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Après ses « exploits » au commissariat de Lorient, l'inspecteur stagiaire Mary Lester est nommée à Quimper, où elle a passé une partie de son enfance.
Elle retrouve avec émotion les lieux où elle a vécu des moments heureux et où elle va désormais exercer son métier de femme flic. Cependant, le commissaire principal est en vacances et son adjoint semble avoir une certaine prévention contre les jeunes filles qui veulent « faire de la police » .
Aussi la confine-t-il dans de vagues tâches administratives qui ne conviennent pas du tout à la nature active de Mary. Un curieux personnage qui parle d'un hold-up dans une bijouterie. Rien que de très banal n'est-ce-pas ? Même s'il y a eu prise d'otages.
Découvrez le tome 2 des aventures de Mary Lester, une enquêtrice originale et attachante !
EXTRAIT
La frêle silhouette se tenait adossée à la vieille rambarde de fer rouillé qui bordait la rivière. Le bouillonnement furieux de l’eau s’engouffrant entre les arches faisait, sous ses pieds, frémir le tablier du pont. Depuis un mois les pluies étaient abondantes, et l’Odet, qui traverse la ville en son milieu, charriait ce soir-là des flots tumultueux d’eau limoneuse.
Pour le moment il ne pleuvait plus, mais on sentait presque physiquement un ciel lourd, des nuages bas et de fortes rafales d’un vent humide, presque tiède, balayaient les rues désertes de la petite ville. De rares voitures passaient, dans un chuintement de pneumatiques sur la chaussée mouillée, traînant dans leur sillage le reflet sanglant de leurs feux rouges sur l’asphalte luisant et noir.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
"Je retrouve dans ce deuxième volume, l'atmosphère délicieuse découverte [...] dans Le Troisième oeil du professeur Margerie. Sensibilité, délicatesse, humour accompagnent un travail soigné." - PChabannes, Babelio
"Habile, têtue, fine mouche, irrévérencieuse, animée d'un profond sens de la justice, d'un égal mépris des intrigues politiciennes, ce personnage attachant permet aussi une belle immersion, enquête après enquête, dans divers recoins de notre chère Bretagne." - Charbyde2, Babelio
"On y retrouve tout ce qui m'avait plu dans le précédent volume : des personnages variés et plutôt sympathiques, une intrigue bien ficelée avec quelques surprises, des rebondissements et de l'action sans (trop de) violence. On découvre également un peu plus le personnage de Mary Lester dans ce volume." - Blog Andrée la papivore
À PROPOS DE L'AUTEUR
Cet ancien mareyeur breton devenu auteur de romans policiers a connu un parcours atypique !
Passionné de littérature, c’est à 20 ans qu'il donne naissance à ses premiers écrits, alors qu’il occupe un poste de poissonnier à Quimper. En 30 ans d’exercice des métiers de la Mer, il va nous livrer pièces de théâtre, romans historiques, nouvelles, puis une collection de romans d’aventures pour la jeunesse, et une série de romans policiers, Mary Lester.
À travers Les Enquêtes de Mary Lester, aujourd’hui au nombre de cinquante-neuf et avec plus de 3 millions d'exemplaires vendus, Jean Failler montre son attachement à la Bretagne, et nous donne l’occasion de découvrir non seulement les divers paysages et villes du pays, mais aussi ses réalités économiques. La plupart du temps basées sur des faits réels, ces fictions se confrontent au contexte social et culturel actuel. Pas de folklore ni de violence dans ces livres destinés à tous publics, loin des clichés touristiques, mais des enquêtes dans un vrai style policier.
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Seitenzahl: 167
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Jean FAILLER
Les diamants
de l'Archiduc
éditions du Palémon
ZA de Troyalac’h
10 rue André Michelin
29170 St-Évarzec
Ce livre appartient à
xxxxxxexlibrisxxxxxx
Remerciements à :
Pierre DELIGNY,
Nicole GAUMÉ.
Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.
ISBN 978-2907572-13-2
La loi du 11 mars 1957 n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur, de l’éditeur ou de leurs ayants droit ou ayants cause, est illicite (alinéa 1er - article 40).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code Pénal. 2010/© Éditions du Palémon.
Retrouvez les enquêtes
de Mary Lester sur internet :
http://www.marylester.com
Éditions du Palémon
ZA de Troyalac’h - N° 10
Rue André Michelin - 29170 St-Évarzec
Dépôt légal 4e trimestre 1998.
La frêle silhouette se tenait adossée à la vieille rambarde de fer rouillé qui bordait la rivière. Le bouillonnement furieux de l’eau s’engouffrant entre les arches faisait, sous ses pieds, frémir le tablier du pont. Depuis un mois les pluies étaient abondantes, et l’Odet, qui traverse la ville en son milieu, charriait ce soir-là des flots tumultueux d’eau limoneuse.
Pour le moment il ne pleuvait plus, mais on sentait presque physiquement un ciel lourd, des nuages bas et de fortes rafales d’un vent humide, presque tiède, balayaient les rues désertes de la petite ville. De rares voitures passaient, dans un chuintement de pneumatiques sur la chaussée mouillée, traînant dans leur sillage le reflet sanglant de leurs feux rouges sur l’asphalte luisant et noir.
Deux grandes brasseries, séparées des bâtiments austères de la préfecture par la rivière, brillaient de tous leurs néons. Quelques rares devantures demeuraient éclairées, mais le reste de la rue était sombre. Seuls les réverbères dispensaient leur halo de lumière froide à intervalles réguliers.
La silhouette vêtue d’un duffle-coat dont la capuche était relevée, demeurait immobile. Derrière elle, sur la colline qui domine la ville, les bras nus des grands hêtres s’agitaient furieusement sous la main folle du vent. Quelques lumières clignotaient dans les branches, galaxies inconnues : les constructions nouvelles avaient gagné l’extrême bord du ravin.
Cette silhouette était celle d’une jeune femme. Elle s’appelait Mary Lester et cette ville était un peu la sienne. Ses frêles mains serraient fort la rambarde granuleuse et froide de fer rouillé, retrouvant dans ce contact une sensation qu’elle avait connue petite fille, quand elle se promenait avec son grand-père, et qu’elle voulait à toute force se pencher au-dessus de l’eau pour mieux voir les mulets jouant entre les cailloux. Il lui semblait encore entendre la voix cassée du vieil homme :
– Ne te penche donc pas comme ça, Mary, tu vas tomber!
Elle inspira profondément. Seigneur! Elle avait presque oublié cette senteur un peu fade d’eau saumâtre qui émanait de la rivière. Et ce vent, ce vent fort et doux qui l’enlaçait comme une caresse, la secouant de la tête aux pieds comme pour chasser l’odeur de la grande ville, du métro, des populaces entassées, miasmes que cinq années de vie parisienne, le temps des études, lui avaient profondément incrustés dans la peau.
Elle avait craint, en revenant dans cette ville où elle n’avait passé que le temps des vacances scolaires, de se sentir perdue, comme étrangère. Pas du tout, à sa grande surprise, elle retrouvait et ses repères, et son énergie. Elle se sentait chez elle, ici, c’était « sa » ville. Là-haut, sur la colline, elle avait ses défunts dans le petit cimetière.
Elle s’appelait Lester, Mary Lester, elle avait vingt-cinq ans, un diplôme de droit et un titre d’officier de police judiciaire en poche. A Lorient, son premier poste, elle avait fait une entrée fracassante dans le métier, ce qui n’avait pas été du goût de tout le monde, et qui lui avait valu d’être nommée un peu plus au nord, dans un secteur réputé tranquille.
L’administration lui avait octroyé quinze jours de vacances pour qu’elle se repose, et qu’elle puisse s’installer dans sa nouvelle affectation.
A Quimper, en cette soirée pluvieuse d’automne, Mary reprenait contact avec son pays.
•
Elle poussa d’une main ferme la lourde porte vitrée du Café de l'Épée, dernier vestige du grand hôtel qui fut, pendant un demi-siècle, le fleuron de l’industrie hôtelière locale.
Victime du progrès et de la concurrence des palaces modernes dont les enseignes fleurissaient au carrefour des voies express, le Grand Hôtel de l'Épée avait vu ses chambres transformées en appartements et son restaurant avait fait place à une galerie de boutiques de luxe.
Le bar seul subsistait. La porte de verre épais enchâssé dans un cadre métallique était lourde comme une porte de coffre-fort. Elle résista. Mary lut alors l’affichette collée au carreau : « TIREZ ». Elle obtempéra et l’huis s’ouvrit sans résistance. Elle croyait se souvenir qu’autrefois, cette porte s’ouvrait dans l’autre sens. Enfin, l’essentiel était d’entrer. Elle entra et demeura un instant immobile, cherchant à se souvenir.
Les anciens propriétaires avaient exploité l’établissement pendant près d’un siècle, sans se soucier d’entretenir la boutique. Et quand l’affaire avait été reprise, une rénovation de grande envergure s’imposait.
On n’avait pas mégoté sur la décoration! Les banquettes étaient recouvertes de cuir fauve, les guéridons d’acajou du même marbre que le sol, et au plafond, qui avait été rabaissé, luisait une constellation de spots électriques diffusant une lumière crue. Des baffles invisibles diffusaient une musique d’ambiance qui se mariait au brouhaha des conversations. Il ne régnait plus là ce silence feutré qui était autrefois la marque des bonnes maisons.
Mary se souvenait du temps où, après la messe à la cathédrale, ses grands-parents venaient prendre l’apéritif dominical à la terrasse, comme toute la bonne société de la ville. On s’asseyait sur des fauteuils au rotin grinçant, grand-père commandait un vermouth-cassis, grand-mère un porto, et Mary avait droit, comme les autres petites filles, à une grenadine qu’elle dégustait avec un chalumeau.
Une table était libre le long du mur. Elle s’assit sur une banquette confortable. Il n’y avait pas lieu de regretter les anciens sièges de molesquine qui rendaient par endroit leurs entrailles de crin et d’acier. Pendant un demi-siècle, ce rustique mobilier avait supporté les postérieurs aristocratiques de la région.
Ces temps n’étaient plus. L’ombre des vieilles comtesses rigides, pleines de morgue, sirotant leur thé le petit doigt en l’air, comme les mânes des gentlemen à monocle tétant des barreaux de chaise en provenance directe de La Havane, la fine Napoléon à la main, avaient été eux aussi balayés par le temps.
A droite de Mary, un groupe d’adolescents riait fort et parlait haut en buvant du Coca-Cola. Le spectacle était à peu près le même à toutes les tables. Les petits jeunes avaient pris la place des petits vieux. C’est la vie!
Sur une estrade il y avait un piano demi-queue, et dans la salle du fond, le billard avait disparu. Mary se souvenait qu’autrefois, seul l’entrechoquement des boules d’ivoire troublait la quiétude de l’établissement.
Elle termina son Perrier citron et regagna son hôtel.
Elle se réveilla vers neuf heures et demanda aussitôt son petit déjeuner. Une serveuse blême et triste le lui apporta presque aussitôt. Sur le plateau, il y avait Le Télégramme de Brest et de l’Ouest, le journal local.
La chambre était neuve, propre et impersonnelle comme toutes les chambres d’hôtel. La première chose à faire, c’était de trouver un appartement. Pour le moment, ses affaires étaient encore à Lorient et il allait falloir les déménager.
Après qu’elle eut disposé son fardeau sur une petite table, la fille sortit, silencieuse, sans avoir prononcé une parole.
Un rayon de soleil frappait les carreaux de biais. Mary ouvrit en grand la fenêtre. De larges pans de ciel bleu apparaissaient, des nuages blancs passaient, rapides, chassés par un vent resté fort. La température était douce, le pavé sec.
D’un pas de promenade, Mary se dirigea vers le cœur de la vieille ville. Elle passa devant les remparts, colossale ceinture de pierres qui autrefois ceignait la cité, atteignit les tortueuses rues moyenâgeuses en admirant les vieilles maisons à encorbellements dont certaines, retapées récemment, offraient à l’œil du badaud de magnifiques couleurs qui égayaient les rues étroites pavées de grès. Elle traversa le marché aux fortes senteurs de légumes et de fleurs, et parvint à la halle aux poissons où elle dut slalomer entre les paniers de crabes et les caisses de langoustines sous les regards curieux des marchandes à la langue agile et des marins placides venus des ports voisins vendre le produit de leur pêche.
Le bistrot des halles lui tendait ses sièges en terrasse. Elle s’y assit et commanda un café. Devant elle, sur les petits pavés carrés de la rue, des ménagères passaient lourdement chargées, s’arrêtaient pour dire quelques mots à des amis de rencontre. Des gens se hélaient, se saluaient, échangeaient des plaisanteries.
Sur un petit escalier menant à la rivière, un groupe de punks aux cheveux roses et verts, bardés de chaînes et culottés de jeans déchiquetés avec art, buvait de la bière en faisant la manche sans conviction, sous les regards navrés ou ironiques des passants.
En présence de cette clochardisation précoce, Mary se souvint des anciens « chevaliers de la halle », comme on les appelait, autrefois maîtres de la place. Il y en avait un qui se nommait Gégène; il était le porteur attitré de sa grand-mère. Mary se souvenait qu’il avait les avant-bras bleuis de tatouages, et qu’une affreuse gueule de dragon couvrait le dos de sa main droite. On prétendait qu’il avait tout le corps ainsi décoré, et qu’il avait ramené ça d’Indochine où il avait servi dans la Légion. Gégène était poli et ôtait volontiers son béret pour saluer les vieilles dames dont il portait le fardeau.
Sur son seuil, grand-mère lui donnait une pièce en lui faisant promettre de l’utiliser à acheter du pain, et non du vin. Gégène promettait tout ce qu’on voulait et grand-mère, pas dupe, savait qu’elle moralisait dans le désert.
Enfin, ivre ou pas, Gégène avait des usages : jamais il n’aurait pissé en public comme ces punks le faisaient, jamais il n’aurait pressé une vieille dame en se faisant menaçant pour lui soutirer une pièce.
Autre temps, autres mœurs. Les punks maintenant insultaient les passants, les provoquaient, au point que les gens faisaient un large détour pour éviter de passer devant eux.
« Mais que fait la police? », s’indigna un petit monsieur bien propret en pressant le pas après s’être fait traiter de « vieil enculé ».
La police, pensa Mary en lui faisant un petit sourire, elle est en vacances, du moins en ce qui me concerne, et elle n’a pas la moindre intention d’intervenir.
Le petit monsieur la regarda d’un air mi-figue mi-raisin, se demandant si elle se moquait ou si elle compatissait. N’ayant pu se déterminer, il tira au large en haussant les épaules et Mary sourit de plus belle. Elle se sentait bien. Sur le guéridon de marbre, un pot de thé fumait et il ne lui manquait qu’une pâtisserie pour se sentir parfaitement heureuse. La maison n’en servant pas, elle s’apprêta à entrer dans les halles pour en acheter, quand une voix martiale se fit soudain entendre :
– Salut, salut à vous, braves soldats du 17e. Salut, salut à vous, je vous admire et je vous aime…
Un curieux personnage fit son apparition, barbu et chenu, avec une belle tête de prophète sur d’innommables haillons verdâtres, vraisemblablement d’origine militaire.
Il tenait en laisse au bout d’une ficelle, un jeune chien qui s’acharnait joyeusement à arracher une des jambes de son pantalon déjà bien mise à mal. Son autre main tenait un litre de vin rouge qu’il embouchait de temps en temps comme un clairon. Entre deux gorgées de vin, il beuglait des refrains de corps de garde d’une voix de stentor.
Il posa avec un soin affecté sa besace près de l’escalier occupé par les punks, termina son litre de rouge qu’il déposa par terre, puis il vint vers la terrasse du petit bistrot qui s’était garnie de consommateurs.
– Mesdames et messieurs, dit-il en saluant jusqu’à terre, balayant le pavé de la plume d’un feutre imaginaire, je vais avoir l’honneur de vous réciter quelques poésies, et, si vous insistez, je vous chanterai également des chansons. Après quoi, toute peine méritant salaire, je passerai dans vos rangs pour faire la quête. En effet, comme vous avez pu le constater, mon litre de pinard est vide, et parler donne soif. Il serait évidemment particulièrement inconvenant de vous dire Ronsard ou Apollinaire le litron à la main. J’ai donc dû poser ma bouteille après l’avoir, au préalable, soigneusement vidée. Si je ne l’avais pas fait, les mauvais bougres qui sont vautrés sur cet escalier s’en seraient chargés, et c’eût été - convenez-en - grande pitié que de donner cette bonne marchandise à ces petits gorets.
A ces mots, les petits gorets en question se manifestèrent par un concert d’imprécations :
– Hou, l’Archiduc, sale con, tu es encore bourré, l’Archiduc!
L’Archiduc, puisqu'on le nommait ainsi, se retourna noblement et leur fit un bras d’honneur :
– Silence la racaille!
Les huées reprirent de plus belle tandis que des canettes de bière venaient se briser aux pieds du clochard qui haussa les épaules avec mépris et tourna le dos à ses tourmenteurs.
Indifférent à l’algarade, le garçon allait et venait le plateau à la main en servant les consommations. L’Archiduc l’interpella :
– Holà, Firmin, qu’on me balaye promptement cette vermine!
Le garçon haussa les épaules et continua son ouvrage tandis que les projectiles les plus divers pleuvaient de plus belle autour du clochard. Mary commençait à redouter que l’affaire ne dégénérât lorsque, inexplicablement les punks prirent tout soudain leurs cliques et leurs claques et disparurent au coin de la rue. L’Archiduc resta maître du terrain, triomphant :
– Voyez comme ils courent, ces marauds! Ah, la peur du bâton est bien le commencement de la sagesse!
Il cueillit alors une fleur dans une vasque et vint mettre un genou en terre devant Mary qui le regardait, amusée :
– « Mignonne, allons voir si la rose,
Qui ce matin avait déclose… ».
Le chien, à ce moment, se mit à tirer avec acharnement sur la jambe de son pantalon et l’Archiduc interrompit sa tirade pour le réprimander :
– Julie, nom de Dieu! Laisse-moi gagner notre croûte!
Un car de police apparut alors sur la place et l’Archiduc, en le voyant, se mit à embrasser son chien :
– Ah Julie, que je me veux du mal de t’avoir rudoyée! Noble animal, tu voulais m’avertir de la venue des archers du roi et je n’ai pas su t’entendre. Ah, je sens peser sur mes épaules de poète l’ombre lourde de la Bastille. Et toi, que vas-tu devenir?
La fourrière? Cette Bastille pour chiens où ils ne connaissent qu’une seule peine, la mort!
Son désespoir paraissait sincère et les agents s’approchaient. Mary eut pitié et prit la ficelle qui servait de laisse à l’animal :
– Donnez, dit-elle, j’en prendrai soin. Je viens là tous les jours vers cette heure.
Le clochard eut l’air véritablement surpris. Dans la broussaille des cheveux, Mary vit un œil bleu luire, et rien dans ce regard ne ressemblait aux yeux atones et abrutis que l’on rencontre trop souvent chez ce genre de personnage.
– Merci noble dame, dit l’Archiduc.
Bonshommes, les agents arrivaient sans se presser. L’un d’eux, tapotant sur l’épaule du clochard, lui dit :
– Encore en train de faire le con, l’Archiduc!
– Moi? dit le clochard indigné, j’ai rien fait de mal! Je récitais des poèmes pour le plus grand bonheur de ces messieurs dames!
– Ce n’est pas ce qu’on nous a dit, fit le flic. Il y a eu trois coups de téléphone au commissariat. Les riverains se plaignent que les clochards foutent le bordel en ville. Allez, embarque!
Ils le poussaient vers l’arrière du panier à salade dont les portières béaient.
– Le carrosse de Monseigneur est avancé, dit le chauffeur en fermant la porte, tandis que le clochard hurlait :
– Je proteste! Je proteste!
Mais ses protestations se perdirent dans les claquements de portières et le bruit du moteur. Le fourgon disparut au coin de la rue.
Mary héla le garçon et lui tendit une pièce de dix francs.
– Dites donc, c’est animé chez vous! Il y a du spectacle comme ça tous les jours?
– Tous les jours et deux fois par jour, dit le garçon d’un air dégoûté. Les flics viennent pour les punks, mais ils sont malins et jeunes. Quand ils voient le fourgon tourner au coin de la rue, ils se sauvent. Il ricana : les poulets ne courent pas assez vite pour eux. Alors ils embarquent l’Archiduc ou un autre pauvre type, histoire de ne pas s’être déplacés pour rien. Ceux qui ne font rien de mal payent pour ceux qui foutent la merde, c’est la vie!
Encore un philosophe à la petite semaine, pensa Mary en se levant. Au bout de sa ficelle, le chien se grattait vigoureusement.
– Savez-vous où il y a un service de toilettage pour chiens? demanda-t-elle au garçon.
– Un quoi? fit ce dernier, ahuri.
– Un magasin où on nettoie les chiens.
Le torchon sur l’épaule, les mains aux hanches, l’homme la considérait, éberlué. Savait-il seulement que ça existait?
Une dame qui tenait un caniche abricot en laisse vint à son secours :
– Vous allez par là, dit-elle en indiquant la cathédrale dont la double flèche dépassait des toitures d’ardoise. A la coutellerie, vous tournez à gauche. Faites cent mètres, vous ne pouvez pas vous tromper : ça touche une brocante qui s’appelle « Les Puces ».
– C’est de circonstance, dit Mary en remerciant.
Stupide, le garçon la regarda partir avec le maigre chien noir au bout de sa ficelle, et Mary imagina ses réflexions :
– Complètement fondue la nana! Payer pour faire nettoyer un chien de clodo! Faut avoir du pognon à foutre en l’air!
Mais ses réflexions, il pouvait se les garder pour son usage personnel… Ce clochard, Mary l’avait trouvé sympathique, elle avait proposé de lui garder son chien quand personne ne le lui demandait. Pour rien au monde elle n’aurait voulu manquer à sa parole, et surtout pas pour les cent balles que lui coûtèrent le nettoyage de la bête et l’acquisition d’un collier et d’une laisse.
Elle regagna son hôtel avec son nouveau compagnon qui, peu habitué à être attaché, faisait des bonds désordonnés, au risque de lui emmêler la laisse dans les jambes. Derrière sa caisse, la patronne la vit arriver d’un air pincé. Visiblement, la venue des chiens dans son hôtel ne l’enchantait pas.
– Il y a un message pour vous, dit-elle en tendant un papier à Mary.
Il émanait d’une agence immobilière que Mary avait chargée de rechercher un petit appartement en centre ville. Il semblait qu’on avait trouvé quelque chose qui fasse l’affaire.
Le lendemain à neuf heures, Mary visita un appartement situé au second étage d’une vieille maison située dans l’artère principale de la vieille ville. Entièrement refait à neuf, avec de grosses poutres apparentes au plafond, il se composait d’un assez grand séjour donnant sur la rue par deux portes-fenêtres, d’une petite cuisine entièrement équipée, d’une chambre sur les arrières avec une salle de bain.
