Gros gnons à Roscoff - Firmin Le Bourhis - E-Book

Gros gnons à Roscoff E-Book

Firmin Le Bourhis

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Beschreibung

Quel lien peut-il exister entre les algues et l'immigration clandestine ?

Roscoff et Saint-Pol-de-Léon, le pays des oignons rosés et des primeurs, voilà où une nouvelle enquête va conduire le capitaine François Le Duigou et le lieutenant Phil Bozzi.
Tout commence avec la découverte d’un passager clandestin dans un camion. S’ensuit l’agression du dirigeant d’une entreprise de transformation d’algues alimentaires et, plus tard, celle d’un jeune agriculteur très engagé dans le syndicalisme paysan, alors que les effets nocifs des algues vertes font la une des médias et que Roscoff semble devenir un lieu de transit actif pour l’immigration clandestine.
Comment nos deux enquêteurs chevronnés parviendront-ils à éclaircir cet imbroglio ?

Entre alimentation et immigration, retrouvez le duo Le Duigou et Bozzi dans ce polar palpitant !

EXTRAIT

— Venez, je vais vous montrer ce que nous avons découvert…
— Non. Nous savons déjà qu’il s’agit d’un individu, de sexe masculin, qui serait décédé d’une blessure, a priori, apparente.
— Oui.
L’homme s’arrêta net, déçu de ne pouvoir les y conduire.
— Avez-vous touché à quelque chose ?
— Non. Juste pour voir s’il vivait encore… mais il était déjà froid. Puis, nous sommes ressortis pour prévenir la police.
— Très bien. Nous allons laisser nos collègues experts étudier la situation et effectuer leur travail. En attendant, parlez-nous de ce véhicule…

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Roman d'enquête traditionnel, mais intrigue criminelle plutôt bien ficelée, il faut le dire. Avant tout, l’auteur est expert dans ce qu’il convient d’appeler le “polar documentaire”. Ainsi nous offre-t-il quelques détails sur Roscoff d’hier et d’aujourd’hui, entre autres sur l’exportation des oignons de Roscoff (voir le jeu de mot du titre). - Claude Le Nocher, Action-Suspense

À PROPOS DE L’AUTEUR

Né à Kernével en 1950, Firmin Le Bourhis vit et écrit à Concarneau en Bretagne. Après une carrière de cadre supérieur de banque, ce passionné de lecture et d’écriture s’est fait connaître en 2000 par un premier ouvrage intitulé Quel jour sommes-nous ?, suivi d’un second, Rendez-vous à Pristina, publié dans le cadre d’une action humanitaire au profit des réfugiés du Kosovo.

Connu et reconnu bien au-delà des frontières bretonnes, Firmin Le Bourhis est aujourd’hui l’un des auteurs de romans policiers bretons les plus appréciés, avec vingt-huit enquêtes déjà publiées. Il est également l’auteur d’essais sur des thèmes médicaux et humanitaires. Ses ouvrages sont tous enregistrés à la bibliothèque sonore de Quimper au service des déficients.

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Seitenzahl: 311

Veröffentlichungsjahr: 2017

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FIRMIN LE BOURHIS

 

 

 

Gros gnons à Roscoff

 

éditions du Palémon

Z.I de Kernevez

11B rue Röntgen

29000 Quimper

 

DU MÊME AUTEUR

 

Aux éditions Chiron

 

Quel jour sommes-nous ? La maladie d’Alzheimer jour après jour

 

Rendez-vous à Pristina - récit de l’intervention humanitaire

 

Aux éditions du Palémon

 

n° 1 - La Neige venait de l’Ouest

n° 2 - Les disparues de Quimperlé

n° 3 - La Belle Scaëroise

n° 4 - Étape à Plouay

n° 5 - Lanterne rouge à Châteauneuf-du-Faou

n° 6 - Coup de tabac à Morlaix

n° 7 - Échec et tag à Clohars-Carnoët

n° 8 - Peinture brûlante à Pontivy

n° 9 - En rade à Brest

n° 10 - Drôle de chantier à Saint-Nazaire

n° 11 - Poitiers, l’affaire du Parc

n° 12 - Embrouilles briochines

n° 13 - La demoiselle du Guilvinec

n° 14 - Jeu de quilles en pays guérandais

n° 15 - Concarneau, affaire classée

n° 16 - Faute de carre à Vannes

n° 17 - Gros gnons à Roscoff

n° 18 - Maldonne à Redon

n° 19 - Saint ou Démon à Saint-Brévin-les-Pins

n° 20 - Rennes au galop

n° 21 - Ça se Corse à Lorient

n° 22 - Hors circuit à Châteaulin

n° 23 - Sans Broderie ni Dentelle

n° 24 - Faites vos jeux

n° 25 - Enfumages

n° 26 - Corsaires de l’Est

n° 27 - Zones blanches

n° 28 - Ils sont inattaquables

n° 29 - Dernier Vol Sarlat-Dinan

n° 30 - Hangar 21

n° 31 - L'inconnue de l'archipel

n° 32 - Le retour du Chouan

n° 33 - Le gréement de Camaret

 

Menaces - Tome 1 - Attaques sur la capitale

Menaces - Tome 2 - Tel le Phénix

Menaces - Tome 3 - Pas de paradis pour les lanceurs d'alerte

 

 

 

 

 

Retrouvez tous les ouvrages des Éditions du Palémon sur :

 

www.palemon.fr

 

Dépôt légal 4e trimestre 2014

ISBN : 978-2-916248-68-4

 

 

 

 

 

NOTE DE L’AUTEUR :

L’auteur s’empare, comme habituellement, d’une véritable affaire criminelle et, au terme d’une étude approfondie des faits et avec l’aide d’officiers de police judiciaire, en donne une version romancée aussi proche que possible de la réalité…

Un fait réel qu’il transpose dans d’autres lieux pour y bâtir une enquête qu’il livre à votre perspicace lecture…

 

 

CE LIVRE EST UN ROMAN.

Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.

 

Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation, intégrale ou partielle de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie, microfilmage, scannérisation, numérisation…) sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335 2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’autorisation d’effectuer des reproductions par reprographie doit être obtenue auprès du Centre Français d’Exploitation du droit de Copie (CFC) - 20, rue des Grands Augustins - 75 006 PARIS - Tél. 01 44 07 47 70 - Fax : 01 46 34 67 19 - © 2014 - Éditions du Palémon.

 

 

REMERCIEMENTS

 

L’auteur a bénéficié de l’aide de plusieurs spécialistes

dans les domaines qui servent d’arrière-plan à l’ouvrage,

aussi, il tient à remercier tout particulièrement :

 

Philippe Le Roy, directeur de l’Office Municipal de Tourisme

de Roscoff ainsi que Florence et Claire pour leurs explications.

 

Le commandant de la communauté de Brigades de gendarmerie

nationale de Saint-Pol-de-Léon et son équipe

pour leur accueil et leurs précieuses informations.

 

La dynamique Christine Le Tennier, PDG d’Algues de Bretagne

à Rosporden, élue maire de cette commune en 2014,

auteur du livre Algues et Gastronomie sur la cuisine aux algues

par les grands chefs de Bretagne. www.algues.fr.

 

Mon ami Gérard Bonnec, brillant ex-banquier

et skipper émérite, pour son cours de navigation maritime

entre Roscoff et l’Angleterre.

 

Pascal Vacher, OPJ, pour ses apports techniques.

 

Jérôme Manierski, chef de marché grandes cultures

à la Société Goëmar à Saint-Malo, pour les informations apportées.

 

L’Hôtel du Cheval Blanc à Saint-Pol-de-Léon,

pour son sympathique accueil.

 

Tito, du Ty Jean Bart 390 à Moguériec à Sibiril

pour sa gentillesse et l’ambiance exceptionnelle de son bar.

 

Jacqueline et André Menez pour leur suggestion de titre !

 

Toutes les personnes rencontrées à Roscoff et dans les environs

pendant la rédaction de cet ouvrage… qui se reconnaîtront…

et quelques autres qui préfèrent rester anonymes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rien n’est gratuit dans ce monde. Tout s’expie.

Le bien comme le mal se paie, tôt ou tard.

Le bien c’est forcément plus cher.

 

Semmelweis

Louis-Ferdinand Céline

 

 

 

 

Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami,

Mieux vaudrait un sage ennemi.

 

Jean de La Fontaine

 

 

Chapitre 1

Mardi 1er Septembre 2009, matin.

Lors de la grande rentrée de septembre, le mot « crise » avait disparu du vocabulaire médiatique. Un seul thème… la grippe A. Toute l’orientation se focalisait sur la quantité de vaccins disponibles, la fabrication des masques, ainsi que des gants, et aussi sur toutes les précautions à prendre. Côté rentrée scolaire, même préoccupation affichée. Face aux caméras, ce même thème occupait le devant de la scène avec sa litanie de questions : faut-il commencer par vacciner les enfants ? Quelles sont les personnes prioritaires ? Comment éviter les contacts : bises, poignées de main… Mode opératoire en cas d’éternuements, de toux et autres conseils quant au comportement quotidien.

En bref, on eut dit que ce vaste sujet avait pour objectif principal d’occuper tous les esprits et d’écarter la population de la dure réalité économique et financière. Bien sûr, le président de la République avait convoqué les présidents des grandes banques et établi un petit simili « code de bonne conduite », dont le seul but était de se donner bonne conscience et tenter de calmer la rumeur publique. Cependant, à l’instar de la réaliste Angela Merkel qui répétait que les banques continuaient leurs activités comme « s’il ne s’était rien passé quelques mois plus tôt », chacun savait bien que les loups de la finance et les champions de la spéculation à tout va n’avaient jamais faibli ; mieux, ils avaient profité de ce contexte exceptionnel pour rebondir plus que jamais, au détriment de toute réalité économique des entreprises.

Le G20 ne mettait pas un terme à ce désordre organisé, se contentant aussi de « mesurettes » de façade. Les puissants financiers et leur fidèle cohorte de traders allaient, comme d’habitude, en faire à leur guise et, pour eux, plus que jamais… « le chien aboie et la caravane passe… »

Pendant ce temps, il fallait continuer à occuper la population, pour les mois à venir, avec la grippe A… tout en agitant le drapeau de la « Taxe carbone » pour être du côté de l’environnement afin que, sur le plan politique, on puisse préparer les prochaines régionales, quitte à réaliser des rapprochements de circonstance… parfois surprenants… pour ne pas dire délirants.

À certains, ceci faisait penser à la grippe aviaire, quelques années plus tôt. D’une redoutable pandémie, objet d’attention de tous les médias et de tous les politiques… elle s’était, brutalement, vue oubliée… pour être détrônée par le CPE, le fameux Contrat de Première Embauche. Une nouvelle affaire chassait l’ancienne… si bien qu’aucun français n’était dupe de toutes ces mouvances politico-médiatiques et chacun savait pertinemment que, sociales ou grippales, les peurs avaient plutôt tendance à refroidir les contagions revendicatives.

Mais, plus inquiétant, le monde s’accommodait de plus en plus de supercheries de toutes sortes… C’était ainsi que les médias étalaient l’affaire Madoff aux États-Unis ou l’affaire Kerviel de la Société Générale, sans oublier la main de Thierry Henry pour permettre à la France d’aller en coupe du Monde de football, au détriment de l’Irlande… D’innombrables magouilles touchaient toutes les représentations politiques, de gauche comme de droite, donnant ainsi à la nouvelle génération un bien triste modèle en matière de civisme, d’éthique et de probité. Comment leur faire croire ensuite qu’une partie de la population n’était pas corrompue ? Que travail et honnêteté existaient encore ? Et surtout que, liberté, égalité et fraternité restaient notre fondement républicain…

En Bretagne, comme chaque année depuis trois ans, le soleil de la saison estivale dispensait son rayonnement en dehors de ses mois habituels… Quasiment absent en juillet, peu fréquent en août, il affichait une ardeur insolente en septembre, offrant une impression de vacances à ceux qui avaient repris leur travail.

Phil et François étaient de ceux-là.

Au commissariat de police de la rue Théodore Le Hars à Quimper, ils évacuaient les affaires courantes ainsi que les petits dossiers en cours sans grand enthousiasme ; aucune grosse affaire n’avait défrayé la chronique depuis leur retour de Vannes1.

Le rez-de-chaussée du commissariat ne connaissait pas l’affluence et le premier étage où se trouvaient Phil, François et quelques collègues, était bien calme. Le patron, Yann Le Godarec, à peine préoccupé par le message qu’il venait de recevoir, fit son apparition à la porte de François qui était en discussion avec Phil.

— Pouvez-vous vous rendre chez un transporteur, situé à la sortie de Quimper en direction de Rosporden ? Il vient d’appeler. Au moment de transborder du fret d’une remorque à une autre de l’un de ses camions, il y a découvert un type mortellement blessé. J’ai prévenu l’équipe de la police technique et scientifique ainsi que le légiste. Ce dernier n’arrivera pas tout de suite car il était pris. J’ai demandé à un binôme en tenue de vous accompagner pour établir le périmètre de sécurité et attendre son arrivée. Ne me posez pas de question ! Je vous ai dit tout ce que je sais pour l’instant sur cette affaire. Voici l’adresse de la société de transport.

— D’accord, on prend. Le temps de ranger nos affaires et nous partons.

Quelques dizaines de minutes après, leur Mégane banalisée de service, suivie du véhicule de leurs collègues, aux couleurs de la police nationale, pénétrait dans l’enceinte de la société de transport. En passant le portail d’entrée, sur leur gauche, donnant sur la route qu’ils venaient de traverser, de nombreux véhicules étaient parfaitement alignés comme pour la parade. Sur leur droite, ils ignorèrent les locaux administratifs qu’ils longèrent pour se rendre directement au fond des installations, vers des constructions réservées au stockage et transit de toutes sortes où un petit groupe d’hommes discutait sur le quai d’embarquement, à l’arrière d’une remorque dont la bâche affichait l’enseigne de l’entreprise, principalement en français, quelques slogans étaient également exprimés en anglais.

La discussion s’arrêta à leur arrivée. Un homme se détacha du groupe et se présenta comme étant le directeur de la logistique. Les civilités évacuées, François prit la direction de l’entretien, demandant à leur interlocuteur de leur expliquer la situation depuis le départ.

— Venez, je vais vous montrer ce que nous avons découvert…

— Non. Nous savons déjà qu’il s’agit d’un individu, de sexe masculin, qui serait décédé d’une blessure, a priori, apparente.

— Oui.

L’homme s’arrêta net, déçu de ne pouvoir les y conduire.

— Avez-vous touché à quelque chose ?

— Non. Juste pour voir s’il vivait encore… mais il était déjà froid. Puis, nous sommes ressortis pour prévenir la police.

— Très bien. Nous allons laisser nos collègues experts étudier la situation et effectuer leur travail. En attendant, parlez-nous de ce véhicule…

L’homme se gratta la tête et réfléchit quelques secondes. La cinquantaine, vêtu d’un strict complet gris, ce dernier aurait pu paraître terne si ce n’étaient ses yeux clairs qui irradiaient une énergie singulière. L’expression de son visage s’assombrit et son regard se durcit.

— Cette remorque, il la désigna du doigt, revient de Roscoff. Suite à un problème administratif avec notre ensemble routier qui devait partir, après avoir chargé à Roscoff, pour l’Angleterre. Nous avons dû, dans un premier temps, laisser cette remorque qui venait d’être chargée sur le parking des départs à Roscoff pendant qu’on s’occupait du tracteur. Finalement, nous avons rencontré des difficultés et le tracteur s’est retrouvé immobilisé dans un garage pour plusieurs jours.

— Et alors, que s’est-il passé ?

— Nous avons dirigé un tracteur de Quimper à Roscoff pour rechercher la remorque qui était chargée et toujours sur le parking. Nous avons commencé le transbordement ce matin et le nouvel ensemble routier devait partir à Roscoff pour embarquer pour l’Angleterre, comme cela aurait dû se faire avec l’autre véhicule…

— De quoi était composé le chargement ?

— De trois lots. Nous avions d’abord chargé à l’avant, où nous avons trouvé l’individu, une machine-outil et de nombreux accessoires ; puis, juste derrière, le deuxième lot de fret composé de cartons de marchandise d’un autre client.

— Quel type de marchandise ?

— De l’agroalimentaire : conserves et différents produits de consommation humaine à base d’algues. Puis, suivait en troisième position, pratiquement à l’arrière de la remorque, la cargaison d’un autre client : des produits à base d’algues également, mais destinés à l’agriculture, cette fois sous forme de sacs disposés sur des palettes. Tout l’affrètement passe par une plateforme de stockage d’une société de Roscoff qui importe et exporte tout type de marchandise à base d’algues et dispose d’un laboratoire de recherche véritablement d’avant-garde dans ce domaine. L’acheminement devant se faire vers l’Angleterre par le port ferries du Bloscon à Roscoff…

— Revenons à notre individu…

— C’est au cours de ce transbordement que nous l’avons découvert. Il se trouvait coincé à l’avant. Il s’était sans doute glissé jusque-là entre la bâche et la marchandise car il n’était pas gros et avait réussi à se faire une petite place en ayant mis différents accessoires de la machine sur le haut de celle-ci, il avait ainsi de quoi se tenir assis ou allongé.

— Combien de temps cette remorque est-elle restée sur ce parking ?

— Elle y était donc depuis vendredi soir. Lundi, nous avons eu notre dernière discussion sur la situation et, dans la soirée, nous sommes allés la chercher et l’avons garée à cet endroit, dit-il en la désignant une nouvelle fois du doigt.

L’équipe de la police technique et scientifique arrivait au même moment. Quelques échanges rapides sur la situation et les hommes enfilèrent leur tenue devant le regard médusé du personnel. Ils se mirent rapidement au travail. Les policiers en uniforme avaient balisé un périmètre autour de la remorque et se tenaient devant l’accès au quai d’embarquement. Phil et François se rendirent au bureau pour enregistrer la déposition de leur interlocuteur et les coordonnées des clients affréteurs de ce chargement. Il y avait peu de chance que ces derniers sachent quoi que ce soit. Ils devaient aussi entendre le chauffeur qui avait stationné la remorque à Roscoff.

Dans l’intervalle, dès son arrivée, le médecin légiste avait examiné le corps de l’individu. En fin de matinée, ils se réunirent pour évoquer les premières constatations.

Le légiste commença :

— Tout d’abord, je n’ai pu que constater le décès. Il s’agit d’un homme d’une trentaine d’années environ, ce qui restera à vérifier. Pour moi, il est décédé d’une overdose ayant entraîné l’arrêt cardiaque. Ce pauvre hère s’est retrouvé à Roscoff, on ne sait comment, mais à bout de souffle, très faible… décharné. Je dirais que la mort remonte à un ou deux jours, peut-être même trois…

— C’est-à-dire, samedi, dimanche ou lundi…

— Oui. Cependant, en l’état actuel, il m’est impossible de la dater précisément. Nous ne disposons plus des moyens de le faire par la température puisqu’il était totalement froid, ce n’est donc que par l’autopsie que je pourrai vous en dire plus. Pendant le transport, des outils coupants, qu’il avait dû déplacer auparavant pour s’aménager un petit coin, lui sont tombés sur la tête, le blessant gravement. Mais, il était déjà certainement mort à ce moment-là, car cette blessure apparente n’a pas provoqué de saignement. Autres détails, ses paupières sont enflées, son front présente une rougeur érysipélateuse et son visage semble enflammé. D’où qu’il vienne, il n’était pas en bonne santé.

— Vous avez une petite idée sur son origine ?

— Difficile à dire, peut-être est-il Afghan, Irakien… je pense qu’il vient de cette région, même s’il ne me paraît pas trop typé…

La voix du médecin semblait fatiguée. Cette certaine raucité trahissait de longues journées de travail ponctuées de multiples cigarettes et tasses de café, pensa François qui le connaissait bien.

— Se dirige-t-on vers une mort accidentelle, dans ce cas ?

— Je ne me prononce pas pour l’instant. Je ne peux vous en dire davantage. J’ai procédé aux constatations d’usage et ce n’est qu’à l’autopsie que je pourrai déterminer la cause réelle du décès. Vos collègues de la police technique et scientifique vous informeront des résultats de leurs investigations. Quand ils en auront terminé, vous pourrez faire enlever le corps et le diriger vers notre local qui nous sert d’institut médico-légal afin que je puisse effectuer l’autopsie, mais au vu des premiers éléments, il n’y a aucun caractère d’urgence, j’imagine. Je vous tiendrai informés.

Le médecin légiste rassembla ses affaires et s’en alla après avoir salué les personnes présentes. Le responsable des experts sortit du groupe pour prendre la parole à son tour.

— Nous l’avons fouillé : aucun papier ni signe distinctif ne permettent de situer précisément son origine ni le circuit qu’il a pu emprunter. Ses vêtements sont usagés et anciens, couramment portés en France, leur provenance est, de ce fait, incertaine, car cet individu a très bien pu se les procurer auprès dune association caritative française, lors d’un passage à Paris, Marseille ou ailleurs. On peut penser, de prime abord, qu’il s’agit d’un immigré clandestin ayant bénéficié de complicité lui permettant de venir jusqu’à Roscoff dans un premier temps, pour pouvoir ensuite se rendre en Angleterre.

— Oui, eh bien, c’est plutôt maigre !

— Désolé. Que vous dire de plus que le légiste ? Au travers de ce que nous avons découvert et mis sous scellés, nous pensons qu’il a dû se shooter pour faire passer le temps en attendant d’arriver sur « la terre promise ». Résultat des courses, le cœur n’a pas tenu. Nous avons procédé aux différents prélèvements d’usage ; empreintes digitales, papillaires pour l’ADN et autres. Nous allons faire des analyses pour tenter de définir son origine, son âge et peut-être retrouver son état civil, mais rien n’est moins sûr, sauf s’il est fiché comme récidiviste.

— On ne sait jamais…

— Pas de trace de bagarre ni de blessure autre que ce que vient de vous dire le légiste. Pas de fracture antérieure. Ce type a certainement réussi à se glisser, vraisemblablement par ses propres moyens, jusqu’à l’endroit de la remorque où il a été découvert. Il s’est aménagé un petit coin, mais il n’avait rien, même pas de nourriture, juste une bouteille d’eau. Ce n’est vraiment pas un dossier très excitant, mais nous allons faire le maximum pour vous informer. Je crois, hélas, qu’il doit s’agir de l’un de ces deux cents millions de migrants, qui, dans le monde, sont en quête d’un avenir meilleur. Nos discours politiques ont vingt ans de retard et voilà où ça mène…

Il venait de résumer la situation d’une formule lapidaire.

La conclusion évoquée par cet homme n’était pas si impudente qu’elle ne méritât point de réponse. Si forte était alors l’impression du groupe de l’injustice et de l’ingratitude de l’univers entier.

— Merci, répondit sobrement François, l’esprit occupé.

Chacun garda le silence, méditant sur les derniers propos du spécialiste et pensant sans doute aussi à cet homme venu d’un pays lointain pour espérer vivre mieux et qui, finalement, était mort presque comme un animal, au fond d’une remorque chargée de marchandises, qui plus est, de nourriture, sans qu’il ne le sache, ce qui était pour le moins paradoxal.

Mais, ceci ne représentait-il pas la triste image de nos démocraties et des pays dits modernes ? Mourir de faim à côté d’un garde-manger plein…

Peu de temps après, les spécialistes rangèrent leurs matériels à leur tour et le corps fut enlevé.

François, en accord avec le patron et le procureur, décida qu’il n’était pas nécessaire que la remorque soit mise sous scellés… au grand soulagement du transporteur.

À l’heure du déjeuner, ils avaient tous quitté les lieux.

 

*

 

Mardi 1er septembre 2009, après-midi.

Dans le bureau du patron, Yann Le Godarec, François et Phil avaient commenté la situation avant de remettre leur rapport au complet. Le procureur, de son côté, en avait pris acte. Bien que sordide et sans doute accidentelle, l’affaire méritait d’être examinée en détail dans l’attente des résultats des techniciens et du légiste.

Phil et François rassemblèrent toutes les informations recueillies tout au long de l’après-midi afin d’établir leur compte rendu.

En fin de soirée, le procureur les missionna pour mener une enquête approfondie sur place, à Roscoff, ce qui ne les surprit guère. Nul n’ignorait qu’un certain ministère, sous surveillance étroite du président de la République, était très sensible à l’immigration et à l’expulsion de clandestins. Il s’agissait absolument de connaître la réalité de la situation et les raisons de la présence de cet individu à Roscoff. Il eut été étonnant que ce cas fût isolé…

Le procureur leur recommanda aussi de vérifier s’il n’existait pas de filière clandestine en cours d’organisation du côté de Roscoff… après les événements du nord de la France et de la Normandie. Les médias fixaient, plus que jamais, leurs projecteurs sur le Nord… car, malgré la fermeture du centre de la Croix-Rouge de Sangatte en novembre 2002, et ensuite la suppression de la « jungle de Calais » et de Dunkerque, des zones de non-droit continuaient à être contrôlées par des passeurs qui entendaient bien faire leur loi, racketter et brutaliser les migrants en les faisant vivre dans des conditions indignes… D’ailleurs, on avait démantelé, rien que pour ces six derniers mois, plus de trente filières clandestines…

Phil et François avaient bien compris le message. Le lendemain matin, à la première heure, ils prendraient la route en direction de Roscoff. Ils avaient le reste de la journée pour évacuer les affaires en cours et préparer leur arrivée dans le Nord-Finistère…

1. Voir Faute de Carre à Vannes, même auteur, même collection.

 

Chapitre 2

Mercredi 2 septembre 2009.

Ils eurent subitement l’impression de se retrouver en Irlande en franchissant les Monts d’Arrée à hauteur du Mont Saint-Michel-de-Brasparts. D’un côté, ils apercevaient clairement la chapelle au sommet du mont et, de l’autre, Brennilis, avec son lac, dans ce paysage très typé. La route serpentait entre bruyères, herbes sèches et végétation rabougrie, pour passer au pied du Roch Trévézel, puis du Roc Trédudon et son antenne. Ils pensèrent à cet instant, à cette enquête qui les avait conduits à Morlaix quelques années plus tôt.2

Ils descendaient à présent vers Pleyber-Christ, puis Morlaix… que la voie express permettait d’éviter… et prirent la direction de Saint-Pol-de-Léon. La veille, en prenant contact avec leurs collègues, ils avaient appris qu’ils travailleraient avec la gendarmerie de cette ville, Roscoff n’étant pourvu ni de commissariat ni de gendarmerie nationale, seulement d’une police municipale.

À la sortie de Saint-Pol-de-Léon, en direction de Roscoff, les grilles bleues de la gendarmerie étant ouvertes, ils garèrent leur véhicule dans la petite cour. De construction récente, le bâtiment s’étalait sur un seul niveau, mais aurait pu être destiné à tout autre usage. Le toit plat était dominé par une sorte de pyramide en béton surmontée d’une grande antenne. Des cubes modulaires, de type Algéco, étaient installés dans la cour pour accroître la superficie des locaux administratifs. Ils ressortirent de l’enceinte pour se présenter à l’entrée réservée au public. Le drapeau français s’agitait mollement au vent léger sur son mat fixé au sol près de l’accès. Le gendarme de l’accueil les dirigea aussitôt vers un bureau situé sur l’arrière, où ils furent reçus par un major et un adjudant, tous deux fort sympathiques, qui les saluèrent jovialement. Avant d’écouter Phil et François, ceux-ci présentèrent leur établissement :

— En fait, vous vous trouvez ici, dans une communauté de brigades qui opère sur quatre cantons : Saint-Pol, Plouescat, Plouzévédé et Taulé. Roscoff et l’île-de-Batz font donc partie de notre territoire…

Ils exposèrent ensuite leur organisation et leurs relations permanentes, imposées par les activités internationales du port de Roscoff, avec la PAF3 basée à Brest, et bien entendu, les douanes qui disposaient également d’un bureau sur place en permanence, ainsi que la gendarmerie maritime.

Puis, ce fut au tour de François d’expliquer le but de leur visite et de leur mission. Le major décida de leur affecter un jeune APJ4, le maréchal des logis, Thierry Le Valanec, qui envisageait de suivre la formation permettant de devenir OPJ. Ce dernier connaissait bien la région et s’impliquait dans son métier. À de multiples reprises, il avait procédé à l’arrestation de clandestins. Sujets surveillés de près par les autorités dans les turbulences médiatiques du moment.

La trentaine, grand, mince, une calvitie naissante et une barbe soigneusement taillée, des cheveux châtains, ses yeux clairs adoucissaient son abord plutôt sévère.

Phil lui exposa la situation tout en se rendant dans son bureau, tandis que François poursuivait la discussion avec les deux collègues.

Une heure plus tard, ils prenaient tous les trois la direction du Port du Bloscon à Roscoff. Thierry Le Valanec avait été mis à l’aise par Phil et il leur fit part de son expérience tout au long de la route :

— Je ne vous cache pas que votre affaire me surprend. En effet, vendredi, comme chaque fin de semaine en particulier, j’ai participé, ainsi qu’un collègue, à un tour de reconnaissance et de contrôle de squats et de campements, et nous n’avons absolument rien remarqué. Ces camps de fortune se situent généralement à proximité de la gare maritime et des lieux de passage de camions qui partent pour l’Angleterre. À chaque départ, nous assurons également une présence, accompagnés, le plus souvent, de nos collègues des douanes.

— Il vous arrive souvent d’arrêter des clandestins ?

— Oui. Disons que, pour la région, c’est déjà important… Une cinquantaine environ par an, soit un par semaine en moyenne… mais aucun rapport avec Calais, Dunkerque ou même, Caen et Ouistreham dans le Calvados…

— Et côté population locale ?

— Rien à voir avec Calais par exemple. Là-bas, depuis la fermeture de Sangatte, la réaction des habitants montre que l’opinion est bien plus ouverte que ne le supposent nos dirigeants. Ils organisent des soupes populaires ou offrent des douches aux clandestins. Les habitants de Calais ont-ils en mémoire les difficultés rencontrées par leurs propres parents ? Ainsi, ils touchent du doigt le côté irrationnel d’une politique qui s’acharne sur les plus pauvres.

— Comment cela se passe-t-il ici ?

— Nous ne connaissons, à ce jour, aucun cas où un migrant a pu bénéficier de complicité locale. Ils arrivent sans papiers. S’ils en ont, ils sont faux et, la plupart du temps, de mauvaise qualité. Ils viennent, généralement, de filières parisiennes et, le plus souvent, ils se payent un passeur même s’ils ne disposent que de petits revenus. Par contre, ceux qui n’en ont pas ou se sont fait voler partent sur Calais, Dunkerque, Caen, ils n’ont pas d’autres choix.

— Quand arrivent-ils ?

— Le plus souvent, le vendredi soir, pour tenter le passage le week-end. Ils savent très bien que les services administratifs sont fermés et qu’il nous est donc plus difficile de recourir à la préfecture ou de réquisitionner un interprète. Ils se présentent le plus souvent sous un faux nom et précisent qu’ils ont été refoulés de leur pays en guerre, c’est la consigne délivrée par leur passeur. La garde à vue étant de vingt-quatre heures, nous devons la renouveler. Nous voyons, dans un premier temps, avec le procureur de Morlaix et, ensuite, direction le CRA5 situé à Rennes. Les plus jeunes ont pour objectif de faire croire qu’ils sont mineurs, même s’ils ne le sont pas, pour éviter la reconduite à la frontière. Les mineurs sont placés dans un foyer d’où ils s’échappent car ce n’est pas une prison… et ils retentent leur chance !

— Quel comportement ont-ils lorsqu’ils sont pris ?

— Rarement violents, passifs, peu coopératifs, même avec un interprète. Ils simulent toujours l’incompréhension. Ils n’ont qu’un objectif… l’Angleterre ! Alors, ils essayent de gagner du temps, non seulement en donnant une fausse identité mais aussi en inventant des personnes censées les héberger à des adresses fantaisistes… Tout et n’importe quoi !

— Pourquoi l’Angleterre à tout prix ?

— En Angleterre, la prise en charge est assurée par les services sociaux et la police n’a aucun effet sur ces derniers.

— Je voudrais que tu reviennes sur la complicité éventuelle de la population locale…

— Aucun cas avéré, à ce jour. Si une personne de la région était impliquée, elle serait jugée en comparution immédiate pour aide à l’entrée, à la circulation et au séjour irrégulier d’étrangers en France et, la plupart du temps, on pourrait y ajouter « dans des conditions incompatibles avec la dignité de la personne humaine ». À ce petit jeu, quelqu’un pourrait être pris une fois pour complicité, mais ensuite, ça lui ôterait immédiatement toute envie de recommencer ou à d’autres de devenir passeurs de clandestins, tout au moins dans une petite localité comme ici à Roscoff !

— Il n’en demeure pas moins que des réseaux fonctionnent parce que certains acceptent de jouer les mules. C’est une exploitation scandaleuse de la détresse d’autrui, rajouta François qui ne s’était pas exprimé jusque-là.

— Oui… Nous arrivons. Phil, arrête-toi après le rond-point sur la droite, nous sommes en hauteur, comme cela vous aurez une vue d’ensemble du site.

Le port du Bloscon s’offrait à eux. Thierry leur présenta de loin les différents parkings et celui qui avait dû recevoir la remorque. Puis, il montra du doigt le port de pêche avec sa criée ; un peu plus loin, le port de commerce et, enfin, la gare maritime, sa capitainerie et le port en eau profonde où un car-ferry de la Brittany Ferries s’apprêtait à prendre la direction de Plymouth, à moins que ce ne soit de Cork.

Thierry poursuivit :

— Vous êtes ici devant le futur projet phare du Pays de Morlaix : la création d’un bassin de six cent vingt-cinq places dédié à la plaisance et au prolongement des activités actuelles : transit maritime et pêche. Des travaux très importants vont être menés en faveur des activités portuaires pour permettre d’accueillir les ferries du futur dans plus de profondeur et ajouter de nouveaux linéaires de quais.

— Mais ça va être énorme !

— Oui, début de travaux en fin d’année et livraison prévue en 2012.

— On peut imaginer que ceci a un certain coût…

— Près de cinquante millions d’euros.

— Des réactions de toutes sortes, sans doute, face à un tel projet…

— Bien sûr ! De toutes parts, d’autant que ce dossier est inscrit dans une zone classée Natura 2000 par l’Europe…

— Pas besoin d’être grand devin, cela doit engendrer les craintes des écologistes pour un écosystème déjà fragile…

Ils gardèrent un instant le silence comme pour méditer sur ce projet et ses conséquences et Thierry reprit :

— Je vous propose de circuler en voiture dans les installations et de nous rendre un peu plus loin derrière, dans la zone de Bloscon, où se trouvent le Casino et les viviers, entre autres. C’est de ce côté que nous découvrons régulièrement quelques squats, d’autres s’installent derrière nous également, vers ici. Les clandestins ne sont ainsi pas trop à découvert pour se faufiler dans un camion ou utiliser toutes sortes de subterfuges.

— Comment arrivent-ils jusqu’ici ?

— Les passeurs viennent de Paris en fourgon fermé sans vitre, le plus souvent, blanc, sans marque ni repère, pour se faire le plus discret possible. Les chauffeurs les larguent après leur avoir donné les dernières consignes et repartent…

— Combien arrivent à passer ?

— Aucune idée. Ceux qui ont de l’argent et arrivent avec des papiers anglais, tentent d’embarquer comme s’ils avaient fait du tourisme en France et rentraient au pays… Sans doute, ceux-là ont-ils plus de chance. C’est toujours difficile de connaître réellement le nombre de passages réussis. Je pense que très peu y arrivent en clandestinité totale, sans papier, mais nous l’ignorons… Cependant, regardez le cas de Calais où plus de mille migrants séjournaient durant l’été, alors qu’au moment de la suppression de la « jungle », il n’en restait guère plus de deux cent cinquante, et encore, la moitié étaient des mineurs, on peut penser que le reste avait vraisemblablement réussi à passer en Angleterre…

Le tour des squats leur fit constater qu’il subsistait quelques traces de passages, mais rien de plus. Rien ne permettant de préparer un début d’enquête…

Il était l’heure de déjeuner. Thierry proposa de leur faire découvrir rapidement la ville. En se rendant dans la rue Amiral Réveillère, ils quittèrent la zone industrielle et remarquèrent, au soleil, sur fond de ciel bleu, la blancheur immaculée de la chapelle Sainte-Barbe dominant la pointe de Bloscon.

Plus loin, le long du quai d’Auxerre, sur leur gauche, il leur fit remarquer que, sur certaines constructions, subsistait une trace qui indiquait jusqu’où venait la mer autrefois, avant le remblai et la construction de cette route, l’aménagement de l’espace vert de l’aire de jeux et de ce quai. Sur leur droite, à cette heure, la basse mer laissait les bateaux sur le sable, comme échoués, dans l’attente de leur élément, morne espace où quelques volatiles marins cherchaient leur pitance sur le sable jonché de laminaires et de goémon.

Après le quai Charles de Gaulle, ils dépassèrent le parking des deux embarcadères pour l’île de Batz : l’un, pour la marée haute, tout près du centre nautique et l’autre pour la marée basse, obligeant les piétons à emprunter l’estacade et à effectuer une petite marche de quelques minutes. Juste après, ils stationnèrent sur la petite place où se situait la maison de Mary Stuart et, à pied, se rendirent au restaurant « Les Arcades », proposé par Thierry, leur cicérone sur la ville de Roscoff et les environs.

L’établissement avait conservé sa façade de granit ainsi que ses arcades. Ils gravirent quelques marches. Dans l’entrée sur la droite, quelques photos au mur rappelaient que l’établissement avait connu des heures de gloire et reçu la visite de nombreuses personnalités, dont, entre autres, celle de Thierry Le Luron, permettant à chacun de se souvenir que c’était « un gars du pays ».

Tout au fond, après avoir traversé une salle et descendu une marche, un autre espace très lumineux avec sa verrière offrait une vue panoramique imprenable sur l’estran, l’estacade et, un peu plus au large, à quinze minutes de navette maritime, l’île de Batz.

Une fois attablés, à la demande de Phil et François, Thierry Le Valanec consentit à parler un peu de la région, de lui, de ses terres natales morlaisiennes ainsi que de sa famille installée à Saint-Pol-de-Léon. Il connaissait parfaitement cette pointe de Roscoff qu’il affectionnait plus particulièrement, tout comme son épouse, pour son patrimoine architectural et culturel riche de mille ans d’histoire.

Il évoqua alors, tour à tour, ce petit village, à l’origine, voué à la pêche côtière, puis au commerce maritime avant de devenir cité corsaire au service du roi, au XVIe siècle.

Détachée de Saint-Pol-de-Léon au XVIIIe siècle, la ville devint plus tard, grâce au chemin de fer notamment, une station touristique. Au XXe, s’y implanta son fameux centre de thalassothérapie en raison de son climat, de la qualité de ses eaux et de son environnement.

Il rajouta :

— Tout d’abord, le centre héliomarin fut créé par la marquise de Kergariou en 1901, pour soigner les enfants atteints de la tuberculose. Il fut reconnu d’utilité publique peu après. Actuellement, on y soigne toujours des enfants de toute la France… C’est le premier employeur de la ville.

À peine prenait-il le temps de manger qu’il poursuivait :

— Puis, l’Institut Marin Rockroum fut créé en 1902, il était réservé aux femmes et est toujours recommandé de nos jours pour le traitement des suites postopératoires.

À présent, Thierry Le Valanec termina rapidement son assiette et continua à se montrer intarissable ; visiblement, il aimait parler. Il ne put s’empêcher d’évoquer l’oignon rosé qui faisait la renommée de la région ainsi que la fabuleuse histoire des « Johnnies »6 qui débuta en 1828 grâce à un cultivateur de Roscoff qui traversa la Manche pour aller vendre ce fameux légume de la Cornouailles à l’Écosse. Plus de mille cinq cents Roscovites le suivront sur les routes anglaises, chaque année, à la fin de l’été.

Avec une certaine fierté il précisa :

— Et, depuis peu, cet oignon a obtenu l’Appellation d’Origine Contrôlé7, ce qui lui vaut désormais une reconnaissance officielle plus large. Si vous disposez d’un moment, allez visiter la Maison des Johnnies et de l’oignon rosé… Notre région est un « jardin extraordinaire » en matière de production de fleurs en serres ou en plein air, ainsi que de légumes : pommes de terre, choux-fleurs, salade Iceberg, artichauts… et j’en passe !

Café pris, François regarda sa montre, puis proposa de quitter les lieux pour se rendre à la société d’import-export signataire du contrat de transport des machines-outils pour l’Angleterre.

— Plus tard, je vous parlerai du jardin exotique et surtout du monde des algues. Nous avons à Roscoff une entreprise Algoplus, très performante en matière d’algues alimentaires et cosmétique marine ! Mais, avant tout, je voudrais vous faire connaître la devise de Roscoff : A rei a skei atao8. Ils partirent sur un grand éclat de rire.

Quant ils regagnèrent leur voiture, la mer remontait rapidement à présent, permettant progressivement à chaque bateau de retrouver son mouillage. Bientôt, elle atteindrait les quais, transformant totalement le décor précédent en une nouvelle carte postale. Des mouettes ricanaient nerveusement autour d’eux.

Empruntant la rue Amiral Courbet, ils se dirigèrent du côté du quartier de la gare où la société avait son siège. Ils passèrent devant l’abri du marin, projet cher à Jacques de Thézac, installé sur leur gauche, puis, aussitôt après, devant le petit bâtiment des Affaires Maritimes. Ils aperçurent rapidement, juste derrière, le phare en pierre qui dominait le vieux port, sa lentille tournée vers le large.