Dernier vol Sarlat-Dinan - Firmin Le Bourhis - E-Book

Dernier vol Sarlat-Dinan E-Book

Firmin Le Bourhis

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Beschreibung

Le célèbre duo d'enquêteurs se retrouve sur les routes de France...

Le lieutenant Phil Bozzi et le capitaine François Le Duigou sont cette fois détachés au commissariat de Saint-Brieuc. Une mort suspecte va les conduire à Dinan et Dinard, cadre on ne peut plus idyllique... Pour les besoins de l'enquête, ils vont devoir se rendre rapidement à Sarlat dans le Périgord Noir, dont la gastronomie n'est pas pour déplaire à François qui appréciera truffes, foie gras, pommes de terre sarladaises sautées à la graisse d'oie...

L'affaire se complique et leurs investigations vont les pousser jusqu'à Bordeaux, alors que l'épidémie de grippe aviaire sévissant sur la Dordogne fait rage...

Une nouvelle enquête de Bozzi et Le Duigou mêlant intrigue, éléments historiques et faits de société, pour notre plus grand plaisir !

EXTRAIT

Lorsque François lui demanda l’objet de sa visite, la femme se redressa sur son siège et afficha un visage déterminé puis, fixant les deux OPJ, elle déclara :

— Je suis bien consciente que la situation que je vais vous exposer est importante et grave, d’où la raison pour laquelle j’ai bien précisé à l’accueil que je souhaitais être reçue par une personne capable de prendre ma déposition et de suivre ma demande.

— Nous sommes officiers de police judiciaire. Vous voulez porter plainte pour une raison bien précise, Madame ?

— Oui.

— Exposez-nous d’abord les faits et nous verrons ensuite de quelle manière y donner suite.

— Voilà, c’est au sujet de mon mari… Non, plutôt mon compagnon… Nous devions nous marier mais ce ne sera désormais plus possible.

— Et pour quelle raison ?

— Il vient de disparaître.

— Qu’entendez-vous par disparaître ?

— Je veux dire qu’il est décédé, hier, de mort naturelle, selon le médecin qui a constaté le décès. Il serait mort durant son sommeil. C’est aussi la version acceptée par sa fille et son gendre, qui envisagent de le faire incinérer rapidement. Personnellement, je m’y oppose farouchement. Je vivais avec lui depuis plus de vingt ans et nous devions nous marier en janvier prochain, soit dans deux mois.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Né à Kernével en 1950 , Firmin Le Bourhis vit et écrit à Concarneau en Bretagne. Après une carrière de cadre supérieur de banque, ce passionné de lecture et d’écriture s’est fait connaître en 2000 par un premier ouvrage intitulé Quel jour sommes-nous ?, suivi d’un second, Rendez-vous à Pristina, publié dans le cadre d’une action humanitaire au profit des réfugiés du Kosovo.
Connu et reconnu bien au-delà des frontières bretonnes, Firmin Le Bourhis est aujourd’hui l’un des auteurs de romans policiers bretons les plus appréciés, avec vingt-huit enquêtes déjà publiées. Il est également l’auteur d’essais sur des thèmes médicaux et humanitaires.

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Veröffentlichungsjahr: 2016

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FIRMIN LE BOURHIS

Dernier vol

Sarlat-Dinan

DU MÊME AUTEUR

Auxéditions Chiron

- Quel jour sommes-nous ? La maladie d’Alzheimer jour après jour

- Rendez-vous à Pristina - récit de l’intervention humanitaire

Auxéditions du Palémon

n° 1 - La Neige venait de l’Ouest

n° 2 - Les disparues de Quimperlé

n° 3 - La Belle Scaëroise

n° 4 - Étape à Plouay

n° 5 - Lanterne rouge à Châteauneuf-du-Faou

n° 6 - Coup de tabac à Morlaix

n° 7 - Échec et tag à Clohars-Carnoët

n° 8 - Peinture brûlante à Pontivy

n° 9 - En rade à Brest

n° 10 - Drôle de chantier à Saint-Nazaire

n° 11 - Poitiers, l’affaire du Parc

n° 12 - Embrouilles briochines

n° 13 - La demoiselle du Guilvinec

n° 14 - Jeu de quilles en pays guérandais

n° 15 - Concarneau, affaire classée

n° 16 - Faute de carre à Vannes

n° 17 - Gros gnons à Roscoff

n° 18 - Maldonne à Redon

n° 19 - Saint ou Démon à Saint-Brévin-les-Pins

n° 20 - Rennes au galop

n° 21 - Ça se Corse à Lorient

n° 22 - Hors circuit à Châteaulin

n° 23 - Sans Broderie ni Dentelle

n° 24 - Faites vos jeux

n° 25 - Enfumages

n° 26 - Corsaires de l’Est

n° 27 - Zones blanches

n° 28 - Ils sont inattaquables

n° 29 - Dernier vol Sarlat-Dinan

Menaces - Tome 1 - Attaques sur la capitale

Menaces - Tome 2 - Tel le Phénix

Le blog de l’auteur :www.firminlebourhis.fr

CE LIVRE EST UN ROMAN

Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres,

des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant

ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.

Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation, intégrale ou partielle de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie, microfilmage, scannérisation, numérisation…) sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335 2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’autorisation d’effectuer des reproductions par reprographie doit être obtenue auprès du Centre Français d’Exploitation du droit de Copie (CFC) - 20, rue des Grands Augustins - 75 006 PARIS - Tél. 01 44 07 47 70/Fax : 01 46 34 67 19 - © 2016 - Éditions du Palémon.

NOTE DE L’AUTEUR

Comme pour chaque enquête, le texte intègre différents ingrédients que j’ai rassemblés ici, la majorité des personnages de cette histoire ayant existé, dit et fait ce que j’ai relaté. Souvent la réalité dépasse la fiction, et je laisse aux lecteurs le soin de deviner ce qui relève de ma seule imagination…

REMERCIEMENTS

À mon ami Pascal Vacher, Commandant de police honoraire de la police judiciaire.

À François Lange, Commandant de police honoraire, État-major, Direction départementale de la sécurité publique du Finistère à Quimper.

À Bernard d’Abbadie d’Arrast, pilote professionnel instructeur.

À l’aérodrome de Sarlat-Domme et l’aéroport de Dinard-Pleurtuit-Saint-Malo.

À l’équipe de l’Office de Tourisme de Dinan, celle de Dinard et, bien entendu, celle de Sarlat-la-Canéda, pour l’accueil qui m’a été réservé.

À madame Marie Potelle, gérante de l’hôtel « Le Renoir » à Sarlat.

À Véro des « Fermiers en Sarladais » avec ses dizaines de producteurs sans intermédiaires, également à Sarlat.

À l’hôtel-restaurant « La Belle Étoile » à La Roque-Gageac.

Comme pour chacun de mes ouvrages, il m’est évidemment impossible de citer tous ceux que j’ai approchés à un moment ou à un autre et qui, à divers titres, m’ont apporté leur contribution ou m’ont fourni certains renseignements techniques, ici se rapportant au foie gras, aux truffes et, malheureusement aussi à la grippe aviaire, bien réelle à cette date… Ils se reconnaîtront…

BIBLIOGRAPHIE

De nombreux ouvrages ont été consultés

pour la réalisation de ce livre, dont :

Le Périgord Noir – Arrêts sur images

Éditions MSM

Sur les traces des Illustres en Périgord – Carnet de voyage

Joëlle Chevé et José Correa

Éditions Échappée Belle

La force de la meute est dans le loup.

La force du loup est dans la meute.

La femme la plus sotte

peut mener un homme intelligent,

À Jean-Claude Bouguen…

Je dédie aussi cet ouvrage au professeur Éric Bezon, chirurgien cardio-vasculaire et thoracique au CHU de Brest, que je remercie bien vivement.

Le thème de cette enquête n’a rien à y voir, si ce n’est que je l’ai écrite en grande partie en janvier et février 2016 alors que je me trouvais en cardiologie 1 ou en chirurgie cardio-vasculaire du CHU de la Cavale Blanche à Brest et je suis reconnaissant à toutes les équipes que j’y ai rencontrées pour leur écoute, leur compétence et leur dévouement dans ces moments difficiles…

I

Lundi 16 novembre 2015.

Situation difficile pour Phil et François. Si la France était sous le choc après les attentats du vendredi 13 novembre, leur mutation provisoire restait cependant programmée depuis le début du mois et rien ne devait la modifier.

Depuis un bon moment déjà, ils roulaient vers leur nouvelle destination, Saint-Brieuc. Ils devisaient tranquillement tandis que le paysage défilait sous leurs yeux. L’aube dispersait ses premières lueurs. On distinguait les contours de la campagne grâce au beau temps persistant. La radio répétait à l’envi les performances climatiques hors normes pour la saison et nombreux étaient encore les endroits où l’on pouvait se baigner, que ce soit dans la Méditerranée ou de l’autre côté, au Pays Basque.

La région Bretagne et, en particulier, les Côtes-d’Armor, avaient été bousculées ces derniers mois par les agriculteurs, notamment les éleveurs, qui n’en pouvaient plus de subir les cours trop bas imposés par les marchés. Mais le gouvernement et les élus semblaient très éloignés de ces réalités économiques, se contentant comme d’ordinaire de « mesurettes », dans le domaine de l’agriculture comme dans celui de l’emploi.

Les médias faisaient des gorges chaudes de la montée du FN. La situation des chauffeurs de taxi révoltait la majorité des Français : d’un côté, une licence obligatoire pour exercer le métier, d’un prix exorbitant assorti de charges lourdes, de l’autre, nul besoin de licence et des charges réduites à cinquante pour cent !

Mais ceci ne dérangeait aucunement nos gouvernants. Leur préoccupation première consistait surtout à ne pas perdre leur siège et à protéger leur revenu. Leur ego surdimensionné, propre hélas à la plupart des élus, de droite comme de gauche, se tournait vers les prochaines élections de décembre, qui viendraient une fois de plus le confirmer… Malheureusement pour les Français et pour l’économie du pays.

Quand verrions-nous enfin des hommes politiques, toutes tendances confondues, relayer l’exaspération de l’opinion publique ? Le résultat était connu d’avance. En l’état actuel, jamais ! Le populisme risquait alors de se développer et les élus de tout bord lèveraient les bras au ciel en mimant l’état de choc et la surprise, comme ils le faisaient depuis trente ans, sans que jamais rien ne change ! Chacun préférait garder bien au chaud ses avantages comme le cumul des mandats. Une grande partie des Français n’avait besoin de personne pour savoir qu’en matière de politique, la justice n’était pas de ce monde ; l’indignation les avait gagnés et elle était devenue comme une seconde nature. Elle avait même développé un sentiment d’horreur voire une véritable répulsion, qui se traduisait clairement lors des élections.

L’actualité reprenait donc le dessus comme partout à ce moment-là, la France pleurait ses morts.

Emportés ainsi dans leur réflexion, nos enquêteurs finirent par entrer dans Saint-Brieuc, où ils retrouvèrent des lieux qui leur étaient familiers1.

Après le rond-point Clémenceau-Charner, ils empruntèrent le boulevard Waldeck-Rousseau. Le commissariat se faisait toujours aussi discret. Malgré les arbres dénudés, on remarquait à peine le drapeau « Police », rien ne semblait avoir changé. Ils tournèrent après la façade sur laquelle on pouvait lire « Hôtel de Police » en lettres argentées.

Ils venaient de prévenir les collègues de leur arrivée imminente et le portail d’accès au parking réservé était ouvert. En garant la voiture, ils eurent la même impression que la première fois, celle de dominer la vallée du Gouédic comme du haut d’une falaise.

Puis ils franchirent rapidement les deux lourdes portes vitrées qui s’effacèrent devant eux pour les mener à un imposant hall d’accueil. Une personne en tenue, après les avoir annoncés, les conduisit à l’étage au bureau du commissaire principal, Jean-Claude Bouguen, en charge de l’unité.

Avant leur départ de Quimper, ils avaient parlé de lui avec leur patron, Yann Le Godarec. Selon ses sources d’information, l’homme qu’ils allaient rencontrer parvenait à être apprécié de sa hiérarchie, de ses hommes et de la population. Il était considéré comme brillant, ambitieux et à l’aise avec les médias… Il aimait que ses équipes soient réactives et efficaces, le tout dans la discrétion, afin d’éviter toute dramatisation des situations, d’où son appui sans limite pour ceux qui se comportaient comme il l’entendait.

La porte à peine ouverte, le commissaire leur lança d’un ton cordial :

— Capitaine, lieutenant, entrez ! Je vous attendais.

Il avait pris ses fonctions dans le courant de l’année. Grand et d’allure athlétique, la quarantaine épanouie, énergique, meneur d’hommes, il les accueillit avec le sourire, leur tendit une main franche, il paraissait de très bonne humeur.

Ils s’installèrent sur les deux sièges qui faisaient face au bureau de l’homme-orchestre du commissariat.

Un rapide regard sur l’agencement de la pièce leur indiqua que des personnes très différentes avaient occupé les lieux depuis leur précédente venue.

L’actuel patron semblait passionné de voile et de course au large au vu des posters affichés aux murs. La décoration était chaleureuse, l’ensemble était de toute évidence choisi avec un goût certain qui lui donnait un petit côté artiste.

L’œil averti de François remarqua, ici ou là, quelques photos sur lesquelles on pouvait le voir en compagnie de skippers émérites, ce qui n’était pas pour lui déplaire et fit sourire Phil. Le bureau reflétait une personnalité active, sans ostentation. Un calendrier accroché au mur affichait le feuillet du mois sur lequel un voilier luttait contre une mer déchaînée.

Ils échangèrent quelques instants sur leur première affaire dans ces lieux, quelques années auparavant, en évoquant les bons souvenirs. François commenta l’évolution récente de leur statut, qui les faisait dépendre de la police judiciaire de Rennes, tout en restant affectés au commissariat de Quimper, ce afin d’éviter toute ambiguïté à venir s’ils étaient chargés d’une affaire importante par la suite.

La circonscription de sécurité publique de Saint-Brieuc n’avait pas évolué et intégrait toujours, outre la ville principale, des communes comme Trégueux, Langueux, Ploufragan…

Ils firent un rapide bilan de la situation et des risques qui planaient sur la ville, notamment avec les agriculteurs qui devaient continuer de faire face à des situations extrêmement difficiles depuis l’été. Visiblement, les décideurs et les politiques ne semblaient pas très bien en mesurer le niveau de gravité, ce qui ne pouvait que pousser à bout ces éleveurs et créer de nouveaux débordements. D’autre part, suite aux récents événements, comme un peu partout en France, il fallait se montrer particulièrement vigilant vis-à-vis de certaines personnes à risque tentées par le djihadisme.

Quand le patron leur proposa de saluer les OPJ, Phil et François lui confièrent qu’ils étaient heureux de rejoindre cette unité et demandèrent si Vincent de Landiras était toujours en poste :

— Eh oui ! Vincent se plaît bien ici, nous allons le voir de ce pas. Vous pourrez travailler avec lui si vous voulez, selon les cas que vous rencontrerez. On essayera de ne pas vous confier trop de « tout venant » afin d’utiliser au mieux vos compétences sur des affaires plus pointues.

Il clôtura leur entretien en reculant son siège et, se levant prestement, ponctua le tout d’un « je vous accompagne » énergique.

Vincent occupait toujours le même bureau et depuis la porte à peine ouverte s’exhalait une agréable odeur de café de qualité qui embaumait son espace de travail. Aucun doute, se dirent-ils, il s’agissait bien de Vincent ! À cet instant, le téléphone de Jean-Claude Bouguen sonna. Ce dernier demanda à Vincent de poursuivre les présentations, puis il tourna les talons et reprit d’un pas décidé la direction de son bureau, le portable collé à l’oreille.

Vincent de Landiras précisa, une fois que le patron fut parti :

— Il est bien, c’est un bon que nous avons là. Chez lui, tout est dans le regard, pétillant, amusé ou glacial ! Nous savons tous que son poste n’est pas facile à gérer et qu’il nous est de plus en plus difficile de trouver du temps et d’obtenir le soutien de la hiérarchie, dont nous aurions pourtant besoin.

Vincent de Landiras avait, certes, pris comme tout le monde quelques années, mais il avait conservé ses cheveux bouclés, châtain clair, les mêmes yeux bleus très vifs et des traits réguliers qui lui adoucissaient le visage malgré son regard souligné de cernes. Peut-être avait-il pris quelques kilos, d’où une légère surcharge pondérale, mais celle-ci était compensée par son mètre quatre-vingts qui lui donnait toujours cette allure avenante, à l’image de ces anciens représentants de commerce qui paraissent en toute occasion aimables, disponibles et constamment à l’écoute des autres. Il prépara les tasses avec soin. Il continuait à porter le costume cravate, ce qui le distinguait des collègues.

Le plaisir des retrouvailles n’était pas feint et avant même de faire le tour des services, sans leur demander leur consentement, il déclencha sa machine à café pour leur en offrir.

Ils parlèrent quelques instants, pendant ce court moment d’intimité, de leur vie en général et de leur famille en particulier, de leurs passions respectives, de quelques bons vins car Vincent était un épicurien averti.

Puis ils se consacrèrent à la tournée des bureaux, même si peu de personnes qu’ils avaient connues lors de leur précédent séjour y étaient encore en poste. Ils découvrirent leur bureau, spacieux, mais mal éclairé par une petite fenêtre donnant sur le boulevard, d’où l’on percevait les rumeurs de la circulation.

Phil et François prirent le temps d’intégrer leur fonction, l’organigramme de l’hôtel de police et de se remémorer les données de la circonscription de sécurité publique de Saint-Brieuc.

Bien entendu, ils déjeunèrent avec Vincent de Landiras, histoire de s’accorder un peu de temps avant de se laisser absorber par le travail qui ne manquait pas.

L’après-midi, ils enregistrèrent leurs premiers procès-verbaux…

1. Voir Embrouilles briochines, même auteur, même collection.

II

Mardi 17 novembre, matin.

Selon leurs habitudes, Phil et François arrivèrent en avance au commissariat. Ils avaient assez mal dormi et s’étaient réveillés bien avant le lever du jour. Ceci leur donna l’occasion de s’entretenir avec les uns et les autres et d’entendre les collègues parler de leurs préoccupations du moment sur Saint-Brieuc.

Ce matin-là, après avoir discuté d’une nouvelle affaire on ne peut plus banale, Phil et François s’apprêtaient à prendre un nouveau café lorsque l’hôtesse d’accueil au rez-de-chaussée leur demanda s’ils pouvaient recevoir une femme qui ne voulait s’adresser qu’à un officier de police judiciaire mais qui se refusait à donner plus de précisions. Elle insistait sur le côté important et confidentiel de sa démarche.

Quelques minutes plus tard, conduite par un policier en tenue, une dame se présenta. François l’accueillit et la fit asseoir sur l’un des deux fauteuils placés face à lui. Un parfum voluptueux de très bonne qualité embauma le bureau.

Phil attendit d’en savoir plus long sur ce que cette femme avait à dire pour décider s’il devait enregistrer une éventuelle plainte ou s’il la laissait seule avec François, pendant qu’il irait travailler dans un autre bureau. Elle était élégamment vêtue et portait des accessoires de marque. La peau du visage légèrement hâlée montrait qu’elle accordait un soin particulier à son esthétique et à sa présentation ; difficile de lui donner un âge, la soixantaine peut-être.

Lorsque François lui demanda l’objet de sa visite, la femme se redressa sur son siège et afficha un visage déterminé puis, fixant les deux OPJ, elle déclara :

— Je suis bien consciente que la situation que je vais vous exposer est importante et grave, d’où la raison pour laquelle j’ai bien précisé à l’accueil que je souhaitais être reçue par une personne capable de prendre ma déposition et de suivre ma demande.

— Nous sommes officiers de police judiciaire. Vous voulez porter plainte pour une raison bien précise, Madame?

— Oui.

— Exposez-nous d’abord les faits et nous verrons ensuite de quelle manière y donner suite.

— Voilà, c’est au sujet de mon mari… Non, plutôt mon compagnon… Nous devions nous marier mais ce ne sera désormais plus possible.

— Et pour quelle raison ?

— Il vient de disparaître.

— Qu’entendez-vous par disparaître ?

— Je veux dire qu’il est décédé, hier, de mort naturelle, selon le médecin qui a constaté le décès. Il serait mort durant son sommeil. C’est aussi la version acceptée par sa fille et son gendre, qui envisagent de le faire incinérer rapidement. Personnellement, je m’y oppose farouchement. Je vivais avec lui depuis plus de vingt ans et nous devions nous marier en janvier prochain, soit dans deux mois.

— Nous en sommes désolés, Madame. Où vous trouviez-vous cette nuit-là et hier matin ?

— Ici, chez moi à Saint-Brieuc, un rendez-vous avec un chauffagiste assez tôt dans la matinée. Je dois changer ma chaudière et envisager quelques travaux d’entretien et de réparation avec d’autres artisans. C’est son gendre qui, surpris de ne pas le voir ouvrir ses volets, s’est inquiété et l’a découvert mort dans son lit.

— Sa fille n’était pas là ?

— Non, seulement son gendre. C’est surtout lui qui s’occupe des affaires qu’ils ont par ici. Sa fille, elle, dirige l’usine de foie gras, canards, confits et truffes que son père lui a cédée dans le Périgord.

— Où se trouve le corps ?

— À la chambre funéraire de Dinan. Sa fille attend les autorisations pour faire transporter le corps en Dordogne où ils veulent le faire incinérer.

— Et qu’attendez-vous de nous ?

— Qu’il soit procédé à une autopsie pour vérifier la cause réelle de son décès.

— Je comprends. Donc pour vous, il y a suspicion, c’est cela ?

— Oui.

— Nous allons enregistrer votre déposition, que nous allons transmettre au procureur, mais vos soupçons sont graves. Qu’est-ce qui vous fait penser à une autre issue qu’une mort naturelle ?

— Il était en très bonne santé et nous sortions, huit jours plus tôt, de deux semaines de thalasso à Dinard. Comme nous le faisons toujours deux fois par an. Je l’ai trouvé en pleine forme et le personnel chargé des soins pourra vous le confirmer.

— Bien, nous allons procéder dans l’ordre.

François fit signe à Phil qui avait déjà compris et qui enclenchait son programme informatisé pour recevoir les informations.

— Commençons par votre identité.

Elle sortit la pièce demandée de son petit sac à main griffé. Phil enregistra les renseignements : Claudine Bégard, née en 1951, domiciliée à Saint-Brieuc.

Elle ne faisait décidément pas son âge, se redirent Phil et François.

— Votre carte d’identité nationale indique que vous habitez à Saint-Brieuc. Y êtes-vous en permanence ?

— Non, presque jamais en réalité. Fille unique, j’ai hérité de la maison de mes parents. Mais je vivais surtout avec mon compagnon, Jean-Louis Temniac, veuf, né en 1920 à Sarlat. Nous partagions notre temps entre sa maison de Dinan, située à deux pas du centre-ville, avec une vue imprenable sur le port, et celle qu’il possède à Sarlat-la-Canéda en Dordogne. Nous nous rendions aussi deux fois par an en thalasso à Dinard et nous voyagions régulièrement. Jean-Louis était adepte des croisières en paquebot et il aimait jouer au casino… mais à l’occasion de ces voyages, seulement. C’est d’ailleurs de cette manière que j’ai rencontré Jean-Louis. Au retour d’un voyage, il m’a invitée chez lui dans le Périgord, depuis nous ne nous sommes plus quittés. Unissant notre solitude par un réel lien d’amour.

— Vous exerciez une profession ?

— Oui, j’étais infirmière en centre hospitalier, cadre infirmier, et j’ai tout arrêté pour vivre avec Jean-Louis.

— Où est décédé votre compagnon ?

— Chez lui à Dinan, mais je ne voulais pas faire ma demande là-bas. Sa fille et son gendre possèdent une maison à Dinan. Elle vient d’arriver pour rejoindre son époux, avec leur fille. Elle est elle-même accompagnée de son ami. Bien entendu, depuis hier, ils se sont rendus à plusieurs reprises dans la maison de mon compagnon. J’ai préféré rester chez moi. J’habite à deux pas de votre commissariat, j’ai pensé que ce serait mieux de venir ici.

— D’accord, nous comprenons.

À ce moment-là, Phil réalisa que trente ans la séparaient de son compagnon, ce qui ne signifiait peut-être rien, mais il s’interrogeait, sa profession d’infirmière l’interpellait également. Il récupéra par la même occasion l’état civil de la fille de Jean-Louis Temniac. Mireille Carsac, née Temniac, en 1958. Celle-ci avait presque le même âge que celle qui avait failli devenir sa belle-mère. Elle était mariée avec Gérard Carsac, né à La Roque-Gageac en Dordogne, en 1956, d’un milieu modeste. Le couple n’avait qu’un seul enfant, une fille, Delphine, née en 1983.

— Bien, nous allons bloquer le départ du corps vers la Dordogne et nous aviserons qui de droit pour engager la procédure d’autopsie, dès que nous aurons informé notre hiérarchie et obtenu les autorisations.

— Ce sera rapide ?

— Sans doute en début d’après-midi.

Claudine Bégard parut soulagée qu’on la prenne au sérieux. Son visage paraissait néanmoins très affecté. Elle jeta un regard étrange, vide, traversant François comme s’il n’existait pas, regard qui se perdit beaucoup plus loin à l’idée de la démarche qu’elle venait d’effectuer, à la pensée de son compagnon auquel elle devait penser très fort et sans doute à celle de cette situation complexe qui allait, très certainement, créer des tensions entre elle et la famille du défunt.

— Étant donné votre ancienne profession, comment jugiez-vous l’état de santé physique et psychique de Jean-Louis Temniac ?

— Bon en tout point, le cœur et la tête fonctionnaient parfaitement.

Avant qu’elle ne se lève dans un silence religieux, François lui demanda :

— Et si l’autopsie confirmait le constat du médecin et qu’on ne découvrait rien d’anormal ?

— C’est aussi ce à quoi je pensais, mais je ne peux y croire. Peu importe, quel que soit le résultat, je l’accepterai sans discuter.

— Il avait tout de même quatre-vingt-quinze ans, son cœur pouvait être fatigué… même si vous le jugiez bon.

— Non, ce n’était pas le cas, je vous assure. Vous savez, dans mon métier, j’ai vu de nombreux centenaires fringants et des jeunes d’une cinquantaine d’années au bout du rouleau. Quoi qu’il en soit, nous serons fixés, rajouta-t-elle en se levant.

— Que disent sa fille et son gendre ?

— Je ne sais pas. Je ne les ai ni consultés ni avertis et je doute qu’ils apprécient ma démarche. Vous imaginez ma situation, à deux mois d’un mariage qui n’était pas forcément souhaité, cela pouvait bouleverser un certain nombre de données.

— Qu’entendez-vous par là ?

— Rien.

Son regard devenait insondable, tout en gardant une sorte de grâce tragique, une beauté désespérée, mais son visage trahissait son angoisse. Elle semblait avoir peur, peur du jugement, sans doute. Puis elle rajouta, après avoir longuement réfléchi, debout et immobile :

— Peut-être n’est-ce qu’une impression, seulement une impression. Une image curieuse s’est imposée toute la nuit à mon esprit, comme une prémonition. Je sais, cela peut vous paraître ridicule mais nous verrons bien lors des résultats de l’autopsie. Il sera alors assez tôt pour agir en conséquence.

Elle se tut et se tourna vers la porte. Cette situation devait susciter chez elle des sentiments contradictoires. Sans doute n’avait-elle pas dormi et la fatigue, ajoutée à une sorte d’amertume indicible, se faisait sentir.

François la raccompagna dans le sillage de son parfum.

Revenu au bureau, il referma la porte et se tourna vers Phil :

— Ça sent l’histoire à la con ! s’exclama-t-il.

— Oui, en voilà une qui vient de voir quelque chose lui passer sous le nez et qui doit l’avoir mauvaise.

— C’est aussi mon avis.

Songeurs, ils prirent le procès-verbal que Claudine Bégard venait de signer pour se rendre au bureau du commissaire.

Après avoir pris connaissance de la situation, ce dernier s’interrogea également.

— On peut parfaitement retrouver des substances susceptibles d’entraîner la mort, mais alors va se poser d’autres questions, meurtre ou suicide ? Un suicide douillet serait le pire des oxymores et une porte ouverte sur toutes les incertitudes ensuite ! Surtout s’il n’a pas manifesté l’intention de se donner la mort.

— Oui, nous n’y avons pas pensé tout à l’heure. Pourtant, cela ferait naître un doute terrible chez les proches. Il faudrait connaître l’état d’esprit dans lequel se trouvait ce monsieur Temniac la veille.

— Bon, j’en avise le procureur. Cette affaire me semble un peu tordue. Nous sommes dans un secteur gendarmerie et, pour compliquer le tout, vous devrez vous rendre à Dinan, qui se trouve bien dans ce département, mais aussi à Dinard et, là, nous passons en Ille-et-Vilaine !

— Je vais appeler le patron de la PJ de Rennes pour lui expliquer la situation. Comme nous lui sommes finalement rattachés, cela pourra s’arranger, ils n’ont qu’à se téléphoner entre eux ensuite ! proposa François.

— D’accord, on fait comme ça. Vous deux, vous voyez avec Rennes et moi, j’appelle le procureur.

De longues minutes et de sombres échanges plus tard, l’affaire se décanta. Comme il s’agissait d’un dossier isolé, susceptible d’être rapidement résolu et classé s’il s’avérait que le décès était naturel, le procureur et la police judiciaire s’accordèrent pour nommer François directeur de cette enquête, à condition toutefois de bien vouloir travailler de conserve avec les deux brigades de gendarmerie concernées.

III

Après un déjeuner rapidement avalé, vers quatorze heures, ayant averti la gendarmerie de Dinan de leur arrivée, ils engageaient leur voiture banalisée sur la voie express, qui semblait surdimensionnée pour la circulation de cette mi-journée. Ils laissèrent les zones commerciales de Langueux et de Trégueux avec les enseignes standard que l’on retrouve en bordure de villes un peu partout en France. Puis Yffiniac, Lamballe, Jugon-les-Lacs… La campagne défilait au fur et à mesure qu’ils s’éloignaient de Saint-Brieuc pour rejoindre Dinan, à une cinquantaine de kilomètres.

Les panneaux annonçant cette ville d’Art et d’Histoire les accueillirent un peu plus tard. Ils passèrent à proximité de la gare avec son campanile caractéristique haut de trente-deux mètres, arborant fièrement les armes de Dinan. La cité portait bien son nom qui aurait pour origine deux mots celtiques : dun, colline, hauteur propre à la défense ; et ahna, déesse protectrice des vivants et gardienne des morts.

La voix mélodieuse du GPS de bord les conduisit vers le centre urbain installé à soixante-quinze mètres au-dessus de la Rance. Ancienne cité des ducs, ceinte des remparts les plus importants de la région, domaine par excellence de la maison à pans de bois multicolores et à l’architecture médiévale biscornue, elle leur fit penser à certains quartiers du cœur de Lannion2.

Traversant la vieille ville, ils découvrirent la splendeur retrouvée de certains bâtiments historiques, réhabilités avec soin pour leur redonner leur cachet du passé. Phil savourait toutes ces sensations qui l’emmenaient, à chaque fois, se balader dans les siècles précédents et il aurait bien volontiers fait une étape, pour mieux la découvrir.

Le lieutenant commandant la gendarmerie les reçut très cordialement. Il avait pris ses fonctions depuis peu et il ne connaissait pas Jean-Louis Temniac. Son adjoint, lui, avait eu l’occasion de rencontrer à quelques reprises le gendre, Gérard Carsac, mais ne disposait pas d’autres informations à son sujet. Il n’avait pas d’avis sur le bien-fondé de la démarche de Claudine Bégard, tout aussi inconnue de ses services. Cet entretien n’apporta pas de nouvel élément.

La maison de Jean-Louis Temniac se trouvait non loin de l’Office de Tourisme. Le commandant de la gendarmerie leur avait conseillé de se garer à proximité en raison des travaux de réfection d’un pan des remparts, rendant la circulation et le stationnement plus difficiles de ce côté.

Tournant le dos à l’Office de Tourisme, ils se rendirent à pied à une centaine de mètres de là et arrivèrent devant la grille de fer permettant d’accéder au domicile de Jean-Louis Temniac. Après une discussion quelque peu laborieuse à l’interphone, ils entendirent un déclic d’ouverture électrique et la grille gémit en s’ouvrant. Ils pénétrèrent sur une courte allée de gravillons qui les mena à l’arrière de la villa. La construction, pas très haute, était trapue et tassée sur elle-même ; sur la droite, un autre bâtiment en pierre, qui devait servir de garage et de remise. La porte en bois de la maison s’ouvrit, une femme se présenta, visiblement inquiète de cette intrusion.

Grande, mince, brune, avec de grands yeux profonds et sombres qui lui creusaient le visage, sans fard, elle portait des vêtements de marque, chaussures et accessoires assortis.

François et Phil la saluèrent et lui présentèrent leur carte de police. Elle leur répondit :

— Mireille Carsac, que se passe-t-il ?

— Nous venons au sujet de la disparition de votre père, pouvons-nous entrer pour vous exposer la situation ? demanda François.

Elle s’effaça, hocha la tête, affirmative et, d’un signe de la main, sans répondre, les invita à entrer. Ils perçurent l’odeur agréable de son parfum en passant devant elle pour entrer dans un couloir mal éclairé. Il menait dans une grande pièce servant de salle à manger et de salon, joliment décorée de poutres apparentes, d’armoires et de commodes, de chaises au canevas de paille et d’autres à galette capitonnée. Le tout encombré de statuettes, souvenirs d’un voyage en Égypte peut-être, de dentelles et de fleurs séchées, d’un bateau dans une bouteille et d’un ensemble de photos de famille. La demeure paraissait charmante et paisible. Une large cheminée avec, de chaque côté, un pan de mur tapissé de livres dont certains paraissaient froissés à force d’avoir été maniés ou flétris par l’âge ; par terre, un tapis cachait une partie de la tomette ; tout le décor semblait figé ainsi depuis des décennies. Une très grande ouverture, constituée de deux baies coulissantes, plus récentes celles-là, offrait une vue exceptionnelle sur le coteau de la ville qui descendait assez brutalement vers la Rance et le vieux port, sans que l’on puisse voir quoi que ce soit après la terrasse.

Tout en bas, les rayons du soleil caressaient les formes des embarcations amarrées au quai, côté Dinan, ce port situé dans un cadre bucolique entre la Rance maritime et la Rance fluviale, accueillant les bateaux de plaisance et les promeneurs.

Ils tentèrent de s’attarder sur les photographies fixées aux murs. Elles attiraient l’attention et présentaient, à de multiples occasions, un couple et un enfant, parfois quelques personnes devant un avion de tourisme ainsi que des photos que François reconnut comme des clichés de Sarlat et de nombreux endroits pittoresques du Périgord Noir qu’il avait déjà eu l’occasion de visiter. À peine percevait-on, ici ou là, quelques touches de modernité comme un grand écran plat. À n’en pas douter, le propriétaire des lieux aimait à se plonger dans ce décor car deux fauteuils relax très confortables étaient disposés pour jouir du panorama et de la télévision.

Elle les invita à s’asseoir autour de la lourde table en bois posée au centre de la pièce et prit place à son tour en venant s’y accouder. Elle parla la première :

— Je viens juste d’arriver à pied, mon mari et notre fille doivent me rejoindre dans quelques instants. Notre maison se trouve non loin d’ici, près du centre-ville. J’ai voulu venir, car j’attends une visite pour organiser le transport du corps de mon père jusqu’à Sarlat.

— Justement, c’est la raison de notre visite.

— Parce que c’est vous qui délivrez les documents ?

— Non, pas du tout, nous venons vous informer qu’une demande d’autopsie a été formulée et, dans ces conditions, le départ du corps ne peut avoir lieu. Celui-ci sera dirigé dès cet après-midi vers l’Institut médico-légal. Personne ne vous a avertie ?

Elle esquissa une grimace navrée. Le choc avait été rude. Tous les mots qui venaient à l’esprit des deux OPJ leur semblaient sentencieux ou superflus. Ils attendirent quelques secondes.

— Non… Autopsier papa ? Mais ce n’est pas possible ! Je ne veux pas que l’on touche à son corps, c’est déjà suffisamment dur comme ça !

— Nous comprenons, madame Carsac, mais une procédure réglementaire a été déposée dans ce sens. Le procureur a été saisi et l’affaire doit désormais suivre son cours.

Elle aspira une bouffée avec autorité avant de répondre :

— Une procédure ? Mais par qui ? En dehors de moi, ma fille et mon époux, papa n’a plus de famille, à quatre-vingt-quinze ans, il est le dernier.

— Peut-être, Madame, mais vous semblez oublier madame Claudine Bégard avec laquelle il a tout de même vécu une vingtaine d’années.

— Ils ne sont pas mariés et elle ne fait pas partie de la famille ! C’est donc elle qui veut jouer les Cassandre !