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La traque du saboteur de bateaux se poursuit pour Mary Lester !
Après la destruction d'un nouveau bateau, à l'explosif cette fois, Mary est de plus en plus convaincue que l'ex-maître principal Charraz tire les ficelles de cette rocambolesque histoire.
Au grand dam des gendarmes pour lesquels Charraz est un exemple et un héros, elle concentre ses recherches sur l'entourage de l'ex-sous-officier. Mais Charraz n'est pas né de la dernière pluie. Il a su effacer toutes les pistes qui pourraient mener jusqu'à lui.
Dans le village traumatisé de Kerlaouen, l'omerta règne et il n'est plus possible d'enquêter. C'est la mort dans l'âme que Mary Lester rentre à Quimper après avoir fait savoir qu'elle abandonne l'enquête. Charraz et sa bande triomphent, mais leur joie est prématurée : quand on sort Mary Lester par la porte, il est bien rare qu'elle ne revienne pas par la fenêtre.
Découvrez le tome 23 des aventures de Mary Lester, une enquêtrice originale et attachante !
EXTRAIT
La mer était verte à Karreg Kren. Verte et calme. Les gros rochers bruns polis par les colères de l’océan sortaient leurs dos ronds de l’eau et de loin on eût dit un troupeau d’hippopotames se baignant en toute tranquillité dans un fleuve paisible.
Sur la grève de sable blanc, un groupe d’hommes discutait avec véhémence. Il y avait là une quinzaine de retraités, et sans cesse des voitures arrivaient, d’autres hommes en sortaient, le visage grave.
On serrait des mains, on se faisait raconter le sinistre en montrant avec de grands gestes éloquents une étrave blanche qui sortait de l’eau dans un angle bizarre au milieu d’une tache irisée qui allait s’élargissant sous le soleil. Le reste de l’embarcation, car il y avait eu là une embarcation, restait invisible.
Il régnait une atmosphère de catastrophe. L’air résonnait de phrases indignées, de jurons, de menaces lancées dans le vide. Les poings et les mâchoires se serraient.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Le décor est très bien décrit par Jean Failler, chaque rocher de Guissény à Brignogan semble être passé sous sa loupe. C’est très étonnant de retrouver son terrain de jeu d’enfant comme décor d’un polar assez noir ! - Dadoo, Ma Bibliothèque
Habile, têtue, fine mouche, irrévérencieuse, animée d'un profond sens de la justice, d'un égal mépris des intrigues politiciennes, ce personnage attachant permet aussi une belle immersion, enquête après enquête, dans divers recoins de notre chère Bretagne. - Charbyde2, Babelio
À PROPOS DE L'AUTEUR
Cet ancien mareyeur breton devenu auteur de romans policiers a connu un parcours atypique !
Passionné de littérature, c’est à 20 ans qu'il donne naissance à ses premiers écrits, alors qu’il occupe un poste de poissonnier à Quimper. En 30 ans d’exercice des métiers de la Mer, il va nous livrer pièces de théâtre, romans historiques, nouvelles, puis une collection de romans d’aventures pour la jeunesse, et une série de romans policiers, Mary Lester.
À travers Les Enquêtes de Mary Lester, aujourd’hui au nombre de cinquante-neuf et avec plus de 3 millions d'exemplaires vendus, Jean Failler montre son attachement à la Bretagne, et nous donne l’occasion de découvrir non seulement les divers paysages et villes du pays, mais aussi ses réalités économiques. La plupart du temps basées sur des faits réels, ces fictions se confrontent au contexte social et culturel actuel. Pas de folklore ni de violence dans ces livres destinés à tous publics, loin des clichés touristiques, mais des enquêtes dans un vrai style policier.
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Seitenzahl: 277
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Jean FAILLER
Le renard des grèves
2ème partie
éditions du Palémon
ZA de Troyalac’h
10 rue André Michelin
29170 St-Évarzec
Ce livre appartient à
xxxxxxexlibrisxxxxxx
Bibliographie :
Michel ALEXANDRE
«Le langage quotidien de la police»
Éditions Liber
Remerciements à :
Pierre DELIGNY dit « Ar Kraïon Ru »
Colette VLÉRICK
Isabelle MOËGLIN
Jean-Michel BOURDIN
Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.
ISBN 978-2907572-53-8
La loi du 11 mars 1957 n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur, de l’éditeur ou de leurs ayants droit ou ayants cause, est illicite (alinéa 1er - article 40).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code Pénal. 2011/© Éditions du Palémon.
Retrouvez les enquêtes
de Mary Lester sur internet :
http://www.marylester.com
Éditions du Palémon
ZA de Troyalac’h - N° 10
Rue André Michelin - 29170 St-Évarzec
Dépôt légal 4e trimestre 2003
La mer était verte à Karreg Kren. Verte et calme. Les gros rochers bruns polis par les colères de l’océan sortaient leurs dos ronds de l’eau et de loin on eût dit un troupeau d’hippopotames se baignant en toute tranquillité dans un fleuve paisible.
Sur la grève de sable blanc, un groupe d’hommes discutait avec véhémence. Il y avait là une quinzaine de retraités, et sans cesse des voitures arrivaient, d’autres hommes en sortaient, le visage grave.
On serrait des mains, on se faisait raconter le sinistre en montrant avec de grands gestes éloquents une étrave blanche qui sortait de l’eau dans un angle bizarre au milieu d’une tache irisée qui allait s’élargissant sous le soleil. Le reste de l’embarcation, car il y avait eu là une embarcation, restait invisible.
Il régnait une atmosphère de catastrophe. L’air résonnait de phrases indignées, de jurons, de menaces lancées dans le vide. Les poings et les mâchoires se serraient.
Un homme paraissait atterré. Un homme de haute taille, aux cheveux blancs, au visage hâlé par le grand air, aux fines lunettes cerclées d’or.
Mary qui observait les choses comprit que c’était le propriétaire du navire naufragé. Il s’appelait Pierre Lefaucheux et avait exercé la profession d’ingénieur en télécommunications à Lannion avant de venir se retirer à Kerlaouen l’âge de la retraite venu.
Il racontait d’une voix blanche à qui voulait l’entendre qu’il avait remis son bateau à la mer la veille, à Brignogan, et qu’il était venu l’amarrer sur son corps-mort dans la soirée. C’était un « pêche promenade » d’occasion acheté l’année précédente qu’il avait passé tout l’hiver à remettre à neuf.
Et maintenant que le temps était venu de toucher les dividendes de son travail, tout espoir de fructueuses parties de pêche était anéanti.
Il ruminait sa litanie en secouant la tête avec accablement :
— Six mois de boulot… six mois de boulot…
Et d’autres répétaient, sans espoir de réponse :
— Mais pourquoi? pourquoi?
Tous s’accordaient à dire que Pierre Lefaucheux était un homme sympathique, sans histoire, toujours prêt à donner un coup de main. Pourquoi lui? Pourquoi son bateau?
D’autres pensaient avec inquiétude : « À quand mon tour? »
Un nouvel arrivant se précipita vers Lefaucheux les mains tendues, comme pour présenter des condoléances :
— Ah, mon pauvre Pierre, je ne sais quoi dire, c’est trop dégueulasse! Tu sais que tu pourras venir en mer avec moi quand tu voudras!
Et Lefaucheux touché remerciait, sans manquer d’ajouter avec une sorte de rire douloureux :
— Si ton bateau n’a pas sauté d’ici là!
Et d’autres criaient :
— Mais quand cela s’arrêtera-t-il?
— Y a-t-il des témoins? demanda l’adjudant-chef Bézuquet d’une voix forte.
Un petit homme s’avança :
— Témoin, je ne sais pas, j’ai rien vu. Mais j’étais là lorsque l’explosion s’est produite.
Il s’agissait d’un septuagénaire chaussé de bottes vertes et coiffé d’une casquette de base-ball. Il s’appelait Hervé Kernouès et il s’apprêtait à rejoindre son canot qui était mouillé non loin du bateau sinistré lorsque celui-ci avait explosé.
— Je mettais ma prame à l’eau, expliqua-t-il, lorsque j’ai entendu comme un coup de tonnerre. J’ai senti comme un souffle qui me poussait. Je me suis retourné, et j’ai vu le bateau de Pierre qui coulait, littéralement coupé en deux. Il y avait un petit nuage de fumée blanche qui s’est rapidement dissipé.
Il écartait les mains et disait d’un air impuissant et navré :
— Et voilà…
— Vous aviez de l’essence à bord? demanda l’adjudant-chef à Lefaucheux.
— Non, j’avais un moteur Diesel.
— Une bouteille de gaz?
Le gendarme se raccrochait à toutes les hypothèses qui eussent pu laisser croire à un accident, mais Lefaucheux ne lui laissait aucune chance :
— Non, pas de gaz. Le bateau était vide, il y avait juste deux brassières de sécurité et un vieux ciré.
L’adjudant-chef revenait vers Kernouès, qui paraissait encore sous le choc et qui se faisait peur rétrospectivement en demandant :
— Et si ça avait sauté alors que je passais à côté?
L’adjudant-chef Bézuquet voulait connaître les circonstances exactes de l’explosion :
— Monsieur Kernouès, lorsque vous vous êtes retourné, vous n’avez rien vu?
— Comme je vous l’ai déjà dit, le bateau de Pierre qui coulait.
— Non, mais sur la mer… Y avait-il un autre bateau à proximité?
— Non… J’étais seul sur la plage.
Et il ajouta :
— Je n’y comprends rien!
Et il n’était pas le seul. Personne ne pouvait fournir d’explication. Mais déjà on portait les soupçons sur le bouc émissaire, celui, comme dans la fable, « d’où venait tout le mal » :
— C’est encore un coup du renard!
— Quelqu’un l’a aperçu dans le coin? demanda vivement le gendarme.
— Non, dit un homme au regard dur, mais faut-il le voir pour savoir qu’il est là? Il est TOUJOURS là, même si on ne le voit pas.
Et il ajouta :
— SURTOUT si on ne le voit pas!
— Allons, allons, Messieurs, dit le gendarme, pas de psychose s’il vous plaît. Rien ne prouve…
— Rien ne prouve jamais rien contre ce salaud, reprit avec véhémence l’homme qui avait accusé nommément le renard. C’est pour ça qu’il continue en toute impunité.
Il parlait d’une voix dure, vindicative, en jetant un regard lourd de reproches au gendarme. Il ajouta :
— La place de Fanch Brendaouez est chez les cinglés. Mais bien sûr, on va attendre qu’il y ait mort d’homme pour l’enfermer! Cette nuit, poursuivit-il, il a fait péter une grenade à Meznam, vous le savez, adjudant-chef, et vous ne l’avez pas arrêté. Il a probablement balancé une autre grenade dans le bateau de Pierre.
L’homme était de taille moyenne, vêtu d’un blouson d’aviateur en cuir et chaussé de bottes de caoutchouc vert. Il avait un long nez légèrement de travers et parlait du coin de la bouche, comme ces gens habitués à transgresser des consignes de silence. Des militaires dans les rangs, par exemple.
— Vous dites n’importe quoi, monsieur Bernard, dit le gendarme en s’efforçant de rester calme. Comment Fanch Brendaouez aurait-il pu balancer une grenade dans un bateau qui est à cent mètres du bord?
— Il l’aura placée la nuit, avec un système à retardement, dit Bernard.
— Quelle nuit? Le bateau n’a été mis à l’eau qu’hier au soir.
— Eh bien, cette nuit!
— C’est ça! maugréa le gendarme. Vous croyez vraiment Fanch capable de mettre au point un tel système?
— Il est capable de tout! grommela l’homme, buté.
— Peut-être, mais pas de se compliquer la vie, dit le gendarme. S’il avait voulu pétarder ce bateau, il lui suffisait de le faire de nuit. Pour lui, c’était beaucoup moins risqué.
— Que vous dites! ricana l’homme. Mais la nuit…
Il se tut soudain, comme s’il se rendait compte qu’il parlait trop.
— Continuez, encouragea le gendarme, je suis sûr que vous aviez quelque chose de très intéressant à déclarer.
— Oh, ça va, hein, dit l’homme sur un ton de colère rentrée.
Il se tourna vers le groupe qui écoutait cet échange silencieusement et le prit à témoin :
— Ici tout le monde sait bien que vous le protégez, ce salopard!
Il y eut un murmure d’approbation et le gendarme toisa avec mépris le nommé Bernard qui, fort du soutien de ses copains, paraissait remonté à bloc; Bézuquet laissa tomber :
— Je ne m’attendais vraiment pas à un raisonnement aussi indigent chez un type réputé intelligent, monsieur Bernard! Faites un peu travailler vos méninges, bon Dieu! Comment Brendaouez aurait-il pu, dans le même temps, être ici occupé à piéger un bateau, et à Meznam en train de balancer des grenades? Il a beau être malin, il n’a pas le don d’ubiquité, que je sache!
Mouché, Bernard se tut, mais un autre prit le relais :
— C’est vrai qu’il balance des grenades, ce fêlé? demanda-t-il.
— Il semble qu’une grenade a explosé cette nuit à Meznam, mais on ne sait pas qui l’a jetée, dit le gendarme.
Il revint vers Bernard qui le regardait d’un air mauvais :
— Mais d’abord, monsieur Bernard, comment avez-vous su qu’il s’agissait d’une explosion de grenade? Vous habitez trop loin de Meznam pour avoir entendu cette explosion, alors, qui vous en a parlé?
— Mais tout le monde le sait! fit Bernard avec humeur.
— Ce ne serait pas vous qui auriez téléphoné à la gendarmerie, par hasard?
— Moi? dit Bernard trop vite, sûrement pas!
Le gendarme s’adressa au groupe d’hommes en colère qui faisait front :
— Aucun d’entre vous ne sait qui a téléphoné?
Un grognement négatif lui répondit.
— Un mystère de plus, dit le gendarme. En tout état de cause, il faudra attendre la marée basse pour aller visiter l’épave et voir exactement de quoi il retourne.
Mary s’approcha du gendarme, lui tira la manche et lui glissa quelques mots à l’oreille. Bézuquet hocha la tête et retourna à sa camionnette. Il prit un carnet à souche et remplit un formulaire; puis il revint vers le groupe qui regardait lugubrement la mer et les bateaux en silence, les poings enfoncés au fond des poches, chacun remâchant sa colère, chacun semblant se demander quel serait le prochain sur la liste.
— Monsieur Bernard, dit l’adjudant-chef en tendant le papier au plus violent des contestataires, voici une convocation. Vous voudrez bien vous présenter à la gendarmerie demain matin à neuf heures.
Bernard regarda le papier d’un air incrédule et éclata d’un rire qui sonnait faux et s’écria à la cantonade :
— C’est la meilleure, les gars, je suis convoqué à la gendarmerie!
— Ça veut dire quoi? demanda un homme corpulent et sanguin qui, jusque-là, ne s’était pas manifesté.
— Rien de plus que ce qui est écrit là-dessus, dit l’adjudant-chef très sec. Vous savez lire, il me semble.
— Non mais, reprit Bernard furieux, on subit les exactions d’un cinglé, et ce depuis des années, et tout ce que les gendarmes trouvent à faire c’est de s’en prendre aux victimes!
— Primo, monsieur Bernard, je ne m’en prends pas à vous, je souhaite seulement recueillir votre témoignage. Secundo, il ne me semble pas avoir vu votre nom sur la liste des gens ayant subi un dommage. Alors, que vous vous indigniez contre ces sabotages, je le comprends et je partage cette indignation, mais il n’y a pas matière à récriminer contre cette convocation. Il n’y a là rien d’autre qu’une procédure normale et légale.
Il avait prononcé cette dernière phrase en détachant ses mots et en les articulant avec soin, ce qui ne calma pas Bernard.
— Vous ne pouvez pas, poursuivit-il, m’accuser de laisser traîner l’enquête et, dans le même temps, refuser de témoigner. Un peu de cohérence, s’il vous plaît!
— Mais mon témoignage, vous pouvez l’avoir ici et devant tout le monde. Je n’ai rien à cacher, moi! dit Bernard furieux.
— Les procédures de police… commença l’adjudant-chef. Mais Bernard ne le laissa pas terminer sa phrase.
— Les procédures de police, voilà ce que j’en fais, dit-il en déchirant sa convocation et en jetant les fragments de papier au vent.
— À votre aise, dit l’adjudant-chef glacial. Vous avez été convoqué dans les formes et devant témoins. Si vous n’êtes pas à mon bureau demain matin à neuf heures tapantes de votre plein gré, vous y serez à dix heures entre deux gendarmes, et menotté si le besoin s’en fait sentir.
Il toisa un Bernard furibond mais qui n’osait plus mot dire et ajouta :
— Me suis-je bien fait comprendre?
Un silence maussade suivit cette question.
Bézuquet appela deux jeunes gendarmes qui se tenaient un peu en retrait :
— Derval, Cléguer, vous allez rester ici et empêcher quiconque, je dis bien quiconque, d’approcher de l’épave.
— Mais… tenta de protester le propriétaire.
— Vous aussi, monsieur Lefaucheux. Je suis navré de ce qui vous arrive et tout sera fait pour qu’on retrouve les coupables de ce sabotage.
— Comme pour les autres, lança une voix ironique que le gendarme ignora.
— Mais vous devez bien comprendre, poursuivit-il, que l’enquête a ses nécessités, même si vous n’en percevez pas toutes les raisons.
— Ce qu’on aimerait, dit une voix, c’est que pour une fois votre enquête aboutisse à un résultat, que vous trouviez le coupable et qu’on le mette enfin hors d’état de nuire!
L’adjudant-chef tourna les talons en haussant les épaules. Comme s’il ne le souhaitait pas lui-même!
Il fit signe à Mary, qui s’était tenue à l’écart de la discussion, de le suivre. Elle monta à bord de la camionnette après avoir glissé quelques mots à l’oreille de Fortin.
— Vous avez vu ça? demanda l’adjudant-chef à Mary.
Il s’était assis derrière son bureau, encore vibrant d’indignation. Il avait posé son képi devant lui et se massait les tempes comme s’il souffrait de migraine.
Il prit le téléphone et dit à Mary :
— Excusez-moi… Bédier, jeta-t-il dans l’appareil, tu peux venir?
La porte s’ouvrit comme il raccrochait et un gendarme d’une quarantaine d’années entra.
Il avait les cheveux gris, taillés en une brosse rase, une moustache grise également, des yeux bleus très vifs.
— Je vous présente l’adjudant Bédier, dit Bézuquet à Mary. Yvon, voici le capitaine Lester, de la police nationale, qui est chargée de mener une enquête parallèle au sujet de toutes ces affaires.
Bédier leva la tête d’un air faussement admiratif et répéta : « Parallèle? Bigre… » puis il tendit à Mary une main sèche et dure :
— Enchanté, capitaine.
Son regard démentait toute trace d’enchantement mais, au festival des hypocrites, Mary Lester savait tenir sa partition. Elle répondit courtoisement en prenant la main de Bédier :
— Très heureuse, adjudant.
L’adjudant-chef Bézuquet n’avait pas saisi ces nuances. Il s’adressa à Bédier :
— Yvon, tu voudras bien prévenir le laboratoire à Brest pour qu’ils viennent faire des prélèvements sur l’épave du bateau pétardé dès que la marée sera basse.
— Il y a quelqu’un là-bas? demanda l’adjudant.
— Oui, j’ai laissé Derval et Cléguer avec l’ordre de ne laisser approcher personne de l’épave.
— Il faudrait pourtant que les pompiers aillent vidanger le réservoir de gazole.
— Je n’avais pas pensé à ça, reconnut Bézuquet. Préviens-les.
— D’accord.
Après un bref salut sans chaleur à l’adresse de Mary, l’adjudant Bédier sortit.
L’adjudant-chef redit en soupirant :
— Vous avez vu ça?
Il parlait de l’altercation avec Bernard et du climat qui régnait autour de ce nouveau sinistre.
Mary hocha la tête :
— Oui… Dites-moi, adjudant-chef, tous ces gens qui étaient sur la grève font partie de l’association des pêcheurs plaisanciers?
— Quasiment tous, oui. Ils sont près de deux cents, rien que pour Kerlaouen et ses alentours.
— Ça fait du monde!
— Ça fait du monde, acquiesça l’adjudant-chef.
— Que pensez-vous de cette association?
— Ce que j’en pense?
— Ma question a l’air de vous surprendre.
— Ben oui… C’est une association, quoi…
— Une association comme les autres?
— Avec un peu plus de membres que les autres peut-être.
Mary, farouchement individualiste, s’était toujours demandé quel besoin poussait les gens à se rassembler en associations. À part pour chanter en chorale, elle ne voyait pas l’intérêt qu’il y avait à se regrouper en cohortes serrées pour randonner alors que, le lendemain ou la veille, on pouvait avoir les petits sentiers côtiers pour soi tout seul.
Mystère de l’instinct grégaire…
— Ils font des réunions, dit l’adjudant-chef, les marins de formation apprennent aux néophytes à faire des nœuds, à gréer une ligne, à caler un filet. Il y a aussi des cours de navigation, une formation pour passer le permis de conduire les bateaux.
— Il y a longtemps qu’elle existe?
L’adjudant-chef ne s’était pas préparé à cette question.
— Je ne sais pas. Il me semble qu’on a commencé à en parler après les premiers incidents.
— Il y a beaucoup de non marins dans cette association?
— Je ne sais pas non plus; il faudrait demander ça à Jean Herry, le président.
— N’est-ce pas lui qui s’occupe de la station de sauvetage en mer?
— Si, vous le connaissez?
— Je l’ai vu à la station, avec ses deux compères, Jean Jacq et Jean Moalic. Les Tri Yann comme ils s’appellent eux-mêmes.
— Ils font un boulot formidable, dit le gendarme, tous les ans ils sauvent des vies et pourtant ils n’ont qu’un petit pneumatique…
— Pas si petit que ça, dit Mary. Et c’est peut-être un engin mieux adapté qu’un plus gros bateau pour intervenir dans les cailloux.
— Peut-être, dit le gendarme avec une moue qui en disait long sur son niveau d’incompétence en ce qui concernait les choses de la mer.
— Alors, eux aussi ont été victimes d’actes de vandalisme.
— Oui, dit le gendarme. Leur pneumatique a été lacéré dans son hangar. Vous avez rencontré Jean Herry?
— Lui et ses deux équipiers. Il m’a raconté cette lamentable histoire. Un de ces hommes, Jean Jacq, paraissait particulièrement remonté contre le renard.
— Pas plus que tous ceux que vous avez vus tout à l’heure, dit le gendarme.
— Attendez, dit Mary, ne les mettons pas tous dans le même sac! Il y en avait de plus remontés que d’autres.
— Vous parlez de Bernard, dit le gendarme. Lui aussi c’est une grande gueule.
— C’est ce qu’on appelle un meneur, dit Mary, de ceux qui savent haranguer une foule et la conduire à des actes qu’individuellement chaque élément de cette foule ne ferait jamais. Les meneurs sont souvent des gens dangereux, Bézuquet.
— C’est pour ça que vous m’avez demandé de le convoquer?
— Pour ça, oui. Et aussi parce qu’il est évident qu’il en sait long sur les événements de la nuit. Il parlait de la grenade comme s’il avait été sur les lieux. D’ailleurs, peut-être y était-il?
Le gendarme la regarda d’un air finaud :
— Et peut-être qu’il n’était pas seul, capitaine Lester!
— Il n’était sûrement pas seul, dit Mary faisant mine de ne pas comprendre l’allusion. Ses complices…
— Je ne parlais pas des complices, dit le gendarme.
Et, comme Mary ne répondait pas, il précisa :
— Allons, capitaine Lester, ne pensez-vous pas qu’il serait temps de jouer cartes sur table? Vous aussi vous en savez plus long que vous ne voulez bien le dire sur cette fameuse nuit.
Elle sourit en regardant attentivement le capitaine, en le jaugeant. Elle décida, en un instant, de lui faire confiance :
— Cartes sur table, alors, dit-elle. Voici les miennes.
Elle sortit de sa poche trois photos qu’elle posa à l’envers sur la table sous le regard intéressé de Bézuquet, et retourna la première en prenant son temps, comme lorsqu’on fait une réussite.
Du point de vue artistique, c’était une piètre photo. Il fallait tenir compte des circonstances et du matériel avec lequel elle avait été faite. Mais du point de vue intérêt, c’était autre chose. On voyait deux silhouettes cagoulées, armées de fusils s’avancer d’un air menaçant.
— Où avez-vous pris ça? demanda Bézuquet.
Mary souleva la seconde photo sans répondre. Les deux mêmes silhouettes apparurent mais cette fois elles faisaient demi-tour.
L’adjudant-chef ne s’offusqua pas de ce mutisme. Il regardait les photos, fasciné.
— Et la troisième? demanda-t-il enfin.
— La troisième c’est le Joker, adjudant-chef, dit Mary en retournant une photo totalement blanche. Qui sont ces hommes?
L’adjudant-chef eut une mimique indiquant qu’il n’en savait rien.
— Bon, on va essayer de faire avancer les choses, dit Mary. Je vais vous raconter ma nuit, adjudant-chef. Comme vous le savez sans doute, je suis logée chez la jeune Fanchon Bodénan, dans un mobile home. Auparavant j’étais chez la veuve Morvan, mais pour des raisons inconnues, la veuve m’a soudain signifié mon congé. Je suppose qu’elle a subi des pressions. Mais nous y reviendrons. Un soir, en revenant de chez Gweltaz chez qui j’avais dîné, j’ai failli être emboutie par un gros 4 x 4 noir qui circulait autour de Meznam tous feux éteints. Bien sûr, la présence de ce véhicule qui s’est fondu dans la nuit m’a intriguée. Effrayée et intriguée. J’ai donc résolu d’aller voir incognito ce qui se passait sur cette dune la nuit. J’ai emprunté un vélo à ma logeuse et je me suis rendue à Meznam par le sentier côtier.
— Vous n’avez pas froid aux yeux!
— Oh, je n’étais pas plus fière que ça! Croyez-moi, je rasais les murs si je puis dire, prête à me jeter dans un trou à la première apparition.
L’adjudant-chef réprima un sourire.
— Et vous avez revu la voiture? demanda-t-il.
Mary leva la main :
— J’y viens. Je suis arrivée à Meznam sans apercevoir âme qui vive hors un fourgon de gendarmerie qui patrouillait.
— Et qui ne vous a pas vue? demanda le gendarme.
— Non. J’avais vu les phares de loin et je m’étais dissimulée dans un repli de dune. J’ai planqué mon vélo dans un fossé et j’ai marché jusqu’au petit parking qui surplombe la plage de Pouldhon. Là, je me suis cachée derrière les meules de goémon et je suis restée totalement immobile. Au bout d’un moment, je me suis aperçue que je n’étais pas seule. À une centaine de mètres, sur la droite, une cigarette brasillait par moments. Et puis j’ai vu le faisceau d’une lampe électrique venant de la mer. Celui qui la portait remontait lentement en examinant soigneusement chaque bateau échoué. Lorsque le type sur la plage est arrivé au bas de la cale de Pouldhon, l’homme à la cigarette est venu le rejoindre et un troisième homme dont je n’avais même pas soupçonné la présence est sorti de l’ombre des rochers, à ma gauche. Il m’a semblé que ces trois hommes avaient monté une sorte d’embuscade, celui qui venait de la mer essayant de chasser un gibier, qui n’était d’ailleurs pas là, vers ses deux comparses à l’affût.
Quand ils ont fait leur jonction, l’homme qui fumait a remonté sa cagoule et j’ai reconnu P’tit Lu Dupont. Le type qui fouillait la grève la lampe électrique en main, s’est mis à l’engueuler et j’ai identifié la voix de Charraz.
Le gendarme était resté impassible.
— Et le troisième homme? demanda-t-il.
Celui-là, je n’ai pas eu l’occasion de le reconnaître. Il n’a pas parlé et il n’a jamais ôté sa cagoule.
Elle regarda le gendarme et ajouta :
— Mais je ne serais pas autrement surprise que ce soit monsieur Robert Bernard. Les précisions qu’il a apportées sur l’explosion de la grenade me semblent suspectes. J’aimerais l’interroger lorsqu’il se présentera ici demain matin.
— Et ensuite? demanda le gendarme.
— Comme ils se rapprochaient dangereusement de l’endroit où je me trouvais, j’ai retraversé la route pour me cacher dans les ruines de Meznam. Mais ils m’ont aperçue et m’ont donné la chasse. Je me suis dissimulée comme j’ai pu, mais j’étais sur le point d’être découverte lorsque Fanch Brendaouez est apparu providentiellement et qu’il m’a entraînée dans sa maison.
Elle regarda le gendarme dans les yeux :
— Je pense que Fanch Brendaouez m’a, ce soir-là, sauvé la vie.
Le gendarme ne broncha pas. Elle poursuivit :
— Mes poursuivants n’ont pas lâché prise pour autant. Ils ont continué à tourner autour de la maison de Brendaouez et, à un certain moment, j’ai pu penser qu’ils allaient mettre leur menace à exécution.
— Quelle menace? demanda le gendarme.
— Mettre le feu à la maison de Fanch.
Le gendarme la regarda en silence et elle ajouta :
— Peut-être ne le savez-vous pas, mais Fanch a, lui aussi, reçu une lettre anonyme.
Le gendarme secoua la tête :
— Qu’il se sera expédiée lui-même, dit-il.
Mary souffla avec lassitude :
— J’attendais l’objection!
— Parce que vous vous l’êtes faite!
— Non, parce que Fanch lui-même l’a faite.
— Fanch?
— Oui. Pourquoi croyez-vous qu’il n’est pas venu vous en parler?
— Entre nous deux ce n’est pas le grand amour, dit le gendarme.
— Je m’en suis rendu compte. Mais Fanch a pensé que vous l’accuseriez d’avoir agi exactement comme vous venez de le dire. Il se serait adressé cette lettre de menace pour figurer, lui aussi, dans la liste des victimes. Honnêtement, adjudant-chef, auriez-vous reçu sa plainte comme les autres plaintes?
— Il est tellement roublard, dit l’adjudant-chef…
— Ce n’est pas une réponse, dit Mary. Tout ce qui arrive à ce pauvre homme se retourne contre lui. Son bistrot clandestin prend feu, c’est lui qui l’a incendié; ses bateaux coulent, c’est lui qui les a sabordés; il reçoit une lettre anonyme, c’est lui qui se l’est expédiée; il se marie, on peint sa femme en noir. On le roue de coups… Vous ne trouvez pas que ça commence à faire beaucoup? N’auriez-vous pas pu dire à tel ou tel plaignant qu’il avait, lui aussi, fait couler son bateau pour toucher l’assurance? Et votre beau-père, Kernilis, pourquoi ne l’aurait-on pas accusé d’avoir incendié son hangar pour toucher l’assurance?
L’adjudant-chef réagit au quart de tour :
— Je vous défends…
— Vous me défendez quoi? Bézuquet… Vous l’avez dit vous-même, l’affaire a été classée en accident pour faciliter les choses du côté des assurances…
— C’est pas pareil, dit l’adjudant-chef, ce ne sont que des procédures administratives. Qu’est-ce que ça change pour l’assurance? Il n’y a pas escroquerie!
— Je me fiche bien de l’assurance, dit Mary. Mais il n’empêche que c’est un faux!
Le gendarme pâlit. Cette accusation de faux était grave. Mary le rassura :
— Je ne vais pas revenir là-dessus, Bézuquet. C’est du passé, le présent me suffit. Mais je ne peux pas m’empêcher de me demander quelle aurait été votre réaction si cette affaire était arrivée à Brendaouez et non à Kernilis. Auriez-vous laissé aussi facilement classer l’affaire en accident?
Elle vit que cette question irritait fortement l’adjudant-chef qui répondit avec véhémence :
— Monsieur Kernilis n’avait aucun intérêt à faire flamber son hangar, tandis que Fanch, lui, y a trouvé son compte! D’abord en touchant le remboursement du bistrot, ensuite celui de ses deux bateaux pourris. Quant à cette soi-disant lettre anonyme, vous m’apprenez son existence, comme celle de sa prétendue agression. Je ne peux pas protéger les gens s’ils ne viennent pas se plaindre à la gendarmerie!
Il regarda Mary espérant, contre toute vraisemblance, l’avoir convaincue. Mais son indignation n’était que de façade.
— Au fait, que dit-elle, cette lettre anonyme? demanda-t-il.
— C’est très bref, dit Mary. Je ne vous la citerai pas de mémoire, mais je me souviens de la fin : « Fous le camp avec ta pute, sinon on va t’enfumer dans ton terrier ».
L’adjudant-chef resta silencieux.
— Injures, menaces de mort, poursuivit Mary. Je vous jure que, quand j’ai vu ces deux types s’avancer, j’ai bien cru qu’ils venaient mettre le feu à la maison. Et si je n’avais pas pris ces photos, peut-être bien qu’ils auraient mis leurs menaces à exécution.
Elle regarda l’adjudant-chef et ajouta :
— Et à cette heure vous auriez sur les bras, non pas une épave de bateau pétardé, mais un incendie volontaire et deux ou trois cadavres sur les bras. Et cette fois, vous n’auriez pas pu mettre ça sur le compte du renard. Mais peut-être auriez-vous classé l’affaire en accident? Après tout, ça brûle bien, ces chaumières!
— On n’en est pas là, dit l’adjudant-chef d’un ton rogue.
— Non, mais on a failli y être. Tâchez de vous en souvenir, Bézuquet!
Elle ironisa :
— Que deviendriez-vous sans ce renard?
— Ça nous ferait des vacances, dit l’adjudant-chef. N’ayez crainte, on saura s’en passer!
— Que vous dites!
Il la regarda, interloqué.
— Comment, que je dis! Croyez bien que…
Elle ne le laissa pas terminer sa phrase :
— Je crois surtout qu’il est bien pratique, ce renard! Un bateau coule, c’est le renard, une maison brûle, c’est encore le renard, il crève même les pneus des vélos, paraît-il, et qui sait s’il ne remplace pas le loup-garou de notre enfance. Mange ta soupe, sinon le renard…
— Ça va! dit le gendarme avec humeur. Je vous jure que si Brendaouez disparaissait du paysage, il n’y aurait pas grand monde à le regretter.
— Ouvertement, dit Mary.
— Pardon?
Le gendarme fronçait les sourcils.
— Je disais qu’il n’y aurait pas grand monde à le regretter ouvertement, mais dans le fond… Si j’osais, je dirais que votre renard c’est le bouc émissaire. Tout le monde est vertueux à Kerlaouen puisque c’est le renard qui commet tous les délits.
Elle se pencha vers l’adjudant-chef :
— Je veux bien admettre, dit-elle, que c’est Brendaouez qui a commencé. Pour moi, ça ne fait même aucun doute. Mais quelqu’un lui a répondu de la même manière et ça a été l’escalade. Vous savez bien, Bézuquet, qu’il est matériellement impossible que Brendaouez ait commis seulement la moitié de ces sabotages. Tout le monde s’y est mis, c’est une œuvre collective.
— Je ne vous laisserai pas dire ça! protesta le gendarme. La plupart des habitants de ce pays sont parfaitement honnêtes.
— D’accord avec vous, seulement la vie de quatre-vingt-quinze pour cent d’honnêtes gens est gâchée par les cinq pour cent de salopards qui agissent dans l’ombre. Comme dans les banlieues difficiles.
— La difficulté étant de les débusquer, dit le gendarme désabusé.
— Oui, dit Mary, séparer le bon grain de l’ivraie aura été finalement été la principale préoccupation des hommes depuis les débuts de l’humanité.
— Vous remontez trop loin pour moi, dit le gendarme, moi, mes soucis n’ont que dix ans d’âge. Enfin, je veux parler de mes soucis avec le renard.
— J’avais compris. Dix ans, avez-vous dit?
— Oui, il y a seulement dix ans que les exactions partent dans tous les sens. Et maintenant que j’y réfléchis, ça fait aussi dix ans que les plaisanciers se sont regroupés en association.
— Eh… Voilà qui est intéressant, dit Mary Lester en se levant. Excusez-moi, adjudant-chef, je crois que mon adjoint vient d’arriver.
Avant que Mary ne sorte, l’adjudant-chef se précipita, bégayant sous le coup de l’énervement :
— Et… Et la grenade?
— La grenade, dit Mary, elle n’a fait que du bruit!
— Oui mais c’est… C’est Fanch qui l’a lancée?
— Je n’ai rien vu, mentit-elle. J’avais le dos tourné.
L’adjudant-chef insista :
— Parce que si c’est… c’est…
Elle coupa :
— Vous avez raison, mais on verra ça plus tard!
Le break du lieutenant Fortin venait en effet de s’arrêter dans la cour de la gendarmerie. Mary ouvrit la portière et se glissa dans la voiture :
— Alors?
— J’ai fait comme tu m’as dit, fit Fortin. j’ai attendu que les groupes se disloquent, puis j’ai filoché l’excité.
— Tu veux parler de Bernard?
— Ouais. Franchement, il n’est pas fute-fute ce mec! Il a foncé directo à Plouider.
— Tu attendais quoi? Qu’il aille chez lui?
— Ben, plutôt, oui. Il habite Guissény, une jolie maison récente, toute en pierres de taille. J’aime autant te dire que ça a dû lui coûter bonbon!
— Comment sais-tu ça?
— C’est que, quand il a quitté Plouider, j’ai continué la filoche. Sa bobonne l’attendait devant la porte, une grosse moche, l’air pas commode.
Mary recadra le lieutenant qui avait tendance à s’égarer.
— Où est-il allé à Plouider?
— Dans une ferme. Il est rentré dans la cour, et puis dans la maison. J’ai dû continuer pour ne pas me faire repérer.
— Tu n’as vu personne?
