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Lorsque Sarah Nowak, en compagnie de son père Paul Capitaine, de sa fille Pauline et de son compagnon Blaise Juillard, se rend en Pologne à Gdansk sur la tombe de sa mère, une grande surprise l’attend.
Le groupe comprend aussi qu’il est suivi par des personnes mystérieuses qui en veulent à leur vie. Commence alors une traque pour les uns, une fuite en avant pour tenter de s’en sortir vivant pour les autres.
Qui sont ces gens ? Pour qui travaillent-ils ? Comment ont-ils été mis au courant de ce voyage ? Et surtout, comment échapper à ces tueurs ?
Une fin de parcours haletante pour Paul Capitaine, qui aura les réponses à ses ultimes questions. Mais à quel prix ?
À PROPOS DE L'AUTEUR
Bernard LARHANT est né à Quimper en 1955. Après un premier roman intimiste, il se lance dans l’écriture de polars avec les enquêtes bretonnes d’un policier au parcours atypique, Paul Capitaine, épaulé par sa fille Sarah. Ce vingt-quatrième roman est le dernier de la série.
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Seitenzahl: 309
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Cet ouvrage de pure fiction n’a d’autre ambition que de distraire le lecteur. Les événements relatés ainsi que les propos, les sentiments et les comportements des divers protagonistes n’ont aucun lien, ni de près ni de loin, avec la réalité et ont été imaginés de toutes pièces pour les besoins de l’intrigue. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existant ou ayant existé serait pure coïncidence.
Au terme de cette série de vingt-quatre enquêtes de Paul Capitaine, mes premiers remerciements iront à l’équipe des éditions Alain Bargain, pour le bonheur de cette aventure prodigieuse sur dix-sept années de parcours commun. Une collaboration qui, je l’espère, se prolongera encore longtemps.
J’aimerais avoir une pensée émue pour Alain Bargain, à l’initiative de mon premier contrat, l’un des moments forts de ma vie, et aussi adresser un merci plus particulier à l’attention de Carl Bargain, pour la confiance témoignée et les liens forts qui se sont mués en amitié indéfectible année après année.
Un grand merci aussi à tous ceux qui, tout au long des enquêtes, m’ont apporté leur soutien, tant dans l’écriture que dans le respect des procédures, policières et judiciaires, même s’il s’agit de romans, d’œuvres fictives. À Sylvaine Le Berre, Dominique Descamps, pour les corrections des tapuscrits, au policier André Morin, au gendarme Jean-Pierre Homo, au sapeur-pompier Fabrice Joncour, à l’avocate Stéphanie Calvet et à une juge d’instruction qui préfère conserver l’anonymat, pour les procédures.
Une pensée plus particulière à l’attention de Lorraine Briand, ma regrettée Petite Québécoise, relectrice fidèle de la série Paul Capitaine, à laquelle je veux dédier ce vingt-quatrième tome, comme à Anne-Sophie Deval, qui m’accompagne à sa manière depuis La Madone du Faouët.
Et je ne peux terminer sans vous remercier, vous, amis lecteurs, qui par votre attachement avez permis à cette belle aventure d’exister et de trouver son véritable relief. Vos messages, vos idées sur les personnages, votre ressenti au fil des enquêtes, ont façonné ma manière d’écrire et aussi souvent influé sur le contenu.
Enfin, afin de conclure pour de bon, une dédicace particulière pour quatre personnes qui ont compté dans ma vie : mes parents – maman toujours près de moi et papa qui nous a quittés trop tôt –, Edwige, ma belle-maman qui m’a offert à Noël, durant des années, des cahiers d’écriture que j’ai tous utilisés pour les premiers jets de mes romans. Et surtout Barbara, mon épouse, compagne des beaux jours avec les sorties des livres, mais aussi des moments de doute, sans oublier les nombreuses heures passées un peu loin d’elle, en compagnie de « mon autre famille ». Sans son amour, jamais je n’aurais écrit un seul livre.
Merci à tous, grâce à la fidélité de chacun de vous, je suis un auteur comblé !
Voilà, c’est fini, comme le chante Jean-Louis Aubert. La série Paul Capitaine est bouclée avec la sortie de cet ultime récit. En moi, deux sentiments s’opposent. Un blues terrible après le point final à une vingtaine d’années de sueurs et d’émotions autour de cette équipe qui s’est modifiée au fil des épisodes. Et puis un soulagement d’avoir mené la mission à bien pour ne pas laisser les lecteurs sur des questions et des regrets.
Dès la sortie de Quimper, rive gauche, rive droite, enquête où Paul Capitaine prend sa retraite, j’ai senti cette même tristesse en chacun de vous, n’imaginant pas une vie sans ces personnages qui faisaient désormais partie de vos vies, à commencer par les deux héros, Paul et Sarah. Et j’ai entendu vos suppliques, même si ma décision était irrévocable : je ne voulais pas utiliser de nombreux subterfuges pour prolonger la série d’épisodes supplémentaires. Vous avez donc un peu appris à connaître Agnès Delacour, notre profileuse qui, je le sais, n’a pas le même caractère empathique que Paul ni le goût pour manager une équipe. En la choisissant comme nouvelle héroïne, avec ses tics agaçants mais aussi ses failles, son cerveau programmé et ses zones d’ombre, j’ai voulu une opposition de styles. J’ai fait aussi le pari que j’allais vous apprendre à l’aimer, livre après livre.
Vous allez entamer la lecture de Paul Capitaine règle ses comptes et pour ne pas me faire lapider par certains d’entre vous, le héros n’est pas tué à la fin de la série. Même pas une crise cardiaque – normalement ; je n’ai pas très bien lu la fin, mes yeux étaient trop humides… Bientôt Agnès Delacour reviendra et devra faire équipe à Bénodet avec un flic retraité, Paul Capitaine. Collaboration unique ou début d’une belle complicité ? Ne comptez pas sur moi pour vous en dire davantage.
Bon moment de lecture à chacun de vous.
Mardi 3 mai, 15 heures
Dès notre arrivée aux portes de Gdansk, le fameux port polonais qui donnait sur la Baltique, même en écarquillant les yeux Sarah ne reconnaissait rien de la ville qu’elle avait quittée à la prime enfance, trois décennies plus tôt. Dans sa mémoire, tout était gris et sinistre. Alors que là, la banlieue était colorée par les enseignes de magasins bien connus en France, semblable à la périphérie de Nantes ou Rennes. Elle se sentait frustrée. On lui avait volé un peu de sa terre natale, un peu de ses rares souvenirs et de ses racines si fragiles, un peu de sa genèse, bribes d’un démarrage d’existence à propos duquel elle cultivait davantage de rêves qu’elle ne conservait d’images réelles. Elle marmonnait, perdue dans ses pensées.
Nous étions quatre à être installés dans l’Opel Meriva de Blaise qui se trouvait au volant, attentif et grave. Il avait conduit depuis Quimper, paisiblement, prudemment. Un peu plus de deux mille kilomètres en deux jours, avec une halte dans un hôtel situé aux alentours de Berlin. Sarah était assise à l’arrière auprès de la petite Pauline, cinq ans, dormant d’un profond sommeil, bien installée dans son siège pour enfant, jusqu’à ce que sa maman la réveille pour lui faire part de ses impressions. Comme si elle était en âge de comprendre l’enjeu de ce voyage. Quelques ronchonnements de la gamine, les réflexions dépitées de Sarah qui nous avait vendu une ville terne et morose – même lorsque Blaise lui rappelait que la Pologne, comme bien d’autres pays de l’ancien bloc de l’Est, avait beaucoup changé depuis l’époque communiste.
Alors que nous avions passé sans le moindre souci l’ancienne frontière entre l’Allemagne et la Pologne, quelque part entre Berlin et Szczecin, les paysages m’avaient ramené une petite quarantaine d’années en arrière, quand il fallait montrer patte blanche pour accéder à un corridor traversant la RDA jusqu’à Berlin, puis plus loin encore jusqu’à Gdansk, après d’interminables heures d’attente et de palabres à la frontière. Cette fois, une autoroute gratuite, longeant la Baltique, nous avait menés au fameux port hanséatique qui, par sa révolte, avait modifié la carte du monde.
D’ordinaire toujours prudent au volant, Blaise se montrait encore un peu plus vigilant et attentif en ce pays aux panneaux de signalisation parfois différents. Et aussi face à des noms de communes si étranges. Même si, de nos jours, un GPS fiable nous menait à destination en évitant toutes les embûches. Nous avions quitté de bonne heure notre hébergement berlinois, et après sept heures de trajet nous allions bientôt rallier l’hôtel de Sopot, une station balnéaire de la Baltique, située au fond de la baie de Gdansk, à une douzaine de kilomètres de la grande ville. Là où nous étions attendus par le gérant de l’établissement, un Français qui avait noué des amitiés avec Condor – c’est-à-dire Conrad Dormeuil, mon mentor dans les services secrets français, un personnage aussi fascinant qu’inquiétant, dont je tenais absolument à découvrir les commanditaires de son exécution. En effet, il avait été abattu avec sa compagne, de manière particulièrement atroce, dans sa propriété de Matignon, dans les Côtes-d’Armor. Un double meurtre pour l’instant resté impuni, et pour cause : il était l’œuvre de barbouzes, mais pour le compte de qui ? Mon intuition me menait aux leaders du club Magenta, un groupe puissant qui avait pour objectif avoué de diriger le pays, mais je n’en possédais pas la moindre preuve. Condor avait emporté avec lui ses mystères et ses informations confidentielles, car ses assassins n’avaient rien trouvé à son domicile. Même si le piteux état de son cadavre laissait imaginer qu’il avait été abominablement torturé.
En revanche, nous avions alors appris qu’il était d’origine polonaise, lié à la famille de Sarah, notamment à Beata, la mère de ma fille. Sarah, dont il avait fait l’héritière de tous ses biens, en France, au Liban, mais également en Pologne, plus précisément à Poznan, une ville qui n’était pas sur notre itinéraire. Mais si le début du programme, à Gdansk, se déroulait comme convenu et sans encombre, nous ferions certainement un crochet vers cette seconde ville avant de regagner Berlin puis la France et surtout, tout à l’ouest, la Bretagne.
Dans ma tête aussi, des souvenirs aussi courts que solides se bousculaient à présent, alors que nous empruntions la rocade qui permettait d’éviter le centre de la ville pour rejoindre notre but et que les grues du port, les symboles du combat des ouvriers en colère, dressaient leurs flèches à l’horizon. Témoins visibles de ces heures passées, des luttes féroces, des souffrances atroces, de la victoire d’un peuple.
1983, une révolution dans un chantier naval qui n’était pas la mienne, alors que je me trouvais à mi-chemin entre l’adolescence et la vie adulte. La proposition d’accompagner un convoi de quelques camions d’aide humanitaire depuis Paris. J’aimais les voyages, l’aventure, la solidarité, j’étais disponible pour la période, après quelques déceptions personnelles en Bretagne et une remise en question de ma vie…
Au départ de Paris, un paquet spécial me fut remis par un homme de l’organisation, un service à rendre qui me semblait important à ses yeux. J’ignorais alors que cet homme – il s’agissait de Condor – allait modifier le cours de mon existence. Et aussi que j’allais transporter des documents secrets, avec des risques encourus au passage de la frontière. Il me fournit l’identité d’un contact sur place, Beata Nowak à qui je devais remettre le petit colis en mains propres.
Je me souvenais du passage de la frontière, de la fouille minutieuse du contenu des camions par les douaniers et même de nos affaires personnelles dans la cabine, mais pas de ma valise et donc pas du paquet caché dans ma trousse de toilette. Coup de chance d’un candide. Puis notre arrivée tumultueuse à Gdansk, la fièvre et l’excitation, la méfiance et l’espérance. Je me voyais encore, allant d’un groupe à un autre, baragouinant entre mon français, mon peu d’allemand et mon très peu d’anglais, tentant de découvrir qui, parmi les femmes appliquées à décharger les camions, pouvait répondre au patronyme de Beata Nowak. Mais la méfiance était de mise, du moins dans un premier temps.
Et plus que tout le reste de mon séjour, je me souviendrai à jamais de cet instant où j’ai croisé le regard d’azur de Beata sous sa blonde chevelure. J’y lus instantanément passion et détermination, romantisme et nostalgie, au point de savoir dès ce moment précis que son combat était devenu aussi le mien. Elle parlait parfaitement le français, avec une pointe d’accent qui la rendait un peu plus irrésistible. Devant mon incrédulité face aux enjeux de son engagement, elle expliqua avec fougue l’importance des événements qui se déroulaient sur ce chantier naval, m’affirma sa volonté d’aller jusqu’au bout de sa lutte, même si elle devait y laisser sa vie, me remercia pour mon courage, moi qui avais pris tant de risques pour soutenir un peuple que je semblais ne pas vraiment connaître.
Ce fut à cet instant, en me libérant de mon petit paquet pour le lui remettre comme prévu, que je compris la réalité des faits : dans le colis, en plus de médicaments introuvables en Pologne, des tubes de dentifrice contenaient des documents secrets que j’avais transportés, bien à mon insu, depuis Paris jusqu’ici. L’inconnu, que je revis à mon retour en France, avait jaugé qu’un grand naïf comme moi ferait l’affaire, avec son sourire béat, pour leurrer les douaniers à la frontière. Et face au courage de Beata, devant les yeux émus avec lesquels elle me fixait, comment avouer que je n’étais que le dindon d’une sinistre farce et non un courageux espion prêt à risquer ma vie, moi aussi, pour le nouveau destin du peuple polonais ?
Je n’avais passé que trois courtes journées à Gdansk, mais elles avaient changé ma vie. Par la rencontre de Condor à Paris – avant et après l’aller-retour –, par la prise de conscience que la liberté avait un prix, par une réflexion de fond sur le fait que la dignité humaine ne se monnayait pas. Mais aussi par un constat : celui qui sait est responsable d’agir. Pour toutes ces raisons, à mon retour en France, j’avais choisi un chemin de carrière que je ne renierai jamais. Mais cela, c’était une autre histoire.
Par ces heures brûlantes dans la chambre minuscule de Beata, dans une humble maison au confort rudimentaire de la vieille ville de Gdansk, au milieu d’une famille qui lui reprochait sans cesse de s’occuper de ce qui ne la regardait pas, d’accueillir un étranger sous leur toit ce qui allait fatalement leur causer des problèmes, j’ai connu la quintessence de l’amour et son fruit inimaginable, même si parfois il a un goût un peu aigrelet au fond de ma gorge.
— Bon, on pose les valises à l’hôtel et on repart tout de suite à l’adresse où habitait ma mère, lâcha ma fille, tout à coup revigorée une fois arrivée à destination. Avec un peu de chance, on y trouvera quelqu’un de sa famille qui pourra nous dire dans quel cimetière se trouve sa tombe. Ça va me faire du bien de dérouiller mon polonais, moi…
— Attends, Poupette, j’ai près de sept heures de concentration au volant, pesta Blaise, épuisé. Laisse-moi m’allonger une demi-heure pour récupérer, me rafraîchir, prendre une douche rapide. Il est 16 heures, à la demie, je suis frais comme un gardon…
— Non, mais, tu l’entends un peu, ce petit-bourgeois ? Il pense à son petit confort personnel alors que ma mère a donné sa vie pour la liberté de ce pays ! répliqua Sarah, hors d’elle. Tout cela, pour quelques heures de conduite paisible sur des auto-routes sécurisées, au volant d’une…
— Tu es injuste, ma grande, intervins-je par réflexe. Blaise nous a très bien pilotés depuis la Bretagne, il a bien mérité une soirée de repos. De toute manière, ta famille n’est pas au courant de notre venue, alors on peut prendre nos marques et entamer le programme prévu dès demain matin, tu ne penses pas ?
— Bon, puisque les Français sont contre moi, marmonna Sarah en suivant Blaise qui portait ses valises.
— Maman, j’ai soif, ponctua Pauline en traînant la semelle. Je veux boire quelque chose.
Je fermai la marche et admirai la superbe façade du “Baltik Resort”, un magnifique hôtel avec vue sur la mer. Sarah l’avait retenu pour deux raisons. Il était récent, et elle avait à présent les moyens, grâce à Condor, de nous offrir un hébergement de qualité. Ensuite, selon les guides, le grand patron Laurent Cochard était un Français marié avec une Polonaise, ce qui allait faciliter les dialogues pour la petite équipe.
D’un côté du parking, ce bâtiment spacieux avec une entrée royale ; de l’autre une superbe plage où des jeunes s’adonnaient au beach-volley, puis une mer bleu-vert avec à l’horizon, histoire de casser un peu le romantisme, des pétroliers qui attendaient l’autorisation d’entrer au port. Et sur la gauche, le Molo, la mythique longue jetée qui s’avançait dans la mer, aussi connue en Pologne que les planches de Deauville pour les Français.
Sarah avait retenu une suite avec deux chambres, la plus belle de l’hôtel, et à l’annonce de notre arrivée à l’intérieur du hall, Laurent Cochard sortit de son bureau pour nous accueillir. Sémillant quinquagénaire au charme presque slave, il nous salua avec respect et chaleur, s’inquiéta de notre état physique après un si long voyage, avant de nous conduire lui-même vers la suite Regina. Et là, après avoir traversé un vaste salon, directement vers le large balcon à la vue imprenable sur la baie de Gdansk, le directeur me précisa :
— Suite à votre appel téléphonique expliquant les raisons de votre séjour, j’ai effectué quelques recherches à propos de la mort de Beata Nowak, monsieur Capitaine, expliqua le patron de l’hôtel en se tournant vers moi, le visage reflétant un peu d’embarras. Pas aisée comme mission même si, en qualité de président de l’Association franco-polonaise de Poméranie, j’ai des entrées dans bien des bureaux haut placés. Mais le sujet semble sensible, assez embarrassant pour que nombre de mes relations se montrent très évasives.
— C’est sans doute une réaction habituelle dans un dossier de ce genre, répondis-je, surpris de la réserve de notre interlocuteur. Certaines pages du passé du pays restent entourées de mystère.
— Non, pas totalement, je dois me montrer franc. Un ancien leader de Solidarnosc, ami de jeunesse de Beata, est devenu maire de Sopot. D’ordinaire, il est bien informé sur les destins cruels de ses camarades de combat, mais là, il a botté en touche, comme si la question l’embarrassait profondément. Avant de me révéler qu’un membre de la famille de Beata, un Français, lui avait commandé de ne parler d’elle à personne.
— Je pense voir de qui il s’agit, soupirai-je, pensant immédiatement à Condor. Nous n’avons tout de même pas fait ce long voyage pour rien. On doit pouvoir trouver des informations sur Beata Nowak, sur les circonstances de sa mort, sur le lieu où elle repose désormais.
— J’ai tout de même pu vous obtenir un rendez-vous avec le père Adam Zelnik, l’ancien aumônier de la prison où Beata a été détenue de nombreux mois, après son arrestation. Ce ne fut pas chose aisée, une fois de plus, mais il a fini par donner son accord. La rencontre se déroulera demain après-midi, au musée Solidarnosc. Je pourrai vous accompagner, si vous le désirez, ce sera plus facile pour la bonne compréhension.
— Ce ne sera pas la peine, j’ai appris le polonais, je vous le rappelle, coupa Sarah, contrariée par les premières informations et les atermoiements de notre interlocuteur. Et à tout hasard, le nom du cimetière où ma mère est enterrée, vous le connaissez ?
— Euh, oui, bien sûr, mademoiselle Nowak, mais je ne l’ai pas sur moi, ni à l’hôtel, et je n’ai pas l’emplacement de la tombe. Je peux vous transmettre en soirée, une fois de retour à mon domicile, les quelques précisions dont je dispose. Mais, si ce n’est pas indiscret, durant ce séjour à Gdansk, qu’espérez-vous trouver de plus que la simple possibilité de vous recueillir devant la tombe de votre défunte mère ?
— Chaque fois qu’elle vient me parler, la nuit, elle me supplie de découvrir qui l’a trahie, car elle a été arrêtée après une dénonciation, expliqua Sarah, visage fermé et front ridé comme rarement. Je ne veux pas me venger, ce n’est pas dans mes principes, je veux juste comprendre ce qui s’est passé, ce jour-là, tenter de passer un peu de temps dans ce qui fut la fin de son parcours pour me sentir plus proche d’elle. Il me semble que cela m’aidera à faire le deuil de ma mère et aussi à mieux accepter ma condition de jeune femme qui s’est construite toute seule. Depuis la séparation d’avec ma mère, mon parcours n’a pas été facile, croyez-moi…
— Vous savez, mademoiselle Nowak, bien des affaires obscures ont émaillé les événements de cette période autour de Gdansk, mais aussi un peu plus tard dans tout le pays. Des drames et des scandales que je découvre depuis que j’ai épousé Grazyna et que je me suis installé à Sopot. Il reste bien des zones d’ombre et…
— Ça tombe bien, rétorqua Sarah, impérieuse, je suis venue à Gdansk pour les éclaircir !
Mercredi 4 mai, 15 heures – Musée Solidarnosc, Centre européen de la solidarité – Place Solidarnosci, Gdansk
Le matin de cette première journée en Pologne, Sarah avait voulu se balader dans la vieille ville, retrouver des souvenirs de prime jeunesse, s’accrocher à des images floues qui semblaient lui échapper à mesure qu’elle voulait se les réapproprier. En fait, elle se demandait si ces souvenirs correspondaient à des moments vécus avec sa mère ou à des photos vues un peu plus tard dans son enfance, issues des albums familiaux de son oncle. Quand on n’a pas de passé, de souvenirs précis de ses premières années, il arrive parfois qu’on se crée une histoire personnelle, à partir de témoignages et de clichés de l’époque. Sarah voulait aussi mettre de l’ordre dans tout cela.
Gdansk avait changé, la cité laborieuse et grise avait laissé place à une métropole tournée vers l’Occident, bouillonnante de vie et d’activités diverses. Ici, les éclats de rire des jeunes d’aujourd’hui, similaires à ceux de toutes les villes du monde, semblaient vouloir témoigner d’une page tournée, même si, dans la famille de chacun de ces adolescents insouciants en apparence, un drame s’était peut-être déroulé, une personne chère était à jamais absente, que nul n’avait oubliée.
Oui, sans doute, en leur parlant du passé de la ville, pour peu qu’ils se libèrent des écouteurs qu’ils portaient aux oreilles, ces jeunes se souviendraient d’un membre de leur famille lié au mouvement Solidarnosc, d’un acte de bravoure payé au prix fort, ils évoqueraient ces bouquets de fleurs déposés et ces bougies rallumées sur les tombes des disparus, des martyrs de la liberté, pour que leur souvenir ne s’estompe jamais. Mais même si elle avait de la mémoire et du respect, cette génération avait décidé de regarder résolument vers l’avenir.
Ce qui n’était pas le cas de Sarah, partie à cinq ans de Gdansk avec des images brouillées de cette ville, des souvenirs d’une gamine chahutée par l’une des tempêtes de l’histoire, revenue sur sa terre natale, en quête de réponses et de vérités sur ses origines, d’éclaircissements qu’elle n’obtiendrait peut-être pas. Soudain, elle semblait mal à l’aise auprès de toutes ces personnes pour lesquelles elle comprenait à présent qu’elle représentait une ombre embarrassante du passé. Une relation polonaise lui avait conseillé de ne pas effectuer ce voyage, qu’il ne fallait pas réveiller les morts, tourmenter leurs âmes, raviver les mémoires de leurs proches pour faire ressortir des souvenirs pas forcément agréables, parfois bien embarrassants.
Ce décalage, c’était la réalité que je pressentais un peu avant notre départ de Bretagne entre ce que Sarah aimerait trouver et ce qu’elle allait découvrir ou simplement subodorer face au mutisme des derniers témoins. Après tout, les gens d’aujourd’hui n’avaient aucun intérêt à l’aider dans sa quête personnelle. Ce qui me semblait parfaitement normal. Les Polonais regardaient devant eux, comme tout peuple tente, comme il le peut, d’effacer les plaies du passé, les divisions entre les familles de héros et les familles de salauds, les suspicions non avérées, les doutes jamais totalement évacués. Ils n’étaient de toute manière pas plus responsables les uns que les autres des actes suspects de leurs devanciers.
Après un rapide déjeuner dans l’un de ces restaurants typiques de la rue Longue (ulica Dluga pour les Polonais), avec leurs façades colorées aux pignons de style germanique, nous prîmes la direction du musée de Solidarnosc. Et comme il fallait que l’un de nous se dévoue pour rester dans la voiture en compagnie de Pauline, ce fut Blaise qui s’y colla, une fois de plus. Cela ne le dérangeait pas. Cette quête n’était pas la sienne et, s’il aimait Sarah, s’il pouvait tout accomplir pour la soutenir, il n’avait pas envie de prendre parti dans une question qui ne le concernait pas.
Voilà comment on se trouva, Sarah et moi, devant un imposant bâtiment moderne majoritairement métallique, que l’on aurait dit presque rouillé, situé non loin du port en pleine transformation, comme tout le quartier et les anciens chantiers navals Lénine aujourd’hui avalés par un grand groupe international.
En s’en approchant, il me semblait pourtant percevoir encore l’odeur des fièvres ouvrières, entendre les slogans des grandes manifestations, sentir à nouveau en moi les impressions d’une époque si tourmentée, mais si importante, dont je ne mesurais pas réellement, à l’époque, l’importance pour l’histoire du continent.
À mes côtés, Sarah ne disait pas un mot, elle non plus. J’ignorais ce qu’elle éprouvait au fond d’elle-même, je savais juste qu’elle était brassée, lessivée, essorée par la grande machine de l’histoire. Elle voulait savoir, elle pensait trouver, elle comprenait un peu plus chaque minute que ses interrogations n’étaient plus celles de gens de sa génération ou de la plus jeune. Ceux-là voulaient oublier les années soixante-dix et quatre-vingt, parfois par peur de découvrir une horrible vérité, parfois par facilité intellectuelle et confort de vie quotidienne. En approchant de la porte d’entrée du musée, je pris ma fille par l’épaule, elle se laissa faire. Après tout, ce n’était pas uniquement son histoire, c’était notre histoire.
— Quoi que tu trouves, quoi que nous apprenions sur ta mère, sache que je serai toujours là et que tu peux tout me dire. Ta colère, ta haine, ta révolte intérieure, ton incompréhension, ta douleur insondable, ta détresse, ta frustration.
— J’aimerais tant repartir avec des réponses à des dizaines de questions, j’aimerais voir des photos de ma mère après mon départ de Pologne, j’aimerais savoir qu’elle n’a pas trop souffert, mais j’ai compris que tout cela, à présent, c’est presque impossible, bredouilla Sarah en se collant à moi. Je voudrais effacer de moi l’idée fixe que je n’ai pas tout fait pour elle, que si j’avais réagi quand j’étais ado il n’aurait peut-être pas été trop tard pour…
— Ma grande, que vas-tu penser ? Depuis quand les enfants sont responsables du destin de leurs parents ? m’insurgeai-je en voyant ma fille en larmes. Ta mère est devenue une héroïne, comme des centaines d’autres anonymes du pays et c’est ce que tu dois garder d’elle comme image. Elle n’a pas combattu pour elle, mais pour la liberté de son peuple. C’était son choix, c’était son destin. Et si elle t’a laissée t’envoler un jour vers la France, c’était parce qu’elle avait compris que tu serais plus heureuse loin d’elle. Après, qu’elle soit morte très vite en prison ou des années plus tard après une douloureuse captivité, cela ne t’apportera rien de plus, en valeur positive. Voilà la seule vérité du moment. Allez, on y va ? Tiens, essuie-toi les yeux…
Quand un solide septuagénaire en costume strict – et qui ne pouvait renier ses origines slaves – s’approcha de nous, je compris qu’il s’agissait du père Adam Zelnik. D’emblée, il s’excusa de ne pas parler le français ; Sarah lui demanda de s’exprimer plus lentement pour qu’elle puisse traduire. Il allait lui falloir quelques jours pour maîtriser à nouveau correctement sa langue maternelle. Le regard empli de bonté et de sagesse de l’homme d’Église me détendit ; notre interlocuteur n’allait pas faire souffrir davantage Sarah. Même si les nouvelles qu’il nous communiquerait n’étaient forcément pas positives et réjouissantes, il saurait faire preuve de tact avec nous.
Il proposa, avant toute discussion, de visiter le musée en y pénétrant par le mythique portail n° 2, lieu de rassemblement des ouvriers en grève. Là, nous nous équipâmes en audiophones pour une visite commentée en langue française, plus confortable. Certaines évocations de l’époque donnaient une véritable idée des événements parfois sanglants qui s’étaient déroulés au quotidien dans la ville. Au nom de la solidarité, de la liberté et de la démocratie.
On se baladait au milieu de souvenirs, d’objets importants ou anodins, de documents récupérés, de reconstitutions de scènes à l’aide de films ou de documents sonores d’époque, de sorte qu’au fil des salles et du circuit scénographié il nous semblait nous retrouver dans l’ambiance de cette période brûlante. Comme cette grue à portique jaune, celle-là même dans laquelle travaillait l’ouvrière du chantier naval Anna Walentynowicz, l’une des figures du combat syndical de Solidarnosc. Ou encore la veste de cuir criblée de balles de Ludwik Piernicki, un jeune travailleur de vingt ans, veste pendue à un mur du musée. Il avait été assassiné par l’armée au petit matin du 17 décembre 1970, alors que sa mère l’avait supplié de rester à la maison. Mais aussi les mythiques panneaux de bois des vingt et une revendications écrites à la main en septembre 1980, suspendus aux grilles des chantiers navals, anciens chantiers Lénine.
Mais pour Sarah, le plus insoutenable fut de découvrir une camionnette bleue antiémeute utilisée par la milice pour les arrestations d’opposants au régime, puis la reproduction d’un bureau d’interrogatoire des services secrets, certainement semblable à celui dans lequel sa maman avait été questionnée de longues heures, torturée peut-être, avant d’être expédiée dans une cellule de prison.
Si l’exposition permanente était répartie sur deux étages, le prêtre tint à nous mener au sixième où le toit-terrasse offrait une vue sur les chantiers navals et les fameuses grues toujours debout, comme autant de fantômes d’un passé si intense. Là où tout avait commencé. Et même si, par-derrière, les tours d’immeubles récents nous rappelaient que nous étions bien au XXIe siècle et non quarante années plus tôt, l’impression restait bien prégnante.
— Si Lech Walesa est bien une figure incontournable de Solidarnosc, il serait réducteur de circonscrire le mouvement à sa personne, comme de croire que seuls les hommes des chantiers navals ont été partie prenante du combat, expliqua le prêtre – paroles que Sarah me traduisit. Lors des grèves de 1980, dix mille personnes ont été incarcérées dans tout le pays, dont mille femmes, parmi lesquelles votre mère. L’une d’elles a même écopé de la plus lourde peine de prison. Sans la ténacité de ces femmes, il n’y aurait pas eu de résistance, leur rôle a été capital. Votre mère était une femme courageuse, elle est une héroïne.
Sarah demeura muette, le visage marqué par sa douleur intérieure après un tel choc émotionnel, une pareille plongée dans un passé dont elle était loin d’imaginer l’intensité, la violence. Notre guide nous proposa de redescendre pour discuter paisiblement à l’abri du vent marin. Ce que nous fîmes tous trois en silence, perdus dans nos pensées et nos réflexions.
Une fois de retour dans le hall d’entrée, immense au point que de grands arbres y poussaient, le prêtre nous mena vers une pièce discrète où nous pourrions dialoguer plus sereinement. Sarah et moi étions encore marqués par l’avalanche d’informations et de témoignages recueillis au fil des salles du musée, des paroles poignantes et des scènes magistralement reconstituées. Près de deux mille objets très divers, restituant le cadre et l’atmosphère de l’époque, avaient été rassemblés en ce lieu. Autant de souvenirs criants qui hanteraient certainement nos esprits durant des jours et des semaines ; comme, à l’extérieur, le monument de la solidarité, haut de quarante-deux mètres, formé de trois croix de béton portant chacune une ancre marine – un mémorial dédié aux quarante-deux victimes abattues pendant la grève de 1970.
Une fois tous trois isolés dans une sorte de petit salon indépendant, notre interlocuteur prit Sarah à part et lui parla en polonais, certainement du destin de sa mère. Je compris que je n’avais pas ma place dans ce dialogue et restai à distance, pour ne pas les déranger. Le prêtre parlait, Sarah ne disait rien, se contentant de hocher la tête. Je voyais pourtant son visage se crisper à mesure du récit, avant que des larmes ne coulent de ses yeux. Elle posa juste une question, avec difficulté. L’homme d’Église lui adressa une courte réponse puis la prit dans ses bras où elle s’effondra en gros sanglots. La scène dura au moins deux minutes qui me semblèrent une éternité. Mais pour rien au monde je n’aurais perturbé cet instant si poignant.
Enfin le prêtre se redressa, il prit Sarah par les épaules et lui dit sûrement qu’elle devait être forte. Une fois de plus, ma fille opina de la tête sans prononcer un mot. Puis notre interlocuteur vint me saluer et nous accompagna vers la sortie. Après un rapide entretien avec Sarah, il se retira discrètement, me laissant seul face à ma fille effondrée. Nous restâmes là, tous deux sur le parvis, pendant un petit bout de temps, avant que ma fille réponde à une interrogation que je ne lui avais pas posée.
— Il m’a expliqué le sort réservé aux militants qui se faisaient attraper durant l’état de siège et la loi martiale, les longs interrogatoires dans les petites pièces du bureau de police, pour forcer la personne à livrer des informations, des noms. Si besoin, par la torture, même pour les femmes. Lui, il les voyait après, ces héros, quand ils étaient encore en vie, souvent dans un sale état, et emprisonnés pour de longues périodes. Il ne se souvient pas réellement de ma mère, il sait juste qu’elle figure dans les registres de la prison, ce qui signifie qu’à l’époque, elle n’a pas été tuée dans la rue.
— Mais elle est morte en prison ?
— En fait, lui, il allait remonter le moral des captifs masculins de la prison, alors que des religieuses prenaient soin des femmes incarcérées, il ne peut donc pas me préciser les conditions de captivité de ma mère, pas plus que la durée de son incarcération jusqu’à sa mort.
— Et il t’a quand même certifié que Beata était décédée ? insistai-je.
— Oui, hélas, dans le registre mortuaire de la prison, son décès est bien mentionné. Elle n’a certainement pas supporté les tortures ; il m’a expliqué que ce sont les raisons les plus fréquentes de mort. Mais parfois il arrivait que certains prisonniers attrapent de graves maladies et disparaissent ainsi…
— Je suis désolée pour toi, ma grande ! Je sais que tu espérais encore la retrouver vivante…
— Maintenant que je sais avec certitude qu’elle est morte, j’espère juste qu’elle continuera toujours à venir me parler de temps en temps, la nuit, pendant mon sommeil… Et puis, j’ai compris que ma maman était une héroïne, je me dois donc de ne pas la décevoir, de marcher la tête haute, malgré ma détresse affective.
Mercredi 4 mai, 18 heures – Molo, jetée de Sopot
Sarah n’avait pas dit un mot durant le trajet du retour jusqu’au Baltik Resort. Même à Pauline qui s’inquiétait de voir sa mère triste et voulait connaître la cause de sa peine. Pour sa part, Blaise nous ramenait vers la plage de Sopot en suivant les indications de son GPS. Le trajet d’une vingtaine de minutes pour rejoindre l’hôtel se termina agréablement en longeant la Baltique. Le temps de se changer et, après être convenu qu’un peu de marche nous ferait le plus grand bien, on se retrouva tous les quatre à se balader le long de la plage. La température était assez agréable et, même si le soleil déclinait vite, de nombreux jeunes s’activaient, qui joyeusement au beach-volley, qui courageusement dans un long footing, voire même pour quelques brasses dans une eau pas très chaude.
Bien sûr, la môme voulut une glace que Blaise s’empressa de lui offrir alors que Sarah et moi poursuivions notre marche en direction du Molo, la plus longue jetée en bois d’Europe avec ses quelque cinq cents mètres de long, ce qui valut à Sopot de se faire parfois nommer la Deauville de la Baltique. Bon, bien sûr, comme partout de nos jours, l’accès était payant, et même pas trop cher – moins de dix zlotys – le portique cassait un peu l’ambiance. Mais après, c’était comme une impression de marcher sur les flots. Enfin, en temps normal, car là, derrière ses lunettes de soleil, Sarah avait le masque et ce n’était pas pour plonger.
— Si tu as envie de craquer, de pleurer, de hurler ta douleur, d’en vouloir à la terre entière, ne te freine pas, je suis là pour tout entendre, ma grande !
— Même pas, parvint à me répondre Sarah. Juste une profonde déception, comme un rêve qui s’effondre, un infime espoir qui s’envole. Je savais, il était stupide de ne pas voir la réalité en face, mais j’imaginais un miracle… Comme si ses tortionnaires laissaient la moindre chance à leurs proies… Surtout quand il s’agit d’une jeune femme fortement engagée dans ce combat… Mais quand même, là, une mère de famille…
— Tu sais, pour tout t’avouer, moi aussi j’aurais aimé un miracle, même si la vie m’a appris à ne pas me bercer d’illusions, jusqu’à toi ! avouai-je timidement. J’aurais aimé avoir un jour ta mère devant moi. Presque par égoïsme, pour lui dire tout ce que je n’ai pas pu lui avouer durant ces trois folles journées, mon amour sincère en priorité. Sans doute n’ai-je jamais aimé aussi intensément une femme que ta mère. Dominique, bien sûr, mais elles sont si différentes, elles sont les opposés… Enfin, Beata était si différente de Dominique, elle avait une lumière en elle qui diffusait son rayonnement à son entourage, une énergie communicative, je l’aurais suivie au bout du monde. Et aussi ses paradoxes permanents : sa passion et sa tristesse, sa force et ses fragilités, ses convictions et ses craintes de l’inéluctable fin de l’histoire, sa quête d’absolu et sa peur de la seconde d’après. Toute la beauté de l’âme slave ! Cette beauté particulière qui t’illumine aussi.
