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Voilà que Mary Lester s'éloigne de ses bases !
Requise par son "ami" Mervent, devenu conseiller du ministre de l'Intérieur, elle pousse jusqu'en Vendée, sur l'île de Noirmoutier, pour traiter une affaire délicate : un cas d'empoisonnement dans la résidence d'été d'une personnalité politique de premier plan. Évidemment il lui faudra marcher sur des œufs, ces VIP ont l'épiderme sensible et tiennent plus que tout à la discrétion, craignant que la presse s'empare de l'affaire. Après une entrée plus que délicate dans l'île, la voici donc à pied d'œuvre dans un décor de rêve. Cependant l'envers de ce décor se révélera vite nettement moins reluisant qu'un environnement de carte postale le laissait supposer et il lui faudra faire preuve de beaucoup d'intuition et de doigté pour se sortir sans dommages d'une situation particulièrement délicate.
Notre héroïne devra faire preuve de toute sa dextérité pour mener à bien cette enquête vendéenne riche en rebondissements !
EXTRAIT
«On est déjà venus par là, n’est-ce pas ma grenouille ?»
Mary Lester tapota de la main le volant de la vaillante petite Twingo qui allait bon train sur la route de Saint-Nazaire, traversant les friches industrielles subsistant en bord de Loire.
Le grand pont apparut dans le lointain, mince et sinueux comme un ruban de paquet cadeau géant, abandonné au dessus du large estuaire.
Vu de loin, on se demandait comment les voitures pouvaient rouler là-dessus, mais au fur et à mesure qu’on s’en rapprochait, on se rendait compte que c’était une véritable autoroute qui enjambait les flots jaunes de la Loire.
Elle eut juste le temps d’apercevoir, en contrebas sur la droite, le taudis où avait vécu le sinistre Armanjéo, l’assassin du juge Ménaudoux.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Les Mary Lester, c'est avant tout une atmosphère et un personnage que l'on suit avec plaisir de tome en tome. - Tana77, Babelio
Avec son style, ses précisions, son univers, Jean Failler nous montre une rivalité entre des personnages que l'on pourrait rencontrer près de chez soi. - Domdu84, Babelio
À PROPOS DE L'AUTEUR
Cet ancien mareyeur breton devenu auteur de romans policiers a connu un parcours atypique !
Passionné de littérature, c’est à 20 ans qu’il donne naissance à ses premiers écrits, alors qu’il occupe un poste de poissonnier à Quimper. En 30 ans d’exercice des métiers de la Mer, il va nous livrer pièces de théâtre, romans historiques, nouvelles, puis une collection de romans d’aventures pour la jeunesse, et une série de romans policiers, Mary Lester.
À travers Les Enquêtes de Mary Lester, aujourd’hui au nombre de cinquante-neuf et avec plus de 3 millions d'exemplaires vendus, Jean Failler montre son attachement à la Bretagne, et nous donne l’occasion de découvrir non seulement les divers paysages et villes du pays, mais aussi ses réalités économiques. La plupart du temps basées sur des faits réels, ces fictions se confrontent au contexte social et culturel actuel. Pas de folklore ni de violence dans ces livres destinés à tous publics, loin des clichés touristiques, mais des enquêtes dans un vrai style policier.
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Seitenzahl: 309
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Jean FAILLER
Casa
del amor
Editions du Palémon
ZA de Troyalac’h
10 rue André Michelin
29170 St-Évarzec
Ce livre appartient à
xxxxxxexlibrisxxxxxx
A mes amis :
Gwénolé le Men
Yan Balinec
Hervé Léon
Bernard le Nail
Jacques Douguet
Charles Parmentier
Roger Gicquel
Christiane Bernard
Remerciements à :
Jean-Paul Birrien
Anne Boëlle
Jean-Michel Bourdin
Jean-Claude Colrat
Marie-Laure Duhamel
Delphine Hamon
Lucette Labboz
Marcelle Schmidt
Isabelle Stéphant
Remerciements particuliers à madame Nadine Chantreau pour sa documentation
qui m’a permis d’envoyer Mary Lester enquêter dans sa si belle île ...
Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.
ISBN 978-2916248-11-0
La loi du 11 mars 1957 n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur, de l’éditeur ou de leurs ayants droit ou ayants cause, est illicite (alinéa 1er - article 40).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code Pénal. 2010/© Éditions du Palémon.
Retrouvez les enquêtes
de Mary Lester sur internet :
www.palemon.fr/110-les-enquetes-de-mary-lester
Éditions du Palémon
ZA de Troyalac’h - N° 10
Rue André Michelin - 29170 St-Évarzec
Dépôt légal 4e trimestre 2009.
«On est déjà venus par là, n’est-ce pas ma grenouille ?»
Mary Lester tapota de la main le volant de la vaillante petite Twingo qui allait bon train sur la route de Saint-Nazaire, traversant les friches industrielles subsistant en bord de Loire.
Le grand pont apparut dans le lointain, mince et sinueux comme un ruban de paquet cadeau géant, abandonné au dessus du large estuaire.
Vu de loin, on se demandait comment les voitures pouvaient rouler là-dessus, mais au fur et à mesure qu’on s’en rapprochait, on se rendait compte que c’était une véritable autoroute qui enjambait les flots jaunes de la Loire.
Elle eut juste le temps d’apercevoir, en contrebas sur la droite, le taudis où avait vécu le sinistre Armanjéo, l’assassin du juge Ménaudoux.
Le lierre avait encore gagné et son épais manteau vert couvrait maintenant presque toute la toiture de fibro-ciment.
Elle frémit en repensant à Armanjéo, la brute intégrale, qui avait pulvérisé une voiture de police à la hache avant qu’elle ne lui vide le chargeur de son revolver dans les jambes pour réussir enfin à l’arrêter.
Où était-il maintenant ? Il devait avoir fini son temps de prison et, bien qu’il n’y eut que peu de chances pour qu’elle se retrouve nez à nez avec lui, le savoir dans la nature lui donnait des petits picotements le long de la colonne vertébrale.
La pente était raide, elle dut descendre une vitesse pour arriver au premier portique qui pointait vers le ciel tout au sommet de l’ouvrage d’art. La petite voiture hoquetait, semblant trouver la pente particulièrement ardue, si bien que Mary dut rétrograder une nouvelle fois avant d’atteindre le sommet du pont.
— Ben dis donc ma vieille, on n’a plus ses roues de vingt ans !
Il lui arrivait ainsi de parler à sa voiture lorsqu’elle voyageait seule. La petite voiture offerte «spontanément» par la marine nationale après la destruction de son Austin par les commandos de marine lui avait fait un long usage.
Elle reprenait de la vitesse en entamant la descente qui la mènerait de l’autre côté de la Loire et Mary continua de l’encourager :
— C’est bien, ma grenouille, c’est bien !
Et elle songea que jamais la grenouille, comme elle disait, ne l’avait laissée en panne. Toujours pleine de bonne volonté malgré plus de deux cents mille kilomètres au compteur. Il faudrait pourtant, un de ces jours, songer à lui trouver une remplaçante car les voitures, même de bonne volonté, ne sont pas éternelles.
Mary n’était pas pressée. Tant que la «grenouille» roulerait sans avatars, elle la conserverait. Il s’était noué entre elle et son véhicule un curieux lien affectif que la plupart des gens auraient trouvé ridicule. (Comme ils auraient trouvé ridicule de l’entendre lui parler) Mais c’était ainsi. Elle avait l’âme conservatrice et il en était de même avec de vieux vêtements qu’elle avait trouvés confortables et qu’elle hésitait à jeter.
Tant que ça roulerait…
Du haut du pont on avait une vue aérienne de l’estuaire qu’on avait l’impression de survoler, si bien que les montagnes de sable entassées par les gravières de Loire sur les berges ne paraissaient pas plus grosses que les pâtés que font les petits enfants sur les plages en été.
Vers le sud, le marais breton s’étendait à perte de vue, gris et vert, avec des coulées d’eau qui brillaient au soleil. Car il faisait soleil. Contrairement à la dernière fois où elle était arrivée à Saint-Nazaire avec sa Twingo toute neuve, sous un déluge invraisemblable.
Pourquoi appelait-on «Marais Breton» ces terres qui, géographiquement parlant, étaient plus vendéennes que bretonnes ? Marais, d’accord, l’eau semblait sourdre de toute part et, avant que cette route qui filait tout droit vers l’horizon eut été tracée, il devait être périlleux de s’aventurer dans ce paysage.
Les armées républicaines, au temps de la chouannerie en avaient su quelque chose et s’en étaient vengées avec une férocité sans nom. Mais Breton… Pourquoi Breton ? Qu’avait-il de Breton, ce marais ?
Dans leur volonté de retrouver la Bretagne de leurs ancêtres et ses cinq départements, les bretons seraient-ils tentés d’annexer également le sud de la Loire ?
La bonne question, dont Mary Lester ignorait la réponse. Elle n’était pas tenue d’élucider ce mystère et le temps des guerres de conquête n’était plus au goût du jour.
La veille, le commissaire Fabien l’avait convoquée dans son bureau et, après les civilités d’usage, l’avait contemplée sans mot dire, un demi sourire aux lèvres.
Elle lui avait rendu son regard ironique :
— Sur quel coup tordu projetez vous de m’expédier cette fois, Monsieur ?
Le commissaire n’avait pu retenir un petit mouvement de tête en arrière accompagné d’un pincement des lèvres et Mary, très contente d’elle-même avait pensé : «Touché, monsieur le commissaire !»
Il avait protesté :
— Qu’est-ce qui vous laisse à penser qu’il s’agit d’un coup tordu ?
Elle lui avait montré son auriculaire ostensiblement braqué vers son oreille :
— Mon petit doigt. Quand vous me convoquez comme ça, au débotté, c’est qu’il y a anguille sous roche.
Comme il ne pipait mot, se contentant de la regarder en souriant, elle avait demandé :
— Alors, où est-ce que ça se passe ?
Le commissaire Fabien avait essayé de reprendre la main :
— Devinez !
Elle répondu d’un ton badin :
— Je préfère l’entendre de votre bouche, patron.
Content de sa petite victoire, le divisionnaire Fabien avait croisé les doigts sur sa petite brioche et avait incliné la tête en fermant à moitié l’œil gauche, un tic qu’il avait conservé de l’époque où il avait en permanence une Benson à bout liège entre les dents. Une sérieuse alerte de santé l’avant contraint à renoncer aux délices du tabac, mais aux mouvements nerveux de ses doigts cherchant quelque chose à serrer, on devinait qu’il s’en faudrait de peu pour qu’il replonge.
— Ah ah, on ne se mouille pas, capitaine. Pas envie de parier, cette fois ?
Elle avait répondu vertueusement :
— Il ne faut jamais parier avec ses supérieurs, Monsieur, quand ils perdent, ça les met de mauvaise humeur.
— Cette fois, dit le commissaire avec assurance, je ne risque rien.
Mary avait fait la moue :
— Alors ce n’est pas un marché honnête et ça m’étonne de vous, patron. Mon père prétend qu’il a connu, lorsqu’il faisait son service militaire, un officier qui affirmait : «Je ne parie que quand je suis sûr de gagner. Quand je ne suis pas sûr, je donne ma parole d’honneur».
— Belle mentalité, fit Fabien amusé.
Et Mary précisa :
— Ce n’était qu’une boutade.
— Allez savoir, avec les militaires, soupira Fabien. Puis il avait laissé tomber :
— La Vendée.
Mary ne répondant pas, il précisa :
— L’île de Noirmoutier, pour être exact…
Elle demanda :
— Et que se passe-t-il sur l’île de Noirmoutier ?
— Un empoisonnement…
— Mortel ?
— Qui aurait pu l’être…
— Quelqu’un d’important ?
— Si on veut.
Il soupira :
— La dame de compagnie de la belle-mère d’un notable.
— Holà ! fit-elle.
— Ça vous effraye ?
— Oui. Les cinglés qui tuent de cette manière m’effrayent. Un coup de flingue, de hache ou de binette sous le choc d’une déception, d’une colère, d’une passion trahie je peux comprendre, mais verser jour après jour du poison dans la soupe d’un proche et le regarder crever à petit feu, ça c’est vraiment horrible.
— Ouais, dit le commissaire.
Pensait-il à son épouse qui l’accablait de granules, pilules, potions en pensant à ça ? Elle se garderait bien de poser la question.
— Et qu’est-ce qui vous amène à m’expédier en Vendée pour ça ?
— Vos mauvaises relations…
Mary Lester réprima un sourire, elle allait pouvoir contrarier son supérieur.
— Je suppose que vous voulez parler du conseiller Mervent…
Le visage de Fabien se rembrunit.
— En effet.
Elle ironisa :
— Il serait ravi d’apprendre que vous le classez dans les «mauvaises relations». C’est le chef de cabinet et le premier conseiller du ministre de l’Intérieur, tout de même !
Cette fois Fabien ne rigolait plus du tout. Ce Mervent était un intrigant, mais on le disait très influent auprès d’un ministre de l’Intérieur qui se voulait efficace sans avoir la moindre compétence pour l’être. (Mervent, pour tout dire, n’en avait guère plus).
Mary enfonça le clou :
— Figurez-vous qu’il m’a téléphoné juste avant que j’arrive au commissariat.
Fabien balbutia :
— Parce qu’il a…
— Mon numéro de portable ? Mais oui ! D’ailleurs moi aussi j’ai le sien. Il me téléphone de temps en temps.
— Il vous…
— Il me téléphone, oui.
— Mais pourquoi ?
— Pour me demander, quand ses compétences faiblissent, mon avis sur tel ou tel problème de police.
Elle ajouta négligemment :
— Nous avons gardé d’excellentes relations.
Fabien persifla :
— En somme vous voilà conseillère du conseiller !
Elle minimisa son rôle :
— Faut pas exagérer, patron, il me demande juste quelques petits tuyaux.
— Vous saviez donc que vous deviez aller à Noirmoutier ?
Elle prit son air le plus candide et laissa tomber : «oui».
Le commissaire Fabien parut fâché :
— Et vous me laissez exposer des choses que vous connaissez mieux que moi !
— Oui, mais comme je suis honnête, je n’ai pas parié !
Fabien grommela :
— Il n’aurait plus manqué que ça !
— J’aurais pu, ajouta-t-elle, gager quelque chose de gros… Un dîner à Rosmadec, par exemple.
Le commissaire était toujours débiteur de ce dîner qu’il avait avait promis à Mary dans un moment d’euphorie à la fin d’un repas mémorable au café du port à l’Île-Tudy. C’était devenu l’Arlésienne, le commissaire redoutait que sa moitié apprenne qu’il invitait son enquêtrice préférée dans ce haut lieu de la gastronomie bretonne.
Et, lorsqu’elle voulait taquiner le patron, elle n’avait qu’à prononcer ce nom : «Rosmadec» pour le plonger dans l’embarras.
Et là, il était plus qu’embarrassé. Il fit mine de ne pas entendre et graillonna à deux ou trois reprises : «hum… hum…». Puis il demanda :
— Je suppose que vous acceptez cette mission ?
Elle assura :
— Je suis à vos ordres, patron.
Il persifla :
— Rien ne me dit que s’il s’était agi d’une enquête en banlieue au mois de novembre, vous auriez manifesté la même docilité.
— Ce n’est pas pareil, assura-t-elle, je n’ai aucune compétence pour aller me fourrer dans des zones de non droit… Tandis que dans une île… au bord de la mer… Au mois de septembre…
Fabien avait bougonné :
— Non droit… Non droit… Qu’est-ce que ça veut dire, non droit ?
— Vous le savez aussi bien que moi !
Ce qu’elle pouvait l’agacer !
— Bien, vous partez quand ?
— Demain matin.
Il soupira :
— Je n’ai malheureusement pas d’éléments à vous donner…
Elle se leva :
— Ce n’est pas grave, patron, Ludo m’a téléphoné pour m’expliquer en gros ce dont il s’agissait.
Fabien avait une nouvelle fois froncé les sourcils :
— Ludo ?
— Oui, Le conseiller Ludovic Mervent si vous préférez.
Le visage du patron s’était soudain empourpré, mais l’explosion qu’elle attendait ne vint pas. Elle admira in petto : «Quel self contrôle !»
Néanmoins sa voix était pleine de colère contenue. Il articula :
— Je ne préfère pas ! Ça y est, vous en êtes à vous appeler par vos prénoms à présent ?
Elle leva les mains comme pour s’excuser :
— C’est lui qui a commencé, depuis quelques temps il m’appelle Mary, alors…
— Alors vous l’appelez Ludo ?
— Ben oui !
— Et moi alors, vous m’appelez comment ?
— Eh bien… Patron.
— Oui, mais quand je ne suis pas là.
— Quand vous n’êtes pas là je ne vous appelle pas, dit-elle avec une fausse candeur.
Le commissaire respira fort et dit, presque trop calmement :
— Je veux dire en mon absence, quand vous parlez de moi avec ce grand dépendeur d’andouilles de Fortin, vous m’appelez comment ? Lulu ?
Elle faillit pouffer :
— Oh, patron !
— Pourquoi pas ? Je vous appelle bien Mary, moi aussi !
Elle réfléchit et dit :
— C’est une idée… Je n’y avais jamais pensé, mais puisque vous me le suggérez… Quoique… Ça ferait un peu familier tout de même. Vous voyez ça, si vous m’invitez à Rosmadec avec madame Fabien et que je laisse tomber : «Lulu, vous ne voulez pas me passer la moutarde ?»
Cette perspective sembla fâcher le commissaire Fabien si bien qu’il parut une nouvelle fois sur le point d’exploser.
— Pff ! fit-il exaspéré. Fichez moi le camp !
Elle se leva, gagna la porte et, la main sur la poignée elle tenta de le rassurer :
— Je plaisantais, patron.
— Humph ! fit Fabien qui n’en était pas tout à fait persuadé. Enfin, tenez moi au courant, capitaine Lester ! Je suppose que vous ne manquerez pas de faire appel aux service du lieutenant Fortin ?
— Si besoin est, patron, cependant je ne crois pas avoir à le déranger.
— Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
— C’est une affaire d’empoisonnement, patron, donc à priori un crime de femme… si toutefois il y a crime, bien entendu.
— Bien entendu, fit Fabien en écho. Il n’y a d’ailleurs pas eu crime, puisque la victime n’est pas morte.
Elle suggéra :
— Ça sera peut-être pour la prochaine fois.
— C’est ça, avait ricané Fabien, le criminel attend que la célèbre enquêtrice Mary Lester soit sur place pour passer aux choses sérieuses.
Il redit, mais moins agressivement :
— Fichez moi le camp, jeune fille !
Elle avait fermé doucement la porte en riant et filé venelle du Pain-Cuit préparer ses bagages.
Maintenant, la route était aussi plate que le plat pays qu’elle traversait, ce qui convenait parfaitement à la Twingo. En franchissant la Loire, l’architecture des maisons avait changé. Sur les toits, les tuiles avaient remplacé les ardoises, égayant le paysage gris vert de taches oranges.
Des troupeaux de bovins paissaient paisiblement dans des pâtis clos de fils de fer tendus sur des poteaux de bois.
Mary suivait à présent une route départementale toute droite où la circulation était rare, ce qui lui permettait de conduire distraitement en repensant à la conversation qu’elle avait eue avec le conseiller Mervent.
Car, en dépit de ce qu’elle avait dit au commissaire Fabien - toujours ce goût de la provocation -, elle continuait d’appeler Mervent «Monsieur le chef de Cabinet» avec une déférence trop ostensible pour ne pas s’apparenter à de l’ironie.
Elle savait combien ces fonctionnaires aux dents longues sont imbus de leur titre et quel est leur plaisir quand ils entendent un subalterne le leur donner avec toute l’onction et le respect dû à leur grand mérite.
S’il n’y avait que ça pour leur faire plaisir, Mary était tout disposée à en rajouter quelques couches, convaincue que les compliments outrés ridiculisent plus ceux qui les reçoivent et qui les acceptent que ceux qui les dispensent.
En revanche, dans un soucis de faire «d’jeune» et «branché», le conseiller Mervent n’hésitait pas à lui donner du «ma chère Mary», familiarité puérile qui la faisait sourire.
En fait, lorsque que le conseiller Mervent l’avait appelée, c’était tout simplement pour la prier de bien vouloir rendre visite à une certaine dame Helder qui avait une requête à lui présenter.
Une requête ? Ce n’était pas souvent qu’un policier de rang subalterne était l’objet d’une requête. D’ordinaire, il prenait ses ordres de son chef et ce sans discuter. Alors une requête… Le terme la laissait perplexe.
— Qui est cette dame Helder ? demanda-t-elle.
— La belle mère du sénateur Bélier, précisa Mervent.
Le joli nez de Mary Lester se plissa. Un sénateur ? Ça sentait l’affaire politique et le monde de la politique était un monde qu’elle n’affectionnait pas.
— Le sénateur Bélier est un membre influent de la majorité présidentielle, ajouta Mervent.
Bélier… Ce nom fit tilt dans la cervelle de Mary Lester.
— Bélier, répéta-t-elle, il est donc sénateur à présent ? La dernière fois que j’ai entendu parler de ce monsieur, il n’était que vice-président de je ne sais quoi…
— De la région Loire Atlantique, ma chère, avait précisé Mervent d’un ton sucré, mais maintenant il en est le président et il est également rapporteur à la commission des lois.
Certes, Mervent ne pouvait pas la voir, cependant Mary avait hoché la tête d’un air entendu en pensant : Un homme important, ce Gédéon, Bélier… Elle soliloquait : Comme quoi, même avec un prénom de canard et un nom de mouton, on peut faire carrière en politique.
Elle demanda à Mervent :
— Et vous dites que cet important personnage a requis ma présence ?
Mervent avait confirmé :
— Absolument, ma chère ! Ça semble vous étonner…
— Pour ça oui ! en son temps j’ai été amenée à passer les menottes à sa fille. Je pensais qu’il aurait pu m’en garder rancune.
— De vous à moi, avait dit Mervent en baissant la voix, cette jeune écervelée lui a causé bien du souci…
Ouais, avait pensé Mary, et comme je peux lui servir, il oublie. Quitte à ce que la mémoire lui revienne si les choses ne tournent pas comme il l’espère.
Elle demanda :
— C’est donc une affaire où est impliquée Marion Bélier ?
— Non pas… C’est un peu compliqué.…
Mervent semblait tout à coup embarrassé. Il précisa :
— Une employée de maison a été empoisonnée dans une propriété appartenant à la famille Bélier.
— Empoisonnée ?
— Ouais. Elle n’en est pas morte, mais il s’en c’est fallu de peu. Il semble que ce soit un empoisonnement vraisemblablement accidentel. mais vous savez ce que c’est, dès qu’un fait divers se produit dans l’entourage d’un homme politique de la majorité, l’opposition s’en empare et tâche d’en faire un scandale. Pour le moment l’affaire ne s’est pas ébruitée et le sénateur Bélier - qui est un ami personnel - m’a fait part de ses soucis. Mais c’est surtout sa belle mère madame Helder souhaite vous rencontrer…
Mary s’étonna :
— Que me veut cette bonne dame ?
— Elle vous admire beaucoup. Elle a lu plusieurs comptes rendus de vos enquêtes et s’est mis en tête de vous faire venir pour tirer les choses au clair.
Mary pensa que, pour ce qu’elle avait entendu, ça lui semblait aussi clair que du jus de chique dans une bouteille en bois. Mais sa curiosité était éveillée et elle allait bien sûr rendre visite à cette dame Helder tant pour en savoir un peu plus long que pour obliger le conseiller Mervent qui restait un homme à ménager.
— Qu’elle ne se dérange, pas, dit Mary, si le commissaire Fabien y consent, je descendrai à Noirmoutier pour la rencontrer.
— Oh, mais il y consentira, assura Mervent d’une voix pleine d’onction. Il y consentira, croyez m’en !
Mary en était persuadée.
— Bien entendu, ajouta Mervent, cette visite sera faite incognito.
— Comment ça ?
— Dans un premier temps, vous ne ferez pas état de votre qualité de capitaine de police.
— Madame Helder saura pourtant à qui elle a affaire.
— Bien entendu, puisque c’est elle qui sollicite votre venue. Mais je pensais à l’extérieur, aux gens de l’hôtel dans lequel vous descendrez par exemple.
— Il n’est pas dans mes habitudes de me prévaloir de mon grade quand rien ne m’y oblige, monsieur le conseiller.
— Je le sais… Je le sais… avait dit Mervent trop vite. Mais, voyez-vous, c’est une affaire très sensible, très délicate. Un mot qui s’échappe et la presse se met en chasse. Et, lorsqu’elle se met en chasse, la presse n’aime rien tant que d’avoir du gros gibier dans le collimateur. Et le sénateur Bélier c’est du TRÈS gros gibier. Or les temps sont difficiles pour le gouvernement contraint par les événements à prendre des mesures impopulaires.
Toutes ces précautions oratoires agaçaient Mary au plus haut point.
— Il est possible qu’à terme j’aie tout de même à me faire connaître, ne serait-ce que de la gendarmerie.
— Pas sans m’en référer directement, Mary.
— Même pas voir la gendarmerie ?
— Surtout pas la gendarmerie…
Il y eut un silence et Mervent ajouta :
— Avant que je ne vous donne le feu vert.
Il l’avait priée de noter un numéro de portable sur lequel elle pouvait le toucher à tout moment.
Qu’est-ce que c’était que cette salade ? Il lui restait à rencontrer la dame Helder pour tâcher d’en savoir plus..
•
La Twingo traversa l’étier du Port du Bec sur une écluse. La marée était basse et découvrait à perte de vue les parcs à huîtres et les pieux des bouchots qui semblaient être la principale industrie du pays.
Puis elle retrouva le plat pays où l’on affinait les huîtres dans des «claires», petits bassins reliés à la mer qui les emplissait au rythme des marées par d’invisibles canaux masqués sous l’herbe des pacages.
Les villages avaient des noms étranges : La Petite Bouteille, La Malchaussée, laCroix Rouge, les Trente Salops (eh oui !)
À Bellevue elle s’arrêta et héla un saunier qui ratissait la surface de son œillet (œillet :petit bassin où le sel de l’eau de mer se cristallise sous l’action du soleil et du vent) à l’aide d’un curieux râteau de bois sans dents fixé au bout d’une longue perche.
— Monsieur… Le pont pour Noirmoutier, c’est par là ?
Le bonhomme s’approcha et repoussa son chapeau de paille en arrière. Il avait la gueule cuite par la réverbération du soleil sur le sel en cristallisation.
— Le pont ? Vous en êtes loin, ma petite dame, vous n’avez pas pris la bonne route ! Il aurait fallu prendre la Barre de Monts.
— C’est que j’ai voulu suivre la côte, dit-elle.
— Ah ben oui, mais la côte, elle vous mène droit au Gois.
— C’est cette route que la mer recouvre à marée haute ?
— C’est cela même. Et, d’ici où vous êtes, il n’y a guère plus de quatre kilomètres pour atteindre l’île. Vous pouvez, sûr, rattraper la route et le pont, mais ça sera quatre fois plus long.
— Donc vous me conseillez de prendre ce fameux Gois ?
Le bonhomme protesta :
— Oh, je ne vous conseille rien ! Chacun y fait comme y veut !
— Mais vous pensez que ça ne risque rien ?
— Dame non ! C’est une route comme une autre sauf qu’elle est lavée deux fois par jour au grand bain. Mais faut point tarder pisque la mer elle va r’monter, mais quatre kilomètres aujourd’hui qu’il n’y a guère de passage, c’n’est rien ! D’ailleurs, ajouta-t-il, il y a les balises…
— Quelles balises ? demanda Mary.
— Vous verrez bien. Ne tardez point !
Elle démarra et vit bientôt le ruban de la fameuse route qui s’avançait sur l’immensité de la grève. Après s’être de nouveau arrêtée un instant, elle repartit.
C’était une curieuse sensation que de circuler sur cette route-là. On avait l’impression de rouler sur la mer qui, soudainement revenue, affleurait déjà le côté droit de la chaussée.
Comme l’avait dit le saunier, la traversée n’était pas bien longue, déjà les côtes de l’île apparaissaient.
C’est à ce moment que le moteur de la Twingo s’arrêta. Mary essaya, sur l’élan de la voiture de descendre une vitesse, puis d’embrayer pour relancer le moteur, mais rien ! La petite voiture, après avoir hoqueté, finit pas s’arrêter.
Préoccupée, Mary actionna le démarreur, en vain. Elle insista, insista. Toujours en vain. Furieuse et angoissée, elle se mit à parler à sa voiture en martelant son volant des deux poings :
— Ah non, la grenouille, tu ne vas pas me faire ça ! Pas aujourd’hui, pas ici !
Elle était bloquée, au milieu de nulle part, sur cette chaussée improbable encore couverte par endroits de touffes de varech marron et luisant. Elle eut l’impression d’être soudain toute seule à la surface de la lune.
De nouveau, elle actionna le démarreur, en vain. La grenouille était fâchée.
Une camionnette arrivait à toute vitesse, faisant gicler des flaques d’eau. Elle pila dans un grincement de freins au niveau de la Twingo et le chauffeur jeta par la vitre ouverte :
— Grouillez-vous, la marée remonte !
— Je suis en panne, dit Mary d’une voix lamentable.
— En panne, dit l’homme à la camionnette, c’est bien le moment !
— Je n’ai pas choisi mon moment pour tomber en panne, coassa-t-elle agacée. Je ne sais pas ce qu’elle a…
Le chauffeur la coupa :
— Alors, montez ! Montez vite !
Mary se précipita vers le coffre de sa voiture :
— Un instant, il faut que je prenne mes affaires !
— Pas le temps ! dit l’homme d’une voix impérieuse.
Il en avait de bonnes, celui-là ! Son ordinateur, ses disques, son bagage… elle n’allait tout de même pas laisser tout ça dans les flots !
L’homme eut un geste de dépit puis il démarra brutalement et lança sa voiture qui, maintenant, soulevait des gerbes d’eau.
Mary, de l’eau à mi-jambes, lui montra le poing et cria, des larmes dans les yeux :
— Salaud !
Elle avait empoigné ses bagages et elle filait vers une plate forme surélevée à la quelle on accédait par une échelle. C’était à n’y pas croire. L’immense étendue de sables et de rochers disparaissait déjà sous les flots qui traversaient la route dans un friselis d’écume.
Elle regarda autour d’elle et vit, à une cinquantaine de mètres, une sorte de pyramide tronquée sur laquelle était planté un pylône surmonté d’une plate forme et elle comprit ce que le paludier, tout à l’heure, avait dit : «Il y a les balises».
Il devait donc s’agir de ces fameuses balises. Elle se précipita autant qu’elle le put, embarrassée par son barda, essayant de ne pas le laisser traîner dans l’eau qui lui arrivait maintenant aux genoux et qui tirait avec une force incroyable, au point qu’elle n’allait pas tarder à être déséquilibrée.
Le haut de la pyramide n’était pas encore sous l’eau alors elle se hissa comme elle put avec son sac de voyage, son ordinateur et les disques qu’elle avait pu sauver.
Elle arriva haletante sur la plate forme juste à temps pour voir, un kilomètre plus loin, la camionnette toucher la terre de l’île et elle comprit que si l’homme avait attendu une minute de plus, sa voiture à lui aurait été noyée elle aussi. Il devait bien connaître cette route pour avoir réagi aussi rapidement.
Mary était comme un cormoran, perchée toute seule sur sa plate forme au dessus des flots qui montaient impétueusement.
La force du courant était impressionnante, on ne devinait déjà plus la route, le Twingo avait de l’eau jusqu’aux vitres.
Mary s’accroupit, se prit le visage dans les mains et se mit à pleurer :
— Mon Dieu ! dit-elle, pourquoi a-t-il fallu qu’elle me lâche juste là ?
La petite voiture ne répondrait pas. Elle faisait de petits bonds, portées par le flot et, comme les vitres étaient fermées, elle flottait. Bientôt on ne vit plus que le toit, puis le courant l’emporta comme un fétu.
Bientôt elle ne fut plus visible. Le soleil s’était caché derrière un ciel bas et gris et Mary, perdue au milieu des flots, se mit à sangloter comme une enfant.
Le pilier fendait le courant qui passait à une vitesse terrifiante, ça lui donnait le vertige, alors elle vint, en titubant au centre de la plate forme, de là elle ne pouvait pas voir ce courant terrible qui semblait vouloir tout emporter sur son passage.
Elle s’assit sur le platelage de bois dur, le dos à la colonne centrale du refuge, les jambes repliées sous elle, les coudes serrés contre son corps, la tête dans les mains, les yeux fermés, quasiment en position fœtale.
Elle sentait le froid du plancher lui glacer les fesses et le dos et son pantalon mouillé se collait à ses jambes, et ses pieds étaient glacés dans ses chaussures pleines d’eau de mer.
Un humoriste avait pris le temps de fixer à la structure une petite plaque émaillée portant la mention «Hôtel complet».
Elle pensa que si elle devait passer la nuit dans cet hôtel-là, au matin elle serait morte. Comme il n’y avait rien à faire, tremblant ce tous ses membres, autant de froid que de désarroi, elle s’abandonna au désespoir.
Et l’autre salaud qui l’avait abandonnée là… Elle le maudit, se disant tout de même que si elle avait embarqué dans sa camionnette sitôt qu’il le lui avait commandé, elle serait, à cette heure sur la terre ferme, à la terrasse du bistrot qu’on apercevait brillant de tous ses feux, devant un chocolat chaud.
Et, tout soudain, cette idée de chocolat chaud accapara ses pensées. Rien ne lui semblait soudain plus désirable qu’un grand bol de chocolat chaud avec d’épaisses tartines de pain beurré.
En attendant, un tremblement incoercible l’avait saisie toute entière et elle vibrait comme un moteur qui fait de l’auto-allumage.
Ce fut la pétarade d’un moteur hors bord qui la tira de sa prostration, elle s’entendit héler :
— Hé, mademoiselle… Mademoiselle…
Elle ouvrit les yeux, leva la tête et vit un gros pneumatique rouge qui tournait autour du refuge en faisant bouillonner les flots verts.
L’espoir emplit son cœur comme une formidable bouffée d’oxygène, son tremblement cessa comme par enchantement. Elle se dressa et s’appuya contre la rembarde, le visage dans les mains.
— Ça va ?
— Oui… fit-elle d’une petite voix.
Ils étaient deux dans le pneumatique qui vint s’amarrer à l’échelle du pylône. Deux jeunes hommes vigoureux qui portaient une tenue de sapeur pompiers.
— Je n’ai jamais été si contente de voir les pompiers, dit-elle avec conviction.
— Allez, venez par là, on va vous ramener. Vous allez où ? sur l’île ou en France ?
— En France ? L’île n’est donc pas en France ?
Le pompier qui tenait l’amarre se mit à rire :
— Si, si, rassurez-vous, c’est manière de parler.
— J’allais à Noirmoutier, dit-elle.
— Eh bien, embarquez, dans cinq minutes vous serez à terre. Elle lui passa son sac, sa sacoche d’ordinateur et descendit dans le canot pneumatique.
L’homme qui manœuvrait le moteur lui demanda :
— Ça va ? Vous n’avez rien oublié ?
Elle secoua la tête :
— Non. Mais ma voiture…
— Vous pouvez dire «mon ex-voiture»…
— On ne la retrouvera pas ?
— On ne les retrouve pas toujours, non. C’était quoi ?
— Une Twingo.
— C’est léger, ça ! Allez savoir où elle a pu être emportée. Vous pouvez faire une croix dessus.
— De toutes façons, ajouta l’autre pompier, quand on les retrouve, elles sont tellement abîmées qu’il n’y a plus qu’à les mettre à la casse.
Il regarda Mary :
— Vous êtes en vacances ?
— Oui, dit-elle d’un ton morne, et ça commence bien !
— Ça aurait pu être pire, allez, si le courant vous avait emportée, Dieu sait où vous seriez maintenant.
Il avait de ces mots pour la réconforter, celui-là ! Elle concéda pourtant :
— Oui, ça aurait pu être pire.
Le canot pneumatique paraissait voler sur les vagues. Bientôt il accosta à une petite jetée. La camionnette était là et l’homme qui lui avait proposé de monter à son bord la vit débarquer d’un air soulagé.
— Ouf ! fit-il, je respire. Vous m’avez posé un sacré problème. Si j’avais attendu une minute de plus, ma bagnole y restait aussi. Et en même temps je me reprochais… Vous avez du me maudire quand vous m’avez vu partir.
— Et comment, dit-elle, je vous ai même traité de salaud.
Il se mit à rire :
— Heureusement que je n’ai rien entendu, sans quoi je n’aurai probablement pas prévenu les pompiers.
Il la regarda de plus près :
— Mais vous êtes trempée !
— Jusqu’aux genoux seulement.
Elle était toujours glacée et ce n’était pas sur ce quai qu’elle allait se réchauffer. Elle frissonna.
Le chauffeur de la camionnette s’inquiéta :
— Vous avez froid ?
Elle hocha la tête en claquant des dents. Son tremblement généralisé la reprenait.
Les pompiers installaient leur pneumatique sur une remorque elle-même attelée à un véhicule peint en rouge vif. Lorsqu’ils l’eurent soigneusement sanglé sur son ber, Mary leur proposa :
— Messieurs, j’ai besoin d’une boisson chaude, je voudrais bien vous inviter pour vous remercier de m’avoir secouru avec tant de célérité.
— Bof, fit un de pompiers avec modestie, on est payé pour ça, mademoiselle.
Et l’autre ajouta avec malice :
— Mais ça ne nous empêche pas de boire un coup !
Le chauffeur de la camionnette également invité, ils prirent chacun une bière au bar le plus proche, Mary, elle, optant pour ce chocolat chaud auquel elle avait tant rêvé et qui la réconforta.
Puis, après une solide poignée de main les pompiers s’en allèrent. Le chauffeur de la camionnette demanda à Mary :
— Au fait, vous alliez où comme ça ?
— J’ai retenu une chambre à l’hôtel des Mimosas, au Bois de la Chaize, à Noirmoutier.
— Comment allez-vous vous y rendre ? Vous voilà sans voiture !
— Je vais prendre un taxi, dit Mary. Ensuite, j’aviserai. Il faudra que je prévienne mon assurance…
Elle secoua la tête, contrariée :
— Voilà des vacances qui commencent bien !
— Ecoutez, dit l’homme, je dois prendre un chargement d’huîtres à l’Epine, si vous voulez, je vous dépose.
— C’est gentil, mais je voudrais pas vous déranger.
L’homme haussa les épaules :
— Ça ne me fera pas faire un grand détour.
Eh bien, dans ce cas, j’accepte.
L’homme, qui s’appelait Roger Delabarre, était chauffeur dans une société de transports rapides qui avait son siège à Nantes.
Il pouvait avoir une quarantaine d’années, était petit et rondouillard, coiffé à la Villeret, (une boule de billard avec des poils follets en périphérie), une bouille expressive et une jactance de chauffeur de taxi. (qu’il avait été avant de prendre ce poste de coursier).
Voyant que sa passagère était gelée, il avait poussé le chauffage à fond si bien que l’étroit habitacle fut bientôt à la température d’une couveuse. Mary dut entrouvrir la vitre pour avoir de l’air frais, mais bon Dieu, que ça faisait du bien !
Roger Delabarre expliqua à Mary qu’il venait deux fois par semaines chercher des huîtres et des coquillages pour le compte d’une grande brasserie de Nantes. C’était là un boulot qu’il aimait bien et qu’il n’aurait pas voulu perdre. C’était aussi une des raisons qui l’avait poussé à prendre la poudre d’escampette sans attendre Mary.
— Vous comprenez-, lui dit-il, si j’avais noyé ma bagnole, c’était la lourde à tous les coups.
Il voulait dire par là qu’il n’aurait pas manqué d’être licencié.
— On m’a bien spécifié qu’il fallait prendre le pont.
— Et pourquoi ne l’avez vous pas pris ? demanda Mary.
— Parce que j’aime mieux l’autre route, dit Roger, elle est plus chouette, il y a moins de circulation et…
Il s’interrompit brusquement et demanda :
— Vous venez d’où ?
— De Bretagne.
— Et pourquoi n’avez-vous pas suivi la grande route ?
