparés11», une formulation qui vaut pour l’institutionnalisation judaïséede la superstition akkadienne deslilin,les esprits du vent mauvais.
Nota bene : ce paragraphe emprunte beaucoup à BOURDIEU pour qui « la religion est en fait un objet sociologique presque impossible12».
Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la.Gn 1,28
Le mythe juif de Lilith repose sur une angoisse et un fantasme, l’angoisse c’est celui de la mort des enfants et des mères, une angoisse d’abord féminine, le fantasme c’est celui d’une sexualité libérée, débridée, récréative c’est-à-dire, non pas à des fins de reproduction, mais de plaisir sensuel, un fantasme masculin, un interdit qui vient compromettre l’ordre social et est, selon les rabbins – et les prêtres, et les immams – hérétique au regard de l’ordre donnée par Dieu d’être « féconds et prolifiques » (Gn 1,28).
Lilith et ses avatars prennent, pour séduire les hommes isolés dans la campagne ou sur un chemin, l’apparence d’une belle femme, elles les visitent la nuit sous les traits de succubes, elles se prostituent et épuisent la semence masculine, celle d’Adam lors de son È de 130 ans après l’assassinat d’Abel par Caïn jusqu’à la conception de Seth, et celle des rêves érotiques des hommes dormant seuls.
C’est cette dimension du personnage que l’art et la littérature occidentale du XIXème siècle mettront en avant et qui l’emporte dans la psyché moderne, celle de la femme fatale. Lilith, dans la vulgate des blogues, devient, de manière contradictoire et pourtant tout à la fois, une déesse de la sexualité et absorbe, devient la grand-mère, de toutes les déesses de la fécondité et de la sexualité et une démone.
Cet ouvrage fait raison de toutes les infondées assimilations de Lilith avec des déités et créatures bénéfiques et maléfiques qui font florès jusque dans des ouvrages académiques. Pour dire les choses en quelques mots, non Lilith n’est ni Ishtar, ni Ève, ni le serpent de la tentation, ni Mélusine ! Nous documentons tout cela comme nous réfutons l’attribution à Ishtar de la plaque Burney, dite aussi la « Plaque de la Reine de la nuit » du British Museum, pas plus que la « Plaque des enfers » du Louvre.
La transposition du terme hébreu « Lilith », parfaitement explicite pour un public juif mais abscons pour un chrétien grec ou latin par « onocentaure » et « lamie » les traducteurs de la Septante puis JÊROME ont largement contribué à une confusion mythologique qui égare encore aujourd’hui bien des auteurs bien que les traductions modernes, mais les plus récentes, seulement se sont résolues à rétablir le mot hébreu et ne pas le transposer.
On explique dans cet ouvrage comment ces transpositions ont chargé, et déformé, de sens la Lilith juive et que le choix de ces pseudo-équivalents mythologiques ne doivent rien au hasard. Ainsi la substitution de l’autruche par la sirène dans la LXII s’explique par le fait que les deux mots araméens pour autruche et Naamah sont homophones. Les traducteurs ont donc remplacé Naamah par son équivalent sirène, plus parlant pour le public grec auquel était destiné la Septante.
SCHOLEM a écrit des pages de référence sur l’interprétation du mythe juif de Lilith que nous présentons avec l’apport d’auteurs contemporains comme MOPSIK. La cabale enrichit considérablement le mythe Lilith qui devient la créature créée du côté gauche, l’image de l’androgyne primordial, l’épouse de Satan. Reprenant d’antiques croyances gnostiques, influencé par l’hérésie albigeoise qui, elle-même, se source dans le bogomilisme dualiste, réinterprétant le mythe du péché originel, la kabbale qui surgit au détour des XII et XIIIe siècles en Languedoc donne une complexité nouvelle à la vieille superstition.
Figure 7 Amulette de SalomonBNF Schlumberger.68du VI-VIIe s.
La question centrale du mythe de Lilith est la suivante : « Pourquoi tant de haine ? ». Sauf à soutenir une cosmogonie où le monde terrestre est méchant car créé par un dieu méchant, une création ratée qui a échappé au dieu bon, un manichéisme dualiste incompatible avec le judaïsme, et les autres religions du Livre, il faut expliquer, rationaliser les menées malignes de Lilith. La réponse qui domine est celle de l’envie. Lilith, rejetée, répudiée par Adam – il existe plusieurs variantes de cette mise au rebut de la première femme : Adam la rejette comme dégoutante car couverte de sang, Adam la répudie car elle exige de se mettre au-dessus de lui dans le rapport sexuel -, et la version ‘féministe’ où c’est Lilith qui fuit la prétention d’Adam d’imposer la position dite ‘du missionnaire’.
Frustrée par la séparation d’avec Adam, d’une maternité heureuse car naturelle, Lilith va se venger de son « mal d’enfants » en tuant ceux des autres mères. Infertile, vieille fille, non fécondée, Lilith compense sa maternité interdite par des fécondations volées, celles du sperme dispersé par les hommes, engendrant abondance de démons et quelques démones.
L’ « oculus individiosus » l’ « œil envieux », le βασχανια que l’on retrouve sur le bouclier d’Athéna associé à la chouette, est figuré comme sur les fresques judéo-chrétiennes de Baouït, sur les amulettes byzantines chrétiennes e.g. celle reproduite ci-dessus qui porte la légende : « Fuis, toi qui es détestée, Salomon, Sisinnios et Sisinnarios te poursuivent. » , comme sur celles judaïques du XXème siècle. C’est aussi par envie qu’Asmodée tue les prétendants à la main de Sara dans le Livre de Tobit.
FREUD ignore Lilith et lui préfère la mythologie antique pour formuler ses analyses, JUNG est à peine plus disert, LACAN est perplexe devant l’idée d’un « troisième sexe ». N’ayant aucune compétence en psychanalyse nous présentons quelques interprétations mais l’analyse de Lilith reste à engager.
L’occultisme ne pouvait que se passionner pour Lilith qui agrège des rémanences gnostiques, de complexes élaborations cabalistiques, des pratiques de nécromancie et de sorcellerie, des mystères alchimiques, des symboliques satanistes. Chaque secte pille ce fonds avec bien de la confusion mais beaucoup d’excitation. Lilith fut très à la mode dans l’occultisme fin de siècle et ces variations, fort inventives à défaut d’être solides, sont le terreau d’où la Pop culture cultivera mille et un avatars cauchemardés par le Dark Art.
L’aniconisme judaïque n’a pas fait obstacle à la représentation de la démone sur des bols sassanides et au XIXe et XXe siècle sur des amulettes et talismans. L’art chrétien ignore Lilith et nous démontrons pourquoi c’est une grave erreur, mais malheureusement commune, de faire du serpent de la Tentation une incarnation de Lilith. C’est dans l’art profane occidental et la littérature du XIXe siècle que Lilith devient une icône de la femme fatale, représentation qui fusionne avec l’imagerie imaginaire occultiste pour engendrer la Lilith de la Pop Cuture et du Deviant Art.
De GOETHE à Primo LEVI, en passant par NABOKOV, Lilith se prête à bien des variations et inventions sacrilèges comme chez SARAMAGO et certaines autrices féministes.
Lilith inspire quelques films psychologiques (Lilith de Robert ROSEN), un bon thriller (Fatal attraction d’Adrian LYNE), mais surtout des films d’horreur de série B.
Loulou de BERG d’après WEDEKIND est inspiré de Pandora non de Lilith et si on trouve peu de compositions musicales classiques, Lilith inspire le Hard Rock en quête de provocation sacrilège.
Inspirées par la revendication féministe de Lilith, les chorégraphies contemporaines osent le nu non tant parce qu’Adam et Eve aussi étaient nus, avant la Faute, mais pour ajouter du souffre à leurs performances.
Lilith est le seul mot sumérien entré dans le vocabulaire moderne et découvert par la culture occidentale aux XIXème siècle, il est détourné par la culture populaire des mangas, films d’horreur, musique rock gothique. La fusion iconographique entre Lilith et Warai Hannya inspire les mangas et les jeux vidéo.
L’exégèse féministe moderne interprète la rébellion de Lilith comme celle d’une femme « libérée » donc moderne, échappant à l’ancestrale domination masculine, une lecture qui donne matière à une hagiographie par la culture LGBTQ qui fait de Lilith une icône.
Ce renversement à 180° de perspective du mythe juif où Lilith est exaltée comme infertile par choix, sans homme par choix, sensuelle par choix, transgressive par choix, est ironique par rapport à l’instrumentalisation bimillénaire de l’antagonisation de Lilith « la prostituée » d’Ève « la bonne épouse juive » par les rabbins.
Cette déconstruction du mythe éclaire le sens sociétal du mythe et contribue à la profanisation du personnage, à sa profanation aussi diront les intégristes.
Le mythe juif est pillé, marchandisée sous forme de parfums, savons, godemichets. Nous y consacrons quelques lignes car cela témoigne de la puissance symbolique du nom Lilith dans la psyché judéo-chrétienne.
1HOKUSAI, Warai Hannya,notice de l’Art Institute de Chicago
2HOKUSAI, Warai Hannya, notice duBritish Museum 2016,3015.1
3Mère-des-Enfants-Démons inLes écrits de Nichirennnichirenlibrary.org
4BIVAR A.D.H.,Hārītī and the Chronology of the Kusanas, Bulletin of theSchool of Oriental and African Studies, University of London, 33, 1, (1970), p. 10-21
5Ardochsho,notice du BM
6Hariti, Galerie d’imagesdarkwing.uoregon.edu
7PATEL Nidhi,Looking at the transition of Goddess Tyche to Ardoksho to Lakshmi with respect to coins, 2022,academia.edu
8PÉRI Nöel.Hârîtî, la Mère-de-démons. In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 17, 1917. pp. 1-102. DOI :https://doi.org/10.3406/befeo.1917.5319www.persee.fr/doc/befeo_0336-1519_1917_num_17_1_5319
9The Samyuktavastu, EN Tr.darkwing.uoregon.edu
10HUNTINGTON John C.,A Visual Survey of the Bactro-Gandharan Goddess Ardox[ch]sho and Related Imageshuntingtonarchive.org
5FOUCHER M.,Monuments et Mémoirespubliés par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. xvu, fasc. 2., cité par PÉRI op. cit.
6BOTTERO Jean, La plus vieille religion.En Mésopotamie, Gallimard, 1998 p.110
7DION Paul-Eugène.Raphaël l’Exorciste.Biblica, vol. 57, no. 3, 1976, pp. 399–413. Ici p. 405JSTOR,http://www.jstor.org/stable/42610681.
8BOHAK Gideon,Religions et magie, le permis et l’interdit, conférence, 2015,Akadem
9DURKEIM Émile,Les Formes élémentaires de la vie religieuse,Paris, Alcan, 1912p.59-60
10GENNEP Arnold Van,Manuel de folklore français contemporain, T. 1, Introduction – Du berceau à la tombe.Paris. Picard, 1943, p. 114-147
11BOURDIEU Pierre.Genèse et structure du champ religieux. In: Revue française de sociologie, 1971, 12-3. pp. 295-334. DOI : 10.2307/3320234www.persee.fr/doc/rfsoc_0035-2969_1971_num_12_3_1994
12DIANTEILL Erwan,Pierre Bourdieu et la religion. Synthèse critique d’une synthèse critique, Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 118 | avril - juin 2002, mis en ligne le 14 novembre 2005, consulté le 12 mars 2025. URL : http://journals.openedition.org/assr/1590 ; DOI : https://doi.org/ 10.4000/assr.1590
Mes vifs remerciements à William GROSS, conservateur de la GROSS Family Collection pour ses encouragements à conduire cette recherche et l’autorisation de reproduire certains objets de cette collection de référence.
Mes remerciements également à Gideon BOHAK, Professeur à l’Université de Tel Aviv et curateur de l’exposition Magie, Anges et démons dans la tradition juive, 2015 du Musée d’Art et d’Histoire Juifs (MAHJ) que nous remercions pour son accueil à notre recherche.
Nos remerciements à madame Judith Lindenberg pour la consultation du MAHJ.
Ce livre est un développement d’un livre sur Le sexe dans la Bible à paraître, auquel il est fait quelques renvois, pour les lecteurs qui souhaiteraient approfondir leur lecture.
Cet ouvrage comporte un second tome relatif au mythe moderne de Lilith. Cf. Sommaire en annexe de ce volume.
Les images sont référencées par le musée ou la collection. Un lien hypertexte permet de consulter la source d’origine. Les images reproduites qui ne sont pas du domaine public sont signalées par un ©.
Pour la facilité de lecture et éviter les redondances de citation, l’ensemble des sources citées dans cet ouvrage sont regroupées en une annexe du tome 2 permettant au chercheur de les consulter. Ces sources sont toutes citées en français. Pour celles traduites de l’anglais par nous, les sources originales sont référencées. Les textes bibliques sont cités, sauf autre indication, de la Traduction Œcuménique de la Bible (TOB).
Nous référençons dans le tome 2 thématiquement puis chronologiquement les ouvrages ici cités. Nous référençons également avec une * des sources utiles pour la recherche que nous citons d’après des auteurs sans les avoir vérifiés nous-même.
Les noms des déités sont en minuscules, celui des personnalités historiques en majuscules, les termes étrangers signalés en italiques.
Nos commentaires insérés dans des citations sont entre [ ].
Figure 8Lilith
Rémy de GOURMONT,Lilith, couverture de l’édition originale
aux Presses des Essais d’Art Libre, 1892www.remydegourmont.org
L’étymologie du mot hébreu « Lilith » est controversée dans la recherche. On trouve sous la plume des auteurs les plus respectés des opinions contradictoires. La variété des étymologies, et leur datation même, provient de l’hybridation de plusieurs démons antiques et superstitions ancestrales pour former le mythe de Lilith qui conduit certains chercheurs à une sorte de réingénierie sémanitque pour itrer vers des racines voire des mots consonants par une philologie hasardeuse.
Les Juifs furent les premiers à introduire cette confusion en faisant dériver ת ליליdu mot hébreu laïlah signifiant nuit, Lilith devenant un oiseau ou une créature dotée d’ailes nocturne.
La subsittuiton au terme hébreu original de la lamia (Vulgate) et de l’onocentaure (Septante) a contribué à la confusion, le remplacement de mots justifié seulement par la volonté de rendre obvie le caractère maléfique de la créature prenant pour des auteurs valeur d’étymologie !
Nous citons en annexe à ce chapitre divers auteurs que nous référençons ci-après par des numéros pour faciliter la lecture et laisser tout loisir au chercheur de se reporter à nos sources.
Akkadien lil« le vent » -> lils démons / lilītum, lilium -> démon femelle volant
Il est admis par la recherche moderne que le sens premier de Lilith, historiquement parlant, est d’origine d’un mot de la langue akkadienne, sens perpétué en langues sumérienne puis babylonienne, signifiant « vent » « air » ce qui désigne Lilith comme un « esprit du vent » cf. 1, 2, 3, 10, 11, 12
Dans les mythes sumériens de la Création lilû désigne l’ « homme » au sens d’une créature faible, fragile, petite. Cf. Sources
Faute de compétences en sumérien et d’avoir pu trouver la réponse dans quelques dictionnaires de sumérien, nous laissons ouverte la question de la relation sémantique entre ce « lilû-homme » et le « lilû-démon venteux ».
La démonologie akkadienne puis sumérienne désigne des esprits maléfiques comme lill « esprits du vent », terme générique asexué.
La différenciation d’un démon « Lilû » et d’une démone « Lilitû » se fait ensuite, la seconde étant présenté dans la démonologie sumérienne comme « ardat-lili » que LANGDON traduit par « la servante de Lilû » 13. Le terme anglais est « Lilû maiden » qui selon les traductions peut signifier « servante » mais aussi « compagne » « jeune fille » « vierge » voire « célibataire » « non marié » « vieille fille ». Faute de référencer le mot akkadien ou sumérien ainsi traduit, l’auteur laisse ainsi le sens exact de sa traduction ouvert mais incertain car on verra que Lilith est, selon les variantes de son mythe, une jeune fille non mariée et frustrée de maternité mais aussi la parèdre de Samaël et encore la femme libre d’une fécondité abondante tirée de la semence des hommes endormis. Contre la traduction habituelle d’ « ardat-lili » par « servante de Lili », pour SCURLOCK : « Le terme ardat lili signifie littéralement « la fille de Lilû », ce qui pourrait impliquer qu'il s'agissait à l'origine de jeunes filles choisies comme épouses par ces démons. 14»
L’adoption de la démone Lilû par la communauté juive de Babylone et le mythe qui se construisit autour d’elle vint effacer, dans la tradition juive, le souvenir du démon mâle. Lilith s’imposera comme la créature centrale de la démonologie juive, avec d’Asmodée, pour resurgir dans la culture occidentale au XIXème siècle. Quand Asmodée, parce ce que protagoniste du Livre de Tobit ira alimenter l’image de Satan dans la tradition chrétienne, Lilith, transposée comme une lamie ou un onocentaure, est absente de l’imaginaire chrétien pour ne ressurgir, comme une figure de la littérature et de l’art profane occidental, qu’à l’époque moderne.
De la position secondaire de servante d’un démon mâle qu’elle occupait dans la démonologie mésopotamienne 15, la superstition juive en fait, elle, une démone autonome qui absorbe la puissance maléfique de Lamashtu, puis au moyen-âge devient la complice, plus que la parèdre car elle n’est pas en situation d’infériorité, de Samaël. Cf. Construction du mythe
Selon Israël LÉVI, « tous les dictionnaires talmudiques commettent une erreur manifeste en faisant de lilin la forme plurielle de Lilith (car) lilin est et ne peut être qu’un pluriel masculin ; le pluriel de lilit serait liliata. C’est à dessein que j’emploie cette forme en araméen. … Il en résulte que les Juifs connaissaient à la fois des lilin et une lilit16».
Hébreu layl(ah) Arabe layl « nuit »
La racine hébreu layl(ah),layl en arabe la rattache à la nuit, dont dérive le prénom hébreu et arabe Lai(ï)la, une opinion soutenue par 4 – 8 – 9 - 16, inexacte, une paronomase, selon 2 – 3 – 5- 7 – 16.
