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La vérité remonte à la surface en même temps que les eaux des rivières débordent…
Le capitaine Le Duigou reçoit des plaintes de plusieurs familles au sujet de décès survenus dans la paisible et huppée maison de retraite Le Gué fleuri de Quimperlé.
Les résultats des autopsies du médecin légiste sont sans appel : il s’agit bien de crimes ! L’assassin est-il un homme ou une femme ? Ou s’agit-il d’un groupe de personnes réunies dans une complicité macabre ? À quelle fin ?
Le capitaine Le Duigou va recevoir l’aide du lieutenant Phil Bozzi. Les deux officiers de police judiciaire sont chargés d’une enquête longue et difficile qui les mènera de Quimperlé à Limoges.
L’enquête culminera dans un étonnant dénouement, aussi cruel qu’imprévu, tandis qu’un autre danger guette Quimperlé : l’inquiétante montée des eaux des trois rivières de la cité.
Ce roman policier s'inspire d’une importante affaire réelle qui s’est déroulée en d’autres lieux et a défrayé la chronique, scandalisant l’opinion publique.
EXTRAIT
C’était vraiment un automne pluvieux. Plusieurs semaines de pluie consécutives et, au-delà de la Bretagne, c’était la France entière qui était confinée dans une chape de grisaille et d’humidité. Il faisait si sombre qu’il devait garder sa lampe de bureau allumée. Malgré son origine de breton pur-sang, il en arrivait même à envier ces jours de froid sec, clairs et ensoleillés. Sans empressement, il décrocha son combiné de téléphone qui venait de sonner. Il reconnut aussitôt la voix du brigadier de service.
— Fanch, il y a un couple en bas à l’accueil qui veut parler à un officier de police pour une déclaration, peux-tu le recevoir ?
— Oui, bien sûr, mais Phil ou un des lieutenants ne peut pas le prendre ?
— Non, ils sont tous occupés…
— D’accord, c’est pour une déclaration de quoi, de perte, de vol ?
— Non, justement, le motif n’est pas très clair. Il voudrait pouvoir s’expliquer avec quelqu’un.
— C’est une déclaration dans le sens délation, c’est ça ?
— Non… pas exactement.
— Bon, allez, ça suffit, tu peux leur dire de monter.
A PROPOS DE L’AUTEUR
Né à Kernével en 1950 , Firmin Le Bourhis vit et écrit à Concarneau en Bretagne. Après une carrière de cadre supérieur de banque, ce passionné de lecture et d’écriture s’est fait connaître en 2000 par un premier ouvrage intitulé Quel jour sommes-nous ?, suivi d’un second, Rendez-vous à Pristina, publié dans le cadre d’une action humanitaire au profit des réfugiés du Kosovo.
Connu et reconnu bien au-delà des frontières bretonnes, Firmin Le Bourhis est aujourd’hui l’un des auteurs de romans policiers bretons les plus appréciés, avec vingt-huit enquêtes déjà publiées. Il est également l’auteur d’essais sur des thèmes médicaux et humanitaires.
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Seitenzahl: 271
Veröffentlichungsjahr: 2015
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FIRMIN LE BOURHIS
Les disparues
de Quimperlé
éditions du Palémon
Z.I de Kernevez
11B rue Röntgen
29000 QUIMPER
DU MÊME AUTEUR
Auxéditions Chiron
- Quel jour sommes-nous ? La maladie d’Alzheimer jour après jour
- Rendez-vous à Pristina - récit de l’intervention humanitaire
Auxéditions du Palémon
n° 1 - La Neige venait de l’Ouest
n° 2 - Les disparues de Quimperlé
n° 3 - La Belle Scaëroise
n° 4 - Étape à Plouay
n° 5 - Lanterne rouge à Châteauneuf-du-Faou
n° 6 - Coup de tabac à Morlaix
n° 7 - Échec et tag à Clohars-Carnoët
n° 8 - Peinture brûlante à Pontivy
n° 9 - En rade à Brest
n° 10 - Drôle de chantier à Saint-Nazaire
n° 11 - Poitiers, l’affaire du Parc
n° 12 - Embrouilles briochines
n° 13 - La demoiselle du Guilvinec
n° 14 - Jeu de quilles en pays guérandais
n° 15 - Concarneau, affaire classée
n° 16 - Faute de carre à Vannes
n° 17 - Gros gnons à Roscoff
n° 18 - Maldonne à Redon
n° 19 - Saint ou Démon à Saint-Brévin-les-Pins
n° 20 - Rennes au galop
n° 21 - Ça se Corse à Lorient
n° 22 - Hors circuit à Châteaulin
n° 23 - Sans Broderie ni Dentelle
n° 24 - Faites vos jeux
n° 25 - Enfumages
n° 26 - Corsaires de l’Est
n° 27 - Zones blanches
n° 28 - Ils sont inattaquables
n° 29 - Dernier vol Sarlat-Dinan
n° 30 - Hangar 21
n° 31 - L'inconnue de l'archipel
n° 32 - Le retour du Chouan
n° 33 - Le gréement de Camaret
Menaces - Tome 1 - Attaques sur la capitale
Menaces - Tome 2 - Tel le Phénix
Menaces - Tome 3 - Pas de paradis pour les lanceurs d'alerte
CE LIVRE EST UN ROMAN
Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres,
des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant
ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.
Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation, intégrale ou partielle de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie, microfilmage, scannérisation, numérisation…) sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335 2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’autorisation d’effectuer des reproductions par reprographie doit être obtenue auprès du Centre Français d’Exploitation du droit de Copie (CFC) - 20, rue des Grands Augustins - 75 006 PARIS - Tél. 01 44 07 47 70/Fax : 01 46 34 67 19 - © 2015 - Éditions du Palémon.
NOTE DE L’AUTEUR
L’auteur s’empare, comme habituellement, d’une véritable affaire criminelle et, au terme d’une étude approfondie des faits et avec l’aide d’officiers de police judiciaire, en donne une version romancée aussi proche que possible de la réalité…
Un fait réel qu’il transpose dans d’autres lieux pour y bâtir une enquête qu’il livre à votre perspicace lecture…
L’homme bon ne va jamais assez loin,
Le méchant va toujours trop loin,
En sorte que tous les deux manquent leur but.
Morris West
1
Quimper, lundi 30 octobre 2000.
Peu d’affaires intéressantes pour l’officier de police François Le Duigou en cette fin de matinée d’octobre sur Quimper. Amicalement appelé Fanch par ses collègues, il prenait pour une fois le temps de classer ses dossiers.
C’était vraiment un automne pluvieux. Plusieurs semaines de pluie consécutives et, au-delà de la Bretagne, c’était la France entière qui était confinée dans une chape de grisaille et d’humidité. Il faisait si sombre qu’il devait garder sa lampe de bureau allumée. Malgré son origine de breton pur-sang, il en arrivait même à envier ces jours de froid sec, clairs et ensoleillés. Sans empressement, il décrocha son combiné de téléphone qui venait de sonner. Il reconnut aussitôt la voix du brigadier de service.
— Fanch, il y a un couple en bas à l’accueil qui veut parler à un officier de police pour une déclaration, peux-tu le recevoir ?
— Oui, bien sûr, mais Phil ou un des lieutenants ne peut pas le prendre ?
— Non, ils sont tous occupés…
— D’accord, c’est pour une déclaration de quoi, de perte, de vol ?
— Non, justement, le motif n’est pas très clair. Il voudrait pouvoir s’expliquer avec quelqu’un.
— C’est une déclaration dans le sens délation, c’est ça ?
— Non… pas exactement.
— Bon, allez, ça suffit, tu peux leur dire de monter.
Un couple, la cinquantaine, se présenta à la porte du bureau de l’officier de police. Plutôt timides, réservés, voire gênés par leur intrusion ou leur démarche, tenue correcte, avec une apparence de braves gens. La femme s’assit juste au bord du siège comme si elle voulait repartir aussitôt. Elle garda son sac à main sur les genoux. L’homme plus à l’aise, les cheveux cendrés, parsemés de fils gris, s’installa franchement. Après les quelques secondes du « qui commence à parler » et un échange de regard entre eux, l’officier vint à leur secours.
— Si vous me disiez ce qui vous amène !
Devant l’embarras des arrivants, il comprit tout de suite qu’il devait les aider et prit quelques imprimés pour les disposer devant lui et déclara :
— Mon collègue m’a dit que vous vouliez faire une déclaration, s’agit-il de vol, de perte, d’autre chose ?
— Voilà. C’est pas si simple… et puis, nous ne savons pas si…
— Écoutez, si vous voulez, nous allons d’abord parler ensemble, vous me dites tout ce que vous avez en tête, je ne vais rien noter. Il écarta l’imprimé et le stylo. Quand nous aurons échangé, nous aviserons ensemble de ce qu’il y a lieu de faire, d’accord ?
Cette fois le couple soufflait. La dame s’installa plus profondément dans son fauteuil, posa son sac à main au sol, regarda son époux, le visage décrispé, et attendit. L’homme se mit en situation pour s’exprimer, rassuré.
— Merci… Voilà, c’est à propos de la mère de ma femme, enfin ma belle-mère, elle était à la maison de retraite « Le Gué Fleuri »… vous savez à Quimperlé.
— Je connais l’établissement, se contenta de dire l’officier qui approuva de la tête pour l’encourager à continuer.
— Tout se passait très bien, elle y était depuis cinq ans environ…
— Oui, presque six, surenchérit l’épouse.
— Elle s’y plaisait beaucoup, c’était très propre, moderne tout en étant convivial et à chaque fois que nous sommes allés la voir… car nous habitons à Paris, dans la banlieue ouest, à cause du travail… elle semblait parfaitement heureuse. Elle avait beaucoup d’amis et puis il faut dire que Le Gué Fleuri est certainement la meilleure maison de retraite médicalisée de la région…
— Si vous en veniez au fait ?
— Voilà, elle est décédée il y a quelques mois…
— Elle était malade ?
— Mais non pas du tout justement, mort naturelle nous a-t-on dit…
— Quel âge avait-elle ?
— Elle allait sur ses soixante-quinze ans.
— Le cœur ?
— Même pas. Aucun antécédent, aucune prédisposition et le médecin nous a toujours dit que son cœur était excellent.
— Mais de quoi alors ?
Après un vague haussement d’épaules :
— Mort naturelle…
— Mais quel lien avec la police, je ne suis pas médecin ?
— C’est-à-dire que nous ne croyons pas à une mort naturelle… Pour moi et pour ma femme, ce n’est pas normal et puis il y a sa meilleure amie qui était sa voisine avant d’aller à la maison de retraite, c’est elle qui nous a dit qu’il y avait quelque chose de pas normal. Elle nous a poussés à venir vous voir, enfin venir à la police. Pour elle, cela ne va pas là-bas…
— Que voulez-vous dire ?
— …
— Bon, si je résume : un membre de votre famille séjournait au Gué Fleuri et vous pensez que sa mort n’est pas naturelle… Le couple approuvait de la tête.
— Et vous portez plainte…
Regard inquiet du couple, plutôt effrayé par cette idée.
— C’est-à-dire que nous n’avons pas de preuve… et puis c’est la voisine… nous ne sommes pas sur place.
— Oui je sais, vous habitez près de Paris. Mais je ne peux pas démarrer une enquête sans raison, sans élément… sans plainte déposée.
Après de longs échanges, l’officier de police proposa de prendre les coordonnées de la voisine, de se renseigner et puis après il aviserait. Il constituait néanmoins un embryon de dossier avec l’état civil et tous les renseignements possibles pour pouvoir joindre ses interlocuteurs ultérieurement selon l’évolution de sa pré-enquête. Il fit également un peu le tour de la situation de la famille pour essayer de comprendre s’il y avait un enjeu, un intérêt financier pour le couple ou pour un tiers… mais a priori rien. L’homme et la femme avaient véritablement l’air honnête et franc. Aucune raison par conséquent d’effectuer cette démarche, si ce n’était la volonté de savoir la vérité sur la mort pour en avoir le cœur net.
Le couple parti, Fanch restait dubitatif devant cette situation. Le Gué Fleuri était très connu sur Quimperlé, remarquable installation de standing. L’établissement n’avait rien à voir avec certaines maisons de retraite sordides. Il était réputé sur tout le Finistère et au-delà. Une notoriété qui lui valait d’avoir en permanence une longue liste d’attente de candidats.
Jamais la moindre ombre, un modèle du genre pris souvent en exemple par les médias.
Il empoigna son combiné téléphonique pour approfondir ses connaissances sur cette maison de retraite, appel au Conseil général et à l’hôpital de Quimperlé, la mairie de la ville… Rien, que des éloges. La sincérité des propos du couple avait ému l’officier, leurs précautions de langage, leur attitude, tout méritait d’aller voir plus loin, cependant en l’état actuel du dossier, rien ne l’y autorisait.
Il était l’heure de déjeuner, il rangea ses affaires et quitta le bureau, préoccupé par ce dernier entretien. Il habitait route de Bénodet sur le coteau qui dominait l’Odet. Une jolie maison bretonne contemporaine blottie dans les arbres avec une vue imprenable sur la baie de Kérogan dont il ne se lassait jamais. Il ne rentrait que rarement déjeuner chez lui, son épouse travaillait également. Ses deux enfants terminaient des études supérieures, l’un à Brest et l’autre à Rennes, aussi rejoignait-il le plus souvent ses collègues au restaurant administratif. Il pouvait s’y rendre à pied. Dehors la pluie venait juste de cesser, mais visiblement le répit serait de courte durée.
Fanch Le Duigou était un homme ordinaire, officier de police discret et efficace, la cinquantaine juste engagée, solide gaillard, jovial, aux tempes grisonnantes. Son ancienne tignasse brune et épaisse avait fait place à une chevelure moins dense, poivre et sel. Passionné de pêche en mer, il rejoignait aussi souvent qu’il pouvait des amis sur le port de Concarneau ou à Bénodet pour une partie de pêche au large ou une grande marée aux Glénan. Il possédait également un petit pêche-promenade, plus pêche que promenade » lui répétait son épouse d’ailleurs. Avec ses bottes et son ciré jaune, son accent bien breton, il passait immanquablement pour un de ces marins du port. Il aimait également la rivière et la pêche à la truite surtout dans l’Isole et dans l’Ellé. Chaque été, avec d’autres amis, il profitait d’un week-end « rallongé » pour faire la traditionnelle balade sur le canal de Nantes à Brest, à partir de Châteauneuf-du-Faou. Au programme, rire, convivialité et des étapes gastronomiques, dont l’une à Port-de-Carhaix, au Terminus, lieu qui n’avait rien d’un port, du reste.
Tout en déjeunant, il évoqua à ses collègues de table Le Gué Fleuri, question d’avoir d’autres avis, mais, rien… Revenu à son bureau, guère encouragé dans ses démarches, il décida néanmoins d’aller rencontrer l’amie et voisine de la défunte, « sait-on jamais ? » se dit-il. Les deux villes étant reliées par la voie express N165, il serait vite rendu.
Il sortit à Kervidanou, pour descendre sur Quimperlé. Cette ville qu’il aimait beaucoup présentait la particularité d’être séparée en deux, la haute et la basse ville. Il descendit, emprunta le pont qui enjambe l’Isole, puis direction Le Faouët, après la sortie de ville, un peu avant Tréméven. La personne habitait une maisonnette située dans un hameau, non loin de Kerlescouarn qui dominait la vallée de l’Isole, cette rivière qu’il venait de traverser se jetait un peu plus loin dans l’Ellé à Quimperlé, pour devenir la Laïta. La coquette maison de construction traditionnelle, le toit recouvert d’ardoises, les murs parfaitement blanchis, semblait éclairer le lieu, car la pluie avait repris. Un petit chien vint aboyer à la barrière de la maison voisine, mais sans hargne, simplement pour saluer l’arrivant. Fanch franchit le portail de bois pour accéder au petit jardin parfaitement entretenu. En l’absence de sonnette, il frappa fort sur la porte peinte en bleu, pour annoncer sa présence.
Une petite dame vêtue de noir, un peu courbée par le poids des ans, ouvrit franchement, avec confiance la porte pour accueillir le visiteur. Le fait de se présenter comme officier de police ne sembla nullement l’émouvoir. Le couple du matin lui avait peut-être déjà fait part de sa visite ? Elle l’invita à entrer dans une petite cuisine parfaitement entretenue où le formica des années soixante dominait. Elle vint s’asseoir en face de lui. Attentive à ses propos, elle écouta d’abord, les doigts croisés, calmement, avant de répondre.
— C’est-à-dire que moi, je ne peux pas croire que Marguerite, mon amie, puisse disparaître de la sorte presque du jour au lendemain, sans jamais avoir rien eu au cœur, ni autrement…
— Je ne la connaissais pas, mais vous savez, le cœur c’est toujours très brutal et rapide.
— Oui, je sais bien… J’en ai parlé aux enfants parce que c’est la quatrième personne que je connaisse qui disparaît de la même manière en quelques mois… C’est la répétition qui m’inquiète et à présent il y a les « on dit », et je vais même vous dire que je pensais y aller un jour quand je serai moins autonome, eh bien, à présent ça me fait peur…
— La quatrième dites-vous ?
— Oui, il y a d’abord eu Blandine Kermor, mon amie du club des anciens du bourg, âgée de soixante-dix-sept ans… Puis une certaine Julienne Le Coat, que je ne connaissais pas, mais qui était voisine de Marguerite Le Braouic. Je l’ai rencontrée quelques fois en allant en visite… et enfin, il y a eu la Jeanne Le Coz, une femme gentille comme tout, coquette, toujours en forme et le cœur sur la main…
L’officier remarqua les yeux vifs et clairs de son interlocutrice. Elle limitait ses propos à l’essentiel, s’exprimait bien, ses commentaires pertinents et précis dénotaient un bon sens à toute épreuve. Après quelques échanges, visiblement en confiance, elle proposa un café ou une bière à l’officier qui opta pour le café car cette attitude semblait lui laisser penser qu’elle voulait lui en dire plus. Elle avait besoin d’un peu de temps pour se libérer et être capable de dire ce qu’elle pensait à cet homme qu’elle ne connaissait pas. Elle se lança aussitôt dans la préparation du café évitant de revenir sur la conversation pendant ce cérémonial. Rapidement une odeur agréable embauma la pièce. La brave dame évoquait cette pluie à n’en plus finir, que si cela continuait ainsi, l’hiver serait pourri et les inondations menaçantes… De sa fenêtre, en écartant les rideaux, elle montra la maison de son amie. Devant, une voiture immatriculée dans le soixante-dix-huit était garée, sans doute celle du couple du matin.
— Ils sont arrivés samedi, pour la Toussaint. Comme c’est mercredi, ils resteront toute la semaine.
Le café servi dans un petit bol, modèle classique de la faïencerie de Quimper HB Henriot, ils goûtèrent le café sans sucre. La dame cette fois très à l’aise se mit à lui évoquer tous ses doutes, ses inquiétudes et ce qui se disait. Tout semblait avoir commencé depuis un à deux ans environ. Jusque-là, elle n’avait jamais rien entendu. L’officier sortit alors son calepin pour noter les adresses des enfants des personnes décédées quand la vieille dame les connaissait ainsi que le plus d’informations possible. Les propos semblaient cohérents et offraient matière à vérification.
Il prit la direction du retour, perturbé par tout ce qu’il venait d’apprendre. Y avait-il une infirmière ou un médecin en situation d’euthanasie active dans cet établissement sans que personne ne le sache, ne s’en préoccupe ? Ou tout ceci était-il parfaitement dissimulé, couvert, voire organisé ? Dans quel but et pourquoi ? L’officier avait été tellement sensibilisé par la sincérité des propos de cette vieille dame qu’il en oubliait de faire sa propre critique.
En arrivant à Quimper, il avait évolué dans son raisonnement. Il se demandait : « Et si tout ceci n’était qu’une coïncidence malheureuse, et que nous ayons bien à faire à des morts naturelles ? Que seul le choc de perdre des proches brutalement avait influencé ces esprits affaiblis. Puis chacun partant de ses propres convictions, une rumeur était en train de se développer, sans fondement peut-être… les rumeurs… » L’officier de police savait qu’il devait toujours se garder de se laisser influencer par celles-ci. Combien de fois avaient-elles détruit des réputations de personnes à tout jamais… Un bruit qui court… ici, en l’occurrence, si la voisine de la vieille dame avait aperçu l’officier de police, sa seule venue pouvait accréditer les thèses développées par cette personne et, parfois, c’était ainsi que commençait à circuler une information dite de « source sûre », qui devenait vite une rumeur dont on ne pouvait jamais appréhender la portée destructrice.
Après être passé devant la gare, il longea l’Odet, cette rivière qui traverse la ville. Il remarqua les eaux bouillonnantes et perpétuellement troubles depuis les précipitations à répétition. Les vieux magnolias penchés au-dessus des flots avaient depuis longtemps perdu les fastes du printemps et paraissaient tristes, accablés et résignés par ces mauvaises conditions météorologiques. Il faisait déjà sombre quand il gara son véhicule de service. Il décida d’aller directement en faire part à son patron.
François Le Duigou travaillait à présent depuis une dizaine d’années avec Yann Le Godarec, quimpérois d’adoption comme lui, car l’un était originaire de Scaër et l’autre de Rosporden. Ce dernier avait effectué de nombreuses mobilités professionnelles pour gagner ses grades avant de revenir chez lui, ce qui était une chance rare dans la profession. Si François Le Duigou était resté capitaine, son ami Yann avait atteint le sommet, commissaire divisionnaire et en même temps directeur départemental de la Sécurité publique. Des liens amicaux et une relation de confiance à toute épreuve existaient entre les deux hommes.
— Alors, Fanch, qu’est-ce qui t’arrive ?
François Le Duigou lui expliqua dans le détail tout ce qu’il savait des présomptions ; en les rapportant, il sentait qu’il se convainquait lui-même du bien-fondé de ses propos. Il dut sans doute faire preuve d’une grande conviction car le patron, à son tour, parut embarrassé et troublé par ces révélations.
— Eh bien mon vieux, si c’est vrai, c’est une sale affaire que tu nous prépares là… avec tous les politiques et les notables qu’il y a dans le conseil d’administration, avant de dire ou de faire quoi que ce soit, faudra être discret et bien chercher à tout vérifier avant d’avancer à découvert…
— Donc, ça veut dire que tu crois que c’est possible ?
Haussement d’épaules :
— Ça me paraît étonnant, incroyable, mais on ne sait pas, faut voir…
— Le problème, c’est que je n’ai rien, aucune plainte…
— Ce n’est pas la première fois que tu vas faire une petite enquête de routine, juste question de voir l’intérêt, une petite approche préliminaire et après nous aviserons, tu ne crois pas ? Mais pour l’instant, silence radio… Tu cherches à voir les familles que la brave dame t’a indiquées, tu me tiens au courant et en fin de semaine on décide, d’accord ?
— Bon, j’y vais comme ça. Est-ce que j’avise le capitaine de la gendarmerie de Quimperlé de mes visites ?
— Non, pas pour l’instant, plus tard si le dossier évolue.
En sortant du bureau, François Le Duigou était rassuré et encouragé à poursuivre cette affaire qui n’existait pas encore, mais son intuition, lui disait que…
Il évacua les affaires en cours, en glissa quelques unes à des collègues et décida de consacrer le reste de la semaine à faire un point sur cette nouvelle affaire…
2
Il aimait se détendre dans son vaste salon. Son épouse savait donner du charme à une maison, la rendre reposante, chaleureuse, agrémenter les espaces, disposer des plantes. Sa présence aussi était tellement rassurante. De la grande baie du salon, tandis qu’il regardait dans la nuit en direction de l’Odet, il remarqua des lumières et des points lumineux rouges et verts, signe qu’un caboteur venait de quitter le port du Corniguel, le déchargement effectué, pour descendre la rivière avant de reprendre la mer. Puis le noir revint, un peu comme dans son esprit perturbé.
Il ne cessait d’aller en permanence aux extrêmes, c’est-à-dire d’un total bien-fondé à une imagination trop fertile pouvant l’entraîner vers de fausses informations… Il appuya un instant son front contre la vitre froide de la porte-fenêtre. Son épouse, le voyant préoccupé, l’interrogea. Il vint la rejoindre pour s’asseoir près d’elle sur le canapé. Il n’avait pas pour habitude de parler des affaires en cours, néanmoins ils évoquèrent Le Gué Fleuri. Il se garda bien de laisser entendre la moindre de ses préoccupations. Rencontrant les familles dès le lendemain matin, il en saurait davantage.
Pour une fois, pas de pluie ; un temps gris, peu de vent et une température très douce. « Les chrysanthèmes sur les tombes n’auront pas à souffrir du gel cette année… », pensa-t-il. Une semaine avec un jour férié en plein milieu était toujours perturbateur pour l’organisation du travail, mais en l’occurrence, c’était une chance, il trouverait peut-être plus facilement les gens à la maison.
Il commença par l’adresse la plus éloignée, du côté du Pouldu. En descendant vers la côte, le ciel était toujours clair et la mer se couvrait capricieusement d’écumes blanches qui venaient luire à l’improviste comme des étoiles sur l’étendue maritime.
À l’approche, il se renseigna pour se faire indiquer la maison qu’il recherchait. Elle se trouvait dans un petit village qui dominait la mer. Devant la maison d’une quinzaine d’années, trois voitures, deux immatriculées dans le Finistère et une dans les Hauts-de-Seine. Une femme proche de la cinquantaine vint lui ouvrir. Il fut introduit dans la maison. Il se présenta aux deux couples qui terminaient leur petit déjeuner. Il apprit que les deux femmes étaient les filles de la défunte. Avec moult précautions, il entreprit de demander leur avis sur le décès de leur mère au Gué Fleuri. Les femmes prirent naturellement la parole. Elles n’avaient rien remarqué d’anormal. C’était surtout l’une d’elles qui la suivait de près car elle n’habitait pas loin et venait la voir chaque semaine. Son époux laissa alors entendre qu’elle était bien où elle était car elle les avait assez embêtés quand elle vivait près de chez eux dans le village et ensuite même dans leur maison. L’ambiance était tendue et l’entretien n’avait rien de réjouissant.
« La mort semblait être une affaire entendue sur laquelle il n’y avait plus lieu de revenir, d’ailleurs », surenchérit l’époux de la maîtresse de maison, « sa maison a été vendue et tout a été classé », comme un point final dans une discussion. La femme plus affectée, ainsi que sa sœur tentèrent de comprendre la démarche de François Le Duigou. Après quelques échanges, la femme confirma que la mort avait surpris tout le monde car aucun signe avant-coureur n’avait laissé penser à un dénouement aussi rapide. L’affaire en était restée là, mort naturelle selon les conclusions du médecin. Elle n’avait pas souffert, ce qui avait rassuré tout le monde à l’époque, se souvint-elle. La sœur ne savait que dire, habitant à Paris, elle ne venait sur Le Pouldu qu’à l’occasion de week-ends ou de courtes vacances. Ils devaient repartir le lendemain dans le courant de la journée. François Le Duigou prit les coordonnées téléphoniques de la femme résidant sur place, au domicile et au travail, et lui laissa celles de son bureau.
Il quitta ensuite le village avec une impression étrange d’une femme qui aurait voulu parler et de son époux qui la freinait dans sa démarche comme pour ne plus revenir sur ce décès qui semblait plutôt l’avoir arrangé. Il se sentait mal à l’aise subitement et terriblement seul. Il revint tranquillement vers Quimperlé en se disant qu’il devrait revoir cette femme qui fut la plus proche de sa mère quand il aurait vu les autres personnes concernées. Il vint s’installer au restaurant du quai Brizeux qui portait le même nom, le long de la Laïta. Il affectionnait particulièrement cet établissement de qualité et de renom. Une consommation et un petit bonjour à la toute nouvelle tenancière Angèle. Elle venait de prendre la direction de l’hôtel et du bar. À l’étage, le restaurant était tenu par Jeannot, qui faisait des sauces Brizeux, hum…
L’après-midi, il avait prévu de rendre visite à la deuxième personne sur la liste, domiciliée route d’Arzano à la sortie de Quimperlé. Dans ce lotissement, toutes les maisons se ressemblaient. Il dut rechercher activement pour arriver devant la demeure dans une petite impasse. À la sonnerie du portail du jardin, une dame d’un certain âge se présenta à la porte de la maison, visiblement méfiante, elle demanda ce que son visiteur voulait. Après quelques échanges, François Le Duigou comprit qu’elle devait être la sœur de la défunte dont les enfants étaient au travail. Néanmoins il insista pour la rencontrer, faisant jouer sa carte de police. La dame sembla terrorisée à l’idée de recevoir la police, était-ce la réalité ou un voleur qui tentait de s’introduire, devait-elle se demander. François Le Duigou s’efforça de la rassurer, mais les faux policiers ne s’y prenaient-ils pas de la même manière ?
Ils restèrent un instant discuter dans le couloir de l’entrée, debout. À l’évocation de sa sœur elle se détendit, des larmes apparurent dans ses yeux qu’elle essuya discrètement. Elle consentit alors à introduire l’officier de police pour le faire asseoir à la table de la salle à manger. Elle replia le grand napperon en coton travaillé au crochet dans le plus pur style régional, resta debout près de la table, appuyée à la cloison, les bras croisés.
— Je suis chargé de faire une enquête à propos des personnes décédées au Gué Fleuri depuis deux ans…
— Pourquoi, il y a un problème ?
— Enquête de routine, je vous rassure tout de suite, si vous préférez que je revienne quand votre neveu et votre nièce seront là, ça ne me dérange pas…
— Non, vous pouvez continuer.
La dame, de soixante-quinze à quatre-vingts ans, restait sur la défensive et visiblement ne comprenait pas le sens de la démarche de la police. Elle décroisa les bras pour mettre les mains dans les poches de son grand sarrau à fleurs. Une coiffure récemment permanentée éclairait son visage par ses boucles grises presque blanches. Malgré les rides des ans, nul doute, cette femme avait été belle dans le passé.
François Le Duigou, en dépit de sa longue expérience, se sentit gêné dans sa démarche. Elle ne reposait sur aucun fait concret et il ressentait cette impression du fouilleur qui vient faire du mal aux gens sans raison, celui qui vient remémorer des moments difficiles et inquiéter, comme un acte gratuit. Il se sentit encore moins à l’aise que le matin.
— Savez-vous de quoi est décédée votre sœur ?
— Mort naturelle nous a-t-on dit.
— Souffrait-elle d’un mal quelconque ?
— Pas vraiment, un peu d’arthrose comme beaucoup de monde et de rhumatisme, mais rien de plus…
— Pourquoi avait-elle rejoint cet établissement et n’était-elle pas venue chez son fils comme vous ici ?
— Oh, ça… c’est une longue histoire… ma sœur, après un premier mariage, a eu son fils, Pierre, il a cinquante-quatre ans. Mais elle a divorcé aussitôt pour repartir avec un autre homme. Elle m’a laissé son fils, que j’ai élevé comme si c’était le mien… Je ne me suis jamais mariée… Ma sœur s’est alors mariée avec un gars du côté de Gourin ou plutôt de Roudouallec. Ils sont partis vivre à New York comme beaucoup de Bretons de ce coin-là. Elle venait bien de temps en temps, mais ne donnait pas beaucoup de nouvelles. Elle n’a plus eu d’enfants…
Elle s’arrêta quelques instants de parler. Elle devait revoir certains moments de sa vie. Puis elle reprit calmement.
— À la retraite, elle est venue s’installer à côté de Guidel. Son mari et elle voyageaient beaucoup. Ils semblaient très bien s’entendre. Quelques années après, il est décédé d’un cancer généralisé. Seule et désorientée, habituée toute sa vie à côtoyer du monde, elle a préféré rejoindre Le Gué Fleuri où elle se plaisait bien.
— Et son fils ?
— Il lui avait pardonné de l’avoir abandonné, mais depuis quelques années seulement. Pour lui c’est plutôt moi sa mère…
— Je comprends.
— J’avais une bonne situation à la Préfecture alors il n’a jamais manqué de rien.
— Comment a-t-il réagi à son décès ?
— Malgré tout, assez mal, il était passé la voir deux jours avant et sans la moindre alerte, elle a disparu brutalement.
Sur ces mots, ses yeux se troublèrent à nouveau. Elle décida alors de venir s’asseoir non loin de l’officier, les bras croisés sur la table. Un moment de silence suivit.
— C’est très cher dans la maison de retraite, elle n’avait pas de problème pour payer ?
— Oh, ça non. Elle avait gagné énormément d’argent aux États-Unis, dans la restauration avec son mari. Elle avait une très bonne situation et ne semblait manquer de rien. Avant d’aller au Gué Fleuri, elle avait fait donation de sa maison de Guidel-Plage à son fils. Elle ne voulait surtout pas dépendre de lui ni le reprendre après tout ce que j’avais fait pour elle. Depuis, Pierre ne ménageait pas ses efforts pour lui rendre visite ou la recevoir… Il voulait être, disons, moins « étranger » vis-à-vis de sa mère, vous comprenez ? Ma sœur était bonne dans le fond, le cœur sur la main. Son premier mari était un minable, il est d’ailleurs mort quelques années après son divorce, très jeune, alcoolique. Elle n’a pas eu de chance. Mais son deuxième mari était vraiment très bien. Je crois qu’ils se sont beaucoup aimés. Quand elle est décédée, il lui restait encore beaucoup d’argent sur des tas de comptes dans deux ou trois banques. On ne sait même pas tout ce qu’elle pouvait faire de son argent, car quelques jours avant sa mort, elle avait effectué plusieurs retraits de trente, quarante ou cinquante mille francs dont on n’a jamais su l’usage, peut-être les a-t-elle donnés à quelqu’un…
— Comme ça sans raison ?
— Oui, elle était capable d’aider pour faire plaisir.
— Et pas de trace, de reconnaissances de dettes ?
— Non, pas le style de ma sœur, elle donne quand elle fait confiance, elle ne veut pas de papier…
— Généreuse à ce point ?
— Oui
— Mais que pensait son fils de cette mort brutale ?
— Rien, il n’a pas compris et s’est contenté de l’information qui lui a été communiquée, mais nous avons tous trouvé cela bizarre.
— Bizarre ?
— Oui, parce que ma nièce, la femme de mon Pierre, est infirmière à l’hôpital de Quimperlé, c’est elle qui doute de la mort naturelle… Nous avons préféré laisser comme ça…
— Oui, je comprends, je pourrais les rencontrer pour leur en parler ?
— Oui, mais pas avant jeudi, car ce soir ils rentrent tard, ils vont faire des courses après le travail à cause de la Toussaint demain et ensuite ils seront à la maison le reste de la semaine.
— Quel signe lui a fait douter ?
— Je préfère qu’elle vous le dise elle-même… La conversation se prolongea, parfaitement détendue cette fois, mais François Le Duigou n’apprit rien de plus sur la situation. En revenant vers Quimper, cette petite impression de « pas très clair » du matin lui revint. Il commençait à se dire que ces morts naturelles ne l’étaient peut-être pas tant que cela. Même si rien de concret ne venait préciser cette pensée.
Au bureau, il décida d’aller en parler à son patron qui l’accueillit avec sa bonne disposition coutumière. Yann Le Godarec était un homme d’humeur égale qui exprimait rarement ses colères ou ses tracas, il était très apprécié par tout le monde, d’autant qu’il faisait suite à un homme exécrable, « peau de vache par excellence ». Son arrivée à la tête de la police fut un soulagement, un grand moment de bonheur pour tous. Depuis, l’ambiance était redevenue très bonne et l’esprit d’équipe, une réalité.
— Alors Fanch, ton Gué Fleuri ?
— Eh bien, pour l’instant rien… Mais, malgré tout, je ressens comme quelque chose d’indéfinissable en filigrane, je ne peux pas dire pourquoi pour l’instant, mais je pense que j’en saurai davantage d’ici la fin de la semaine et ça m’étonnerait bien qu’il n’en ressorte aucun élément…
