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Le Duigou et Bozzi vont plonger dans le monde impitoyable de la corruption médicale.
Connaissez-vous « L’effet papillon » ? Le lieutenant Phil Bozzi et le capitaine François Le Duigou vont en constater les conséquences dans cette enquête qui les conduira de la superbe baie de Douarnenez aux quais de Bordeaux.
Du port du Rosmeur à celui de Tréboul en passant par le quartier bordelais de La Bastide, de filature en interrogatoires, la traque de narco-trafiquants va les amener à découvrir avec effroi les pratiques auxquelles se livrent certains médecins peu scrupuleux, qui n’hésitent pas à mettre en danger la vie de leurs patients - même les plus jeunes - pour leur propre confort…
Les pires bandits ne sont pas toujours ceux que l’on imagine, et certains individus « au-dessus de tout soupçon » mériteraient de finir leurs jours en prison. Mais ils sont inattaquables ! Pour l’instant…
Dans ce roman policier, Firmin Le Bourhis soulève l’épineux problème des dangers de la vaccination, auquel il a lui-même été confronté à plusieurs reprises.
EXTRAIT
Ce matin-là, au coin pause-café, l’actualité reprenait le dessus. La photo du petit Aylan mort noyé sur une plage de Bodrum, l’un des hauts lieux du tourisme turc, continuait à choquer l’opinion. Chacun déplorait qu’il faille des images aussi bouleversantes pour que l’Europe comprenne la tragédie vécue par des immigrés syriens.
Contre toute attente, la première bonne surprise vint de l’Allemagne : « Merci Madame, merci d’avoir élevé le regard pour prendre la mesure du drame… ». Car, pendant ce temps-là, en Bretagne, les enfants de son âge jouaient toujours sur la plage en toute quiétude, sous le regard attendri des parents.
Madame Merkel venait simplement de rappeler ce qui constituait le fondement même de notre civilisation. « Les droits civils et universels étroitement liés à l’Europe et à son histoire… Si l’Europe échouait sur la crise des réfugiés, ce lien avec ses droits risquait d’être irrémédiablement cassé, détruit… » Mais l’Allemagne savait déjà que le sujet n’était pas si simple, que l’ouverture ne pouvait se faire totalement et sans limite. Une certaine opposition se faisait d’ailleurs jour dans son propre pays.
A PROPOS DE L’AUTEUR
Né à Kernével en 1950 , Firmin Le Bourhis vit et écrit à Concarneau en Bretagne. Après une carrière de cadre supérieur de banque, ce passionné de lecture et d’écriture s’est fait connaître en 2000 par un premier ouvrage intitulé Quel jour sommes-nous ?, suivi d’un second, Rendez-vous à Pristina, publié dans le cadre d’une action humanitaire au profit des réfugiés du Kosovo.
Connu et reconnu bien au-delà des frontières bretonnes, Firmin Le Bourhis est aujourd’hui l’un des auteurs de romans policiers bretons les plus appréciés, avec vingt-huit enquêtes déjà publiées. Il est également l’auteur d’essais sur des thèmes médicaux et humanitaires.
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Seitenzahl: 308
Veröffentlichungsjahr: 2016
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FIRMIN LE BOURHIS
Ils sont inattaquables
DU MÊME AUTEUR
Auxéditions Chiron
- Quel jour sommes-nous ? La maladie d’Alzheimer jour après jour
- Rendez-vous à Pristina - récit de l’intervention humanitaire
Auxéditions du Palémon
n° 1 - La Neige venait de l’Ouest
n° 2 - Les disparues de Quimperlé
n° 3 - La Belle Scaëroise
n° 4 - Étape à Plouay
n° 5 - Lanterne rouge à Châteauneuf-du-Faou
n° 6 - Coup de tabac à Morlaix
n° 7 - Échec et tag à Clohars-Carnoët
n° 8 - Peinture brûlante à Pontivy
n° 9 - En rade à Brest
n° 10 - Drôle de chantier à Saint-Nazaire
n° 11 - Poitiers, l’affaire du Parc
n° 12 - Embrouilles briochines
n° 13 - La demoiselle du Guilvinec
n° 14 - Jeu de quilles en pays guérandais
n° 15 - Concarneau, affaire classée
n° 16 - Faute de carre à Vannes
n° 17 - Gros gnons à Roscoff
n° 18 - Maldonne à Redon
n° 19 - Saint ou Démon à Saint-Brévin-les-Pins
n° 20 - Rennes au galop
n° 21 - Ça se Corse à Lorient
n° 22 - Hors circuit à Châteaulin
n° 23 - Sans Broderie ni Dentelle
n° 24 - Faites vos jeux
n° 25 - Enfumages
n° 26 - Corsaires de l’Est
n° 27 - Zones blanches
n° 28 - Ils sont inattaquables
n° 29 - Dernier vol Sarlat-Dinan
Menaces - Tome 1 - Attaques sur la capitale
Menaces - Tome 2 - Tel le Phénix
Le blog de l’auteur :www.firminlebourhis.fr
CE LIVRE EST UN ROMAN
Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres,
des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant
ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.
NOTE DE L’AUTEUR
Comme pour chaque enquête, le texte intègre différents ingrédients que j’ai rassemblés ici, la majorité des personnages de cette histoire ayant existé, dit et fait ce que j’ai relaté. Souvent la réalité dépasse la fiction, et je laisse aux lecteurs le soin de deviner ce qui relève de ma seule imagination…
REMERCIEMENTS
– L’Office de Tourisme du Pays de Douarnenez, en particulier Fabrice pour son accueil et ses informations.
– José Salaün, directeur du port de pêche de Douarnenez, pour ses explications détaillées.
– La Médiathèque Municipale de Douarnenez pour ses ouvrages sur la ville.
– Mes deux conseillers techniques habituels, François Lange et Pascal Vacher, tous deux commandants honoraires de la police judiciaire, sans oublier l’OPJ Laurent Le Gallou, pour ses indispensables précisions juridiques relatives au déplacement de mes OPJ à Bordeaux…
– Mon épouse pour sa relecture passionnée ; Michèle Le Gall pour son aide précieuse et, bien entendu, Delphine Hamon, directrice d’éditions pour sa touche finale…
Comme pour chacun de mes ouvrages, il m’est évidemment impossible de citer tous ceux que j’ai approchés à un moment ou à un autre, qui m’ont apporté leur contribution à divers titres et qui se reconnaîtront…
Mes remerciements s’adressent à eux également.
L’effet papillon.
C’est une expression qui résume une métaphore concernant le phénomène fondamental de sensibilité aux conditions initiales de la théorie du chaos.
Wikipédia
La vérité est indépendante des faits.
Il lui importe peu d’être réfutée,
elle se trouve toujours dépossédée
quand elle est proférée.
Balthazar. Lawrence Durrell.
Il n’existe pas à mon sens de vérité absolue.
I
Lundi 7 septembre.
Selon le directeur de la station de Météo France de Guipavas, l’été 2015 figurera au palmarès des six étés les moins ensoleillés depuis 1945. Tout au moins pour le Finistère où il est vrai qu’il n’avait pas été beau et semblait s’être arrêté aux portes du département, alors que la moitié sud de la France connaissait, elle, la canicule ! Phil et François avaient néanmoins su l’apprécier en compagnie de leur famille respective après cette harassante enquête dans le Trégor, bouclée juste avant la saison estivale1.
Pour l’instant, aucun signe extérieur ne semblait vouloir les pousser loin de Quimper pour une nouvelle mission et ils s’en réjouissaient car ils avaient pu reprendre leur rythme habituel.
Phil avait accompagné Clémence pour sa rentrée en CE2. Et il avait utilisé sa dernière prime dans la concrétisation de l’un de ses rêves… l’achat d’une Porsche 911 Carrera 3.2 Targa de 1984. Il n’en était pas peu fier. Gwen avait repris son travail de cadre, adjointe de direction dans un grand cabinet d’assurances, dans lequel il n’était guère question de tracas ou de blabla ! Elle aussi était heureuse de rouler avec sa Coccinelle noire toute neuve.
François, lui, avait enfin trouvé l’occasion tant espérée d’acheter son pêche-promenade, lequel nécessitait quelques sérieux travaux et il imaginait le temps qu’il devrait lui consacrer… Il fut particulièrement ému de voir tous les copains rappliquer spontanément pour lui prêter la main afin de le remettre en état. Il avait beaucoup donné aux autres jusque-là, sa générosité était récompensée.
*
Ce matin-là, au coin pause-café, l’actualité reprenait le dessus. La photo du petit Aylan mort noyé sur une plage de Bodrum, l’un des hauts lieux du tourisme turc, continuait à choquer l’opinion. Chacun déplorait qu’il faille des images aussi bouleversantes pour que l’Europe comprenne la tragédie vécue par des immigrés syriens.
Contre toute attente, la première bonne surprise vint de l’Allemagne : « Merci Madame, merci d’avoir élevé le regard pour prendre la mesure du drame… ». Car, pendant ce temps-là, en Bretagne, les enfants de son âge jouaient toujours sur la plage en toute quiétude, sous le regard attendri des parents.
Madame Merkel venait simplement de rappeler ce qui constituait le fondement même de notre civilisation. « Les droits civils et universels étroitement liés à l’Europe et à son histoire… si l’Europe échouait sur la crise des réfugiés, ce lien avec ses droits risquait d’être irrémédiablement cassé, détruit… » Mais l’Allemagne savait déjà que le sujet n’était pas si simple, que l’ouverture ne pouvait se faire totalement et sans limite. Une certaine opposition se faisait d’ailleurs jour dans son propre pays.
En attendant, c’était le pays qui devenait la terre promise, le pays de la liberté, mettant un répit entre l’égoïsme des riches et l’espoir des pauvres. Quels que soient les murs que l’on peut ériger, ils finissent toujours par tomber ; la volonté des hommes est plus forte que les pierres ou les clôtures de barbelés. Tel est le cas dans certains pays de l’Europe de l’Est.
— Notre histoire est en train de changer avec toutes ces populations qui bougent… soupira François au cours de la discussion qui animait le coin pause.
— C’est sûr, avec l’immigration nous jouons notre futur, économiquement et socialement, et pour le préparer il n’est qu’un seul chemin, celui de la solidarité ! précisa Phil.
— Je suis tout de même surpris par l’attitude de la Hongrie, de la Tchéquie, de la Slovaquie ou de l’Autriche même, qui ont vite fait d’oublier les deux fois deux cent cinquante mille personnes qui se sont réfugiées dans l’Europe libre après le coup de Prague de 1948, ainsi qu’après l’invasion des chars du pacte de Varsovie en 1968… s’agaça François.
— C’est vrai, acquiescèrent les collègues présents.
L’un d’eux ajouta :
— Le 4 septembre s’est tenu à Prague un sommet des pays d’Europe centrale, Hongrie, Pologne, République Tchèque et Slovaquie, dans lequel les quatre chefs d’État et de gouvernement ont rejeté l’idée de quotas de répartition et on se souvient de cette phrase inacceptable du premier ministre hongrois Orban : « L’afflux de réfugiés menace les racines chrétiennes en Europe… Nous ne voulons pas d’un nombre plus grand de musulmans dans notre pays ».
Tandis que l’actualité était occupée ailleurs, en France, la politique des gouvernants continuait à figer le pays et à lui faire prendre du retard, avec un « Moi président, je… Moi je vais vous inverser la courbe du chômage… Moi je… Moi… Moi… ». L’immobilisme continuait, incapable de lancer les réformes nécessaires au pays pour qu’il retrouve la croissance et inverse réellement la courbe du chômage alors que tous les voyants étaient au vert : baisse historique du prix du baril de pétrole et, du coup, des matières premières, euro favorable et activité en progression dans tous les autres États y compris en Espagne ! Malheureusement, depuis longtemps en France, le souci des dirigeants ne se portait plus sur l’avenir de notre nation ; la seule question qu’ils se posaient était… comment faire pour gagner les élections suivantes… et préserver leur poste ainsi que la multitude d’avantages liés à celui-ci. Le pays restait ainsi tiraillé entre l’extrême droite où régnait une bataille intérieure d’ambition familiale du plus mauvais goût et l’extrême gauche, plus divisée que jamais, avec un représentant aussi disposé que la précédente formation à promettre tout et n’importe quoi à condition de soutenir sa bannière ! Quant à la position gauche-droite traditionnelle, on y retrouvait surtout des egos surdimensionnés, chacun ayant « la solution » et se présentant en rassembleur… bien évidemment, chacun d’entre eux défendait l’idée qu’il fallait se tenir derrière lui ou elle ! Une fois de plus, juste des « Moi président je… Moi je… Moi… Moi… » mais pas de candidat capable de prendre sérieusement les rênes du pays, de mettre en place les réformes qui s’imposent et qui ne peuvent vraiment plus attendre, dans l’intérêt réel de tous les Français.
Pour les régionales qui approchaient, un ministre de gauche, et pas des moindres car il s’agissait du premier d’entre eux, évoquait l’idée d’un rassemblement droite-gauche pour faire face au FN au deuxième tour et l’empêcher de prendre une région.
Alors dans ce contexte, au sein de la population désabusée mais inquiète, de plus en plus de personnes imaginaient ou se mettaient à rêver d’un gouvernement d’union nationale, avec une madame Lagarde présidente, un Juppé et un Macron dessous, tous soucieux d’initier les changements nécessaires au pays. Un gouvernement qui rassemblerait gauche et droite, à égalité, pour remettre le bateau France sur la bonne voie du redressement et pour lui permettre de retrouver sa place au sein même de l’Europe et du monde ! Un peu d’utopie ne faisait pas de mal, et après tout, pourquoi pas, si c’était la solution dans l’intérêt du pays et de tous ses citoyens ? Cela simplifierait au moins le débat, et les bonnes décisions, dans l’intérêt général de la population, pourraient être prises comme un seul homme !
Sur Quimper et l’agglomération, les faits divers ne connaissaient pas d’augmentation et on constatait même leur baisse dans certains domaines.
Phil et François géraient donc le quotidien, pour une fois assez sereinement, très heureux d’être chez eux.
Ils apprirent dans l’après-midi qu’une patrouille de police avait pris en chasse, route de Douarnenez, un véhicule qui avait refusé de s’arrêter et avait filé en direction du centre-ville de Quimper. Le signalement précisait la présence de deux hommes à bord. La voiture de la patrouille était restée bloquée quelques secondes de trop dans la circulation suite à la manœuvre d’un poids lourd ; elle avait ainsi perdu de vue celui des fuyards, rue du Préfet Colignon.
Phil et François contactèrent aussitôt les équipes sur le terrain afin de déclencher l’état d’alerte pour que des collègues puissent les prendre en chasse ou les interpeller à différentes sorties de la ville…
Mais ces dispositions furent rapidement inutiles, car moins d’un quart d’heure plus tard, Phil et François apprenaient que le véhicule s’était encastré dans un angle de mur en pierre, tout au bout des allées de Locmaria. Le côté chauffeur avait tout pris et les secours avaient été appelés pour désincarcérer la victime tandis que des passants aidaient le passager à s’extraire. Celui-ci avait été protégé par sa ceinture et les airbags ; il semblait simplement commotionné…
Ayant repris ses esprits, et profitant de la pagaille et de l’émotion créées, l’homme s’était discrètement enfui à pied, avant l’arrivée de la police, en disparaissant dans une venelle. Aucun des témoins, occupés par l’approche des secours, n’avait eu le réflexe de le retenir ni de lui courir après.
Phil et François se présentèrent un peu plus tard, tandis que les pompiers poursuivaient leurs manœuvres de désincarcération du chauffeur, visiblement très mal en point.
La voiture était vraiment dans un drôle d’état, le côté conducteur paraissait broyé.
Les deux policiers à l’origine du signalement rejoignirent Phil et François et leur apprirent que ce véhicule avait été volé à Quimper sur le parking de la gare, la semaine précédente, selon un dépôt de plainte datant de vendredi soir. Ils venaient d’en relever le kilométrage afin d’estimer la distance parcourue depuis le vol.
Le chauffeur put enfin être pris en charge et dirigé vers l’hôpital. Le médecin leur annonça que le pronostic vital était engagé. Restait à établir les constatations d’usage avant de laisser les équipes travailler.
Fait surprenant, la voiture volée était très ordinaire, sans doute choisie pour sa facilité à être dérobée, ce qui laissait à penser que les voleurs n’étaient pas des professionnels. Quel usage comptaient-ils en faire, notamment sur Quimper… pratiquement sur les lieux du vol ?
Appelé au commissariat, le propriétaire de la voiture ne leur apprit rien de significatif, sinon qu’il s’était absenté pour une semaine de stage et qu’à son retour, le vendredi précédent, il avait constaté la disparition et avait porté plainte au commissariat. Elle avait donc été volée entre le lundi matin et le vendredi soir, élément qui n’apportait rien de plus à l’enquête.
— En connaissiez-vous le kilométrage ?
— Pas précisément, juste l’ordre de grandeur.
En comparant celui-ci au chiffre relevé, François considéra qu’ils n’avaient pas dû parcourir une grande distance, tout au plus une centaine de kilomètres, estima-t-il.
Il ne leur restait qu’à attendre le retour des renseignements sur le conducteur hospitalisé qui s’appelait Marc Kérivel. Il faudrait ensuite tenter de retrouver l’identité du passager pour en apprendre davantage. La police technique et scientifique passait la voiture au peigne fin, peut-être serait-elle en mesure de leur apporter davantage d’informations.
1. Voir Zones Blanches, même auteur, même collection.
II
Mardi 8 septembre.
Phil et François, en avance comme d’habitude, étaient impatients d’avancer sur l’affaire de la veille.
Ils apprirent que Marc Kérivel, le conducteur, avait succombé à ses blessures durant la nuit. Son identité permit de découvrir un casier judiciaire au palmarès éloquent : vols en réunion, association de malfaiteurs, trafics de stupéfiants… Il n’avait que trente-deux ans et en avait déjà passé près de dix derrière les barreaux pour ces divers délits. Sorti de prison deux semaines plus tôt, il résidait dans les HLM du quartier de Pouldavid à Douarnenez. Selon les éléments du dossier, il était connu pour sa volonté farouche de commander et de vouloir tout diriger, y compris depuis la prison.
La police technique et scientifique n’avait pas perdu de temps : des empreintes digitales recueillies dans la voiture accidentée, côté passager, permettaient de penser que l’homme en fuite était, lui aussi, connu des services de police pour des faits similaires ! Ce dernier, Jean-Pierre Kermerrien, trente-cinq ans, avait également séjourné une dizaine d’années derrière les barreaux. Libéré un peu plus d’un mois auparavant, il était censé résider dans les HLM du quartier de Kermarron à Douarnenez, éloigné de quelques centaines de mètres à vol d’oiseau de Pouldavid. Cerise sur le gâteau, de la drogue avait été découverte dans la voiture et pas n’importe laquelle : deux kilos de cocaïne d’une très bonne qualité ! Rien d’autre de compromettant, pas d’argent liquide, pas d’arme ni de téléphone mobile.
— Ils sortent de prison, n’ont pas de boulot, pas d’argent et déjà ils se trimballent avec de la drogue ! Si on prend les indications de prix de l’OFDT2, le gramme tourne autour de soixante-dix euros, ce qui représente cent quarante mille euros tout de même ! Et je ne crois pas une seconde que des trafiquants leur aient fait crédit, s’agaçait François, contemplant la fenêtre, le regard lointain, en pleine réflexion.
— Non, mais ils pouvaient être simplement mandatés pour effectuer la distribution aux petits dealers, répondit Phil, alors qu’il s’emparait des informations pour entrer les renseignements sur son ordinateur. Au bout de quelques minutes, il s’exclama :
— C’est bien ce que je pensais, ils étaient ensemble en prison !
— Ils n’ont pas perdu de temps pour se retrouver et reprendre du service ! râla François, finalement peu surpris par ce renseignement. Bon, eh bien, il n’y a plus qu’à lui mettre la main dessus et à le faire parler !
À cet instant, le commissaire se présenta à la porte du bureau, les mains chargées de feuillets :
— Le procureur n’a pas traîné. François, tu es nommé directeur de l’enquête. Dès hier soir après votre départ, on connaissait le profil du conducteur. ça sent le gros trafic à plein nez avec en perspective un démentèlement de réseau. Mais, étant donné la matière récupérée dans la voiture accidentée, on ne joue pas aux cow-boys ! j’ai appelé le commandant de la BTA3 de gendarmerie de Douarnenez, vous allez les voir. Je mets aussi à votre disposition un binôme supplémentaire pour vous accompagner et vous allez me le cueillir !
— D’accord, c’est parti, on plie nos affaires et on y va !
— Le commandant vous attend à la gendarmerie, bon courage et tenez-moi informé.
Sans tarder, les deux voitures prirent la route, direction Douarnenez.
En passant à la croix neuve devant le dancing Le Moulin, situé sur la commune du Juch, à la limite de celle de Plonéis, caractérisé par la présence d’un réel avion, un Constellation dont on apercevait une partie de l’avant au-dessus de la haie.
François ne put s’empêcher d’évoquer quelques souvenirs :
— Quand je passe ici, ça me rappelle ma jeunesse, lorsque je venais danser le samedi soir !
— « Saturday night fever », disaient les Bee Gees, lança Phil en lui adressant un grand clin d’œil.
— Ouais, ou « samedi soir sur la terre » plus humblement comme a repris bien plus tard Cabrel ! C’était toute une époque avec de bons groupes. Le Moulin, c’était une institution de la vie nocturne locale des années 70-80… mais tout ça, c’est fini, les jeunes ne savent plus s’amuser aujourd’hui ! conclut François en soufflant, jamais à court de sentences définitives.
— Houlala, crise de nostalgie chez papi François, on dirait ! Le dancing marche toujours ?
— Non, j’ai lu récemment dans la presse qu’il venait d’être fermé… on aimait bien les virées par ici… mais tout cela… c’était au siècle dernier ! dit-il en souriant et en se tournant franchement vers Phil.
— Eh oui mon vieux, le temps passe ! Place aux générations suivantes ! D’autres dancings de ce genre ont-ils résisté à ce jour dans la région ? Personnellement, je n’aimais déjà plus ces immenses salles, je préférais l’intimité des petites boîtes…
— Il n’en reste plus beaucoup. Il y a encore Le Point de vue à Laz qui, avec plusieurs petites salles séparées, a su proposer des animations adaptées pour chaque catégorie d’âge.
— Ah oui, je m’en souviens, nous en avions parlé et avions été sur place lors d’une enquête qui se déroulait par là-bas4.
Très rapidement, ils arrivèrent à Douarnenez et se rendirent à la gendarmerie rue Duguay Trouin. Celle-ci faisait l’angle avec la rue Berthelot. Le bâtiment, grand, sur deux niveaux avec un toit plein, sans ouverture sur la rue, était surmonté d’une longue antenne. Les murs, recouverts d’un crépi jaune-ocre, les huisseries, blanches derrière des barreaux bleus et, surprenant, de nombreux tags sur le mur à hauteur du trottoir de chaque côté de la borne d’un arrêt de bus placé côté rue Duguay Trouin, lui donnaient un air austère. Seule l’enseigne tricolore de la gendarmerie permettait de reconnaître l’affectation de cet immeuble.
Le commandant de la BTA les reçut aussitôt et leur fit savoir qu’il tenait à l’œil plusieurs individus dans les quartiers de pouldavid et Kermarron tout en y surveillant aussi quelques cas sociaux.
— Ils doivent se passer le mot, car plusieurs individus fichés pour des petits délits ou des trafics de stupéfiants s’y retrouvent. Ils viennent même jusqu’à nous narguer lorsque l’une de nos patrouilles y circule. Marc Kérivel et Jean-Pierre Kermerrien sont bien connus de nos services, ils sont un peu plus durs que les autres et ils sont de retour chez eux, après leur séjour en prison. D’ailleurs, on s’attendait à ce qu’un petit trafic se remette en place assez rapidement dans leur quartier…
— Bien, on va récupérer celui qui s’est fait la malle après l’accident ? demanda François.
— D’accord, une de mes équipes va vous accompagner, mais je ne me fais aucune illusion, ce type n’est pas en train de nous attendre tranquillement dans son appartement ! Ils sont plusieurs par logement et tous solidaires pour se couvrir entre eux… enfin, vous arriverez peut-être à glaner une info… Pour moi, ce type doit être momentanément hébergé ailleurs et bien protégé par des collègues.
— On verra bien… on y va !
Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent dans le quartier de Kermarron et frappèrent à la porte indiquée. Elle s’ouvrit sur un jeune homme un peu déjanté, les yeux rougis. Avec un geste fébrile, il leur répondit qu’il était seul. Il n’avait pas revu Jean-Pierre Kermerrien depuis deux jours.
Il ne s’opposa pas à ce qu’ils fassent le tour de l’appartement pour constater qu’il était bien inoccupé et qu’éventuellement, personne ne s’était éclipsé. Pas besoin de fouiller pour se rendre compte que le logement ne présentait aucune anomalie. Situé au troisième étage, il n’offrait pas de sortie possible par les fenêtres toutes fermées et sans balcon.
François interrogea l’homme présent qui lui joua son numéro. Naïvement, la main sur le cœur pour tenter de donner une apparence de bonne foi et l’air très sérieux, il lui expliqua qu’il voulait s’en sortir et cherchait du boulot activement tout comme ses deux autres amis alors absents. Il leur précisa qu’ils étaient quatre locataires dont il donna l’identité.
Bien entendu, ceci fit sourire le gendarme qui les accompagnait. Le jeune homme devant eux surenchérit :
— Non, sincèrement, je vous assure que je sais pas du tout ce que fait Jean-Pierre, il nous a dit qu’il allait se battre pour rentrer dans le rang et espérait des rendez-vous sur Quimper pour un travail… peut-être qu’il a trouvé quelque chose et que c’est pour ça qu’on l’a pas revu ?
Il n’y avait rien à espérer de cet homme disposé à raconter n’importe quoi. Aucun des policiers n’était dupe de la situation. Lorsqu’ils regagnèrent leur voiture, le gendarme leur confia que ces types leur servaient toujours la même rengaine. Et bien sûr, ils ne savaient jamais rien et prétendaient toujours être devenus clean et tenaient plus que tout à s’en sortir pour ne plus retourner en prison, et tourner la page…
— Ils utilisent toujours les mêmes phrases types, ce même langage appris par cœur à leur sortie de prison suite à des échanges avec des personnes chargées de leur réinsertion. Car c’est celui qu’ils doivent tenir pour obtenir des remises de peine. Cependant, il faut reconnaître qu’à la première rencontre, on pourrait les croire sincères. Hélas, la réalité est tout autre. Dès qu’on a tourné le dos, ils rigolent de nous avoir bien baladés avec leurs sornettes et là, en ce moment, ce type est en train d’avertir tous les copains de notre visite !
— Pas marrant tout ça et malheureusement banal… se contenta de répondre François, en hochant les épaules.
— Dans ce milieu, oui, très peu s’en sortent véritablement et ceux-là, justement, ne restent pas avec eux, mais essaient de se refaire, loin de ces groupes. Ils savent d’une façon certaine que sinon ils vont replonger dans la première combine de merde qui se présentera ! Le cas de Jean-Pierre Kermerrien est la preuve absolue de ce qui se passe… qui consiste à vouloir faire du fric très vite tout en prenant tous les risques. Ils n’ont rien à perdre et tant pis s’ils retournent en prison. La drogue est le premier levier et le plus rapide, s’ils réussissent un coup ou deux, ils ont à nouveau un peu d’argent et là c’est reparti ! Alors, pourquoi aller bosser ? Ce n’est certes pas la majorité des anciens détenus, loin de là, mais dans ces deux quartiers en particulier nous en avons quelques-uns qui ne travailleront sans doute jamais plus. Je veux dire légalement.
— Vous avez une idée de la provenance de cette drogue qui a été saisie dans le véhicule accidenté ?
— Aucune, elle peut venir de n’importe où. Avec une bonne voiture, si on roule de jour et de nuit, on a vite fait de traverser la France et de s’approvisionner auprès de ceux qui détiennent les marchés. Et pour ça, la case prison leur permet de se constituer des réseaux, malheureusement.
— Ouais… Eh ben, on n’est pas rendus !
— Je vous conduis à l’adresse de l’autre gars, Marc Kérivel, ce n’est pas très loin, aux HLM de Pouldavid. La ria de Pouldavid était la frontière qui séparait Douarnenez de Tréboul à une époque ! C’est aussi là qu’est installé le Port-Rhu d’ailleurs…
— Oui je connais, répondit François.
— Il doit y avoir sept bateaux à quai dont quatre que l’on peut visiter, il me semble…
— Bon, allez, on vous suit, enchaîna François… On ne dit pas que le type est mort, mais juste blessé dans un accident, question d’ouvrir un peu et de laisser circuler cette info !
Et là, même « copier coller » qu’à Kermarron à l’attention de la police… personne n’avait rien vu ni rien entendu au sujet de leur collègue qui n’avait pas été aperçu depuis deux jours. François leur annonça qu’il avait eu un accident sans en préciser la gravité et demanda :
— L’auriez-vous vu en compagnie de Jean-Pierre Kermerrien ces derniers temps car ils étaient souvent ensemble, je crois ?
— Qui ? On connaît pas, et on sait pas ce que peuvent faire les uns ou les autres une fois qu’ils sont sortis de cet appartement.
— Selon vous, seraient-ils partis ensemble en voiture ?
— Aucune idée, je viens de vous le dire. On savait même pas qu’il en avait une…
Les policiers se rendaient bien compte que leurs interlocuteurs devaient rigoler intérieurement. Inutile d’insister, ils n’en tireraient rien. Ils demandèrent à l’autre binôme de rentrer à Quimper et tous deux revinrent à la gendarmerie.
Peu après, le commandant écoutait François lui rendre compte de leurs visites. Celui-ci se contenta de leur répondre qu’il s’attendait évidemment à cela.
— Pendant votre absence, j’ai fait lancer un mandat de recherche contre Jean-Pierre Kermerrien et j’ai communiqué son signalement à toutes mes équipes ainsi qu’à celles de toutes les gendarmeries du secteur. Il n’y a plus qu’à attendre… de toute façon à un moment ou à un autre, il réapparaîtra…
Histoire de s’imprégner des lieux, Phil et François firent un petit tour de ville avec leur voiture banalisée. Ils regagnèrent les halles pour descendre ensuite sur le port du Rosmeur qu’ils longèrent. Sous le beau soleil rayonnant, les quais gardaient leur air estival avec des terrasses occupées et beaucoup de promeneurs. Ils revinrent vers le port de pêche. Ce dernier était calme et le long du quai, les nombreux pêcheurs, les yeux rivés sur leur bouchon, ne se souciaient guère de ce qui pouvait se passer autour d’eux.
La rue les conduisit rapidement au Port-Rhu. La médiathèque et le Port-Musée étaient installés dans un même bâtiment peint en bleu clair. Cette dernière était installée dans les étages tandis que le Port-Musée de Douarnenez occupait le rez-de-chaussée, situé au fond de la place de l’Enfer. Celui-ci était consacré aux bateaux et aux hommes, de Bretagne et d’ailleurs, véritable invitation au voyage à travers les cultures maritimes. Un peu plus loin, une immense longueur de chapiteaux bordés de barrières métalliques portant des banderoles retint l’attention de Phil :
— Y a-t-il quelque chose de prévu ou ces installations sont-elles là toute l’année ?
— Il s’agit du village de la Mini-Transat Îles de la Guadeloupe. C’est la vingtième. Elle a été créée en 1977 par Bob Salmon et a lieu tous les deux ans, les années impaires… tu n’as rien lu sur cet événement dans les journaux ces jours-ci ? lui demanda François surpris.
— Bof, tu connais mon avis sur les bateaux, que ce soit à moteur ou à voile, ce n’est pas ce genre de sport qui m’intéresse dans le quotidien… il vaut mieux me parler voiture et grand prix de Formule 1 !
— Je sais bien, mais tu n’imagines pas ce que tu rates ! L’inauguration aura lieu vendredi prochain, 11 septembre, pour un départ le samedi 19. J’espère pouvoir venir avec Paulette et nos copains de Concarneau, si rien ne s’y oppose dans notre sacré boulot…
— Tu viendras avec ton bateau ?
— Non, il ne sera pas encore prêt…
— C’est une grande épreuve ?
— La course est une traversée en solitaire sur un bateau de six mètres cinquante, ils seront soixante-douze skippers à prendre le départ, pour un parcours de quatre mille vingt milles, soit près de six mille cinq cents kilomètres si tu préfères !
— Oui, effectivement, je vois mieux ce que cela représente ! Mais ils n’ont peur de rien, ce n’est pas de la rigolade tout de même cette traversée sur un petit bateau !
— La course se déroule en deux étapes. La première du Port-Rhu jusqu’à Lanzarote, une île des Canaries…
— Là je connais ! Pas besoin de faire de la voile pour savoir ça ! réagit Phil en riant. Au fait… en passant, et cela n’a rien à voir avec ce que tu es en train de dire, que signifie le mot Douarnenez ?
— Ça y est, tu veux commencer à maîtriser le breton maintenant ?
— Je m’amuse de plus en plus et Gwen me pousse beaucoup, mais je n’en suis encore qu’aux mots essentiels… comme bara pour le pain, dour pour l’eau, gwin pour le vin, mad pour bon, tu vois…
— Ça vient de Douar an Enez, Terre de l’Île…
— D’accord, j’ai déjà rencontré le mot Enez plusieurs fois, maintenant je comprends, je sais que ça veut donc dire île ; par contre menez c’est le mont, c’est bien ça ?
— Oui, tout à fait, bravo ! Pour en revenir aux bateaux, sur la deuxième étape, départ des Canaries le 31 octobre pour rallier Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. C’est une course réputée, où seront présents quinze nationalités de skippers dont plus de la moitié sera française, et je crois avoir lu dans la presse qu’il y aurait soixante-huit hommes et quatre femmes. Il n’y a pas de grand favori cette fois, je veux dire un nom qui sorte vraiment du lot, mais c’est une transat incontournable pour des générations de coureurs au large comme Lionel Péan, Loïck Peyron, Bernard Stamm, sans oublier le Concarnois Roland Jourdain, bien sûr !
— Ah, toi, que deviendrais-tu sans Concarneau ! Mais en attendant, cela ne va pas nous arranger pour notre enquête s’il y a une forte animation en ville. Avec cette course au large, ça va bouger à Douarnenez !
— Oui, c’est sûr que dans la foule, ce ne sera pas évident de retrouver notre lascar.
— C’est la seule grande épreuve de voile à Douarnenez ?
— Non, il y a aussi tous les ans, au mois de mai, le Grand Prix Guyader, créé en 2000 ; mais à cette occasion, outre la voile, il y a aussi diverses activités telles que le paddle, le kayak, même la pêche à la ligne… Et puis, la baie de Douarnenez est exceptionnelle, classée parmi les plus belles baies du Monde ! Il faut venir te balader par ici le week-end avec Gwen et Clémence. Quand tu vois toutes ces voiles avec un temps magnifique comme aujourd’hui, c’est à couper le souffle… avec ce ciel et la mer d’un bleu…
Le regard de François se perdit soudain dans le vague et son esprit se mit à vagabonder…
— Oui, je n’en doute pas. Pour ma part je me demande toujours comment ils font pour tenir tout ce temps en mer sur de si petits bateaux… Et la vie qu’ils ont à bord ?
— Il y a plusieurs paramètres. Ils doivent savoir gérer l’énergie avec panneaux solaires et groupe électrogène, en ménageant bien entendu leur consommation. C’est un peu comme les alpinistes de haute montagne : il faut réduire le poids au minimum, savoir dormir dans des conditions plus que précaires pour récupérer un peu. À bord, ce n’est pas le grand luxe et, de ce fait, cela oblige à une démarche qui enrichit le quotidien et devient passionnante pour le développement personnel des skippers ! En fait, tout se passe entre défi et plaisir !
— Plaisir, je me demande bien, car ils doivent le faire sans outil de communication avec l’extérieur, sans ordinateur, aucun échange téléphonique possible…
— Non, seules quelques rares conversations sont autorisées à la radio VHF dont la portée est très limitée…
— Un peu rétrograde par rapport à la technologie moderne tout de même !
— Sûrement, mais c’est aussi comme ça qu’on forme les marins, c’est un marchepied pour la grande course au large ensuite comme la course Jacques Vabre bientôt et, même si la filière Figaro a peut-être pris le dessus désormais, nul doute que parmi les skippers au départ de cette Mini-Transat, on en retrouvera plus d’un également dans d’autres disciplines plus tard !
— Tu as quelques favoris dans le lot ?
— Je verrais bien Charly Fernbach sur Le Fauffiffon-Hénaff, Thomas Guichard sur Carrefour, Davy Beaudart sur Flexirub, pour n’en donner que trois, à voir, car tout dépendra des conditions météorologiques tout de même ! D’autres peuvent créer la surprise comme Julien Pulvé sur Novintiss, Axel Tréhin sur Aleph-Racing ou encore Frédéric Denis sur Nautipark… Mais laissons-les tout de même partir avant de commencer à parler de l’arrivée !
La voiture venait d’emprunter le boulevard du Général de Gaulle pour ensuite sortir de la ville.
— En dehors de la voile et de la pêche, il y a autre chose à Douarnenez ? demanda Phil pour changer de sujet.
Cette fois, François se lâcha une nouvelle fois :
— Bien sûr, la folie du carnaval des Gras, pendant cinq jours en février !
— Il y a un carnaval, ici ?
— Plus que ça ! Les Gras de Douarn’ c’est du délire ! Tous les ans, un individu que l’on appelle le Den Paolig5 est intronisé.
— Ils ont le sens de la fête alors !
— Depuis longtemps ! C’est une tradition bien ancrée ici. D’ordinaire, les Gras de Douarn’ brocardent publiquement une personnalité locale ; cette année c’était un grand absent qui était incarné : l’anesthésiste de l’hôpital. Car il est très difficile d’en trouver un pour l’hôpital de Douarnenez, ce qui menace le service de chirurgie ambulatoire. La ville mène une lutte pour le maintenir. D’où le choix du Den Paolig de cette année, qui s’appelait d’ailleurs Jean Daurissi6. Du coup les Gras servaient de porte-voix de l’hôpital de Douarnenez !
— Concrètement, cela se passe comment ?
— Tu veux dire le déroulement des Gras ?
— Oui et celui que tu appelles le Den Paolig.
— Pour te donner une idée, il était représenté dans un camaïeu de vert en papier mâché de trois mètres de haut, masque à oxygène en bandoulière et grosse seringue dans les bras. Il a été baladé dans le centre-ville avant d’être suspendu au fronton des halles. Il était escorté de quelques jolies Penn Sardin déguisées en infirmières !
— Des Penn Sardin ?
— Oui, Penn Sardin, qu’il faut prononcer pène sardine, « Tête de sardine », qui est le nom donné à la population de Douarnenez depuis au moins le XVIIIe siècle ! Par extension, il deviendra également celui de la coiffe des femmes de ce port de pêche.
— Et il y a du monde ?
— Il faut savoir que c’est LA fête de l’année à Douarnenez, c’est la foule !
François était intarissable sur ce sujet, tandis que la voiture filait en direction de Quimper.
Lors de moments de silence, Phil repensait à cette course de voiliers avec ces marins sur leurs frêles monocoques de six mètres cinquante qui partiraient bientôt pour une traversée tonique et initiatique ; car la Mini-Transat, et Phil l’avait bien compris, n’avait de mini que le nom de la classe et la taille des bateaux auxquels elle s’adresse…
2. Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies.
3. Brigade Territoriale Autonome.
4. Voir Lanterne rouge à Châteauneuf-du-Faou, même auteur, même collection.
5. Le Bonhomme du Carnaval.
6. Jeu de mots avec « j’endors ici ».
