Le testament Duchien - Jean Failler - E-Book

Le testament Duchien E-Book

Jean Failler

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Beschreibung

Voici Mary Lester au Huelgoat, au cœur de la Bretagne mystérieuse...

Un couple de gens âgés, les Duchien, a été agressé de nuit dans sa maison. L'homme n'a été que blessé, mais la femme a été horriblement massacrée à coups de gourdin. Crime gratuit apparemment, les économies du ménage sont intactes. Les gendarmes ne tardent pas à incarcérer un présumé coupable : une voisine qui a été en conflit avec ce couple au sujet d'un héritage. Le frère de cette présumée, qui ne croit pas à sa culpabilité, appelle Mary Lester à son secours. Mais Mary a démissionné de la police, elle ne peut faire qu'une enquête officieuse et ne dispose plus des moyens qui étaient les siens lorsqu'elle était encore en activité. Bien sûr, il ne faudra pas compter sur l'aide des gendarmes pour l'aider. L'adjudant-chef Mercier est trop fier de tenir un coupable pour pousser les investigations plus loin.
C'est en s'intéressant de près aux bénéficiaires de l'héritage Duchien qu'elle va enfin entrevoir la vérité ; et grâce au fidèle Fortin appelé à la rescousse, elle se tirera sans bobos d'une confrontation orageuse avec l'assassin.

Mary Lester reprend du service dans ce thriller haletant et admirablement ficelé !

EXTRAIT

Est-il utile de revenir ici sur les péripéties de ce que les médias avaient nommé « l’affaire Mondragon »?
Tout le monde a encore en mémoire l’arrestation mouvementée d’Emilie Mondragon (née Verluth) dans la propriété d’un conseiller très proche du ministre de l’Intérieur.
On se souvient aussi de la tourmente politique qui s’ensuivit lorsque Emilie Mondragon se sentant lâchée par ses protecteurs déballa tout ce qu’elle savait de l’affaire de fournitures d’armes et de matériels militaires à des pays d’Extrême-Orient.
Et la justice a révélé une part des énormes commissions occultes versées à cette occasion sur un compte suisse au bénéfice de Milie Verluth pour des tâches habituellement rémunérées au SMIC...

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Habile, têtue, fine mouche, irrévérencieuse, animée d'un profond sens de la justice, d'un égal mépris des intrigues politiciennes, ce personnage attachant permet aussi une belle immersion, enquête après enquête, dans divers recoins de notre chère Bretagne. - Charbyde2, Babelio

J'ai bien apprécié de voir notre enquêtrice un peu en difficulté sans le pouvoir que lui conférait son ancienne fonction [...] J'ai également aimé que l'action se passe à Huelgoat, lieu que j'ai eu l'occasion de visiter [...] Encore une occasion de voyager, mais cette fois-ci par la force des descriptions de M. Failler... - Les lectures de Babouilla

À PROPOS DE L'AUTEUR

Cet ancien mareyeur breton devenu auteur de romans policiers a connu un parcours atypique !

Passionné de littérature, c’est à 20 ans qu'il donne naissance à ses premiers écrits, alors qu’il occupe un poste de poissonnier à Quimper. En 30 ans d’exercice des métiers de la Mer, il va nous livrer pièces de théâtre, romans historiques, nouvelles, puis une collection de romans d’aventures pour la jeunesse, et une série de romans policiers, Mary Lester.

À travers Les Enquêtes de Mary Lesteraujourd'hui au nombre de cinquante-neuf et avec plus de 3 millions d'exemplaires vendus, Jean Failler montre son attachement à la Bretagne, et nous donne l’occasion de découvrir non seulement les divers paysages et villes du pays, mais aussi ses réalités économiques. La plupart du temps basées sur des faits réels, ces fictions se confrontent au contexte social et culturel actuel. Pas de folklore ni de violence dans ces livres destinés à tous publics, loin des clichés touristiques, mais des enquêtes dans un vrai style policier.

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Seitenzahl: 305

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Jean FAILLER

 

 

Le Testament

Duchien

 

 

éditions du Palémon

ZA de Troyalac’h

10 rue André Michelin

29170 St-Évarzec

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce livre appartient à

xxxxxxexlibrisxxxxxx

 

A mon amie

Laurie Pasquier

 

Remerciements à :

Pierre DELIGNY

Margot BRUYERE

Françoise BLUTEAU

 

 

 

Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.

 

ISBN 978-2907572-35-4

 

La loi du 11 mars 1957 n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur, de l’éditeur ou de leurs ayants droit ou ayants cause, est illicite (alinéa 1er - article 40).

Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code Pénal. 2011/© Éditions du Palémon.

 

 

 

Retrouvez les enquêtes

de Mary Lester sur internet :

http://www.marylester.com

 

Éditions du Palémon

ZA de Troyalac’h - N° 10

Rue André Michelin - 29170 St-Évarzec

Dépôt légal 1er trimestre 2001

Chapitre 1

 

Est-il utile de revenir ici sur les péripéties de ce que les médias avaient nommé « l’affaire Mondragon »?

Tout le monde a encore en mémoire l’arrestation mouvementée d’Emilie Mondragon (née Verluth) dans la propriété d’un conseiller très proche du ministre de l’Intérieur.

On se souvient aussi de la tourmente politique qui s’ensuivit lorsque Emilie Mondragon se sentant lâchée par ses protecteurs déballa tout ce qu’elle savait de l’affaire de fournitures d’armes et de matériels militaires à des pays d’Extrême-Orient.

Et la justice a révélé une part des énormes commissions occultes versées à cette occasion sur un compte suisse au bénéfice de Milie Verluth pour des tâches habituellement rémunérées au SMIC…

Milie Verluth, cette femme de paille derrière qui se dissimulaient quelques personnalités politiques de premier plan.

Elle-même avait bénéficié de ces commissions dans des proportions paraissant dérisoires en regard des sommes en jeu, mais, pour dérisoires qu’elles fussent, étaient en mesure de lui assurer un avenir plus que confortable.

Par la suite, voyant la tournure que cet avenir radieux prenait, suite au lâchage de ses courageux protecteurs, la belle avait décidé de vider son sac pour éviter de passer des hôtels de luxe donnant sur la lagune à Venise ou des blanches plages des Bahamas aux cellules sans confort de la Santé. Espérant l’indulgence des juges, la belle Milie Verluth était donc entrée dans la voie des aveux.

Ses révélations avaient eu pour conséquences immédiates la fuite du conseiller général Ludovic Beaumer, soupçonné de corruption mais aussi du meurtre de son rival Maurice Le Bégan et de son employé Corentin Billon. Il était, paraît-il, « activement » recherché.

La classe politique n’en était plus à un scandale près; cependant, le Premier ministre lui-même avait dû intervenir pour calmer le jeu et, ce faisant, il avait solidement entamé son crédit.

Le suicide du conseiller Léo Montauban l’éminence grise du ministre de l’Intérieur n’avait pas arrangé les choses. Un ex-ministre était en taule, un gros financier en fuite et quelques personnalités de premier plan en garde à vue.

Beau tableau de chasse pour Mary Lester qui s’était vue récompensée de sa clairvoyance par une promotion au grade de capitaine, assortie d’une nomination dans une banlieue difficile.

Le capitaine Lester, avec quelques raisons, avait pris cette nomination comme une sanction. Dans les milieux ecclésiastico-littéraires on appelait ce genre de promotion « le coup de pied de l’âne », en référence bien sûr à cette mule du Pape qui avait tant de mémoire.

On n’oubliera pas non plus le coup d’éclat de l’enquêteur vedette du commissariat de Quimper, qui, le jour même de cette promotion punition, avait claqué la porte au nez des représentants de l’Etat et jeté sa démission sur le bureau de son patron…

Décision que le divisionnaire Fabien n’avait pas acceptée de gaieté de cœur, mais du jour où Mary avait quitté le commissariat précipitamment, plus personne ne l’avait revue.

Même le lieutenant Fortin, fidèle équipier de la jeune femme, n’avait plus reçu de ses nouvelles. Du moins l’affirmait-il.

Quant au capitaine Mercadier, promu le même jour que Mary Lester au même grade, il avait voulu faire du zèle pour justifier ses galons tout neufs et avait tenté de forcer la porte de Mary pour essayer de voir ce qu’elle devenait.

Mal lui en avait pris car, alors qu’il essayait de pénétrer dans son logis, il avait été attaqué et la patrouille de nuit l’avait retrouvé sanglant dans la venelle, balbutiant des mots sans suite desquels il ressortait qu’il avait été la victime d’une sorte de fauve qui l’avait allégrement lacéré.

Depuis, les profondes griffures qu’il présentait sur le crâne et au visage s’étaient peu à peu cicatrisées, mais son état mental restait inquiétant, au point qu’il était toujours suivi par un psychologue dans une unité de soins spécialisée.

Bien entendu, personne n’avait entendu parler de panthère ou de guépard en goguette en ville - il n’était pas passé de cirque depuis l’été précédent - et l’enquête avait conclu que le capitaine Mercadier avait été victime d’une vengeance de la part d’une bande dont il aurait arrêté l’un des membres.

La chose bien qu’improbable n’était pas impossible. Restait le mystère de ces griffures sur lesquelles on se perdait en conjectures.

Certains journalistes avaient émis l’hypothèse d’une vengeance d’un gang inconnu qui entendait signer ses représailles.

Cependant aucune nouvelle agression se rapprochant de près ou de loin de celle-là n’avait été enregistrée. Le mystère demeurait donc.

Par ailleurs, Mercadier, bien entendu, ne s’était pas vanté d’avoir voulu pénétrer subrepticement dans le logis de son ancienne collègue, si bien que l’on n’avait pas poursuivi les investigations de ce côté.

La perte du Saint-Philibert, et la mort de son skipper Mose Stein dit « Beau Linge » qui avait été l’amorce de cette troublante histoire, s’était déroulée en mars.

Et depuis ce temps, personne n’avait vu ni entendu parler de Mary Lester…

 

Chapitre 2

 

… Jusqu’à ce jour d’octobre où Anna Levêque aperçut Mary à la brasserie de l’Épée.

La journaliste, n’en croyant pas ses yeux, regarda à deux fois pour s’assurer qu’elle ne se trompait pas, puis elle s’approcha. C’était bien Mary Lester, toute bronzée, détendue, qui consultait la carte.

– Mary! s’exclama Anna, que fais-tu là?

Mary sourit de plaisir en voyant son amie:

– Tu vois, je m’apprête à déjeuner.

Elle montra la chaise devant elle:

– Installe-toi donc. La place t’attendait.

Anna Levêque ne se fit pas répéter l’invitation. Elle s’assit, sans quitter Mary des yeux:

– Mais tu m’as l’air en super forme, ma grande!

– Eh oui! Rien de tel que six mois en mer pour retrouver la santé.

– Six mois en mer, rien que ça! Où es-tu allée cette fois? Je suppose que ça n’était pas sur un chalutier en mer d’Irlande…

– Merci, dit Mary en souriant, j’ai déjà donné. Non, en réalité j’étais sur un yacht de rêve…

– Invitée?

– Oui, invitée à le convoyer en équipage jusqu’à Auckland.

– Mais c’est à l’autre bout du monde, ça!

– Exactement à l’autre bout du monde. C’est loin, mais ça vaut le déplacement.

– Quand es-tu rentrée?

– Hier. Cinq mois de navigation pour aller, un jour d’avion pour revenir.

– Comment as-tu trouvé cette opportunité?

– Opportunité, c’est le mot, car jamais proposition n’est tombée plus à propos. Tu sais qu’au printemps j’ai été naviguer à La Trinité avec Patrick de Kerbedery et Caroline?

– Bien sûr, dit Anna Levêque, je sais même ce qui s’ensuivit. Encore que tu aurais peut-être pu m’en dire plus long.

– C’est justement pour ne pas en dire plus long que je me suis inscrite aux abonnés absents. Le fameux jour où j’ai démissionné, je me suis doutée que Fabien se précipiterait chez moi pour me demander de revenir sur ma décision. Et moi, Fabien c’est un type que j’apprécie. Il aurait été capable de me convaincre de reprendre ma démission en me faisant miroiter un prompt retour à Quimper ou quelque chose d’analogue. Par ailleurs, je savais que je serais sous la pression des médias. Or j’avais dit tout ce que j’avais à dire au juge Kervin, je n’avais rien à rajouter. J’ai donc préféré disparaître. Je suis retournée chez ma logeuse à La Trinité et c’est là que j’ai été contactée pour ce convoyage.

Elle ne précisa pas que c’était Paul Le Bars, l’équipier de Patrick de Kerbedery sur l’Anaconda qui skippait la goélette, les matelots étant Jean-Louis et Audran, deux gaillards qui avaient, pour un temps, intérêt à se faire oublier du côté de La Trinité-sur-Mer. Une femme, Marguerite, amie de Paulo, complétait l’équipage.

Le Rio de Oro, une splendide goélette de dix-huit mètres, avait appareillé de Saint-Tropez pour un demi-tour du monde.

– Et maintenant? demanda Anna Levêque.

– Maintenant, dit Mary, je vais commander du haddock car ça fait bien longtemps que je n’en ai pas mangé.

– Savonnette! s’exclama Anna.

Et comme le garçon s’approchait, elle commanda, elle aussi, un plat de haddock.

– Ça veut dire quoi, savonnette? demanda Mary de son air le plus ingénu.

– Fais donc l’innocente! Quand une question t’embarrasse, tu es une véritable savonnette! Tu glisses entre les doigts.

– Eh, on a tous nos petits secrets, n’est-ce pas?

– Ouais… n’empêche que tu as lancé un beau pavé dans la mare. Les ondes concentriques s’atténuent, mais on les sent encore.

– Bah, tout ça finira bien par s’arrêter. Au fait, Ludovic Beaumer?

– Toujours en fuite. Mais je ne pense pas qu’on déploie à le rechercher toute l’énergie qu’il faudrait. Si celui-là se mettait à table, jusqu’où irait le séisme politique? Il serait - dit-on - réfugié dans un paradis asiatique. J’ai l’impression qu’on n’est pas près de le revoir.

– Peut-être qu’il va être suicidé, lui aussi, ironisa Mary.

Elle soupira:

– Enfin, quand on joue gros, on risque de perdre gros. J’ai entendu dire, ajouta-t-elle après un silence, que Milie Verluth, enfin, je veux dire Emilie Mondragon, s’apprêterait à publier un bouquin sur toute cette affaire.

– Ouais, dit Anna. Mais il serait temps qu’elle se dépêche avant que le soufflé ne retombe et qu’un autre scandale ne fasse passer celui-ci au second plan.

Elle fixa Mary:

– Et toi, que vas-tu faire à présent?

– Attendre et voir, dit Mary. Sais-tu que j’ai pris goût à la liberté? À ne plus aller pointer au bureau à heures fixes, à n’être plus obligée de remplir ces imprimés déprimants servant à établir des statistiques débiles propres à rassurer la hiérarchie? Eh oui, ma vieille, j’ai retrouvé le goût de la liberté. Et crois moi, ça me plaît drôlement bien!

– Qui n’y prendrait goût, dit Anna, mais faut bien faire bouillir la marmite! Il y a le loyer, les assurances, les crédits… Faut bien bouffer aussi! Tu as donc trouvé un prince charmant qui assure ta matérielle?

On sentait de l’agacement dans sa voix.

Mary sourit. En fait de prince charmant, Conrad Speicher se posait un peu là, avec sa poitrine creuse, son visage émacié, ses jambes étiques qui le portaient à peine. Conrad Speicher, le banquier milliardaire qui avait besoin de Mary Lester et de sa baguette magique pour continuer à vivre sans trop de souffrances. Prince charmant certes, mais pas dans le sens où l’entendait la journaliste. Elle éluda:

– J’ai quelques réserves.

– On dit ça, fit Anna, mais ça fond vite!

– T’inquiète…

Elle changea le cours de la conversation:

– Et ici, comment ça se passe?

– La routine, dit la journaliste avec une moue, la routine… Des voitures brûlées mais il ne faut pas trop en parler, des tags, les marginaux en ville, mais il ne faut pas trop en parler, les tags, l’insécurité dans les bus, mais il ne faut pas trop en parler, les tags, le concours de belote au foyer du troisième, il faut beaucoup en parler, faire des photos… Les élections approchent…

Elle ironisa:

– Du grand journalisme, comme tu vois.

Elle sortit sa blague à tabac, son carnet de feuilles:

– Tu permets que je fume?

– Bien sûr.

Anna entreprit de se rouler une cigarette avec une dextérité qui trahissait une longue habitude. Elle l’embrasa et tira une bouffée de fumée avec un plaisir manifeste.

– Comment ça se passe avec ton administration?

– Mon ex-administration, veux-tu dire.

– Si tu préfères.

– Je n’en sais rien, dit Mary. J’ai trouvé dans ma boîte aux lettres une pile de courrier épaisse comme ça, et j’ai également quelques recommandés à retirer à la poste. Je verrai ça dans les jours qui viennent.

Elle n’ajouta pas que, devant ce tas de paperasses, elle avait eu envie de tourner casaque et de repartir à Auckland par le premier avion. Mais bon, il faudrait bien de toutes façons traiter les problèmes. Ça n’était qu’un mauvais moment à passer.

– Je suppose qu’en partant ainsi, sans préavis, je me suis mise gravement dans mon tort. Mais que veux-tu, trop c’est trop et je n’en pouvais plus.

­– Tu venais pourtant, à ce qu’on m’a dit, de bénéficier d’une promotion intéressante.

– Tu parles! Assortie d’une nomination dans un commissariat de la banlieue parisienne. Tu me vois dans la banlieue parisienne? Mais je n’y connais rien, moi, à la banlieue, j’y aurais été parfaitement incompétente.

– Je te fais confiance, dit Anna en rejetant une bouffée de fumée, tu aurais vite appris.

– Sauf que je n’avais pas envie d’apprendre!

– Alors tu te barres, comme ça, et tu disparais pendant six mois sans prévenir!

Mary se sentit piquée. Elle se rebiffa:

– Eh! je ne dois de comptes à personne! Ce que j’ai fait, je l’assume. Jamais je ne regretterai ces cinq mois de navigation, jamais je ne regretterai d’être allée voir comment est l’autre bout du monde.

Elle ajouta, songeuse:

– Tu vois, on se croit indispensable, on pense que la terre va s’arrêter de tourner si on fait ci ou ça… Mais quand tu es au milieu de l’océan, sous les étoiles, tu te rends compte que tu n’es rien de plus qu’un de ces poissons volants qui viennent mourir sur le pont du bateau, rien de plus qu’un de ces animalcules phosphorescents qui brillent dans son sillage. Et là tu te dis que le commissariat de Quimper… Bof… Que les petites magouilles des petits fonctionnaires du ministère… Que le ministre… Bof Bof Bof… Ils passeront, ils trépasseront comme les autres et le lendemain de leur disparition du devant de la scène on ne saura même plus qui ils étaient, et si on s’en souvient, on s’en fichera bien de ce qu’ils ont fait, de ce qu’ils n’ont pas fait…

– Hou… fit Anna, un discours philosophique à cette heure!

Elle consulta sa montre:

– À propos d’heure…

Elle se leva d’un coup:

– Il serait temps que je me grouille!

– Tu vois, dit Mary.

– Eh oui, je vois, fit Anna avec humeur, je vois que j’ai mon loyer à payer et puis les traites pour ma voiture, pour ma machine à laver… Les impôts à la fin du mois… Oui je vois, figure-toi! je vois que le rédac chef ne va pas me louper si j’arrive en retard.

Elle se pencha pour embrasser Mary.

– Salut ma puce! On se revoit avant six mois?

Mary sourit:

– Quand tu veux. Surtout quand tu n’auras plus le feu au derrière et qu’on pourra causer sans que tu regardes ta montre toutes les cinq minutes. Tu m’appelles sur mon portable et tu passes à la venelle…

La venelle du Pain Cuit, là où habitait Mary Lester, là où, en rentrant, elle trouva le commissaire divisionnaire Fabien faisant le pied de grue devant sa porte.

 

Chapitre 3

 

On accédait à la porte d’entrée de Mary Lester par un escalier de pierre de cinq marches donnant sur un palier qui dominait la venelle d’un bon mètre.

Ce large palier surélevé était bordé par une rambarde de fer peinte en bleu. Le commissaire Fabien s’y était accoudé comme au bastingage d’un bateau et il regardait Mary Lester arriver.

Toujours élégant, il portait sous un trench-coat mastic que la douceur de la température l’avait incité à laisser ouvert, un costume gris acier impeccable. Ses Weston noires étaient toujours remarquablement cirées et, à son habitude, il tenait sa cigarette anglaise entre le pouce et l’index, le bout incandescent vers la paume de la main.

En veine de confidences, il avait un jour avoué à Mary que cette habitude datait du temps où, jeune inspecteur, il assurait enquêtes et filatures sur le terrain; cette manière de faire, bien connue des sentinelles en faction, cachait le bout allumé de la cigarette et empêchait qu’elle soit trop visible dans le noir.

– Vous auriez mieux fait d’arrêter de cloper! lui avait dit Mary.

Il avait souri:

– Toujours les solutions extrêmes, hein?

Elle avait corrigé gentiment:

– Pas extrêmes, patron, radicales.

Il avait ironisé:

– Et toujours ce souci du mot propre…

– C’est important le mot propre…

Il avait hoché la tête. On ne la changerait pas, « sa » Mary Lester!

Chez les sœurs maristes Mary avait connu des pensionnaires qui tenaient leur cigarette ainsi afin d’échapper à la surveillance sourcilleuse de religieuses pour qui des femmes qui fumaient ne pouvaient être que des âmes perdues vouées aux tourments de l’enfer. Des créatures que les bonnes sœurs regardaient avec effroi avant de les punir sévèrement.

Pourquoi ces souvenirs revenaient-ils à cet instant?

Inconsciemment, Mary avait ralenti l’allure en apercevant son ex-patron. Bien sûr, elle savait que cette rencontre était inéluctable, mais elle aurait préféré avoir plus de temps pour se retourner, elle aurait préféré aussi choisir son moment.

Néanmoins elle reprit vite ses esprits et lui lança, dès qu’elle fut à portée de voix:

– Bonjour, monsieur Fabien.

– Bonjour, mademoiselle Lester, répondit le commissaire.

Il jeta sa Benson à bout de liège à terre et l’écrasa de la pointe du soulier. Puis il tendit la main droite à Mary tandis que, de la gauche, il soulevait son chapeau.

– Comment allez-vous? demanda-t-il avec une urbanité exquise.

« Vieille France »… Le commissaire n’avait jamais mieux mérité son surnom. Mary put croire un moment qu’il allait lui faire un baisemain mais le commissaire savait qu’un gentleman réserve cette marque de respect à une dame, pas à une jeune fille. Elle serra donc une petite main sèche et nerveuse.

– Fort bien, je vous remercie, dit Mary entrant dans le jeu. Vous m’attendiez?

– Depuis six mois, oui ma chère. Jamais de ma vie je n’ai attendu une femme si longtemps.

Mary eut un petit rire:

– C’est du propre, si votre épouse vous entendait…

Le commissaire Fabien se rembrunit, comme chaque fois qu’on lui parlait de sa moitié, puis il évacua l’image d’un revers de main, comme on chasse une mouche agaçante.

Mary sortit son trousseau de clefs, ouvrit la porte et, tenant le battant, elle invita Fabien:

– Si vous voulez bien vous donner la peine d’entrer…

– Je vous remercie, dit-il en s’exécutant. Et, lorsqu’il passa devant Mary, il dit « pardon ».

Cette politesse, en regard de l’incivilité de l’époque, surprenait.

Elle referma la porte de gros bois, peinte en bleu elle aussi, et ils se retrouvèrent sous une verrière donnant à main droite sur un adorable petit jardin au milieu duquel poussait une glycine, arbre dont les feuilles jaunies jonchaient un gazon encore bien vert. À main gauche, une véranda derrière laquelle se trouvait l’appartement de Mary.

Cette véranda était garnie de plantes vertes et meublée d’un salon en rotin comportant trois fauteuils de jardin et une table à thé. Un soleil d’automne illuminait les lieux d’une lumière dorée et sur une haie de chèvrefeuille où quelques fleurs jaunes s’attardaient, une superbe rose rouge jouait dans la lumière.

Le roucoulement des tourterelles n’était troublé que par le vague bruit des voitures passant dans la rue Saint-Mathieu.

Le regard du commissaire s’arrêta sur cette rose, la dernière survivante d’une abondante floraison d’été, et il récita avec un sourire mélancolique:

« Une rose d’automne est plus qu’une autre exquise… »

Mary hocha la tête, sensible à la magie du moment. 

– C’était vrai voici quatre cents ans, ça l’est encore, soupira-t-elle.

Il y eut un moment de silence, puis il fallut bien revenir aux choses concrètes.

– Vous devez être furieux contre moi…

Il protesta:

– Furieux? Oh non! Choqué sur le coup, certes, mais j’ai compris votre réaction et je vous ai admirée d’avoir ainsi claqué la porte au nez du représentant du ministère.

– Vous me mettez du baume au cœur, dit-elle. À dire vrai, pendant tout ce temps, je n’ai pas regretté un seul instant mon geste. Cependant j’ai craint que vous ayez pu penser qu’il était dirigé contre vous.

– Je l’ai cru un moment, dit-il, et ça m’a fait bien de la peine. Mais à la réflexion, je me suis dit que ça ne pouvait pas être.

Il sourit en la regardant, l’air indulgent, puis changeant de visage et de ton il s’exclama:

– Tout de même, vous auriez pu donner de vos nouvelles!

Mary sentit que c’était ce long silence qui l’avait le plus affecté et elle en fut touchée.

– J’aurais pu, j’aurais dû, dit-elle, c’est vrai, mais voilà, je me suis retrouvée dans des circonstances où le courrier ne partait pas tous les matins.

– Où étiez-vous pendant tout ce temps?

– Sur une goélette, entre Saint-Tropez et Auckland.

– Toujours ce goût de la marine, ironisa Fabien.

Mary sourit, pensant à Jean-Marie Le Ster:

– Ça doit être atavique, patron!

Ce fut au tour de Fabien d’avoir un sourire ravi:

– Tiens donc, voilà que vous me redonnez du « patron » à présent? Songeriez-vous à réintégrer la maison?

La réponse fusa, catégorique:

– Ça non! pour être expédiée à Sarcelles ou dans une autre banlieue pourrie? Merci! Je suis entrée dans la police parce que j’avais une certaine idée de la justice, pas pour servir de cible à des voyous assurés de l’impunité.

– Vous savez, dit Fabien, les choses ont bien changé en trois mois. Peut-être que vous ne les avez pas suivies depuis votre goélette, mais le conseiller Montauban qui tirait les ficelles dans cette affaire Mondragon s’est donné la mort et c’est bizarre comme tout soudain plus personne, même ses collaborateurs les plus directs, ne semblent se souvenir de lui.

Mary connaissait ces informations tout aussi bien que le commissaire. Même au milieu du Pacifique, via Internet on est au courant de l’activité du monde minute après minute…

–…Si bien, poursuivit Fabien, que si vous envisagiez de reprendre votre démission, je me fais fort de maintenir votre affectation dans mon commissariat.

– C’est très gentil, patron, dit Mary. Je suis très touchée, mais la réponse est non.

– Ah… fit Fabien un peu déconfit, j’avais espéré que vous feriez une exception pour un collègue.

– Un collègue? dit-elle soudain en éveil.

– Oui, un collègue à qui il est arrivé une sale histoire.

– Fortin? demanda-t-elle trop vite, trahissant ainsi tout l’intérêt qu’elle portait à son ancien équipier.

– Non, dit Fabien, Fortin va bien, Dieu merci. Il est de plus en plus impressionnant. Il me semble que, depuis votre départ, qui l’a peiné lui aussi, il compense en se livrant à une débauche de poids et haltères.

Il revint vers Mary:

– Tout de même, vous êtes un cas, Mary Lester, claquer la porte à l’instant même où on vous annonce une promotion importante, il n’y a que vous pour faire ça. Vous auriez vu la tête du représentant du préfet! Ça valait le coup d’œil.

Fabien pouvait en rire, à présent. Mais sur le coup il ne s’était guère senti à son aise. Et, n’ayant pas su fournir les explications qu’on lui demandait. Il n’avait pu que bredouiller:

– C’est une femme, elle est jeune, l’émotion…

Tout en sachant combien ces explications sonnaient faux.

– Alors, demanda Mary, quel est ce collègue dans la difficulté?

– Mercadier, dit Fortin.

– Mercadier! s’exclama-t-elle en écho, qu’est-ce qu’il a encore fait, celui-là?

Elle avait failli remplacer « celui-là » par une épithète malsonnante.

Le commissaire soupira:

– Vous ne l’aimez pas beaucoup, n’est-ce pas?

– Vous voulez dire pas du tout! Mais ça n’est rien en regard des sentiments qu’il me voue: c’est bien simple, il me déteste! Alors, il écrase tout le monde avec son nouveau galon?

– Il n’écrase personne! Ce serait plutôt lui qui s’est fait écraser.

Mary devint attentive tout à coup.

– Racontez moi ça, dit elle.

– Peu après votre départ, la patrouille de nuit a retrouvé Mercadier inanimé au milieu de la rue. Il était trois heures du matin. Ça n’était pas bien loin d’ici, à l’entrée de la rue de la Providence.

En effet, c’était à une cinquantaine de mètres de la venelle.

– Et alors?

– Le malheureux avait été griffé et mordu, il saignait abondamment, mais surtout il avait été choqué au point d’en perdre la raison. Lorsqu’il s’est réveillé à l’hôpital, il s’est mis à balbutier des phrases sans suite, d’où nous avons pu déduire qu’il avait été attaqué par un fauve.

– Un fauve, dit Mary, un fauve dans les rues de Quimper! Pauvre Mercadier! Je pensais bien qu’il avait une forte propension à yoyoter, mais alors là!..

Elle secoua la tête et redit:

– Un fauve!

Puis elle demanda:

– D’autres personnes auraient-elles vu ce fauve? Y aurait-il eu d’autres cas? d’autres plaintes?

– Non, dit le commissaire Fabien.

– Mercadier était-il sur une enquête délicate?

– Non plus.

– Que faisait-il dans la rue à cette heure?

– Je n’en sais rien, dit Fabien. Ses propos sont restés incohérents et il est actuellement dans une unité de soins spécialisée.

– Qui avez-vous chargé de l’enquête?

– Fortin.

Mary leva les yeux au ciel:

– Ah, Fortin!

On n’était pas près de voir la lumière. Fortin, le bon Fortin, formidable en cas de bagarre, plus que fiable lorsqu’on lui donnait des directives précises, mais aussi dépourvu d’imagination et d’initiative que d’ambition. Elle revint au commissaire:

– Et alors?

– Il a orienté son enquête sur un bar un peu louche situé à proximité, l’Oaristys, dont les voisins se plaignent fort.

– J’en ai entendu parler, dit Mary, et pas en bien.

– Les riverains n’en peuvent plus d’être réveillés par les altercations, les bagarres et chaque matin ils ont à nettoyer leur seuil des vomissures et autres débordements de la nuit. L’un d’entre eux a porté plainte, ce qui a provoqué l’arrestation de deux tagueurs. Depuis le pauvre homme est persécuté: les pneus de sa voiture sont crevés, sa femme est insultée, menacée lorsqu’elle va faire son marché, sa maison est couverte d’inscriptions obscènes.

Elle regarda le commissaire, provocante:

– Que fait donc la police?

Fabien haussa les épaules agacé:

– Vous n’allez pas vous y mettre, vous aussi!

– Pourquoi pas? Maintenant que je n’en fais plus partie…

Fabien leva les yeux au ciel. Il n’avait rien à répondre. La police faisait ce qu’elle pouvait. Était-ce sa faute si les délinquants étaient relâchés par la justice avant même que le flic de service ait fini de taper son rapport?

Mary revint à la question première:

– Qu’est-ce qui a mené Fortin vers ce bar?

– Toujours la même chose, les petits trafics habituels. On trouve dans cet établissement toute la faune interlope de la place. Fortin a pensé que, suite à la saisie et aux arrestations à Pen-Maner, il pouvait s’agir de représailles. Vous vous souvenez sans doute que Mercadier avait procédé lui-même aux arrestations et interrogatoires de Menotti et Fernandez et qu’il en avait tiré gloire.

En effet, Mercadier avait complaisamment posé devant la presse et la télévision, tirant à lui la couverture médiatique alors que l’enquête avait été menée de bout en bout par Mary Lester. C’était probablement la conclusion heureuse de cette enquête qui avait favorisé sa nomination au grade de capitaine.

– Fortin a donc pensé, dit Fabien, qu’il pouvait s’agir d’une vengeance du gang, une vengeance avec signature. Ça se pratique paraît-il en Afrique: un gourdin garni de pointes peut laisser des blessures faisant croire à une attaque de fauve.

– Ben dites donc, quand il se met à penser, ce bon Fortin… Il lit trop Tintin!

Elle eut une moue faussement admirative. En réalité, elle avait envie de rire. Mais soudain une pensée lui traversa l’esprit et son sourire disparut. Le commissaire s’en aperçut:

– À quoi pensez-vous? demanda-t-il.

– À rien. Les blessures de Mercadier sont-elles graves?

– Non, ses blessures physiques sont guéries depuis longtemps. Il conservera certes quelques belles cicatrices sur le front, mais je suis sûr que lorsqu’il sera rétabli, il saura en tirer gloire. Cependant, c’est psychiquement qu’il est touché et les médecins pensent que le traitement sera long et les résultats incertains.

– Eh bien!

– C’est tout ce que vous avez à dire?

Le commissaire paraissait déçu; s’était-il attendu à ce que Mary Lester lui trouve les coupables comme ça, en un claquement de doigts? Elle fit la moue:

– Que voulez-vous que je dise? et l’agression s’étant produite voici bientôt trois mois, que voulez-vous que je trouve? Fortin a peut-être mis le doigt sur le nœud de l’affaire? Maintenant, pour arrêter les coupables, ce sera une autre paire de manches! On se retrouve face à des méthodes maffieuses. Si l’on use de représailles contre la police, où va-t-on?

– Donc vous ne voulez pas reprendre l’enquête?

– Mais non! Fortin, il me semble, a trouvé une raison parfaitement plausible à cette agression. M’en mêler? merci, je ne tiens pas à me retrouver dans un caniveau à demi scalpée par un fou!

La déception se lisait sur le visage du commissaire Fabien.

– Allons patron, lui dit-elle, ne faites pas cette tête! Ne ferait-on pas mieux de boire à nos retrouvailles? thé? café? apéritif?

Le commissaire opta pour un pastis et Mary partit dans sa cuisine pour préparer un plateau. Lorsqu’elle revint, Fabien paraissait toujours morose. 

Elle se moqua gentiment:

– Dites-vous que j’aurais pu être à Sarcelles à cette heure et pour le coup, vous n’auriez pas été près de me revoir. Tandis qu’ici…

Elle n’osa pas évoquer l’heure de sa retraite qui approchait inexorablement. Ne pas parler de ce qui fâche… Elle sourit:

– Je pense rester quelque temps à Quimper, vous avez mon numéro de portable.

– Tiens, ironisa le commissaire, vous l’avez donc retrouvé?

– Oui, dit Mary avec son plus gracieux sourire. Cette fois mon enquête a été couronnée de succès.

– Je ne vous demande pas comment, persifla Fabien.

Elle ne répondit pas, se contentant de sourire. Cette histoire de téléphones portables échangés avec Patrick de Kerbedery et son amie Caroline l’avait bien amusée… autant qu’elle avait exaspéré le commissaire Fabien.

Avec cette damnée Mary Lester il n’aurait jamais le fin mot de l’affaire. Il se leva, prit congé.

– Ah, dit-il en ouvrant la porte, il y a des papiers à signer. Rien d’urgent, passez donc au commissariat un de ces jours.

– Entendu, patron.

Il souleva son chapeau:

– Et merci pour l’apéro…

Mary referma derrière lui et vint sous la glycine:

– Mizdu, appela-t-elle, Mizdu…

Elle sentit le doux pelage du gros chat noir avant même de l’avoir vu arriver. D’où sortait-il? de chez la voisine qui avait accepté de le nourrir en l’absence de Mary? d’ailleurs? ce chat était si mystérieux!

Elle rentra dans la maison et tint la porte ouverte à Mizdu qui passa le seuil sans se presser, comme un prince entre en son domaine.

Mary s’assit sur le canapé et il vint se blottir contre elle. Elle le caressa et il se mit à ronronner, les yeux mi-clos.

Alors elle le regarda:

– Mizdu, dit-elle, qu’as-tu fait au capitaine Mercadier?

Le chat ouvrit grand ses yeux verts pailletés d’or.

– Merouin… fit-il.

Puis il bâilla comme si la conversation l’ennuyait, découvrant des crocs acérés.

– Merouin…

– Il a essayé d’entrer ici… tu as dû le chasser…

– Merouin…

– Et maintenant le pauvre Mercadier débloque et passe pour un fieffé imbécile!

Le chat s’étira, étendit ses pattes, sortant des griffes redoutables, puis il se ramassa et ferma les yeux. Tout ceci n’avait vraiment aucun intérêt.

Mary se leva alors, prit la photo de son ennemi intime, la posa sur la table. Puis elle décrocha de son support la baguette d’if, héritage de la gwrac’h, posa la pointe sur le visage de Mercadier et fit lentement le tour de la table sans perdre le contact avec la photo.

Le chat, les yeux mi-clos, la regardait faire. Quand elle eut fini, elle remit la baguette au clou.

– Advienne que pourra, dit-elle.

Puis elle posa un disque sur la platine de sa chaîne et la voix chaude de Georges Brassens s’éleva après les accords de guitare: « Gastibelza l’homme à la carabine chantait ainsi… »

Le grand Victor chanté par le grand Georges, un régal!

 

Chapitre 4

 

Ce fut la sonnerie du téléphone qui la réveilla. Elle fit la moue, regarda son réveil de chevet et s’étira. Puis elle ouvrit le cache de son Samsung, établissant ainsi le contact:

– Allô?

– Allô, Mary?

C’était le commissaire Fabien.

– Je ne vous réveille pas?

– Umph… fit-elle, j’émerge à peine.

– Il est dix heures…

– Je le sais bien, j’ai mon réveil sous les yeux. Mais… Est-ce pour me donner l’heure que vous me téléphonez?

– Non, mais je pensais…

Elle se leva, chaussa ses pantoufles et passa dans sa kitchenette. La cafetière avait été préparée la veille; il ne restait plus qu’à appuyer sur le bouton, ce qu’elle fit.

– Vous pensiez qu’à cette heure j’étais levée? Eh bien vous vous êtes trompé!

Le commissaire se confondit en excuses:

– Je suis désolé…

Elle ironisa:

– Tant que ça?

Puis elle coupa court à son explication embarrassée, allant droit au but:

– Si vous me disiez ce qui vous amène?

– C’est que… comme je vous l’ai dit hier, il y a quelques formalités concernant votre démission à remplir.

Mary soupira et Fabien l’entendit.

– Je sais bien que ça n’a rien de drôle…

– Comme vous dites, Monsieur, surtout aux aurores…

Fabien pensa qu’elle poussait le bouchon un peu loin. Aux aurores, à dix heures du matin… Sur sa goélette Mary Lester semblait avoir pris de fâcheuses habitudes.

– Enfin, si vous pouviez passer dans la journée. Sauf imprévu, je ne quitte pas le bureau.

– Bien, dit-elle résignée.

Elle allait couper la communication lorsque Fabien la retint:

– Ah! Mary, un mot encore: Mercadier va mieux.

– Tiens donc!

– Il a retrouvé toutes ses facultés soudainement hier soir.

– Bon!

Heureusement que le commissaire ne pouvait pas la voir sourire.

– Le psychiatre, continuait le commissaire, nous avait prévenus que ça pouvait être très long ou bien qu’au contraire, un rideau pouvait soudainement s’ouvrir et…

– Il ne risquait pas de se tromper, dit-elle caustique. Ça pouvait être très long ou très court! voilà un diagnostic précis!

Fabien plaida pour le médecin:

– Mais vous savez, quand ça se passe dans la tête… C’est complexe la tête d’un homme!

Elle entendit un petit rire et il ajouta, perfide:

– Et celle d’une femme encore plus.

– C’est pour moi que vous dites ça?

– Mais non, c’est en général.

– Ouais… Enfin, je suis bien content pour lui, et pour vous aussi, ajouta-t-elle, car je suppose qu’il va réintégrer l’effectif.

– Assurément…

– Et Fortin va pouvoir l’entendre pour faire avancer son enquête…

– Ouais…

– Tant mieux si tout rentre dans l’ordre. Je passerai au commissariat dans l’après-midi.

Elle regarda la baguette d’if, héritage de la sorcière des montagnes Noires, accrochée au manteau de la cheminée, puis son regard se posa sur le gros chat qui somnolait dans le canapé.

Il dut sentir son regard car il ouvrit ses beaux yeux d’or et s’étira en bâillant.

– Mizdu, dit-elle.

Il bâilla de plus belle, s’étirant de tout son long. Ainsi il dépassait la moitié du canapé. C’était vraiment un très gros chat et il n’était pas surprenant que le lieutenant Mercadier ait pu le confondre avec une panthère.

– C’est du beau! fit-elle d’un ton mi-amusé mi- réprobateur.

Le chat bâilla une nouvelle fois et ferma les yeux. Le sujet, visiblement, ne l’intéressait pas.

Et Mary comprit pourquoi Catherine Argouach, la sorcière de Poulbihan, avait pu vivre solitaire en sa tanière isolée de la montagne sans craindre les agressions.

Autour de la baguette d’if aux mystérieux pouvoirs, Mizdu faisait bonne garde.