Le retour du Chouan - Firmin Le Bourhis - E-Book

Le retour du Chouan E-Book

Firmin Le Bourhis

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Beschreibung

Qui est ce machiavélique assassin qui ne laisse aucun indice après lui ?

Des jeunes en goguette s'arrêtent près des alignements de Carnac pour clore par de dernières libations leur nuit de fête, mais voilà que le cri d'un chat-huant s'élève dans l'obscurité et qu'une silhouette vêtue d'un costume de Chouan se glisse entre deux menhirs. Commence alors un jeu de piste qui les conduit à une scène d'épouvante : une femme vêtue de blanc gît, horriblement mutilée, au bord du chemin. Le retour du Chouan, une Dame Blanche... les rumeurs, qu'il faut arrêter au plus vite, vont grand train dans la Presqu'île de Quiberon et, faits bien réels ceux-là, deux autres crimes viennent briser la quiétude de ces lieux idylliques. Qui est ce machiavélique assassin qui ne laisse aucun indice après lui ? La gendarmerie, assistée par les OPJ François Le Duigou et Phil Bozzi, en mission à la communauté de brigade de Carnac, tente de le démasquer, mais les investigations piétinent...

Retrouvez Le Duigou et Bozzi dans un polar haletant et horrifiant où les rumeurs vont bon train !

EXTRAIT

— Voici les éléments nous permettant de mener nos investigations. Merci de nous avoir permis de faire le nécessaire à partir de votre cabinet, lui dit François.
— Je ne doutais pas de votre bonne foi, mais nous devons désormais tout vérifier, trop d’affaires ne sont pas menées correctement à cause d’un vice de procédure, police ou pas, je m’en tiens désormais à la règle. Pouvez-vous me dire ce qui se passe réellement ? J’ai essayé de joindre Quentin, son téléphone doit être coupé car je ne peux rien faire, pas même lui laisser un message.
— Nous n’en sommes pas étonnés, je voulais vous dire, tout à l’heure, que nous avons découvert un corps dans la voiture incendiée. Il se trouvait côté passager, mais nous ne savons pas, à cette heure, s’il s’agit de votre associé ou d’une autre personne…

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Firmin Le Bourhis, reconnu au-delà des frontières bretonnes pour ses livres, signe ici un roman policier qui tient toutes ses promesses, sur fond d'une histoire véridique qui s'est déroulée entre le Cap Ferret et le bassin d'Arcachon. - Ouest-France

À PROPOS DE L'AUTEUR

Né à Kernével en 1950,Firmin Le Bourhis vit et écrit à Concarneau en Bretagne. Après une carrière de cadre supérieur de banque, ce passionné de lecture et d’écriture s’est fait connaître en 2000 par un premier ouvrage intitulé Quel jour sommes-nous ?, suivi d’un second, Rendez-vous à Pristina, publié dans le cadre d’une action humanitaire au profit des réfugiés du Kosovo.Connu et reconnu bien au-delà des frontières bretonnes, Firmin Le Bourhis est aujourd’hui l’un des auteurs de romans policiers bretons les plus appréciés, avec vingt-huit enquêtes déjà publiées. Il est également l’auteur d’essais sur des thèmes médicaux et humanitaires. Ses ouvrages sont tous enregistrés à la bibliothèque sonore de Quimper au service des déficients.

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Seitenzahl: 280

Veröffentlichungsjahr: 2018

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CE LIVRE EST UN ROMAN.

Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.

La totalité des droits d’auteur des titres de Firmin Le Bourhis est versée à l’action concernant les trois principales maladies neuro-dégénératives que sont Alzheimer, Parkinson et la Sclérose en Plaques et autres maladies auto-immunes.

Les ouvrages de Firmin Le Bourhis, ainsi que ceux d’autres auteurs des Éditions du Palémon (enquêtes de Mary Lester signées Jean Failler notamment), sont disponibles à la Bibliothèque Sonore du Finistère.

NOTE DE L’AUTEUR

Comme pour chaque enquête, le texte intègre différents ingrédients que j’ai rassemblés ici, la majorité des personnages de cette histoire ayant existé, dit et fait ce que j’ai relaté. Souvent la réalité dépasse la fiction, et je laisse aux lecteurs le soin de deviner ce qui relève de ma seule imagination…

REMERCIEMENTS

À l’Office de Tourisme de Saint-Pierre Quiberon, l’Office de Tourisme de Quiberon ainsi que l’Office de Tourisme de Carnac pour leur accueil et leurs informations.

À la Médiathèque de Saint-Pierre Quiberon pour sa suggestion !

À mes deux conseillers techniques habituels, tous deux commandants honoraires de la Police judiciaire.

À Aurélie Fontaine, médecin légiste.

À Delphine Hamon, directrice des éditions Palémon pour son idée et sa touche finale.

À mon épouse pour sa relecture habituelle et passionnée.

Et enfin un clin d’œil particulier à Lélia (comme promis !), Laëtitia, Hugo, Céline et Jean-Richard.

Une fois qu’on a éliminé l’impossible, ce qui reste, aussi improbable que cela soit, doit être la vérité.Sir Arthur Conan Doyle (1859-1930)

I

Nuit du jeudi 31 août au vendredi 1er septembre

Sur le chemin de retour d’une boîte de nuit de Quiberon, les trois voitures quittèrent la route départementale des alignements, prolongée par la route de Kerlescan, pour rejoindre l’allée des Alouettes puis, très rapidement, tourner à gauche dans l’impasse des Trois Pierres qui se terminait par un terre-plein permettant à plusieurs voitures de stationner, endroit discret car toujours désert. De toute façon, les deux résidences qui se trouvaient sur la droite, au fond de leur parc, n’étaient pas occupées dans le moment. De là partait aussi un large chemin piétonnier récemment empierré et parfaitement entretenu, qui longeait les alignements du Ménec. À peine les véhicules furent-ils stationnés que garçons et filles en sortirent en riant, chantant et parlant fort, excités par leur soirée et sans doute l’alcool absorbé ainsi que par quelques additifs…

Ils savaient qu’ils ne réveilleraient personne en ces lieux, à cette heure, tout au plus troubleraient-ils la quiétude des menhirs, silencieux et ainsi alignés depuis des millénaires.

Il était deux heures trente, ils avaient pris l’habitude de partager un dernier moment après leur sortie en boîte, en poursuivant encore un peu la fête entre eux quand le temps le permettait, ce qui était le cas cette nuit… Durant tout l’été, ils n’avaient encore jamais été dérangés ; même si, de temps en temps, une voiture passait sur la départementale toute proche, ses occupants ne pouvaient les remarquer.

L’excitation était à son comble, l’alcool avait désinhibé les comportements des filles et des garçons, timidité et retenue avaient disparu et les barrières étaient tombées.

L’Audi A3 noire de Thibaut, portes avant ouvertes, laissait déferler les décibels tandis que le hayon largement relevé permettait l’accès à un véritable bar en libre-service proposant bières, whisky, coca et divers alcools. Cinq filles et cinq garçons buvaient, fumaient, chahutaient et dansaient au rythme endiablé de la musique. Certains se rapprochaient ; un couple s’était isolé à l’arrière d’une des voitures, sans doute pour donner un peu plus d’intimité à ses ébats et mieux se « découvrir »…

En cette fin de mois d’août, les restes d’une chaleur d’été flottaient encore dans l’air, la nuit était chaude, un clair de lune nimbait l’alignement fantomatique des menhirs indifférents à ces voisins bruyants, de passage dans les lieux mais aussi sur cette terre, alors qu’eux seraient toujours là.

Dans l’immédiat, c’était une soirée façon « Saturday night fever », le tube des Bee Gees dont la reprise du spectacle connaissait d’ailleurs un grand succès à Paris, ou « Samedi soir sur la terre », la chanson de Francis Cabrel.

Tout en allumant une cigarette hâtivement roulée qu’il venait de sortir d’une boîte métallique plate extraite de sa poche, l’un des jeunes gens s’exclama :

— Hey ! J’ai des pétards améliorés, vous en voulez ? Certains en réclamèrent en riant aux éclats, tout émoustillés ; d’autres refusèrent sans négliger pour autant le bar improvisé. L’exaltation était à son comble, les mains fouillaient les corps qui se cherchaient mutuellement dans une déferlante de débauche.

Au départ, personne ne remarqua le cri du chat-huant qui s’éleva à proximité. Puis celui-ci se répéta plusieurs fois, plus proche, jusqu’à enfin les interpeller et les amuser au point de se laisser prendre au jeu et de l’imiter en se tournant dans la direction de ces hululements…

Soudain, l’un d’entre eux remarqua une forme humaine se faufiler derrière les menhirs à l’endroit d’où semblaient provenir les cris de l’oiseau de nuit, et cela jeta l’effroi malgré l’ambiance alcoolisée du moment. Thibaut se précipita pour chercher une puissante lampe torche dans sa boîte à gants afin de gagner l’endroit où l’apparition avait eu lieu et les autres membres du groupe décidèrent de l’accompagner. Seul le couple resté dans une voiture semblait indifférent à ce qui se passait à l’extérieur.

Ils franchirent le petit muret pour entrer dans le site des alignements, Thibaut balayait régulièrement du faisceau de sa lampe le sol devant lui pour rejoindre le menhir qu’ils avaient repéré, quand, juste derrière celui-ci, allongée sur le sol, apparut une forme humaine. Un bruit de pas dans la broussaille les interpella un peu plus loin, détournant leur attention. Il dirigea aussitôt la lumière dans la direction d’où il provenait, et ils virent un individu s’en aller. Ce dernier se retourna, il semblait porter un masque blanc et un curieux accoutrement. Cette vision ne dura que quelques secondes. Le jeune homme ramena à nouveau le pinceau de lumière vers le sol afin d’observer la forme qui gisait là. Aucun doute, c’était bien un être humain. Saisis par la peur, tous s’immobilisèrent à quelques pas de Thibaut tandis qu’il s’approchait doucement pour scruter la forme au sol. Cette fois, ce qu’il découvrit le choqua à un tel point qu’il lui sembla que sa poitrine allait exploser.

Les vêtements d’un blanc immaculé étaient ceux d’une femme. Il fit d’abord glisser la lumière sur les pieds chaussés, les jambes nues ; le corps portait une robe éclaboussée de taches brunes sur la partie haute… Soudain, il hurla d’effroi, son sang ne fit qu’un tour. Il venait de s’apercevoir qu’une partie du cou et surtout de la tête semblait avoir été broyée par des mâchoires acérées comme celles d’un requin ; du moins, c’est ce qui lui vint à l’esprit. C’était insoutenable. Il revint en toute hâte vers ses amis. Effrayés, tous n’avaient qu’une envie : fuir au plus vite.

— Cassons-nous ! C’est un cadavre et il a une drôle de gueule…

Terrorisés, ils rejoignirent en courant leurs voitures. La fête venait de se terminer brutalement. Une sueur froide coulait dans le dos de Thibaut, il stoppa la musique, rangea sa lampe dans la boîte à gants. Subitement, régnait une autre atmosphère. On n’entendait que les sanglots et les pleurs des jeunes filles. Les deux jeunes gens qui étaient restés dans une voiture se rajustèrent et vinrent se renseigner, devinant qu’il se passait quelque chose d’anormal, mais la panique était telle dans le groupe que, sans trop comprendre le caractère dramatique du moment, ils remontèrent, eux aussi, en voiture. Tous étaient terrorisés par l’horreur de la scène qu’ils venaient de découvrir. Ils décidèrent de se retrouver chez Thibaut, à la fois le plus âgé et le plus courageux d’entre eux. La peur les galvanisait, aussi, en quelques secondes, les trois véhicules eurent-ils quitté les lieux.

*

Une demi-heure après, toujours sous le choc, ils étaient réunis chez leur ami, du côté du Men-Du, route de La Trinité-sur-Mer à Carnac. Ce dernier prit la parole pour exorciser sa terreur certes mais également pour faire part de la scène qu’il avait aperçue, au reste du groupe, pétrifié par ce qu’il entendait.

La violence de la situation avait en partie dissipé les effets de l’alcool chez ces jeunes en goguette, les laissant submergés par l’effroi. Trois jeunes filles ne pouvaient retenir les sanglots qui inondaient leurs visages ravagés par l’angoisse.

Trois heures trente du matin venaient de sonner quand, enfin, ils entreprirent de discuter de ce qu’ils devaient faire. Prévenir la gendarmerie ? Sans aucun doute, mais pas avant le petit matin car, d’abord, il leur fallait chasser les effets de leur ivresse sur leur comportement, et pour cela, ils devaient manger et ne plus boire d’alcool. Ils se mirent d’accord pour désigner Thibaut comme représentant du groupe, car c’était lui qui avait pu observer le mieux la scène grâce à sa lampe et qui serait donc le plus à même d’en rendre compte. Ce dernier accepta et proposa de raccompagner ses passagers, puis de revenir chez lui se doucher et se changer afin de présenter la meilleure apparence possible aux gendarmes. Les deux autres voitures raccompagneraient leurs passagers chez eux pendant ce temps. Tous seraient certainement convoqués plus tard afin de témoigner, mais seul Thibaut se rendrait à la gendarmerie à l’heure d’ouverture au public…

II

Fin août

Les vacances de Phil et François n’avaient pas été merveilleuses car la pluie et une météo maussade s’étaient invitées en Bretagne à partir du 14 juillet et, parfois, le mauvais temps, assorti d’une température en dessous des normales saisonnières, avait gâché des journées entières.

Pour Phil, certaines sorties en vieille voiture avaient été perturbées par ce temps capricieux, surtout vers la fin du mois. François n’avait pas non plus fait toutes les sorties en mer qu’il avait prévues. Aussi se réjouissaient-ils d’avoir pu profiter, avant l’été, de l’excursion qu’ils avaient programmée aux Glénan1 ; en effet, le temps avait été exceptionnellement beau ce week-end-là, presque caniculaire, et tous avaient pleinement apprécié cette balade en mer avec pique-nique sur une des îles de l’archipel.

Seul Joël Le Traon avait eu la chance d’assister sous le soleil aux festivals qu’il aimait tant : le Festidreuz de Fouesnant, puis les incontournables Vieilles Charrues de Carhaix. Il avait repris son travail après la mi-juillet et n’aurait d’autres congés qu’en début septembre. * Alors que Phil et François ne s’y attendaient pas, en plein mois d’août, la direction régionale de Rennes leur alloua une nouvelle mission décentralisée, sur un territoire gendarmerie cette fois. Ils devaient prendre leur poste le lundi 28 août à la communauté de brigade de gendarmerie de Carnac. Si le lieu n’était pas pour leur déplaire, Phil craignait de ne pouvoir se libérer pour la rentrée de Clémence en CM2, le 4 septembre, et François pour les dernières grandes marées de la fin août.

*

Ils avaient donc pris leurs marques dans cette communauté de brigade de gendarmerie rattachée à la compagnie de gendarmerie de Lorient. Elle rayonnait sur neuf communes, de Carnac à Quiberon en passant par les îles de Hoëdic et de Houat. Ils disposaient aussi d’une brigade de proximité à Quiberon.

La bonne surprise fut d’y retrouver le lieutenant David Le Rosmec qu’ils avaient rencontré dans une précédente affaire au Pays d’Auray2…

Homme sympathique et passionné d’histoire, celui-ci avait été muté de la brigade territoriale autonome de gendarmerie d’Auray et avait pris ses fonctions depuis un an dans cette gendarmerie aux locaux d’une architecture moderne avec ses toits d’ardoise pentus. Phil et François ne pouvaient guère espérer avoir un meilleur cadre de vie pour cette nouvelle mission, d’autant que, contrairement au mois de juillet, le soleil avait décidé de rattraper son retard. Depuis le début de cette première semaine dans le Morbihan, ils évacuaient diverses affaires qui se présentaient : cambriolages, vols à l’arraché, à la roulotte, en scooter, dégradations de voitures, de petites affaires banales engendrant cependant une lourde charge administrative. Mais la découverte d’un nouveau milieu et l’opportunité d’une nouvelle enquête les stimulaient.

*

Vendredi 1er septembre, 9 heures

L’Audi A3 noire de Thibaut se gara sur le parking visiteurs à gauche de l’entrée, avant les grilles de la gendarmerie. Il avait bien meilleure allure que quelques heures plus tôt. Frais rasé, vêtu d’une tenue sportswear chic, le visage fermé car toujours sous le choc, il se présenta d’un pas ferme à l’accueil. Le gardien de la paix, un stagiaire, prit connaissance de l’objet de sa visite et le dirigea aussitôt vers Phil et François après les avoir consultés.

François le reçut chaleureusement et le fit asseoir dans leur bureau commun en lançant, pour tenter de le décontracter car le jeune homme paraissait plus que tendu :

— Alors dites-nous un peu ce qui vous arrive ! Notre collègue nous a laissé entendre que vous auriez fait une découverte macabre ?

— Oui, c’est le terme approprié !

— Bien, nous allons vous écouter, mais avant, pourriez-vous nous donner votre pièce d’identité afin que nous puissions enregistrer votre état civil ?

Il s’exécuta, ses mains tremblaient un peu pour présenter ce document. Les formalités d’usage accomplies, à la demande de François, il entreprit de raconter dans le détail ce qu’il avait vu, occultant bien sûr leur soirée arrosée mais aussi le cri du chat-huant, car cela lui paraissait saugrenu de l’évoquer, et expliquant que ses amis et lui-même s’étaient arrêtés sur ce parking, le temps de prendre congé.

— C’est au moment de repartir que j’ai aperçu une ombre qui m’a semblé humaine, pas très loin de nous, entre deux menhirs.

— Vous étiez combien à cet instant ?

— Trois voitures, et disons six couples, même si aucun de nous n’est marié ou pacsé. Nous nous fréquentons de longue date et sortons régulièrement ensemble.

— Vous voyez donc une forme humaine se faufiler entre les menhirs et vous décidez de vous rendre où vous l’avez aperçue…

— Oui, c’est ça.

— Pourquoi ?

— Nous étions étonnés de cette présence qui nous paraissait insolite dans ces lieux et à cette heure… La nuit était claire, mais j’ai tout de même pris ma lampe torche pour éviter que nous nous prenions les pieds dans la végétation. Arrivés près de l’endroit supposé, mes amis se sont arrêtés et moi, je suis allé voir derrière le menhir ; là, j’ai cru apercevoir une forme allongée sur le sol, mais au même moment, notre attention a été attirée par un bruit : soit une personne soit un animal se déplaçait. J’ai alors pointé ma torche vers le lieu d’où cela provenait et nous avons tous vu un individu qui portait un masque blanc…

— Masque de Carnaval ? Masque rappelant Le Cri de Munch, celui de Scream ?

— Ni l’un ni l’autre.

— Ressemblait-il au masque des Anonymous ? Vous savez, ce collectif qui lutte contre l’informatisation dans notre société, ce groupe de hackers activistes qui a tant fait parler de lui un temps… Leur masque blanc est leur signe de reconnaissance.3

— Oui, je vois ce dont il s’agit, je crois bien que c’est celui auquel il pourrait ressembler le plus, mais je vous rappelle que ce n’est qu’une vision furtive. En tout cas, ce que nous avons tous remarqué, c’est son accoutrement.

— C’est-à-dire ? Un déguisement ?

— Oui et non. Je dirais plutôt un costume…

— De quel genre ?

— Sous réserve que nous ayons bien vu, je dirais qu’il ressemblait à ceux que l’on voit dans ces spectacles régionaux mettant des Chouans en scène, je ne sais pas si vous voyez ce dont je veux parler…

— Un Chouan ? Qu’est-ce qui vous fait penser à un Chouan ?

— Eh bien… Je ne vous l’ai pas dit tout à l’heure, mais avant de l’apercevoir, on entendait le cri d’un chat-huant à proximité de nous, au début, on n’y a pas prêté attention, mais comme il se faisait plus insistant et plus proche, nous l’avons tous remarqué et dans un premier temps, cela nous a amusés et on s’est même mis à l’imiter pour voir s’il allait nous répondre… Je sais que c’est idiot, mais dans le contexte, nous avons trouvé ça drôle.

— Si je résume, vous entendez en fait d’abord ce hululement qui attire votre attention, vous décidez de l’imiter et c’est là que vous apercevez une ombre qui se faufile en direction de l’endroit d’où venait le cri, c’est bien ça ?

— Oui, exactement.

— Ce qui pourrait vouloir dire qu’il essayait d’attirer votre attention, vous ne croyez pas ?

— À la réflexion, on peut effectivement le penser.

— Vous êtes nombreux, il est seul semble-t-il, vous décidez d’aller vers lui et c’est là que vous faites la macabre découverte et que vous distinguez mieux ce qui n’avait été qu’une ombre précédemment…

— C’est tout à fait ça.

— Bien, nous allons vous accompagner sur les lieux et, si votre déclaration se confirme, nous devrons aussi entendre vos amis, mais tout d’abord, rendons-nous sur place…

François rejoignit aussitôt le bureau du lieutenant David Le Rosmec pour lui relater brièvement la déposition de Thibaut et lui annoncer qu’il partait là-bas et que si les déclarations du jeune homme se confirmaient, il l’avertirait aussitôt. Il doutait cependant de ce qu’il venait d’entendre.

Mais ce jeune homme semblait équilibré et il précisa au lieutenant en riant :

— Ce gars ne nous a pas donné l’air d’être un hurluberlu pourtant !

Pendant ce temps, Phil était sorti avec Thibaut rejoindre leurs voitures respectives.

Quelques minutes plus tard, les deux enquêteurs suivaient l’Audi A3 noire de Thibaut et quittaient Carnac en direction du site des alignements, pour se retrouver sur la départementale éponyme, toute proche de la gendarmerie car située du même côté de la ville dont ils s’éloignaient.

François regardait distraitement les arbres défiler par la vitre latérale, absorbé dans ses pensées. Le pressentiment de devoir affronter quelque chose de terrifiant, étant donné la description faite par Thibaut, l’habitait, subsistait cependant en lui un doute quant à la véracité des propos du jeune homme.

Bientôt, ils passèrent devant le grand parking réservé aux visiteurs du site et les bâtiments de l’accueil. Déjà, devant eux, Thibaut ralentissait.<a id="page"></a>

1. Voir L’inconnue de l’Archipel, même auteur, même collection.

2. Voir Enfumages, même auteur, même collection.

3. Voir Zones Blanches, même auteur, même collection.

III

Quelques minutes plus tard

Les deux voitures se garèrent sur le parking, tout aussi désert à cette heure que durant la nuit où venaient de se dérouler les faits, même si le jour déversait sa lumière sur les menhirs dressés vers le ciel.

— Ce ne sont pas les menhirs qui manquent par ici ! s’exclama Phil.

— Je crois qu’on en recense trois mille dans la commune de Carnac, du plus petit, d’un mètre à peine, au plus grand, d’un peu plus de six mètres !

Quand ils furent descendus de voiture, Thibaut leur précisa en contrôlant ses propos et désignant une direction du doigt :

— Nous étions garés ici même, nous sommes restés parler un peu et nous nous apprêtions à nous séparer lorsque j’ai aperçu cette ombre là-bas.

— Bien, allons-y ! lui proposa François.

Thibaut continuait à expliquer ce qu’il avait fait exactement et le déplacement du groupe. Il appréhendait de revenir sur l’endroit de sa découverte. En approchant du menhir en question, il s’arrêta et se contenta d’indiquer le lieu.

François et Phil le laissèrent et se rendirent derrière le menhir. Une vision d’horreur les figea sur place : un corps vêtu de vêtements féminins blancs, dont le cou et le visage avaient été lacérés avec une violence inouïe, gisait effectivement sur le sol.

François se tourna vers Thibaut qui paraissait moins effrayé qu’incrédule en cet instant.

— Vous n’avez pas rêvé… Vous aviez bien vu et c’est effectivement horrible ! J’appelle les services concernés.

Le visage de Thibaut semblait un masque de cire, tant ses traits étaient dépourvus d’expression.

Après avoir averti le lieutenant David Le Rosmec, Phil appela le médecin légiste et les techniciens en identification criminelle puisqu’ils étaient dans le secteur de la gendarmerie et non de la police nationale où c’eût été la police technique et scientifique qui serait intervenue.

Une fois les appels téléphoniques passés, ils revinrent près de leur voiture en silence. Phil emprunta le chemin piétonnier qui longeait le terrain pour se rendre à la hauteur de la découverte. Il s’aperçut que de là, on ne voyait pas le corps, or un grand nombre de visiteurs utilisaient ce chemin, c’était donc peut-être la raison pour laquelle l’inconnu de cette nuit, si c’était le meurtrier ou du moins celui qui avait déposé le corps, avait voulu attirer l’attention des jeunes gens.

Il rejoignit François, songeur.

Le temps semblait suspendu. Thibaut devait sans doute se repasser inlassablement le film de la nuit et cette scène macabre qui l’avait submergé car son esprit semblait absent.

*

Examen des lieux et de la victime

Un peu plus d’une heure après, les professionnels intervenaient tandis que deux gendarmes de la communauté de brigade de gendarmerie avaient établi un périmètre de sécurité. François et Phil discutaient avec le lieutenant David Le Rosmec venu avec son adjoint constater la situation sur place. Celui-ci appela le procureur pour l’informer et demander qui serait le directeur de l’enquête.

Interrogé, Thibaut leur expliqua une nouvelle fois ce qu’il avait vu et indiqua la direction prise par l’individu masqué, homme ou femme, rien ne permettait de le savoir. La végétation touffue ne révélait aucune trace de passage. Le chemin aménagé pour les visiteurs passait à proximité, il était donc très facile de le rejoindre un peu plus loin et on pouvait imaginer que c’était bien l’itinéraire emprunté par l’ombre qui avait été aperçue. En remontant le sentier, appelé chemin du Ménec, ils remarquèrent bien quelques empreintes de pneus, étaient-ce celles du véhicule utilisé par l’individu, si toutefois il était venu en voiture ? Pour déposer le corps derrière le menhir, il avait bien fallu utiliser un moyen de transport quelconque…

Thibaut ne se rappelait pas du tout avoir remarqué une voiture quitter peu après cet endroit ni avoir aperçu des faisceaux de phares de voiture dans cette direction… Ils étaient trop paniqués et leur principal souci avait été de quitter les lieux au plus vite.

Les techniciens ne découvrirent aucun indice d’identification, pourtant, si l’individu avait porté le cadavre, il avait bien dû marquer son passage à un endroit ou à un autre, sauf s’il avait emprunté le chemin tracé par le défilé des visiteurs tout au long de l’été, ce qui laissait supposer, dans ce cas, qu’il connaissait bien le site. La végétation avait manifestement absorbé toute trace, comme les vagues effacent sur le sable les châteaux et les constructions éphémères des enfants, à la marée montante.

Le légiste venait de terminer son travail de premier examen in situ, il vint vers eux.

— Il s’agit d’une femme d’une cinquantaine à une soixantaine d’années. Elle ne portait sur elle aucun papier ni signe distinctif permettant de l’identifier, elle a été assassinée ailleurs puis déposée à cet endroit. Ses cheveux blonds doivent être naturellement châtains. Elle mesure entre un mètre soixante-trois et soixante-six, je vous le dirai plus précisément après l’autopsie.

— À quoi correspondent ces traces sur le cou et le visage, comme si la chair avait été déchiquetée ?

— Sous réserve d’analyse lors de l’autopsie, ces blessures profondes semblent avoir été faites par un animal, mais je serais tenté de dire post-mortem, et non par un individu qui se serait acharné avec un objet quelconque sur la victime, de son vivant.

— Ce n’est donc pas la raison de la mort ?

— Non, je ne le pense pas, mais une fois de plus, ce n’est qu’après l’autopsie que je pourrai vous en dire davantage.

— A-t-elle été violentée ?

— Trop tôt pour vous répondre également ; en tout cas, elle ne semble pas porter de traces de liens sur les poignets ni sur les chevilles, ni de violences physiques sur le corps, pour ce que j’ai pu en apercevoir, mais je ne le saurai qu’une fois qu’elle sera dévêtue… Dès que je peux, je m’y attelle et je vous tiens au courant, vraisemblablement lundi…

Le légiste ramassa ses affaires et s’en alla, tandis que les techniciens, en tenue de cosmonaute, continuaient à s’activer, photographiant à tout-va le corps et son environnement.

L’un d’entre eux, muni de son équipement, s’éloigna pour relever différentes empreintes de pneus sur le chemin, notamment sur la portion située entre la route goudronnée et le début du sentier, qui permettait à une voiture d’approcher au plus près du lieu où le corps avait été trouvé. Comme il y avait plusieurs traces, concernant différents véhicules, ce ne serait donc que lorsqu’on aurait un suspect que pourrait se faire le rapprochement entre ces empreintes et celles de son véhicule. Mais c’était mieux que rien !

Ils s’approchèrent tous les trois de la victime. Elle portait une robe élégante blanche, tachée à l’encolure, sans doute par du sang. Ses jambes étaient nues et ses pieds chaussés de chaussures a priori de marque au vu de leur style. Des bijoux ornaient ses mains fines et belles… Ils avaient beau lutter, leur regard était attiré par l’horrible vision de ce magma de sang coagulé sur les plaies ouvertes.

Que s’était-il passé ? Le meurtrier voulait-il qu’elle ne soit plus identifiable ? Mais l’ADN et l’autopsie parleraient et cette tentative de dissimulation serait vaine. De plus, cette femme devait bien avoir de la famille, des relations, des connaissances…

Il fallait avertir le procureur et lancer une annonce pour disparition inquiétante, quelqu’un allait bien se manifester… Et si l’annonce paraissait dans les journaux du week-end, l’édition la plus lue, ça tomberait bien.

Le fourgon des pompes funèbres arriva peu après, les techniciens en avaient terminé avec le corps qui fut enlevé. Le véhicule prit aussitôt la direction de la morgue de Vannes. Puis le cadavre serait transféré à l’institut médico-légal quand le légiste pourrait entreprendre l’autopsie, car le week-end arrivait et rien ne se ferait avant le lundi suivant, à présent…

Les techniciens continuaient à examiner les lieux et tentaient de reconstituer le cheminement du criminel, mais plusieurs solutions étaient envisageables.

Thibaut se tenait à l’écart, il avait l’air sonné, on pouvait lire dans ses yeux la tristesse et la stupeur d’un homme marqué par le cauchemar qu’il venait de vivre.

Ils discutèrent tous les trois, un peu plus loin, et s’interrogèrent : et si Thibaut avait inventé toute cette histoire pour masquer la vérité ? Ils devaient en avoir le cœur net, il fallait donc convoquer tous les témoins à la gendarmerie et confronter leurs déclarations. Ils rejoignirent le jeune homme et lui demandèrent d’appeler tous ses amis présents sur les lieux car ils devaient recueillir leurs témoignages, mais si celui-ci leur donnait leurs numéros de téléphone, les enquêteurs proposaient de s’en charger.

Il baissa les yeux, parut réfléchir et refusa leur concours, il le ferait et demanderait à certains de transmettre le message aux autres car il n’avait pas tous les numéros. Il se mit aussitôt à la tâche.

Il était déjà près de douze heures trente, François lui demanda de les faire venir à partir de quatorze heures trente à la gendarmerie. Il n’était pas nécessaire qu’ils arrivent tous à la même heure. Puis il l’invita cordialement à déjeuner rapidement d’un sandwich avec eux, avant qu’ils ne se rendent à leur bureau, ceci, en réalité, dans le but de garder le contrôle sur Thibaut et de l’empêcher de communiquer avec les autres jeunes gens. Il pouvait être de bonne foi, mais ils avaient déjà rencontré tant de personnes très bien sous tous rapports à première vue et qui s’avéraient être machiavéliques…

*

Retour à la gendarmerie

Ils arrivèrent vers quatorze heures à la gendarmerie et s’accordèrent le temps de prendre un café tranquillement, tout en essayant de chasser la tension qui habitait Thibaut, mais ce dernier restait toujours inquiet et songeur. Son regard traduisait un grand abattement et un profond désarroi.

Un premier groupe d’amis arriva vers quatorze heures trente sur le parking de la gendarmerie.

Chacun fut reçu séparément pour faire sa déposition. Tous durent témoigner, y compris le couple resté dans la voiture sur le parking.

Toutes les déclarations concordaient et semblaient ne pas remettre en cause la bonne foi du groupe. De toute évidence, ces jeunes s’étaient trouvés là par hasard et avaient été les spectateurs involontaires et impuissants de cette mise en scène macabre. Vers dix-sept heures, tout le groupe fut libéré après que François les eut remerciés d’être venus déposer et qu’il leur eut demandé de ne pas ébruiter l’affaire. Il fallait désormais laisser la gendarmerie travailler sereinement sur cette enquête.

Le procureur ayant donné le feu vert pour lancer l’appel à témoins dans la presse, le lieutenant David Le Rosmec, secondé par son équipe, se chargea des relations avec les médias. Puis, en fin de journée, il revint vers François et Phil.

— Le procureur vous octroie l’enquête. Alors prenez cette affaire en main ! déclara-t-il à François sur le ton qu’il utilisait lorsqu’il lui fallait devenir un meneur d’hommes et mettre en place d’urgence une action.

IV

Samedi matin

Si parfois des appels à témoins ne donnaient pas grand-chose, cette fois, ce ne fut pas le cas. Il y eut un nombre incalculable de commères et de concierges autoproclamés qui étaient disposés à répandre les pires histoires sur leurs voisins… et à les inventer au besoin. Le standard croula littéralement sous les appels, ce qui obligeait la gendarmerie à tout enregistrer et à recevoir un nombre important de personnes.

De plus, on pouvait penser que certains des jeunes présents lors de la découverte avaient ébruité l’affaire malgré les consignes qui leur avaient été délivrées.

Dès neuf heures, des personnes arrivèrent à la gendarmerie pour effectuer leur déclaration. Il s’agissait ensuite de vérifier si celle-ci était en rapport avec l’affaire.

Toute la matinée, les gendarmes, Phil et François recueillirent les dépositions, mais inévitablement, en l’absence de photo et de l’âge précis de la victime, le champ était ouvert et il faudrait procéder à un tri sérieux des témoignages.

Le plus souvent, des personnes venaient signaler qu’elles étaient sans nouvelles de leur voisine, mais en cette période estivale, cela n’avait rien d’étonnant et il convenait donc de s’assurer du bien-fondé de la déclaration.

En fin de journée, toutes avaient été prises en compte et il appartenait à présent aux équipes de tenter de découvrir sur le terrain qui était la victime. Le soir venu, la lumière des petites lampes ne suffisait plus, les ombres de la nuit s’étaient infiltrées dans les bureaux, mais toujours pas la moindre information permettant d’avancer.

Qui était donc cette femme ?

Vivait-elle dans la région ? Était-ce une touriste ? De nombreuses questions se posaient aux enquêteurs.

Ils travaillèrent sans précipitation, examinant attentivement chaque témoignage, jusque tard dans la nuit, pour sélectionner les cas à traiter en priorité dès le lendemain matin.

Ils se répartirent ensuite les vérifications à faire, Phil et François iraient à Carnac car un homme signalait la disparition de sa voisine dont l’âge et quelques caractéristiques physiques correspondaient particulièrement au profil de la victime.

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Dimanche matin

Phil et François se rendirent donc à Carnac et se présentèrent à la porte d’une belle villa peinte en blanc, au toit d’ardoise et à l’architecture typique de la région, qui jouissait d’une vue imprenable sur la mer et la Grande Plage, haut lieu de l’animation estivale de la station balnéaire.

Tous les volets étaient ouverts. Ils entrèrent dans le jardin en pente sur quelques mètres et allèrent sonner à la porte d’entrée. Pas de réponse. Ils se retournèrent pour admirer un instant le panorama qui s’offrait à eux et contemplèrent la mer aux couleurs jaspées que le soleil piquetait d’aiguilles irisées. Deux planchistes achevaient d’accrocher leurs wishbones pour aller braver les éléments, mais leur vitesse serait réduite car le vent était faible, à moins qu’il ne soufflât un peu plus fort à quelques centaines de mètres du rivage…

Ils aperçurent le voisin qu’ils avaient rencontré la veille, se diriger vers eux. Ils sortirent donc du jardin pour l’attendre sur le trottoir. À peine se furent-ils salués que celui-ci expliqua :

— J’ai réussi à joindre l’ex-époux de cette dame très tard hier soir. Je l’ai informé de mon inquiétude et il m’a dit qu’il allait l’appeler, il n’avait pas eu de ses nouvelles depuis plus d’une semaine. Peu de temps après, il m’a rappelé en me disant que son téléphone ne répondait pas, que ce soit le portable ou le fixe de la villa, aussi doit-il arriver d’un instant à l’autre. Je surveillais son arrivée et je pensais que c’était lui qui était arrivé, d’ailleurs…

— Le couple est séparé ?

— Oui, depuis quelques années, et je crois bien qu’il y a des tensions familiales, sans doute une histoire de gros sous et de patrimoine… rajouta-t-il d’un air entendu.

— Où habite ce monsieur ?

— À Nantes. Il m’a dit qu’il serait là entre neuf heures trente et dix heures, il ne devrait pas tarder…

Phil et François en profitèrent pour continuer à discuter avec l’homme qui se montra bavard, sans doute se trouvait-il subitement valorisé.

— Vous connaissez bien cette femme ?

— Bien, c’est un grand mot. Nous nous connaissons depuis de nombreuses années en tant que voisins et il nous arrivait de parler parfois un peu plus longuement de choses et d’autres. C’est une femme très sympathique, cultivée et d’abord agréable, elle est bien plus jeune que son époux et passe l’essentiel de son temps ici, dans cette villa. Sinon, elle a un appartement au centre-ville de Nantes, elle y va parfois pour quelques jours. Mais généralement, elle me prévient quand elle s’absente… Nous essayons de nous entraider pour une surveillance discrète en bon voisinage…

— Vous faites partie de la « Communauté des Voisins Vigilants » ?

— Non, tout est informel entre nous, mais ça ne coûte rien de regarder ce qui se passe dans le quartier quand quelqu’un est absent, on voit tellement de choses de nos jours !

— Effectivement… Peut-être se trouve-t-elle dans cet appartement, dans ce cas ?