Hangar 21 - Firmin Le Bourhis - E-Book

Hangar 21 E-Book

Firmin Le Bourhis

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Beschreibung

Enquête dans un port breton...

Le lieutenant Phil Bozzi et le capitaine François Le Duigou sont pour la première fois détachés à Nantes au commissariat central. À peine commencent-ils à prendre leurs marques que le cadavre d'une femme est repêché dans la Loire, face à l'île de Nantes et ses célèbres chantiers réinvestis par les Machines de l'Île et leur impressionnant éléphant mécanique.
L'identification du corps de cette inconnue s'avère difficile, et va amener les deux OPJ à sillonner Nantes et ses quartiers.
L'animation nocturne régnant sur le quai des Antilles, autour du Hangar à bananes, va attirer leur attention...

Une nouvelle enquête de Bozzi et Le Duigou mêlant intrigue, éléments historiques et faits de société, qui vous permettra de revisiter l'histoire de Nantes !

EXTRAIT

Dans le hall du commissariat, l’agitation matinale était déjà perceptible comme le constata Phil en raccompagnant à l’ascenseur un couple venu déposer plainte.
Au même moment, l’officier de l’accueil appela François :
— J’ai en ligne une personne qui, de son bateau, a remarqué un corps qui flottait entre deux eaux et a réussi à le retenir en l’agrippant, mais il demande de l’aide. Je vous le passe ou plutôt son épouse ?
— Oui, merci…
L’officier lui transmit la communication.
— Bonjour Madame, capitaine Le Duigou, mon collègue vient de m’expliquer la situation, vous vous trouvez à quel endroit ?
— Dans le port, rive droite, à quai, près de la gare maritime sur le bras de la Loire. Pour vous situer, nous voyons de l’autre côté les installations des Machines de l’île sur le quai des Antilles et le Hangar 21, le « Hangar à bananes » si vous préférez !

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Un bon roman bien ficelé issu d'un fait divers dramatique mais hélas d'actualité. - Le Télégramme

À PROPOS DE L'AUTEUR

Né à Kernével en 1950, Firmin Le Bourhis vit et écrit à Concarneau en Bretagne. Après une carrière de cadre supérieur de banque, ce passionné de lecture et d’écriture s’est fait connaître en 2000 par un premier ouvrage intitulé Quel jour sommes-nous ?, suivi d’un second, Rendez-vous à Pristina, publié dans le cadre d’une action humanitaire au profit des réfugiés du Kosovo.

Connu et reconnu bien au-delà des frontières bretonnes, Firmin Le Bourhis est aujourd’hui l’un des auteurs de romans policiers bretons les plus appréciés, avec vingt-huit enquêtes déjà publiées. Il est également l’auteur d’essais sur des thèmes médicaux et humanitaires. Ses ouvrages sont tous enregistrés à la bibliothèque sonore de Quimper au service des déficients.

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Seitenzahl: 263

Veröffentlichungsjahr: 2017

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FIRMIN LE BOURHIS

Hangar 21

DU MÊME AUTEUR

Auxéditions Chiron

- Quel jour sommes-nous ? La maladie d’Alzheimer jour après jour

- Rendez-vous à Pristina - récit de l’intervention humanitaire

Auxéditions du Palémon

n° 1 - La Neige venait de l’Ouest

n° 2 - Les disparues de Quimperlé

n° 3 - La Belle Scaëroise

n° 4 - Étape à Plouay

n° 5 - Lanterne rouge à Châteauneuf-du-Faou

n° 6 - Coup de tabac à Morlaix

n° 7 - Échec et tag à Clohars-Carnoët

n° 8 - Peinture brûlante à Pontivy

n° 9 - En rade à Brest

n° 10 - Drôle de chantier à Saint-Nazaire

n° 11 - Poitiers, l’affaire du Parc

n° 12 - Embrouilles briochines

n° 13 - La demoiselle du Guilvinec

n° 14 - Jeu de quilles en pays guérandais

n° 15 - Concarneau, affaire classée

n° 16 - Faute de carre à Vannes

n° 17 - Gros gnons à Roscoff

n° 18 - Maldonne à Redon

n° 19 - Saint ou Démon à Saint-Brévin-les-Pins

n° 20 - Rennes au galop

n° 21 - Ça se Corse à Lorient

n° 22 - Hors circuit à Châteaulin

n° 23 - Sans Broderie ni Dentelle

n° 24 - Faites vos jeux

n° 25 - Enfumages

n° 26 - Corsaires de l’Est

n° 27 - Zones blanches

n° 28 - Ils sont inattaquables

n° 29 - Dernier vol Sarlat-Dinan

n° 30 - Hangar 21

Menaces - Tome 1 - Attaques sur la capitale

Menaces - Tome 2 - Tel le Phénix

Le blog de l’auteur :www.firminlebourhis.fr

CE LIVRE EST UN ROMAN

Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres,

des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant

ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.

Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation, intégrale ou partielle de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie, microfilmage, scannérisation, numérisation…) sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335 2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’autorisation d’effectuer des reproductions par reprographie doit être obtenue auprès du Centre Français d’Exploitation du droit de Copie (CFC) - 20, rue des Grands Augustins - 75 006 PARIS - Tél. 01 44 07 47 70/Fax : 01 46 34 67 19 - © 2017 - Éditions du Palémon.

NOTE DE L’AUTEUR

Comme pour chaque enquête, le texte intègre différents ingrédients que j’ai rassemblés ici, la majorité des personnages de cette histoire ayant existé, dit et fait ce que j’ai relaté. Souvent la réalité dépasse la fiction, et je laisse aux lecteurs le soin de deviner ce qui relève de ma seule imagination…

REMERCIEMENTS

À mes deux fidèles officiers de police judiciaire, Pascal Vacher et François Lange.

À Aurélie Fontaine, Médecin légiste.

Au capitaine Jean-François Pasques, Officier de commandement sur la circonscription de Nantes.

À l’accueil de Nantes Tourisme pour leur documentation et leurs précieuses informations.

À Delphine Hamon pour toutes ses suggestions, notamment la destination de cette enquête.

À mon épouse toujours fidèle au poste pour m’apporter ses corrections.

Dieu fit la liberté,

l’homme a fait l’esclavage.

Marie-Joseph Chénier

I

Lundi dans la nuit, avril 2017.

Il n’oublierait jamais son regard terrorisé, comme celui d’un lapin surpris sur la route par les phares éblouissants d’une voiture, avant de la percuter sur le trottoir où il était monté avec son véhicule.

Le choc.

Puis plus rien.

Une pluie torrentielle s’abattait sur Nantes à cet instant même. Un bruit assourdissant résonnait dans l’habitacle de la voiture.

Il ouvrit précipitamment la portière pour aller décrocher la bâche plastifiée qui recouvrait le plateau arrière du véhicule. Il y transporta le corps disloqué qu’il dissimula sous la bâche. Et toujours ce crépitement incessant des précipitations qui ne semblaient pas vouloir se calmer. Tout juste deux minutes venaient de s’écouler. Trempé jusqu’aux os, il reprit sa place au volant.

Il démarra et s’éloigna lentement de cette rue déserte, songeur…

Qu’allait-il faire de ce corps dont la vie venait de s’échapper ?

Il roulait à présent sur le quai André-Morice longeant le bras de la Madeleine. Un peu plus haut sur la Loire, au niveau de Saint-Sébastien-sur-Loire, l’éperon de l’île Beaulieu divisait le fleuve en deux : le bras de la Madeleine, côté Nantes ; le bras de Pirmil, côté Vertou.

Toujours hésitant, cherchant un lieu approprié, il franchit le pont de Tbilissi qui dominait le canal de Saint-Félix, apercevant à peine, sur la droite, l’imposant mécanisme de l’écluse tandis que, sur la gauche, de nombreux bateaux de plaisance patientaient sagement…

Non, cet endroit est trop fréquenté et trop visible, se dit-il, pour se débarrasser du corps.

Il pensa subitement au quartier Malakoff et s’engagea dans le boulevard de Sarrebruck, qui longeait bien le bras de la Loire mais n’offrait aucun espace pour s’arrêter et lui permettre d’accomplir son opération macabre. Hésitant, il poursuivit jusqu’au rond-point suivant, emprunta le boulevard de Seattle. Puis il repéra le chemin des Eucalyptus, apprécié des promeneurs dans la journée, et dont l’accès était interdit aux voitures et cycles à moteur. Des petits monticules de terre barraient l’entrée. Peu importe, son véhicule lui permettrait de les franchir sans encombre… Il s’arrêta au niveau de l’allée des Vinaigriers. Le temps était bouché, il n’apercevait pas l’usine d’incinération, pourtant toute proche. Enfin, il découvrit une impasse discrète menant aux abords du fleuve. Il décida de se rendre à pied vérifier l’intérêt et la fiabilité de cet accès pour son gros véhicule. Il ne trouva pas âme qui vive.

Le repérage effectué, il refit le trajet en voiture. Il descendit au plus près de l’eau, stoppa le moteur, éteignit les phares et attendit un peu, les sens en alerte. Rien. Tout était calme, terriblement silencieux. Personne ne pouvait se trouver à cet endroit par ce temps…

Il sortit précautionneusement en retenant la portière afin de ne pas la fermer bruyamment, fit quelques pas, regarda les flots alanguis et noirs de la Loire. Un peu plus loin, sur le pont au-dessus des îles de Loire, Beaulieu et Forget, les roulements métalliques d’un train se firent entendre dans un bruit assourdissant. Puis le silence revint à nouveau.

De retour à son véhicule, il enleva la bâche et fut surpris quelques secondes à la vue de ce visage, ce corps… L’avait-il aimée ? Il ne sut répondre à cette question. L’avait-elle aimé un tant soit peu ? Il l’ignorait. Néanmoins, à cet instant, il savait qu’il garderait d’elle un souvenir impérissable et qu’il la regretterait. À moins que ce ne fût qu’un sentiment transitoire… Il savait déjà pertinemment comment la remplacer.

Il tira un bras de la jeune femme jusqu’à lui, puis la hissa sur son dos et la déposa au sol le long du rivage. Il fit glisser le corps sur les flots, évitant ainsi de produire le bruit caractéristique de quelque chose tombé précipitamment à l’eau. En l’espace d’une seconde, il eut l’impression qu’une étincelle de vie l’animait encore. Sans doute des réflexes nerveux, se dit-il comme pour se rassurer.

Dans son esprit embrouillé, il lui sembla même la voir sourire, mais c’était tout sauf un sourire…

Le corps ne coula pas immédiatement. Partiellement submergé, il s’éloignait lentement en descendant le bras de la Madeleine.

Resterait-il accroché ici ou là, à une embarcation amarrée le long de la rive ou à des restes de constructions d’autrefois ? Irait-il ainsi jusqu’à Saint-Nazaire ? Se jetterait-il en mer pour disparaître définitivement ? Il le souhaitait, mais ne pouvait l’imaginer, ni y croire vraiment…

Inutile de s’attarder davantage. Il quitta les lieux et rentra chez lui. Son luxueux quartier résidentiel était tranquille. Personne dehors à cette heure. Il déclencha l’ouverture du portail électrique du porche situé à l’arrière de sa résidence, véritable petit hôtel particulier, bien dont il est l’unique héritier.

Sa famille, comme quelques autres, avait constitué sa fortune durant l’époque florissante du port de Nantes aux XVIIIe et XIXe siècles, période de gloire et de prospérité à ses yeux. Sur le plan humain, la situation était plus triste. À l’instar de ses ascendants, il ne s’en souciait guère et ne s’en était même jamais ému…

Une fois à l’intérieur, il s’assura que toutes les portes étaient bien verrouillées et jeta un coup d’œil rapide par le judas de la porte d’entrée. Calmé, il enleva ses vêtements mouillés, enfila une robe de chambre et s’installa confortablement dans le salon. Les événements qu’il venait de vivre ne l’atteignaient guère malgré l’horreur de son acte. Surpris de la simplicité avec laquelle il prenait les choses, il se prépara une tisane et sortit un gros cigare.

Puis il pensa à ses ancêtres en regardant le portrait de l’un d’entre eux suspendu au mur près de la cheminée.

Avait-il les mêmes gènes ? Cela ne faisait aucun doute. Il était fier de ses ancêtres et se revendiquait de leur lignée…

II

Mardi matin, avril 2017.

La nouvelle affectation du capitaine François Le Duigou et du lieutenant Phil Bozzi, émanant de la direction de Rennes, était tombée quelques jours plus tôt. Cette fois-ci, ils étaient attendus au commissariat central de Nantes, au 6 place Waldeck-Rousseau. Arrivés sur place la veille, les deux OPJ avaient remarqué la construction de couleur anthracite, au style très contemporain, remarquablement bien située. Le commissariat dominait l’Erdre face au magnifique pont en arc métallique dont le nom était un hommage au général de La Motte-Rouge, qui commanda à partir de la guerre de 1870 le corps d’armée nantais.

Cet ouvrage avait récemment été rénové, ses peintures vert clair ressortaient sous le soleil, mais la nuit venue, grâce à son judicieux éclairage, il prenait un autre aspect.

Tout à côté se tenait la gare fluviale des Bateaux Nantais, qui apportait au quartier ce côté touristique, voire un peu parisien des quais de Seine. Après de nombreuses affectations, les deux OPJ appréciaient cette fois-ci de bénéficier d’un cadre exceptionnel.

À leur arrivée, ils avaient découvert le hall d’entrée moderne du commissariat avec ses deux portes sécurisées dont il fallait attendre que l’une soit fermée pour que l’autre s’ouvre. L’accueil situé légèrement sur la gauche était surplombé d’une mezzanine à laquelle on accédait par un ascenseur. Ils n’eurent pas le temps de prendre place dans la salle d’attente, car un policier en tenue leur fit signe de le rejoindre et leur donna les premières consignes. La hiérarchie, aussitôt avertie de leur présence, les attendait. Ils ressortirent pour rejoindre leur véhicule et contourner l’immeuble par la gauche pour se retrouver face à une guérite occupée par une fonctionnaire de police qui leur ouvrit les grandes grilles blanches permettant d’accéder au parking.

L’arrière du bâtiment offrait un décor nettement moins prestigieux, il ne donnait que sur de vieilles constructions qui abritaient d’un côté, le centre administratif Cambronne, de l’autre, le rectorat.

Ils se rendirent au quatrième étage où, en l’absence du commissaire divisionnaire pris par d’autres tâches, le commissaire adjoint Gérard Dalby et le commandant Georges Doulon les attendaient. L’accueil fut sympathique et convivial.

Après quelques échanges de banalités, les présentations faites, le commissaire adjoint Gérard Dalby leur remit un dossier relativement complet ainsi qu’un plan de la ville et leur expliqua l’organisation des services et les modalités pratiques de fonctionnement. Ensuite, il relata l’évolution de la délinquance sur Nantes Métropole au cours des dernières années, en leur précisant :

— Tout comme Rennes et Paris, Nantes a connu de violentes manifestations en réaction à la loi El Khomri et à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, devenu malheureusement un sujet récurrent. Nous avons même vu apparaître quelques kalachnikovs lors de règlements entre bandes dans certains quartiers, c’est dire que nous n’échappons plus au contexte des grandes villes…

— Nous avons du mal à l’imaginer au vu de la richesse architecturale de la ville et de la qualité de vie qu’elle offre, répondit François. Et puis la ville est située à proximité de stations balnéaires de renom…

— Ne vous fiez pas uniquement aux apparences ! Notre travail est devenu nettement plus difficile depuis quelques années, mais nous y faisons face.

— Dans quel état d’esprit sont vos hommes en ce moment ?

— Leur état d’esprit ? répéta-t-il en leur adressant un sourire nerveux. J’en ai quelques-uns qui, depuis les derniers événements, sont en arrêt maladie, car blessés ou choqués. À un moment donné, trop c’est trop…

— D’autant que nous avons appris dans la presse qu’en plus du quotidien, vous devez gérer de gros dossiers comme celui de « Dupont de Ligonnès » et bien d’autres tout aussi complexes.

— Oui, effectivement. Et les journées ne font que vingt-quatre heures, hélas ! ajouta-t-il en souriant.

— Eh oui ! C’est terrible d’être pris par des affaires qui n’en finissent pas et vous bouffent tout votre temps, précisa Phil.

— C’est l’une des raisons de votre affectation provisoire, car nous sommes déjà à saturation. Aussi serez-vous bien utiles si de nouveaux événements se présentent !

— Utiles ! Un jeu de mots avec LU, anciennement Lefèvre-Utile, la fameuse biscuiterie nantaise ?

— Non, je n’y pensais même pas… Vous savez peut-être que les installations ont été réhabilitées en 2000 et transformées en un centre culturel, devenu scène nationale, appelé « le Lieu Unique », LU pour en garder les initiales ! Suivez-moi jusqu’à votre bureau, il est assez grand pour vous deux et permet de procéder à des interrogatoires, sinon il y a toujours la salle équipée si cela vous paraît nécessaire. Vous pourrez y déposer vos affaires puis nous ferons un petit tour du propriétaire pour saluer quelques chefs de service avec lesquels vous serez certainement amenés à travailler.

— D’accord, nous vous accompagnons…

— Par la suite, vous vous rendrez au premier étage à la direction départementale de la Sécurité publique où un topo plus détaillé de toutes les structures vous sera fait.

*

Une heure plus tard, le responsable de la DDSP1 leur précisa que le département de Loire-Atlantique dépassait les 1 300 000 habitants et que les trois circonscriptions de la police (Nantes, Saint-Nazaire et La Baule) représentaient 41 % de la population du département.

Ces noms de villes faisaient écho dans leur tête à des affaires précédentes2…

Outre le commissariat central, sept commissariats et un poste de police à la gare de Nantes contrôlaient la circonscription nantaise.

Ils relevèrent les différentes divisions (Nord, Sud, Ouest et Centre) ainsi que les secteurs sensibles…

Ils avaient pris possession de leur nouveau lieu de travail, particulièrement agréable.

Le soleil se déversait généreusement par la baie vitrée et la vue leur offrait un peu de hauteur sur l’Erdre et le magnifique pont qui l’enjambait. Sans tarder, ils enregistrèrent quelques dépôts de plainte et diverses déclarations, histoire de se mettre dans l’ambiance et de s’adapter à cette nouvelle prise de fonction.

Dans le hall du commissariat, l’agitation matinale était déjà perceptible comme le constata Phil en raccompagnant à l’ascenseur un couple venu déposer plainte.

Au même moment, l’officier de l’accueil appela François :

— J’ai en ligne une personne qui, de son bateau, a remarqué un corps qui flottait entre deux eaux et a réussi à le retenir en l’agrippant, mais il demande de l’aide. Je vous le passe ou plutôt son épouse ?

— Oui, merci…

L’officier lui transmit la communication.

— Bonjour Madame, capitaine Le Duigou, mon collègue vient de m’expliquer la situation, vous vous trouvez à quel endroit ?

— Dans le port, rive droite, à quai, près de la gare maritime sur le bras de la Loire. Pour vous situer, nous voyons de l’autre côté les installations des Machines de l’île sur le quai des Antilles et le Hangar 21, le « Hangar à bananes » si vous préférez !

L’expression surprit François qui fit comme s’il connaissait les lieux, sans lui avouer qu’il n’était à Nantes que depuis la veille. Phil, revenu à son poste, venait de tout noter.

— Très bien, dites à votre époux que nous prévenons les secours et qu’ils arrivent tout de suite…

Dans les secondes qui suivirent, Phil et François déboulèrent dans le bureau du commissaire adjoint qui réagit aussitôt :

— Allez-y ! Je demande à un binôme en tenue de vous ouvrir le chemin avec une voiture de police. Il restera avec vous pour vous seconder et j’appelle les autres services…

Le temps de ramasser leurs affaires et de descendre, le binôme les attendait déjà dans le parking du sous-sol et les deux voitures quittèrent promptement le commissariat pour se diriger vers le port maritime.

Même en milieu de matinée, la circulation était intense et difficile, ils devinaient qu’aux heures de pointe, il fallait sûrement faire preuve de patience pour se déplacer en voiture à Nantes.

Lorsqu’ils arrivèrent sur les lieux, ils aperçurent une femme qui leur faisait de grands signes tandis qu’un homme retenait quelque chose dans l’eau au bout d’une longue perche.

Ils se trouvaient sur la rive droite, un peu avant la confluence des deux bras de la Loire. Le temps pour Phil et François de rejoindre le couple, pour le binôme d’installer le périmètre de sécurité sur le quai à hauteur de l’amarrage du bateau, et déjà ils entendaient la sirène des pompiers qui arrivaient. Peu après, deux fourgons, dont l’un tirait un bateau pneumatique de type Zodiac, vinrent se garer.

La femme avança vers eux, nerveuse et paniquée :

— C’est mon mari qui l’a vu, c’est un être humain. Il s’est saisi de la perche qui sert à approcher le bateau et l’immobiliser pendant qu’on l’amarre…

Phil et François le rejoignirent et, en effet, distinguèrent une personne retenue par ses vêtements au bout du croc.

L’homme tira un peu plus fort pour faire remonter le corps à la surface.

Il les salua d’un signe de tête, les deux mains prises par la perche :

— Heureusement que le courant n’est pas très fort, car je suis dans cette position depuis plus d’une heure !

— Les pompiers arrivent ! le rassura François tandis que Phil attrapait lui aussi le manche.

En quelques minutes, le Zodiac fut mis à l’eau. Deux hommes et un plongeur vinrent se positionner au bout de la perche. Le plongeur se laissa glisser dans l’eau en tenant d’une main un cordage du bateau. Il agrippa le corps et le hissa pour que ses collègues puissent le saisir et le sortir de la Loire.

Un attroupement s’était formé sur le quai et regardait la manœuvre, les visages orientés vers le même endroit, tendus comme la fleur des tournesols vers le levant.

Le regard de François s’arrêta sur un imposant édifice qui dominait les lieux au loin bien après l’île :

— C’est quoi ce bâtiment ? demanda-t-il à un collègue.

— Là-bas ? La Maison radieuse de Le Corbusier ! La construction date de 1955. Elle a suivi la fameuse Cité radieuse de Marseille et devancé celle de Berlin.

— C’est impressionnant ! J’ignorais qu’il y en avait une ici aussi, j’avais seulement entendu parler de celle de Marseille…

— Oui, d’après mes sources, le bâtiment a été conçu sur le principe modulaire et le nombre d’or, cher à l’architecture. Avant-gardiste pour l’époque avec son tout en béton, le système a été repris inlassablement depuis…

— Il faudra qu’on y fasse un saut, si on a une minute…

De l’autre côté, vers le centre-ville, la Tour Bretagne, beaucoup plus moderne et élancée, s’imposait de toute sa hauteur, à l’image des tours jumelles de New York, victimes des attentats du 11 septembre 2001.

Sorti de l’eau, le corps fut allongé sur le sol, au moment même où le légiste arriva accompagné des agents de la police technique et scientifique3. Ceux-ci enfilèrent leur tenue de cosmonaute et l’un d’entre eux prit immédiatement des photos du corps sous tous les angles…

Les véhicules étaient disposés autour du périmètre de sécurité, obligeant les badauds à se tenir éloignés.

Phil enregistra la déposition du propriétaire du bateau, premier témoin de la scène.

Ce dernier, de petite taille, agité et vif, cheveux gris, portant une barbe fournie autour de sa petite bouche, était vêtu d’une vareuse d’un bleu passé et d’un pantalon en toile.

Il ne put leur apporter aucune précision, si ce n’est qu’il fumait une cigarette à l’arrière de son bateau, après son petit déjeuner, lorsqu’il a remarqué ce qui lui semblait être un corps qui s’approchait de la coque pour venir le heurter. Il s’était aussitôt saisi de sa perche et l’avait retenu. Vu son poids, seul, il n’avait pu le hisser sur son bateau.

Après s’être assuré qu’il s’agissait bien d’une personne, il avait demandé à son épouse d’appeler immédiatement la police, c’était tout…

Son bateau était amarré là depuis deux jours, attendant qu’un mécanicien d’un atelier de marine vînt réparer son moteur, pour lequel il avait fallu commander une pièce. Non, il n’avait rien vu ni rien entendu de particulier sur le quai depuis qu’il était là. Rien qui corresponde à une bagarre ou à une altercation ayant pu se terminer en crime.

Après son premier examen in situ, le légiste s’avança vers eux :

— Le corps n’a pas séjourné très longtemps dans l’eau. Il y est vraisemblablement depuis cette nuit, mais je ne suis pas en mesure de vous donner l’heure exacte évidemment. Il s’agit d’une jeune femme de couleur noire, entre vingt et trente ans, a priori. Dans l’immédiat je ne peux guère être plus précis.

— Que lui est-il arrivé ? demanda François en regardant son visage abîmé.

— Ce n’est qu’après l’autopsie que je pourrai en dire plus sur l’origine de ses blessures, si elle a été noyée ou si elle était déjà décédée au moment de se retrouver dans l’eau. Elle n’a pas de traces de liens sur les poignets, ni sur les chevilles, pas de signes de maltraitance. On peut penser qu’elle n’a pas été ligotée… C’est vous qui venez à l’autopsie ?

— En principe oui, mais nous allons d’abord voir avec le commissaire s’il peut missionner quelqu’un d’autre pour nous permettre d’avancer sur l’enquête pendant ce temps-là.

— D’accord, vous me direz… Dans le meilleur des cas, ce ne sera pas avant demain, si rien de plus urgent ne me tombe dessus d’ici là !

Le légiste ramassa ses affaires, salua l’équipe de la PTS et quitta les lieux.

Phil et François attendirent que le responsable de l’équipe de la PTS vînt à eux. Ce n’était pas une scène de crime à proprement parler, il n’en aurait donc plus pour longtemps.

Tout en observant autour d’eux, ils laissèrent libre cours à leurs pensées… L’homme sur le bateau fumait cigarette sur cigarette. Certaines images en particulier s’imprimaient dans leur cerveau, comme un je-ne-sais-quoi qui leur donnait l’envie irrésistible de savoir qui était cette jeune femme, ce qui lui était arrivé et pourquoi. Quel chemin avait-elle parcouru pour se retrouver là ? se demandaient-ils. La vision de ce cadavre avait suscité en eux un certain malaise.

Les techniciens travaillaient avec calme et sans précipitation, examinant attentivement le moindre détail. Quelques instants après, le responsable se porta à leur hauteur :

— Vous pensez qu’on pourra masquer une partie des blessures et atténuer les dégâts causés par l’eau ? lui demanda Phil.

— Oui, nous l’avons déjà demandé au légiste pour l’identifier. Elle ne porte ni papier, ni bijou, ni montre, aucun élément susceptible de nous donner une piste. Elle est également pieds nus.

— Un moyen de dissimuler son identité ?

— Impossible à dire.

— Autre chose ? le pressa François.

— Trop tôt. On va l’examiner de plus près.

— Voici les premières indications : femme, un mètre soixante-dix, noire, plutôt mince, sans tatouage ni piercing visibles… C’est tout… Oui, je sais, c’est un peu juste comme indices pour l’instant.

— Effectivement, on en saura sûrement davantage après l’autopsie… Vous connaissez bien les lieux ?

— Oui, bien sûr… En face, vous avez le fameux Hangar à bananes…

— C’est quoi au juste ? demanda François, surpris d’entendre cette expression pour la deuxième fois de la matinée.

— Ce bâtiment date des années 1929-1930 et est situé quai des Antilles. Son nom est explicite : il servait à stocker les bananes importées de Guadeloupe, Guinée et Côte d’Ivoire. L’indépendance des colonies a mis à mal l’activité principale du site… bombardé par les alliés en 1943, détruit à 80 %, puis reconstruit en 1949… D’ailleurs, j’estime que depuis cette date on devrait plutôt l’appeler « Hangar Maurice Bertin », du nom de l’ancien président de la chambre de commerce et d’industrie de Nantes et de Saint-Nazaire ; seule la façade principale lui rend encore publiquement un hommage solennel… Tout cela pour que dans les années 80 une délocalisation se fasse au profit des terminaux portuaires de Saint-Nazaire…

— Vous voulez dire qu’aujourd’hui il n’y a plus rien ?

— Si, bien sûr, et cela va vous intéresser. En 2006, la réhabilitation du site a commencé et une quinzaine d’établissements s’y sont installés : bars, restaurants, brasseries, cafés-concerts, pubs… Très fréquentés, ils attirent une population très variée…

— Vous pensez donc que c’est de ce côté que nous allons devoir aller traîner nos guêtres en présentant une photo de la victime pour réussir à l’identifier ?

— Oui, mais pas que là, car à Nantes ça bouge beaucoup et dans différents quartiers, dont celui du quai de la Fosse, célèbre également dans le passé. Au vu du nombre d’établissements dans cette partie de la ville, vous partez pour rechercher une aiguille dans une botte de foin… Alors je vous souhaite bon courage ! ajouta-t-il en souriant.

— Merci pour les encouragements ! se contenta de répondre François qui comprenait que la tâche ne serait effectivement pas facile.

— Nous revoyons le légiste dès demain et nous vous fournirons les nouveaux éléments utiles à votre enquête !

— D’accord, merci !

Le policier en faction peinait à disperser l’attroupement qui s’était formé.

Phil et François attendirent que le corps fût enlevé pour lever le camp à leur tour et prendre la direction de l’institut médico-légal. Le binôme terminait de replier les rubans installés pour l’occasion.

Mardi après-midi.

Cette fois, ils étaient complètement dans le bain… Après avoir rendu compte de la situation au commissaire adjoint, il leur fallait examiner à l’aide de différents logiciels si une disparition avait été signalée dans un premier temps à Nantes, puis en Loire-Atlantique et enfin sur le territoire. Rien de tel n’apparaissait sur les écrans.

En l’absence d’éléments concrets, rien ne leur permettait de savoir si la jeune femme était déjà fichée. Ils savaient qu’ils ne disposeraient que de son ADN, de ses empreintes digitales et, tout au plus, d’un signe distinctif pour tenter de l’identifier.

En attendant les futurs éléments du légiste et de la PTS, ils continuèrent à traiter les affaires courantes qui se présentaient au commissariat.

1. Direction départementale de la Sécurité publique.

2. Voir Drôle de Chantier à Saint-Nazaire, et Faites vos jeux! (dont l’action se déroule à La Baule), même auteur, même collection.

3. Appelée dans la suite de l’ouvrage : PTS.

III

Mercredi, avril…

L’autopsie et le rapport du légiste apportèrent leur lot d’informations :

— Cette jeune femme au corps svelte et juvénile était en bonne santé. Elle avait, je dirais, la vingtaine, commença par indiquer le légiste. Je n’ai décelé aucune trace de consommation d’alcool ou de drogue.

— On pouvait l’imaginer issue du milieu de la prostitution, mais ces éléments tendent à contredire cette hypothèse, remarqua François.

— Elle porte des marques dans le bas du dos…

— Quel genre ?

— Comme si elle avait été violemment heurtée par un véhicule à ce niveau… assez haut. Je ne pense pas à une berline classique, sinon ce serait plutôt les jambes qui auraient pris. Des plaques parcheminées sont apparues après la mort, elles correspondent à la zone du choc… Et cette personne mesure un mètre soixante-dix.

— Un 4x4 ?

— Peut-être… Il est possible que le corps ait été projeté et qu’il ait glissé sur le bitume, car je détecte quelques traces de ripage sur la peau… D’autant qu’elle devait être pieds nus à ce moment-là.

— Pieds nus ?

— Oui. En fait, j’ai découvert de nombreuses excoriations et trouvé des petits cailloux et du revêtement incrustés dans ses pieds et ses jambes. Sa tête a dû lourdement frapper le sol, ce qui a provoqué une fracture de la boîte crânienne.

— Rien d’autre ?

— Ses mains ne ressemblent pas à celles d’une femme travaillant dans de rudes conditions. Pour autant, elles ne sont pas soignées, je veux dire pas manucurées. Elle a eu des rapports sexuels, mais pas dans les vingt-quatre heures précédant son décès.

— Violents, spécifiques, autres ?

— Non, je les qualifierais d’ordinaires.

— Ce n’est pas une prostituée, c’est ça ? demanda Phil.

— A priori. Si c’est le cas, depuis très peu de temps seulement, répondit le légiste qui ne voulait pas se montrer trop catégorique. Nous avons découvert quelques cellules spermatiques, elles pourraient peut-être nous servir un jour.

— Dans l’hypothèse où elle ne voulait qu’une chose, comme fuir les lieux où elle s’était retrouvée, quelles seraient les raisons de son décès ?

— Le choc n’en est pas la cause immédiate. Étant donné le grand traumatisme subi, la mort était de toute façon inéluctable. Elle est restée en vie assez longtemps pour avaler de l’eau, mais pas suffisamment pour mourir par noyade, vous comprenez ?

— Oui, oui, très bien, le rassura Phil.

— Nous avons retrouvé un peu d’eau dans ses poumons. Les analyses démontrent qu’il s’agit bien de celle de la Loire. Elle est probablement morte au moment où elle a été précipitée dans le fleuve… à mon avis.

— Voici son ADN et ses empreintes digitales pour vous permettre d’interroger vos fichiers. La seule chose que je peux vous dire sur ce point, c’est que le meurtrier n’a pas tenté ou pensé à faire disparaître ses empreintes, en lui coupant les doigts notamment. Ce qui suppose qu’elle ne vient pas d’un milieu mafieux, interlope voire glauque. Je vous donne aussi toutes ses mensurations et ses caractéristiques : la couleur des yeux, des cheveux. Nous n’avons pas découvert de détail particulier : pas de tatouage, pas de fracture antérieure, ni de trace de blessure, dents saines…

— Peut-on connaître ses origines et savoir si elle réside depuis longtemps en France ?

— Sans aucune certitude. Après analyse de ses organes, ses habitudes alimentaires semblent tout à fait communes. Ce qui ne prouve pas grand-chose, si ce n’est qu’elle ne vient pas tout droit d’Afrique, qui semble néanmoins sa terre d’origine.

— Pas simple tout ça… se contenta de répondre François, dubitatif.

— Non. Vous êtes vraiment sur une étrange affaire, se contenta de lâcher le légiste.

— Accident ou meurtre ? s’informa François d’une voix qui enregistrait les faits tout en s’interrogeant.

— Ce sont deux possibilités… admit le légiste sur un ton laissant entendre que l’une ou l’autre était tout aussi vraisemblable.

— Selon vous, une seule personne a-t-elle pu gérer une telle action ou fallait-il au moins deux personnes ?

— Je pense qu’une seule personne, bien portante, a très bien pu transporter le corps et le jeter à l’eau…