Faites vos jeux - Firmin Le Bourhis - E-Book

Faites vos jeux E-Book

Firmin Le Bourhis

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Beschreibung

Plongée au cœur du monde du vice.

Le capitaine François Le Duigou et le lieutenant Phil Bozzi, exceptionnellement détachés au commissariat de police de La Baule-Escoublac, en pleine saison estivale, ne savent où donner de la tête quand survient, en plein 14 juillet, un braquage à main armée. Visiblement, cette opération a été réalisée de main de maître, elle ne laisse que peu d’indices à nos deux OPJ.
Un nouvel événement vient rapidement compliquer la tâche déjà lourde des enquêteurs : le meurtre d’un homme, a priori bien sous tous rapports, mais dont la situation personnelle les interpelle néanmoins…
Dès lors, tout va s’accélérer et ils vont se retrouver entraînés dans une affaire complexe, ourdie par un esprit tortueux mais remarquablement intelligent, et dont l’épilogue les mènera loin de ce qu’ils imaginaient…

L'été sera chaud pour Le Duigou et Bozzi avec cette affaire trépidante !

EXTRAIT

Il était plus de midi et demi et ils s’apprêtaient à évacuer certaines petites tâches administratives avant d’envisager de partir déjeuner vers treize heures…
Mais tout changea brutalement. Le commandant Éric Lesnérac débarqua dans leur bureau pour leur annoncer qu’une attaque à main armée venait d’avoir lieu dans la grande surface située à la sortie de La Baule en se dirigeant vers Le Pouliguen. Le plan prévu en de telles circonstances venait d’être déclenché, en relation avec la gendarmerie, pour tenter d’intercepter le véhicule, une BMW gris métallisé, série 5, dans lequel les trois malfaiteurs avaient pris la fuite, selon le signalement fourni par une personne qui venait de donner l’alerte alors qu’elle rangeait ses courses dans le coffre de sa voiture sur le parking du magasin en question.
Phil et François quittèrent le commissariat avec leur voiture banalisée aussi rapidement que possible, suivis de quelques véhicules aux couleurs de la Police nationale dans lesquels avaient pris place des hommes en tenue…

À PROPOS DE L’AUTEUR

Né à Kernével en 1950, Firmin Le Bourhis vit et écrit à Concarneau en Bretagne. Après une carrière de cadre supérieur de banque, ce passionné de lecture et d’écriture s’est fait connaître en 2000 par un premier ouvrage intitulé Quel jour sommes-nous ?, suivi d’un second, Rendez-vous à Pristina, publié dans le cadre d’une action humanitaire au profit des réfugiés du Kosovo.

Connu et reconnu bien au-delà des frontières bretonnes, Firmin Le Bourhis est aujourd’hui l’un des auteurs de romans policiers bretons les plus appréciés, avec vingt-huit enquêtes déjà publiées. Il est également l’auteur d’essais sur des thèmes médicaux et humanitaires. Ses ouvrages sont tous enregistrés à la bibliothèque sonore de Quimper au service des déficients.

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Seitenzahl: 321

Veröffentlichungsjahr: 2017

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FIRMIN LE BOURHIS

 

 

 

Faites vos jeux !

 

 

éditions du Palémon

Z.I de Kernevez

11B rue Röntgen

29000 Quimper

 

REMERCIEMENTS :

 

À Pascal Vacher,

commandant de police honoraire de la police judiciaire, pour ses conseils techniques.

 

À l’Office de Tourisme de la Baule et, en particulier,

Anne Louyer, conseillère en séjour,

en charge des visites guidées, pour ses informations.

 

À l’Office de Tourisme de Pornichet

ainsi qu’à celui du Pouliguen.

 

Au commandant Éric Mascart

et au capitaine Marylène Leray,

du Commissariat de Police de La Baule-Escoublac

pour leurs informations techniques.

 

Au directeur Pierre-Emmanuel Margana,

son adjoint, Emmanuel Briand,

et Clémentine Bergougnoux, responsable de la communication,

qui m’ont grand ouvert les portes

du Casino du groupe Partouche de Pornichet

et de son restaurant…

 

À Emmanuel Baert,

pour ses précisions techniques sur le ball-trap.

 

Comme pour chacun de mes ouvrages,

il m’est évidemment impossible de citer tous ceux

que j’ai approchés à un moment ou à un autre ;

si vous vous sentez concernés,

considérez que mes remerciements s’adressent aussi à vous.

 

Merci à tous.

 

 

Retrouvez tous les ouvrages des Éditions du Palémon sur :

 

www.palemon.fr

 

Dépôt légal 1er trimestre 2014

 

ISBN : 978-2-916248-55-4

 

 

NOTE DE L’AUTEUR :

 

L’auteur s’empare, comme habituellement, d’une véritable affaire criminelle et, au terme d’une étude approfondie des faits et avec l’aide d’officiers de police judiciaire, en donne une version romancée aussi proche que possible de la réalité…

Un fait réel qu’il transpose dans d’autres lieux pour y bâtir une enquête qu’il livre à votre perspicace lecture…

 

CE LIVRE EST UN ROMAN.

Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.

 

Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation, intégrale ou partielle de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie, microfilmage, scannérisation, numérisation…) sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335 2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L'autorisation d'effectuer des reproductions par reprographie doit être obtenue auprès du Centre Français d'Exploitation du droit de Copie (CFC) - 20, rue des Grands Augustins - 75 006 PARIS - Tél. 01 44 07 47 70/Fax : 01 46 34 67 19. - © 2014 - Éditions du Palémon.

 

 

 

 

L’argent, c’est comme les femmes,

il faut s’en occuper un peu,

sinon il va faire le bonheur de quelqu’un d’autre.

 

Les temps difficiles

 

Édouard Bourdet.

 

Chapitre 1

Du 1er au dimanche 14 juillet.

Une fois de plus, le commissaire Yann Le Godarec, patron de l’hôtel de police de Quimper, avait été mis devant le fait accompli et avait dû lâcher momentanément ses deux OPJ, le lieutenant Phil Bozzi et le capitaine François Le Duigou.

— Tout cela parce que le commissaire divisionnaire du district de Saint-Nazaire et de La Baule est copain de promo du grand patron de Rennes ! avait-il tempêté.

Mais il savait qu’il n’avait pas le choix et ne pouvait que s’exécuter.

Phil et François avaient été bien reçus à la DIPJ1, boulevard de la Tour d’Auvergne à Rennes, où, deux ans plus tôt, ils avaient eu le plaisir d’exercer pendant quelques mois2.

Lors de cet entretien, l’intérêt de leur détachement à La Baule leur avait été expliqué.

Ils ne connaissaient pas ce nouveau patron, mais celui-ci, après leur avoir fait de nombreux compliments sur leurs prouesses passées, leur avait servi dans sa conversation des citations du poète libanais Khalil Gibran, telles : « La vie est mouvement, elle ne s’attarde pas avec hier ». Il leur avait rajouté qu’on ne restait pas non plus ad vitam aeternam au même poste, se référant à l’ancien capitaine de l’équipe de France de rugby, dans les années 1950 : « L’expérience ne s’accumule pas, elle se périme ». Bref, beaucoup de tergiversations pour noyer le poisson et terminer évidemment par leur annoncer leur nouvelle affectation provisoire…

Finalement, en quittant Rennes pour rejoindre Quimper, ils ne savaient plus très bien si cet entretien était élogieux et reconnaissant à leur égard ou si c’était simplement l’expression d’un ordre. Toujours est-il qu’ils devaient répondre surtout aux besoins du service !

Phil et François considéraient que les patrons étaient tous pareils lorsqu’il s’agissait de demander quelque chose au personnel : ils ne savaient pas toujours comment s’y prendre et, bien souvent, tournaient maladroitement autour du pot avant d’annoncer ce qu’ils attendaient exactement, puis de délivrer les ordres. Quoi qu’il en fût, le résultat était toujours le même, il ne leur restait qu’à obtempérer…

Contrairement à beaucoup de leurs collègues, répugnant à changer leurs habitudes, Phil et François s’accommodaient toujours plutôt bien de ces imprévus, car malgré tout, c’était peut-être aussi l’une des raisons pour lesquelles ils n’avaient pas été mutés depuis leur arrivée à Quimper… Une mutation qui aurait automatiquement engendré beaucoup de bouleversements et de stress dans leur famille. Tous deux appréciaient leur cadre de vie et leurs petites habitudes casanières et n’imaginaient même pas devoir les remettre en cause. Aussi préféraient-ils qu’on fasse appel à eux ponctuellement et qu’on leur fiche la paix le reste du temps. Après tout, ils démontraient bien ainsi leur capacité de flexibilité !

À leur arrivée, le commissaire était absent, ils avaient été accueillis par son adjoint, le commandant Éric Lesnérac, un homme fort sympathique et dynamique… Et, bonne surprise, ils se retrouvèrent avec Valérie Halgand qu’ils avaient bien connue lors d’une précédente enquête à Saint-Nazaire.3

Cette dernière, lieutenant de police dans cette ville, était à présent capitaine et ils s’étaient un peu perdus de vue, car comme bien souvent, le « nez dans le guidon » au travail, ils n’avaient plus gardé le contact.

Voilà tout simplement pourquoi, depuis le lundi 1er juillet, soit deux semaines, Phil et François exerçaient au commissariat de La Baule-Escoublac, sur la Côte d’Amour. Difficile de se plaindre de séjourner dans un tel lieu pendant l’été !

Le commissariat de police occupait une grande maison au fond de la place Rhin et Danube, perpendiculaire à la gare de La Baule-Escoublac. La bâtisse était entourée d’un jardinet en friche avec, au pignon gauche, de grandes grilles bleu clair permettant d’accéder aux parking et garage.

Dans ce quartier, la gare et le commissariat se reconnaissaient à leurs bâtiments de caractère, d’une architecture normande : toit très pentu, recouvert de tuiles plates d’un rouge sombre.

Malgré la saison estivale, ils n’avaient guère le temps de profiter des neuf kilomètres de la plage de sable fin toute proche. Ils avaient déjà sillonné la station balnéaire dans tous les sens, car le travail ne manquait pas. En effet, une multitude de petites affaires diverses se succédaient et envahissaient leurs bureaux, allant du vol à la roulotte de portables et de cartes bancaires aux éternels trafics de drogue en passant par les bagarres en sortie de discothèque, sans oublier les disparitions de voitures et de scooters…

Valérie Halgand, toujours aussi mignonne, brune, de taille moyenne, mince, les cheveux courts, d’humeur égale, affichait son sourire légendaire.

Le courant passa à nouveau immédiatement. En dehors du service, le commandant et le capitaine les avaient accompagnés à plusieurs reprises, à tour de rôle, pour partager quelques moments avec eux et leur permettre ainsi de bien s’intégrer dans l’équipe. Cependant, avec l’animation et la grande fréquentation, tout devait se faire rapidement.

Leur lieu d’exercice passait à plus de deux cent mille habitants en saison et si leur effectif habituel était de quatre-vingts personnes environ, il augmentait sensiblement, notamment avec la venue de la CRS en renfort. Mais, visiblement, Éric et Valérie ne boudaient par leur plaisir de travailler dans cette ambiance un peu survoltée par moments, où il fallait courir dans tous les sens, durant les deux mois d’été.

— Vous savez, ça nous rythme notre vie aussi ! précisa Valérie.

Pour le choix du lieu de restauration, c’était toujours elle qui s’en chargeait. Fort judicieusement d’ailleurs ; l’un des plus prisés restait le restaurant du casino de Pornichet.

— C’est l’un des meilleurs établissements qui offre de surcroît un rapport qualité-prix assez exceptionnel, vous verrez, vous m’en direz des nouvelles ! s’amusait-elle.

Après six mois d’hiver finalement, car le printemps avait été aussi tempétueux que froid et humide et s’était prolongé ainsi jusqu’au début de juillet, le soleil avait enfin fait son apparition depuis le week-end des 6 et 7 juillet. Le ciel s’était totalement dégagé et l’anticyclone semblait bien ancré sur la France. La chaleur augmentait de jour en jour et la station avait retrouvé son véritable air estival…

En entrant, après quelques marches, ils s’engagèrent immédiatement à gauche en empruntant des portes à double battant. À leur droite, le bar puis, juste devant eux, un salon où trônait un piano blanc bien seul, attendant qu’on s’y exprime. Le chef de rang vint les chercher et les précéda, ils franchirent trois marches sur leur gauche, puis se faufilèrent entre les tables, contournant le buffet des entrées et des desserts pour être finalement installés près de la vitre qui offrait une magnifique vue panoramique sur toute la baie : du port de plaisance de Pornichet jusqu’à l’extrémité de la pointe du Pouliguen, en passant par La Baule, l’une des plus belles plages d’Europe.

Dans la salle, le blanc et le noir dominaient, y compris dans l’épaisse moquette qu’ils venaient de fouler.

La marée étant au plus bas, la plage semblait vaste et l’îlot des Evens, juste en face d’eux, pas très loin, au large, paraissait ceinturé de blanc, effet provoqué par le sable au soleil…

Valérie leur rappela que le restaurant avait été entièrement refait récemment :

— Désormais, il profite de l’intégralité de la façade du bâtiment et les deux salles, tout en longueur, sont reliées par une passerelle…

— Comme dans les paquebots, rajouta Phil en riant.

— C’est le symbole en effet, celle de gauche donne sur une partie de la salle de jeu du casino.

Sur la table, tout en choisissant son menu, Phil remarqua le programme du trimestre du casino et, dans un petit présentoir, l’annonce d’un spectacle accompagné d’un repas dont le prix ne dépassait guère les vingt euros, jetons de jeu pour prolonger la soirée compris…

Ils furent rapidement et bien servis. Tous les quatre apprécièrent cette pause-déjeuner au cours de laquelle le commandant évita d’évoquer l’activité professionnelle. Il leur parla au contraire de La Baule en expliquant notamment l’origine de l’architecture normande des deux gares SNCF, du commissariat et bien entendu de L’Hermitage, à la demande de Phil.

— En fait, cela correspond, poursuivit-il, à la deuxième phase de développement du quartier Pavie, le quartier du casino, et à la naissance de La Baule en tant que station balnéaire internationale, que l’on doit à François André…

— Ah, les François, ils sont vraiment trop forts et je ne parle pas que du pape, car on en trouve un peu partout ! s’amusa François.

— Oui, mais peut-être avec des fortunes diverses et je ne pense pas qu’à la politique française… répondit aussitôt Phil.

Ils sourirent tous les quatre, heureux de ce moment de convivialité face à la mer, dans ce cadre magnifique qu’offrait ce restaurant.

Déjà Éric Lesnérac continuait :

— François André était l’oncle de Lucien Barrière, fondateur de la chaîne hôtelière Barrière. En fait, celui-ci est arrivé à La Baule un peu par hasard ; pendant la guerre 14-18, il s’était lié d’amitié avec un soldat originaire d’Escoublac. Ils se jurèrent d’y venir après la guerre. Malheureusement, François André y vint seul car son ami mourut dans les tranchées. Dans les années 20, ce fils de brasseur et administrateur du casino d’Ostende en Belgique lance cette station tandis qu’il fait déjà de même à Deauville. Il souhaite faire de La Baule un haut lieu du tourisme sur la côte atlantique entre Deauville et Biarritz…

À chaque affectation provisoire dans une autre région, Phil et François aimaient à découvrir l’histoire de leur nouveau lieu de travail et c’était toujours un enchantement, surtout lorsqu’ils rencontraient deux collègues sympathiques.

 

*

 

Cependant, jusque-là, rien n’était venu apporter un peu de piment à leur quotidien. Et ce dimanche 14 juillet n’échappait pas à cette banalité, même si le soleil ne ménageait plus ses efforts chaque jour. De plus, un jour férié tombant un dimanche, ce n’était pas ce que préféraient les salariés. Il n’engendrait aucune euphorie ni effervescence particulière, contrairement à un week-end à rallonge.

François s’en fichait un peu dans le moment, car il pensait plutôt aux grandes marées des mercredi 24 juillet et jeudi 22 août, lors desquelles des coefficients de 108 et de 109 étaient annoncés et, pour lui, ceci était plus important que tout le reste. Cela ne lui déplairait pas de pouvoir prendre une journée à ce moment-là afin d’aller pêcher avec ses copains de Concarneau, d’autant que ceci permettait également aux épouses de se retrouver.

De son côté, Phil regrettait de ne pouvoir accompagner Gwen et sa fille Clémence aux différentes festivités liées à cette fête nationale…

1. Direction Interrégionale de la Police Judiciaire.

2. Voir Rennes au galop, même auteur, même collection.

3 Voir Drôle de chantier à Saint-Nazaire, même auteur, même collection .

 

Chapitre 2

Dimanche 14 juillet, après-midi.

Il était plus de midi et demi et ils s’apprêtaient à évacuer certaines petites tâches administratives avant d’envisager de partir déjeuner vers treize heures…

Mais tout changea brutalement. Le commandant Éric Lesnérac débarqua dans leur bureau pour leur annoncer qu’une attaque à main armée venait d’avoir lieu dans la grande surface située à la sortie de La Baule en se dirigeant vers Le Pouliguen. Le plan prévu en de telles circonstances venait d’être déclenché, en relation avec la gendarmerie, pour tenter d’intercepter le véhicule, une BMW gris métallisé, série 5, dans lequel les trois malfaiteurs avaient pris la fuite, selon le signalement fourni par une personne qui venait de donner l’alerte alors qu’elle rangeait ses courses dans le coffre de sa voiture sur le parking du magasin en question.

Phil et François quittèrent le commissariat avec leur voiture banalisée aussi rapidement que possible, suivis de quelques véhicules aux couleurs de la Police nationale dans lesquels avaient pris place des hommes en tenue…

Le parking était quasiment vide lorsqu’ils arrivèrent à pleine vitesse pour se garer non loin de l’entrée. Une jeune femme leur fit signe en leur précisant que c’était elle qui venait de leur téléphoner.

François demanda à deux collègues d’enregistrer sa déposition pendant que Phil et lui se rendaient dans le magasin qui avait fermé ses portes au public à douze heures trente.

Derrière la vitrine, une caissière leur indiqua de se diriger vers la porte latérale où elle apparut quelques secondes plus tard en leur ouvrant l’accès. Après un bref échange, ils empruntèrent au pas de charge l’escalier menant au bureau de la direction de la comptabilité où était entreposé l’argent des recettes et où venait de se dérouler l’attaque.

Dans le couloir, ils passèrent devant plusieurs bureaux fermés avant d’arriver à l’endroit désigné par l’employée ; la porte était grande ouverte.

Dans le bureau, un homme allongé sur le sol tentait de s’asseoir mais peinait à se remettre, visiblement sonné par un coup reçu lors du hold-up ; un peu de sang maculait son visage. Une employée venait de couper la large bande adhésive qui l’entravait dans ses mouvements et l’empêchait de se relever.

Dans l’angle gauche du bureau, une femme était encore assise sur une chaise, également fixée à celle-ci par du ruban adhésif semblable. Un tissu enserrait son visage au niveau du nez et de la bouche, l’empêchant de crier.

Le coffre était ouvert et visiblement ne contenait plus d’espèces fiduciaires, tout au plus quelques rouleaux de monnaie. Des chèques jonchaient le sol ainsi que de nombreux documents comptables et administratifs.

Les rideaux à lamelles masquaient partiellement une grande baie vitrée qui donnait sur l’intérieur du magasin et permettait d’avoir une vue sur les caisses alignées au rez-de-chaussée.

Une équipe du SMUR arriva à cet instant, mais François demanda que l’on quitte le bureau, de façon à préserver les lieux de toute pollution extérieure afin de permettre aux spécialistes de la police technique et scientifique de procéder aux relevés d’indices dans les meilleures conditions possibles.

Phil et François avaient enfilé leurs gants en latex et venaient de dénouer le bâillon qui entravait la femme et de couper la bande adhésive qui la ligotait. Libérée, elle éclata en sanglots et se mit à trembler de tous ses membres. Deux employées l’encadrèrent pour sortir. En quelques secondes, le bureau fut évacué et toutes les personnes présentes se retrouvèrent dans la salle de pause, au bout du couloir.

Phil et François se postèrent devant la porte. François appela le patron pour lui rendre compte tandis que les collègues de la scientifique arrivaient. Phil leur expliqua la situation.

Dans le couloir, les spécialistes enfilèrent leur tenue de cosmonaute et ouvrirent leurs deux valises : l’une, crime-life, contenant les lampes qui révèlent des traces invisibles à la lumière naturelle et l’autre, les accessoires permettant de procéder à des prélèvements de toutes sortes.

Les informations découvertes transmises, Phil et François rejoignirent le groupe dans la salle de pause où le reste du personnel s’était également rendu.

Rapidement, le responsable de l’équipe du SMUR leur indiqua que l’homme serait quitte pour un œuf de pigeon sur le crâne et quelques blessures très superficielles tandis qu’un calmant venait d’être administré à la femme.

— Qui est responsable de ce magasin ? demanda François au groupe d’une dizaine de personnes, essentiellement des femmes consternées et sous le choc.

— C’est moi, répondit l’homme blessé. Mon épouse et moi-même sommes propriétaires et dirigeons ce magasin, dit-il en désignant la femme traumatisée près de lui et en précisant qu’elle était en charge de la comptabilité et jouait également le rôle de caissière principale.

— Êtes-vous en mesure de répondre à nos questions, monsieur ?

— Bien sûr…

— Avez-vous un endroit où nous pourrions faire le point aussi précisément que possible sur ce qui vient de se produire ?

— Oui, allons dans mon bureau, il est situé à côté de celui où nous étions quand vous êtes arrivés. Mon épouse doit-elle nous accompagner ?

— Nous préférons pouvoir vous interroger seul dans un premier temps, puis nous recueillerons le témoignage de votre épouse…

L’homme tapota la main de son épouse, jeta un regard vide vers le groupe puis, d’un pas mal assuré, les précéda jusqu’au bureau directorial.

Celui-ci était spacieux, confortable et agencé avec goût. Le bois précieux y dominait. Les quelques pas sur la moquette épaisse leur donnèrent l’impression d’entrer dans un espace silencieux et confiné. Deux baies, constituées sans doute d’une vitre sans tain, permettaient d’avoir un bon aperçu assombri sur l’intérieur du magasin et quelques moniteurs montraient clairement, par défilement ponctuel, les images de chaque caisse et des principaux postes de travail.

L’homme s’installa dans son grand fauteuil confortable en cuir noir, au dossier haut, doté d’un appui-tête. Phil et François prirent place dans les deux sièges qui lui faisaient face et dont la hauteur était inférieure à celui du directeur, ce qui n’était pas sans signification pour les deux OPJ.

Phil s’approcha du bureau pour poser son ordinateur et enregistra l’identité de monsieur Jean-Louis Kerdurand et de son épouse Édith, cinquante ans tous les deux, en charge de cette grande surface depuis une quinzaine d’années, un magasin qu’ils avaient créé, puis agrandi au fil du temps pour devenir, sous cette enseigne, cette belle affaire actuelle.

— Pouvez-vous nous relater, dans le détail, le déroulement de cette intrusion ? lui demanda François.

— Nous venions de fermer les portes au public à douze heures trente précises. Quelques caissières terminaient de passer les achats des derniers clients tandis que l’une d’entre elles était postée près de la sortie pour ouvrir la porte aux dernières personnes qui quittaient le magasin.

— Est-ce bien toujours votre façon de procéder ?

— Oui. J’ai terminé ma communication téléphonique, j’ai jeté un œil dans le magasin, tout était normal et habituel et je me suis rendu, à ce moment-là, dans le bureau voisin où mon épouse séparait les espèces des chèques. J’ai pris en charge les paiements par carte pour sa comptabilité. Le coffre était ouvert pour ces opérations qui allaient prendre encore quelques dizaines de minutes, le temps de remonter et d’intégrer toutes les caisses.

— Contenait-il beaucoup d’espèces ?

— Oui, car les transporteurs de fonds sont passés hier matin et ne reviendront que lundi matin, comme habituellement, indépendamment du 14 juillet. Nous sommes ouverts le dimanche matin durant les deux mois d’été et, toutes les heures, mon épouse relève la recette à chaque caisse, par sécurité et afin de trier les billets et de les ranger dans le coffre pour la banque.

— Quel était le solde des espèces ?

— Je ne peux vous le dire avec exactitude pour l’instant. Mais selon notre chiffre d’affaires habituel, nous pouvons estimer dès à présent que nous avions plus de cent mille euros en espèces, car les malfaiteurs n’ont pas emporté les chèques ni quoi que ce soit d’autre.

— Très bien, revenons sur le déroulement des faits…

— J’étais de côté, par rapport à l’entrée, pour effectuer les opérations comptables tandis que mon épouse se tenait de dos pour trier les billets, quand deux individus…

— Hommes, femmes ?

— Impossible de répondre avec certitude. Au vu de la corpulence, je serais tenté de vous dire deux hommes… Ils étaient cagoulés, ce qui ne laissait voir que leurs yeux et leur bouche, et portaient une tenue fermée jusqu’au cou…

— De quel style ?

— Jean et blouson noir à fermeture éclair totalement remontée.

— Et aux pieds ?

— Des chaussures de sport que j’ai bien remarquées lorsque j’étais à terre. De marque Adidas… Ils se sont présentés à la porte, nous ont dit de ne pas bouger ni crier et qu’alors tout se passerait bien, ils sont entrés et ont refermé derrière eux. Ils étaient armés de fusils de chasse à canons sciés.

— Vous en êtes sûr ?

— Oui, je suis moi-même chasseur… Aussi ai-je immédiatement perçu le danger.

— Pouvez-vous nous apporter des précisions sur ces armes ?

— Non, les deux individus portaient des gants et nous menaçaient, ce qui ne prédisposait pas à relever les détails. J’ai voulu refermer la porte du coffre près de moi et ils ont cru que j’allais leur résister, alors ils ont commencé par me mettre un coup de crosse sur la tête et je suis tombé, sonné. Là, tout s’est passé très vite, nous avons été saucissonnés à l’aide d’une bande adhésive qu’un des deux individus a sortie de son sac à dos. Ils portaient aussi chacun un sac en bandoulière. Puis ils ont retiré toutes les espèces disponibles que contenait le coffre-fort ouvert, ainsi que celles qui étaient encore sur le bureau, les ont rangées dans leurs sacs à dos et sont repartis comme ils étaient venus.

— Par où sont-ils entrés dans le magasin ?

— Je ne le sais pas encore, nous le découvrirons en visionnant les vidéos de surveillance… Pour sortir, le plus simple est d’utiliser la porte réservée au personnel, celle-ci est dotée d’une poignée anti-panique à l’intérieur et donne sur le parking. Par contre, pour y entrer, un code est nécessaire.

— Je vois, nous venons d’entrer par cette même porte qui nous a été ouverte par l’une de vos salariées. Bien, nous vérifierons précisément tous ces points. Pouvons-nous rencontrer votre épouse à présent ? Nous allons recueillir son témoignage. Nous nous reverrons tous les quatre ensuite, avant de recevoir votre personnel que je vous demande de prévenir afin que nous puissions les interroger avant leur départ.

— D’accord, je m’en occupe…

L’homme se leva et quitta les lieux, remplacé quelques minutes après par son épouse. Cette dernière était visiblement traumatisée. Toujours sous le choc, elle n’ajouta rien de plus aux déclarations de son époux.

Puis suivirent la confrontation des témoignages du couple et enfin la déposition de chaque salarié.

Phil et François ne purent rien noter de plus que ce que le directeur leur avait déjà déclaré dès le départ. Personne n’avait remarqué de véhicule suspect sur le parking dans les heures ou les jours précédant le braquage. Aucun individu susceptible de venir repérer les lieux n’avait retenu leur attention.

Ils visionnèrent ensuite les CD des caméras de surveillance.

Ils y virent très nettement deux hommes entrer dans le magasin à douze heures vingt-huit minutes, par la porte principale, coiffés d’un stetson ne permettant pas de discerner les traits de leur visage, même en agrandissant l’image.

Les deux types portent chacun un sac à dos et un sac en bandoulière contenant sans doute leur arme et leur cagoule. Ils ne se dirigent pas vers l’espace commercial mais bifurquent pour entrer par une porte réservée au personnel… Là, on les perd de vue pendant qu’ils approchent du bureau de la comptabilité, ce qui leur laisse le temps de mettre leur chapeau dans leur sac en bandoulière, de descendre leur cagoule sans doute dissimulée sous le chapeau, de sortir leur arme et de se présenter à la porte du bureau… Il n’y a aucune image pour le préciser, en l’absence de caméra dans cet accès.

Ils commettent leur braquage, puis reprennent le même chemin mais quittent les locaux par la porte de service car ils ne réapparaissent pas dans le champ des caméras intérieures mais sur celle de l’extérieur. Ils s’engouffrent dans une BMW qui démarre aussitôt et disparaît. Le tout a duré un peu moins de cinq minutes.

Un agrandissement avec zoom permit de lire la plaque d’immatriculation et de la communiquer aux collègues, mais sans grande illusion de la part de Phil :

— Sans doute est-ce une voiture volée et les plaques sont-elles maquillées, voire fausses…

Effectivement, dans les minutes qui suivirent, ils obtinrent la confirmation que cette immatriculation correspondait à un véhicule d’un type très différent du véhicule signalé…

Phil, François et le couple réfléchissaient à ce qu’ils venaient de découvrir. Les deux hommes connaissaient parfaitement les lieux et n’avaient semblé hésiter à aucun moment ; quant au troisième personnage au volant, rien ne permettait de le distinguer avec précision. Au vu de l’efficacité de la méthode employée, le trio ne faisait visiblement pas dans l’amateurisme. L’heure de leur intervention coïncidait parfaitement avec la fermeture du magasin au public, leur fuite se trouvant ainsi facilitée.

— Nous devons consulter le dossier de chacun de vos salariés. Avez-vous licencié récemment une ou plusieurs personnes ?

— Non. Pas de licenciement depuis des années. Seulement quelques départs volontaires, pour mutation professionnelle du conjoint ou pour élever un enfant.

— Pouvez-vous me donner les renseignements sur la société chargée du transport de fonds ?

— Oui, les voici. Celle-ci ne se trouve pas sur La Baule, comme vous pouvez le constater…

— Faites-vous appel à d’autres services extérieurs ?

— C’est-à-dire ?

— Des prestataires ou sous-traitants…

— Oui, à une société de nettoyage, située à Pornichet, pour ce qui concerne l’intérieur du magasin et l’entretien des abords immédiats.

Jean-Louis Kerdurand sortit un épais dossier d’un tiroir et le tendit à François.

— Comment cela va-t-il se passer pour l’ouverture de mon magasin demain ? demanda-t-il alors, visiblement inquiet.

— En principe, tous les spécialistes devraient terminer cet après-midi, il n’y a eu ni coup de feu ni mort d’homme, votre ouverture n’est pas compromise. Êtes-vous assurés pour ce genre de désagrément ?

— Oui, je vais me mettre en rapport avec mon agent général d’assurances local qui gère tous mes contrats depuis l’origine. Que pensez-vous de ce braquage ?

— Que nous avons affaire à des professionnels qui agissent de sang-froid et semblent déterminés. Ce qui signifie que nous devons maintenir l’alerte non seulement à La Baule mais également dans toute la région, au-delà du département, et de ce fait, informer vos collègues des grandes et moyennes surfaces, voire des supérettes, ouvertes tous les jours, parfois tard le soir. Ceci concerne également les commerces sensibles : bureaux de tabac, bijouteries et pharmacies…

Les spécialistes avaient libéré le bureau dans l’intervalle mais ne détenaient que très peu d’indices, tout au plus quelques empreintes de chaussures sur des documents éparpillés sur le sol, peut-être piétinés par les braqueurs…

Un peu plus tard, les arrêtés de caisse permirent de constater qu’il manquait cent dix-huit mille cinq cent dix euros en espèces. Force était de constater que le coup avait été bien préparé et avait payé…

Tous les contrôles mis en place ne donnèrent rien dans les heures qui suivirent.

En cours d’après-midi, le patron leur signala que la BMW avait été retrouvée calcinée dans la forêt communale de La Baule. Sans doute les braqueurs y avaient-ils rejoint des complices, pour ensuite disparaître dans la nature.

Phil, François et la police technique quittèrent le magasin et se rendirent sur les lieux.

Lorsqu’ils quittèrent le parking, l’habitacle de leur voiture était surchauffé et il fallut du temps pour le ventiler et pour que la climatisation apporte un peu d’air plus frais, tant le soleil s’en donnait désormais à cœur joie.

 

*

 

La forêt se situait entre l’aérodrome et la ligne de chemin de fer qui la bordait dans sa partie sud-ouest. Le véhicule se trouvait dans un chemin piétonnier discret, du côté de l’avenue de la Jô qu’il fallait quitter pour y arriver.

De cet endroit, de nombreux promeneurs empruntaient les chemins balisés.

Lorsqu’ils arrivèrent sur place, les pompiers noyaient les restes d’une voiture entièrement carbonisée dont on aurait été bien incapable de donner le type.

Il fallait à présent relever les plaques portant le numéro de série du moteur pour retrouver l’identité du propriétaire.

Bien entendu, aucune personne présente à proximité n’avait vu quoi que ce soit. Impossible donc de savoir quelle voiture avait été utilisée par les malfaiteurs pour prendre la fuite.

L’organisation de cette opération paraissait indéniablement bien préparée.

Les spécialistes tentèrent de relever quelques indices dans l’environnement immédiat, mais les lieux avaient été pollués et piétinés par les secours, ce qui remettait en cause leur valeur réelle.

Le véhicule, du moins ce qu’il en restait, allait être emporté pour être mis sous scellés…

Phil et François regagnèrent leur bureau et rendirent compte de la situation au patron. Les trois malfaiteurs s’étaient volatilisés. Le dispositif allait devoir être levé, d’autant qu’avec les retours des plages, la circulation promettait d’être très dense en cette fin de journée du 14 juillet.

Phil et François étudièrent les dossiers du personnel du magasin braqué et lancèrent des demandes d’informations sur les dirigeants et leur gestion financière. Tout était toujours imaginable, à commencer que les victimes aient elles-mêmes organisé cette agression…

Demain, ils s’attaqueraient à l’étude des sociétés de transport de fonds et de nettoyage.

Malheureusement, si le trio de malfaiteurs ne récidivait pas, et en l’absence de relevés identifiables dans les fichiers, l’espoir de les retrouver restait très mince…

 

Chapitre 3

Lundi 15 juillet.

La presse quotidienne régionale mettait à la une le spectaculaire braquage de la veille, consacrant une pleine page intérieure à l’événement. Visiblement, les journalistes avaient réussi à en savoir autant que la police sur cette affaire, c’est-à-dire suffisamment pour allécher le lecteur, mais rien de plus que le déroulement des faits.

Phil et François avaient appris que la BMW qui avait servi au braquage avait été volée durant la nuit du samedi au dimanche à Nantes, de même que les plaques d’immatriculation appartenant à un autre véhicule. Seul, le numéro de série du moteur permettait le recoupement. Le propriétaire avait déposé plainte dans la matinée du dimanche. Ce dernier semblait au-dessus de tout soupçon et indubitablement de bonne foi.

Les techniciens ne disposaient pas d’éléments exploitables susceptibles de diriger l’enquête.

Après avoir pris rendez-vous avec la direction de la société de nettoyage située à Pornichet, Phil et François se rendraient à Saint-Nazaire pour rencontrer le dirigeant de la société de transport de fonds.

 

*

 

Souhaitant s’offrir un petit plaisir par ce temps exceptionnel qui persistait, histoire de s’accorder un petit parfum de vacances malgré tout, Phil et François quittèrent le commissariat, piquèrent sur le littoral et longèrent la mer, même s’il était hors de question de découvrir, dans le prolongement de La Baule-Escoublac, les trois plages de sable fin de Pornichet qui s’étalaient sur sept kilomètres. Ils passèrent à hauteur du casino et à proximité du port de plaisance en eau profonde, le deuxième sur la façade atlantique, après La Rochelle. En quittant le boulevard des Océanides, ils remarquèrent sur leur droite le port d’échouage et, plus loin en mer, reliée par un pont en béton, derrière le toit des commerces regroupés sur l’îlot aménagé, la forêt de plus d’un millier de mâts brillant sous le soleil. Ils obliquèrent sur leur gauche, dans une zone urbaine récemment rénovée, pour rejoindre l’hippodrome et la voie rapide qui menait au parc d’activités Pornichet-Atlantique où était installée la société de nettoyage industriel qui assurait l’entretien du magasin braqué la veille.

En entrant dans la zone d’activités, après avoir dépassé un hôtel et d’autres entreprises aux enseignes bien connues bordant la voie express, ils découvrirent les installations de la société de nettoyage qui se situaient tout au fond. Au-delà, la nature boisée et sauvage reprenait ses droits.

Un immense bâtiment en bardage gris, sur un niveau, était bien centré sur un terrain goudronné qui permettait aux véhicules de faire le tour des locaux ; le tout était bordé d’un grillage de couleur verte, de deux mètres de haut. Un portail métallique coulissant, vert également, était grand ouvert et faisait face au fronton et à l’entrée des bureaux ; juste derrière, une rangée de places de parking réservées aux visiteurs. Devant eux, un immense panneau coloré, fixé sur la façade, vantait les services de la société tandis que, sur la droite, le long de la clôture ainsi que sur la gauche, quelques fourgons aux couleurs de l’enseigne étaient garés en épi, et sur l’emplacement réservé à la direction, une Mercedes coupé sport, gris métallisé, récente.

La secrétaire et hôtesse guettait leur arrivée. Elle leur réserva un accueil courtois et, dès les présentations faites, appela le directeur, monsieur Didier Chaussepot. Ce dernier, de belle corpulence, bronzé, vêtu d’une tenue mi-sport mi-ville, fort élégante et dont le logo réputé laissait imaginer le coût, affichait un large sourire commercial. La cinquantaine épanouie, il vint vers eux et les salua d’une poignée de main ferme, les invitant aussitôt à le suivre dans son bureau.

Il s’installa et proposa aux deux OPJ de prendre place dans les deux fauteuils face à lui. La pièce climatisée était confortable mais sans le moindre luxe ostentatoire. Quelques épais dossiers encombraient le plateau du bureau, d’autres débordaient des étagères des meubles latéraux. L’économiseur d’écran de son ordinateur faisait défiler de façon hypnotique des images aléatoires de paysages luxuriants et exotiques où de jolies femmes d’îles paradisiaques, peu vêtues, apparaissaient régulièrement, donnant une note de gaieté et de couleur. À partir de ce décor sommaire, il était difficile de deviner la personnalité de cet homme car il n’y avait ni photos ni éléments de vie privée, juste ce qui était essentiel au travail, et quelques posters sur les différentes activités de l’entreprise.

François s’engagea aussi vite que possible dans le vif du sujet :

— Votre société assure l’entretien du magasin de Jean-Louis Kerdurand qui a été braqué hier matin, c’est bien ça ?

— Effectivement, je l’ai lu dans la presse, ce matin, et me suis empressé de l’appeler pour savoir comment il allait. Il m’a paru encore particulièrement choqué. Que puis-je faire pour vous ?

Le regard et le sourire étaient francs et ouverts. Il avait une belle gueule, affichant vis-à-vis de ses interlocuteurs bienveillance et inquiétude.

— Nous aimerions avoir la liste des personnes affectées à l’entretien de ce magasin.

— Bien sûr, ce sont trois femmes. Il faut savoir que sur soixante salariés à l’entretien, cinquante-deux sont des femmes. Nous avons quelques hommes qui encadrent lorsque l’équipe est importante, ce qui est le cas pour plusieurs complexes d’un site industriel ou encore lorsqu’il s’agit d’effectuer des travaux disons à risques, soit avec une nacelle soit en rappel. Mais cette activité demeure une part marginale de nos prestations, cependant, cela nous permet de répondre à toute demande. L’essentiel concerne tout de même des surfaces commerciales de toute nature, comme le magasin de monsieur Kerdurand.

— Depuis quand êtes-vous en contrat avec ce magasin ?

— Deux ans et demi, les contrats sont annuels et renouvelables par tacite reconduction, chaque année civile. La concurrence est rude dans ce secteur, mais nous appartenons à un groupe national qui dispose d’un réel savoir-faire et est parfaitement équipé en engins mécaniques de nettoyage aux nouvelles normes écologiques. Je suis le directeur de cette agence et notre secteur géographique d’activité s’étend de La Turballe à Saint-Nazaire, mais nous restons Nord-Loire.

L’homme semblait visiblement disposé à vanter son entreprise, mais François le ramenait uniquement à ce qui l’intéressait, sans réagir sur ce qui était hors sujet pour lui.

— Très bien, en dehors de ces trois femmes que nous pouvons considérer comme des employées permanentes, quelles sont celles qui assurent des remplacements ? Pouvons-nous consulter leur dossier ?

— Oui, bien entendu…

— Avez-vous récemment licencié des personnes de cette équipe ou qui auraient eu un différend avec vous ou les dirigeants de ce magasin ?

— Non, jamais. Je peux vous dire que ce sont des femmes de confiance et très sérieuses, je ne les imagine pas une seule seconde impliquées dans un tel braquage.

— Elles, peut-être pas directement, mais parfois l’environnement… Disposent-elles de clefs ou du code d’accès de ce magasin ?

— Oui, je pense, mais pour être sûr des réponses techniques, je vous invite à me suivre, nous allons nous rendre au bureau de mon adjoint, Claude Bouget, responsable de toute la logistique. Celui-ci sera à même de répondre encore plus précisément que moi à toutes vos questions. C’est un homme très compétent, méticuleux, précis et honnête, il pourra aussi vous remettre les documents que vous souhaitez.

Didier Chaussepot se leva prestement et les y conduisit.