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Camaret-sur-Mer : un petit port tranquille à l'entrée de la rade de Brest...
Mary Lester, pour échapper à la pression des médias, s'y réfugie pendant sa convalescence, suite à l'affaire de Saint-Malo. Elle trouve une population choquée : par deux fois, on a tenté de voler la Belle-Étoile, le langoustier emblématique de leur port, reconstruit à l'identique. Pour ces forfaits, un homme a été arrêté, jugé et condamné après avoir prétendu, contre toute vraisemblance, avoir agi seul.
Puis voilà qu'inexplicablement, le bateau est jeté à la côte au cours d'une tempête. Convalescente ou pas, Mary ne peut rester insensible au désarroi des Camaretois.
Découvrira-t-elle pourquoi on a volé la Belle-Etoile ?
Suivez l'héroïne fétiche de Jean Failler dans un neuvième tome riche en rebondissements !
EXTRAIT
Comme l’avaient prévu les services de la météo, la tempête arriva par l’ouest. Le ciel, jusque là d’un bleu léger, à peine voilé de petits nuages blancs flottant comme un duvet, se couvrit peu à peu. Sur la mer, venant du fond de l’horizon, des nuées plombées, lourdes de menaces, apparurent.
Puis le vent forcit. D’abord en courtes rafales, comme pour prévenir les marins qu’il fallait amener la toile, et les terriens qu’il était temps de ramasser le linge étendu aux séchoirs et de clore solidement portes et fenêtres.
La mer, soudainement devenue toute sombre, presque noire, se creusait de courtes lames rageuses crêtées de blanc. Là-bas, au grand Bé, on les entendait monter à l’assaut de la roche en grondant et le môle des Noires, qui fermait le port de plaisance des Sablons, était par moments recouvert d’écume.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Une histoire très agréable à lire, une balade à travers un bout de Bretagne. - LoralineD, Babelio
Habile, têtue, fine mouche, irrévérencieuse, animée d'un profond sens de la justice, d'un égal mépris des intrigues politiciennes, ce personnage attachant permet aussi une belle immersion, enquête après enquête, dans divers recoins de notre chère Bretagne. - Charbyde2, Babelio
Un roman policier sur fond de secret militaire. Une intrigue bien ficelée. J'aime beaucoup Mary Lester dans ses approches et sa façon de raisonner.- joersaflo, Booknode
À PROPOS DE L'AUTEUR
Cet ancien mareyeur breton devenu auteur de romans policiers a connu un parcours atypique !
Passionné de littérature, c’est à 20 ans qu'il donne naissance à ses premiers écrits, alors qu’il occupe un poste de poissonnier à Quimper. En 30 ans d’exercice des métiers de la Mer, il va nous livrer pièces de théâtre, romans historiques, nouvelles, puis une collection de romans d’aventures pour la jeunesse, et une série de romans policiers, Mary Lester.
À travers Les Enquêtes de Mary Lester, aujourd'hui au nombre de cinquante-neuf et avec plus de 3 millions d'exemplaires vendus, Jean Failler montre son attachement à la Bretagne, et nous donne l’occasion de découvrir non seulement les divers paysages et villes du pays, mais aussi ses réalités économiques. La plupart du temps basées sur des faits réels, ces fictions se confrontent au contexte social et culturel actuel. Pas de folklore ni de violence dans ces livres destinés à tous publics, loin des clichés touristiques, mais des enquêtes dans un vrai style policier.
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Seitenzahl: 281
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Jean FAILLER
On a volé
la Belle Etoile
éditions du Palémon
ZA de Troyalac’h
10 rue André Michelin
29170 St-Évarzec
Ce livre appartient à
xxxxxxexlibrisxxxxxx
Remerciements à :
Nicole GAUMÉ,
Alice, Anne-Marie Massot
et la sympathique équipe de la Belle-Étoile,
Marcel Guibon, Hervé Léon,
Jean-Pierre kérinec et Yves teurtroy
Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.
ISBN 978-2907572-19-4
La loi du 11 mars 1957 n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur, de l’éditeur ou de leurs ayants droit ou ayants cause, est illicite (alinéa 1er - article 40).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code Pénal. 2011/© Éditions du Palémon.
Retrouvez les enquêtes
de Mary Lester sur internet :
http://www.marylester.com
Éditions du Palémon
ZA de Troyalac’h - N° 10
Rue André Michelin - 29170 St-Évarzec
Dépôt légal 4e trimestre 1998.
La route montait toujours au long de collines couvertes d’une végétation brune et rase, bordée de loin en loin par quelques pins rabougris qui tentaient de survivre dans ce sol rocailleux et aride. Dans le ciel bleu couraient des nuages blancs, gris, noirs. Il sembla à Mary Lester que, tout à l’heure, elle pourrait les toucher du doigt. La route allait s'étrécissant, devenait chemin, un chemin de plus en plus abrupt, mais on pouvait monter encore. Elle dut passer en première devant une pancarte indiquant qu’on n’était plus qu’à quelques centaines de mètres du Menez Hom, point culminant de l’épine dorsale du massif armoricain.
Enfin la petite Austin noire arriva à un parking sur lequel, en dépit de l’heure matinale, il n’y avait déjà plus guère de place. Par bonheur, la voiture n’était pas bien large. Mary parvint à l’insérer entre deux énormes camping-cars immatriculés en Allemagne.
Le parking était délimité par des rondins de sapin enfoncés dans le sol. Au-delà de cette barrière symbolique s’étendait un vaste terre-plein couvert de cailloux blancs entre lesquels poussaient difficilement des touffes d’herbe dure.
Bien que le mont culminât à la modeste hauteur de 330 mètres, elle eut soudain l’impression d’être suspendue entre ciel et terre. La vue panoramique était extraordinairement belle. A sa gauche, à demi-masqué par un mamelon pelé, le port de Douarnenez blotti au fond de sa baie. Droit devant, voilé par une brume de beau temps, le Cap de la Chèvre, puis une longue langue de terre où villages et hameaux faisaient de petites taches blanches. Ici le jaune acide d’un champ de colza éclairé par le soleil; là, le sable roux d’une carrière à ciel ouvert et d’autres carrés encore, vert vif, d’un vert insolent, un vert de printemps.
Et au fond, tout au fond en se retournant vers le nord, une énorme agglomération : Brest. Sa célèbre rade scintillait sous le soleil, un long bâtiment de guerre gris sortait lentement du goulet.
Dans le ciel, de petits avions télécommandés planaient et des jeunes gens, sanglés dans leur combinaison, casqués, montaient et descendaient, au bout des suspentes de leurs parachutes ascensionnels, longues bananes de tissu multicolore qui, au gré des vents, les emportaient vers le ciel comme des aigles.
Les enfants qui étaient venus là avec leurs parents semblaient plus intéressés par les évolutions de ces jouets et de ces sportifs, qui parfois leur frôlaient la tête de leurs talons, que par la beauté du panorama.
D’un des camping-cars s’échappait à présent une musique barbare, incongrue en ces lieux. Mary pesta contre ces sans-gêne qui ne savaient pas se contenter d’écouter chanter le vent.
Des randonneurs, sac au dos, indignés eux aussi par cette pollution sonore, firent en passant une réflexion en allemand. On vit alors le rideau de fenêtre du camping-car se soulever et une grosse gueule épanouie apparaître.
L’habitant de la voiture-escargot ne répondit point à leurs récriminations mais, tout au contraire, il disparut un instant, le temps d’augmenter le son. Puis il revint s’accouder à sa fenêtre avec, sur sa tronche d’imbécile, le sourire hilare et ravi de quelqu’un qui vient de faire une bonne plaisanterie.
Les promeneurs, deux couples de sexagénaires, regardèrent Mary, navrés, et eurent un geste impuissant. Ils semblaient mortifiés du comportement de leur compatriote. Ils reprirent leur marche et s’éloignèrent, sac au dos, par un étroit sentier qui se perdait dans la bruyère.
Mary sortit de sa voiture. Le gros couillon, tout fier de lui, regardait les promeneurs s’éloigner, accoudé à sa fenêtre avec le sourire béat du sot ravi de sa sottise.
Mary s’approcha, dégaina sa carte de police et la lui colla sous le nez. L’amateur de musique recula pour mieux voir. Partout dans le monde, à peu de chose près, le mot « police » s’écrit de la même manière.
Mary, qui ne parlait pas un traître mot de la langue de Gœthe, fit, de la main, signe de tourner un bouton. Elle n’eut pas à le faire deux fois.
– Ya, ya, ya, bredouilla le gros benêt en reculant dans sa maison à roulettes. Le silence se fit. Puis il ferma précipitamment sa fenêtre, comme si le diable en personne était venu le visiter.
Sur leur sentier, les randonneurs, surpris de ce silence subit, se retournèrent et Mary leur fit un petit geste amical de la main.
Puis elle s’engagea à pied au-delà des barrières pour atteindre le point culminant du mont, où se trouvait une table d’orientation.
Il y avait environ deux cents mètres à parcourir, une rampe raide, presque une escalade, mais en arrivant à la table de granit qui couronnait le Menez Hom, on recevait sa récompense : une vue fantastique sur toute la pointe du Finistère.
Là-bas l’Aulne, ce fleuve côtier, paradis des saumons qui commence ou qui termine, selon le lieu d’où l’on se place, le canal de Nantes à Brest, s’en allait paresseusement à travers champs et bois vers la rade, vers la mer. Des nuages, chassés par la caresse vive et fraîche d’un souffle de printemps, faisaient courir alternativement l’ombre et la lumière sur les bois et sur les champs.
Elle resta là une bonne demi-heure, assise dans la bruyère, admirant le paysage, admirant les évolutions des parachutistes qui montaient, redescendaient, se rejoignaient pour échanger quelques mots, se hissaient soudain haut dans le ciel pour redescendre quelques instants plus tard en glissades vertigineuses et revenaient se poser précisément sur le lieu d’où ils s’étaient envolés avec une aisance confondante.
Enfin elle se leva et reprit la route de Camaret.
Il y eut un rond-point fleuri qu’elle contourna, puis une pancarte portant deux noms : Camaret pour l’une, Kameled pour l’autre. Comme à l’entrée de toutes les agglomérations se superposaient désormais le nom français et le nom breton de la localité.
A l’amorce d’une grande descente, Mary Lester aperçut la mer entre les maisons. Elle ralentit pour mieux admirer le spectacle et se fit klaxonner par un automobiliste impatient. Alors elle mit son clignotant et s’arrêta sur le bas-côté du chemin, une sorte de terre-plein couvert d’herbes folles, et laissa passer l’agité qui lui fit, du bras, en la doublant, un geste désobligeant.
Elle haussa les épaules. Quel besoin avaient donc les gens de devenir désagréables et agressifs dès qu’ils posaient leurs fesses dans une voiture? Ferait mieux de regarder la mer, celui-là, que de foncer comme un perdu, le nez sur son compteur de vitesse.
Car elle était là, la mer. Vaste étendue d’un bleu profond, bordée de falaises tantôt blanches, tantôt rousses, ocres, vertes, avec des dégradés dans tous ces tons, de subtiles nuances que des générations de peintres s’étaient efforcées de reproduire avec plus ou moins de bonheur.
Dans le ciel d’un bleu léger, poussés par une imperceptible brise, de petits nuages pommelés défilaient sans se presser.
Au milieu de cette baie, une sorte de presqu’île s’avançait, et, au bout de cet isthme, sentinelle fièrement campée sur ses pieds de roc, une tour quadrangulaire dont les murailles massives, revêtues d’un enduit teinté de rouge, allaient en s’évasant vers le ciel.
Cette forteresse, car on se trouvait indiscutablement là en présence d’un élément de défense conçu par un ingénieur militaire, était percée d’étroites meurtrières et coiffée d’une toiture pointue couverte d’ardoises.
De cette architecture émanaient des relents de Moyen Age, d’assauts guerriers donnés à l’arc et à la pertuisane. La tour rouge était posée comme un défi au mitan de la baie. Défi aux envahisseurs venus « d’en face », bien sûr, puisque le royaume d’Angleterre et celui de France entretenaient alors une solide inimitié, mais défi aussi aux ennemis « de l’intérieur » qui ne reconnaissaient pas la souveraineté du Roi.
Des siècles plus tard, d’autres envahisseurs venus de Germanie avaient eux aussi construit leurs défenses. Elles étaient perchées à flanc de falaise comme des nids d’aigle, bien moins visibles que la tour carrée au bout de son isthme.
A sa gauche, regardant vers la ville, une église basse et longue, avec un clocheton amputé du bout de sa flèche. Cette maison de Dieu, trop petite pour mériter le nom d’église et trop grande pour n’être qu’une simple chapelle, n’avait pas été bâtie dans ce granit gris qui avait servi à la construction des autres édifices religieux que Mary avait croisés sur son chemin, mais dans une pierre dont le jaune, éclatant sous le soleil, surprenait.
Pourquoi pensa-t-elle, en voyant cette chapelle, au cheval, dont le vicomte d’Artagnan avait affligé son fils lorsque, quittant la terre gasconne, il était venu chercher fortune à Paris? Sauf à la mer, où le ciel noir annonce le grain, il ne faut pas se fier aux couleurs des choses, l’impétueux gascon avait su, tout au long du chemin, faire respecter sa pauvre monture, et cette église, si incongrue que fût sa robe, n’en avait pas moins fière allure.
Entre cet étroit Sillon s’avançant dans la mer et le quai, le port de Camaret. Au temps de la marine à voile, les bateaux venaient y mouiller en attente du flux qui leur permettrait de passer le goulet pour entrer dans la rade de Brest. C’était aussi le dernier port à saluer pour ceux qui s’apprêtaient à affronter les houles et les écueils de la mer d’Iroise, puis de l’Atlantique.
Elle relança son moteur et s’engagea dans la pente qui menait au port.
•
Le quai était large, bordé de bistrots comme dans tous les ports du monde et, comme dans tous les ports du monde, ces établissement s’appelaient « le café de la Marine », « les Embruns », « le Neptune »… Ils offraient au passant leurs terrasses garnies de confortables sièges de jardin, des présentoirs de cartes postales et des tables où l’on pouvait poser son verre et faire sa correspondance en regardant l’animation du port.
Les façades des maisons étaient pimpantes, comme si elles avaient été repeintes de la veille. Les couleurs éclataient sous le soleil; celui ou celle qui avait choisi ces peintures avait su faire preuve d’audace. La maison qui abritait le café de la Marine avait une façade ocre, comme une voile de vieux bateau, avec des fenêtres blanches et un store marine. La crêperie des Embruns était crème, avec un store marron et blanc, le restaurant « la Voilerie » offrait une façade presque rose, tandis que celle de la pizzeria « Del Mare » était bleu ciel avec des volets d’un bleu plus soutenu.
Il y avait encore « le Captain », ocre et bleu sur fond jonquille, avec des sièges de terrasse marine et blancs, l’Ar Men, jaune clair et bordeaux, le Neptune, ocre clair et son petit voisin, « Bar-Restaurant », à la façade bleu de Prusse.
Toutes ces teintes se mariaient agréablement et contribuaient à donner un air de fête à un quai où les bateaux de pêche n’accostaient plus guère.
Elle passa au ralenti devant les trois hôtels qui s’alignaient au fond du port. A sa droite, le Sillon, cette chaussée qui menait à la chapelle et à la formidable tour aux murs rougeâtres. Elle s’y engagea et, en passant, elle vit que la porte de la chapelle était ouverte; elle arrêta sa voiture et pénétra dans cet édifice dont la nuance insolite l’avait intriguée.
Les blocs dont elle était faite étaient jaunes et d’un curieux aspect. L’érosion en avait arraché les parties tendres et les veines de la pierre apparaissaient en relief comme ressortent les nervures de ces bois d’épave que l’on ramasse sur les grèves après les tempêtes, quand l’action conjuguée du sable et de la mer en a érodé le tendre aubier pour ne conserver que les parties ligneuses, dures comme de l’os.
Par une affiche sur un panneau près de l’entrée, elle apprit que la chapelle était vouée à Notre-Dame de Rocamadour et que la filiation avec le célèbre sanctuaire du Quercy était avérée depuis le XIIe siècle.
Elle s’avança vers l’autel où une statue de la Vierge était illuminée par des dizaines de petits cierges. Sous ses pas, le dallage craquelé, constitué de losanges noirs et blancs, crissait. Elle était absolument seule dans la nef. Contre un pilier, un étroit escalier en colimaçon menait à une chaire à prêcher. Le compagnon qui l’avait édifiée y avait apposé sa marque et la date de construction : KERAUDREN 1914 - 1915.
Contre des piliers, de curieux ex-voto : des bouées de sauvetage avec une paire d’avirons. La voûte au-dessus de la nef était en bois peint en bleu et elle épousait la forme d’une carène de bateau renversée. Sous cette voûte, d’autres ex-voto étaient pendus : des maquettes de goélettes islandaises.
La tête en l’air, Mary les admira, puis elle revint vers le chœur de l’église, mit cinq francs dans un tronc scellé dans la muraille et alluma un cierge à un tronçon de bougie dont la flamme se mourait. Elle le garda un moment en main, regardant la cire couler puis se figer en larmes blanches le long de la colonne de cire. Cela lui rappela son enfance, sa communion, et elle retrouva instantanément la fascination qu’exerce sur tous les enfants cette matière qui se liquéfie à la flamme pour se solidifier tout aussitôt.
Enfin, elle piqua son cierge sur une tige de fer, au milieu du buisson ardent qu’avaient dressé là les visiteurs de la journée.
Elle allait s’en retourner quand une silhouette sortit de derrière un pilier. Mary eut un mouvement de recul puis se ressaisit. Ce n’était qu’un vieux prêtre qu’elle n’avait pas vu, et qui devait prier, immobile et silencieux.
– Je vous ai fait peur? demanda-t-il.
Il avait une voix à la fois douce et forte, un regard bleu où se lisait la bonté.
Mary lui sourit en secouant la tête :
– Non, mais je croyais être seule.
Il regarda la bougie qu’elle venait de planter devant la statue de la vierge.
– Merci, dit-il.
Et, comme elle ne disait rien car elle ne savait trop ce qu’il fallait dire, il ajouta :
– Ça devient rare de voir les jeunes dans les églises.
– Eh bien, monsieur le Recteur, dit-elle, vous voyez, il ne faut pas désespérer.
– Vous êtes de la région, dit-il.
Ce n’était pas une question. Elle acquiesça :
– De Quimper. Mais, qu’est-ce qui vous fait dire ça?
Il sourit, malicieux :
– Vous m’avez appelé « monsieur le Recteur ». Un parisien aurait dit « monsieur le Curé ».
Bien déduit, pensa-t-elle. Il est de coutume, en effet en Bretagne, d’appeler « monsieur le Recteur » le desservant d’une paroisse rurale ou maritime.
Puis le vénérable ecclésiastique regarda sa montre et maugréa :
– Six heures dix! Mais qu’est-ce qu’il fiche bon sang!
– Vous attendez quelqu’un? demanda-t-elle.
– Oui, Loulou Lannurien…
Mary ne savait pas qui était ce Loulou Lannurien que le recteur attendait avec tant d’impatience. Il expliqua, sans qu’elle eût rien demandé :
– C’est un ancien charpentier de marine. C’est lui qui a fait l’ex-voto de la Belle-Étoile… Il devait venir l’apporter à cinq heures. Nous devons l’accrocher dimanche.
Il montra les poutres où étaient déjà suspendues les goélettes :
– Ça fera une maquette de plus. Et cette fois, une maquette d’un bateau du pays.
Mary leva de nouveau la tête :
– Parce que celles-là ne sont pas des bateaux du pays?
– Vous voyez bien que non, dit le recteur, ce sont des goélettes islandaises.
– N’étaient-ce pas ces bateaux qui partaient pêcher la morue à Terre-Neuve?
– Voilà, dit le prêtre satisfait de voir qu’il n’avait pas affaire à une ignare. Ce sont des bateaux de Saint-Malo.
– Ou de Cancale, dit-elle se souvenant de sa récente enquête dans la cité des corsaires et sa visite à la petite maison sur la falaise, au dessus du port de la Houle. Mais dites-moi, monsieur le Recteur, comment se fait-il que ces goélettes aient échoué ici?
– Probablement des Camaretois qui s’étaient embarqués pour une campagne en Islande et qui ont été en grand danger. Alors ils ont invoqué Notre-Dame de Rocamadour et, pour la remercier de leur avoir sauvé la vie, à leur retour à terre, ils sont venus offrir cet ex-voto à la Sainte.
Il regarda Mary :
– Vous connaissiez le sens de ces ex-voto?
– Oui, dit-elle, mais ça serait bien si, dans chaque paroisse on les dénombrait et si on pouvait savoir qui les a offerts et en quelles circonstances. Mon arrière-grand-père était marin, mon père l'est aussi.
– J’espère, dit le recteur, qu’il n’ont jamais eu l’occasion de sacrifier à cette coutume.
– Je ne crois pas. J’étais toute petite alors, mais je me souviens bien que mon arrière-grand-mère racontait volontiers qu’au début de chaque campagne de pêche « tad-coz » se rendait au Juch, près de Locronan avec son équipage, et qu’il mettait une pincée de tabac sous le pied d’une statue représentant le Diable pour s’assurer une pêche abondante.
Le recteur se mit à rire :
– Était-ce efficace au moins?
– Je ne sais pas, dit-elle, mais c’était une tradition à laquelle il n’aurait pas dérogé pour un empire. D’après grand-mère, d’ailleurs, il y avait de nombreuses stations dans les bistrots sur le chemin du retour et, quand ils regagnaient la maison, il y avait du vent dans les voiles, même à pied sec, l’équipage louvoyait.
Le recteur rit plus fort :
– Avec le Diable, Mademoiselle, rien ne peut arriver de bon. Je ne vous chasse pas, mais il va falloir que je ferme l’église. Ce sacré Loulou a dû aller faire admirer son ex-voto dans les bistrots du quai, il aura oublié l’heure. Ma foi, tant pis pour lui, demain il fera jour.
– Je ne savais pas, dit Mary, que cette pratique des ex-voto perdurait. Je croyais qu’elle avait disparu avec la motorisation des bateaux.
– C’est moins fréquent qu’autrefois, certes, dit le prêtre, mais vous voyez, ça se fait encore.
– Et qui a failli perdre la vie cette fois?
– Personne, dit le prêtre, c’est le bateau qu’on a failli perdre. Un beau bateau tout neuf… et par trois fois.
– Il n’y avait personne à bord?
– Non, dit le prêtre. Puis il regarda Mary. C’est une longue histoire…
Il consulta une nouvelle fois sa montre :
– Je n’ai pas le temps de vous la raconter, mais à l’occasion si demain ou un autre jour vous êtes par là, ce sera avec plaisir.
Quand ils sortirent, le jour commençait à tomber. De l’autre côté du bassin portuaire, les lampadaires se reflétaient dans l’eau du port. Le quai était désert, Mary frissonna.
– Je voulais aller voir la tour carrée, dit-elle, mais je crois que c’est trop tard.
– Vous irez demain, dit le prêtre.
– Demain… dit-elle.
– Vous devez rentrer à Quimper?
– Je devais, oui, mais après tout, personne ne m’attend. Dites-moi, monsieur le Recteur, il y a bien un hôtel d’ouvert par ici?
– Bien sûr, dit le prêtre. Tenez, allez au Vauban, vous pourrez dire que vous venez de ma part. C’est là, au fond du port. Demandez René. Vous verrez, c’est très bien.
Le curé se dirigea vers une Renault 4 blanche garée juste devant l’Austin noire de Mary.
Il ouvrit la porte, s’installa au volant et, avant de refermer la porte, il lança de sa voix sonore :
– A demain peut-être Mademoiselle…
La fin de la phrase se terminait en point d’interrogation. Elle précisa :
– Lester, Mary Lester.
Et le vieux prêtre reprit :
– Bonsoir, mademoiselle Lester.
Immobile près de l’Austin, elle regarda la petite voiture blanche s’éloigner dans le crépuscule.
L’hôtel Vauban était posé au fond du port. Il faisait face à une grève de pierraille et de sable sur laquelle les carcasses de deux grands bateaux de bois achevaient de se désagréger.
L’établissement, une bâtisse de deux étages, était encadré par deux autres hôtels dont l’un, de facture moderne, était fermé pour l’hiver. On était en mars, il rouvrirait probablement pour Pâques.
Elle poussa la porte de verre et se retrouva dans une salle de bistrot classique, avec son bar et ses tables couverts de formica.
Sur le comptoir trônait une magnifique maquette de bateau qu’une vingtaine de personnes admiraient sans retenue.
Le patron, un quinquagénaire à la chevelure argentée, s’arracha à regret de son bar pour lui demander ce qu’elle désirait.
– Auriez-vous une chambre?
– Une chambre? répéta-t-il en fronçant les sourcils.
– Oui, dit-elle, j’ai cru lire sur votre façade le mot « hôtel »…
– Bien sûr… Bien sûr…
Il s’empressait, en s’essuyant les mains.
– Si vous voulez venir par là…
L’entrée de l’hôtel était indépendante de celle du bar et le bureau de réception s’y trouvait, dans une sorte de cabine vitrée.
– C’est pour la nuit?
– Oui.
– Vous attendez quelqu’un?
– Non, je suis seule.
Il fronça de nouveau les sourcils, se demandant ce qui poussait une jeune femme à venir seule en cette saison à Camaret.
– Bien entendu, vous souhaitez avoir vue sur mer.
– Si c’est possible, oui.
– Vous n’aurez que l’embarras du choix, dit l’homme. Je vais vous donner le seize, au deuxième étage.
– Va pour le seize, dit-elle.
Il se pencha hors de sa cabine et appela :
– Martine… Martine…
Une porte claqua et une femme apparut, en tablier bleu, s’essuyant les mains dans un torchon. Il semblait qu’on venait de la distraire d’une tâche domestique.
L’homme lui tendit une clé :
– Tu veux bien aller voir au seize si tout est en ordre?
Puis à Mary :
– Comme elle n’a pas été louée depuis un moment… Il faut que je retourne au bar.
– Je comprends, dit Mary.
Par la porte entrouverte leur parvenait un brouhaha de conversations animées. Elle suivit l’hôtelier, s’assit à une table et commanda un thé.
Quand le patron vint la servir, elle lui demanda :
– C’est comme ça tous les jours?
– Non, ce soir on arrose l’ex-voto de la Belle-Étoile. Vous savez ce qu’est un ex-voto?
– Bien sûr, je sais même qu’il a été réalisé par Loulou Lannurien, et que ledit Loulou Lannurien avait donné rendez-vous à monsieur le recteur, en son église, à dix-sept heures.
Le patron la regarda comme si c’était une sorcière. Puis il se retourna vers la joyeuse équipe et interpella un gaillard qui parlait haut et fort :
– Dis donc, Loulou, il paraît que tu avais rendez-vous avec monsieur le recteur à cinq heures?
– Ben ouais, dit l’autre. Mais… quelle heure est-il donc?
– Sept heures, mon vieux. Tu n’as que deux heures de retard!
– Ma doué! Ma doué! s’exclama le nommé Lannurien en remettant sa casquette d’aplomb, je vais me faire engueuler! Ouvrez-moi la porte, les gars!
Il voulut reprendre sa maquette, mais sa démarche était incertaine et le patron intervint :
– Attends, Loulou, attends! Je vais aller avec toi!
– Je connais le chemin, dit l’autre d’une voix avinée.
– Ouais, tu connais le chemin! Mais, avec ce que tu tiens, tu vas faire des allumettes avec ton bateau avant d’arriver. Et puis, si monsieur Morvan te voit dans cet état, je ne te dis pas ce qu’il va te passer!
Lannurien s’arrêta net, s’essuya le front d’un revers de main en rejetant sa casquette en arrière. Il sembla à Mary qu’il redoutait plus que tout de se trouver en présence du recteur. Il se retourna vers René :
– D’abord, qui c’est qui t’a dit que monsieur le recteur m’attendait à cinq heures?
– Mais tu l’as braillé sur tous les toits, mon vieux Loulou, dit René en lui tapant sur l’épaule affectueusement.
– Alors, pourquoi que tu ne me l’as pas rappelé?
– D’abord parce que ça n’aurait servi à rien, ensuite parce que j’avais oublié!
– Ah, tu vois, toi aussi tu avais oublié!
– Oui, mais ce n’est pas moi qui avais rendez-vous avec le père Morvan!
– Faut que j’y aille tout de même, dit l’homme avec un entêtement d’ivrogne, je lui avais promis…
Mary contemplait la scène, amusée. A juste titre fier de son œuvre, Lannurien, comme l’avait deviné le recteur, faisait la tournée des bistrots en exhibant son ex-voto. A Camaret, comme dans tous les ports de Bretagne, un bateau, fût-il une miniature, reste un bateau. Et, quand il est neuf, ça s’arrose!
Lannurien allait et venait, ne sachant quel parti prendre. En se retournant, il bouscula la table de Mary. Il s’excusa en portant une main à la visière de sa casquette de marin :
– ‘Mande pardon… bredouilla-t-il.
Il s’efforçait gauchement, de ses grosses paluches de charpentier, d’essuyer les quelques gouttes de thé qui avaient coulé sur la table.
Elle lui sourit aimablement :
– Laissez ça, monsieur Lannurien.
Il fixa sur elle un regard glauque :
– On s’connaît?
– J’ai entendu parler de vous.
– Par qui?
– Par monsieur le recteur.
– Monsieur le recteur? Qu’est-ce qu’il vous a dit? Et d’abord, où est-ce que vous l’avez vu?
– A l’église. A Notre-Dame de Rocamadour.
L’homme continuait de la regarder, la mâchoire pendante, de l’hébétude dans le regard.
– Et il m’a dit, poursuivit-elle, qu’il vous verrait demain.
– Il était fâché? demanda le charpentier inquiet.
Elle le rassura :
– Mais non. Un peu contrarié d’avoir attendu pour rien, c’est tout.
– Ah! fit Lannurien rassuré.
Le groupe se mit à rire de son air déconfit et le patron de l’hôtel vint le prendre par la manche :
– Allez, viens Loulou! Je vais te ramener.
Il protesta, avec un entêtement d’ivrogne :
– J’ai ma voiture!
– Tu la retrouveras demain!
– Et mon bateau?
– Laisse-le là! Tu le prendras demain matin, quand tu viendras chercher ta bagnole.
– Et si on me le vole?
– On ne te le volera pas, j’y veillerai.
L’esprit embrumé de Loulou ne fonctionnait plus. Pour le décider, René finit par lui dire :
– Allez, je te ramène dans ta voiture. Mais c’est moi qui vais conduire!
– Et tu r’viendras comment?
– T’occupe pas, viens. Si les gendarmes te trouvent dans cet état au volant, tu n’y coupes pas de tes six mois de suspension de permis.
Mary se leva :
– Il habite loin?
– Non. A dix minutes d’ici.
– Si vous voulez, je vous suis, dit-elle. Je vous ramènerai.
– C’est gentil, dit le patron.
Et à Lannurien :
– Tu vois, tout s’arrange, Mademoiselle va me ramener.
– Ah ben alors… balbutia Lannurien en se laissant emmener.
La voiture du charpentier était un break Citroën qui avait beaucoup vécu au bord de la mer. Ça se voyait aux coulures de rouille qui dégoulinaient de la galerie de toit sur la carrosserie crème. Le patron de l’hôtel installa son client, qui semblait avoir de plus en plus de mal à tenir debout tout seul, sur la banquette avant, puis il prit la place du chauffeur.
Mary n’eut plus qu’à suivre. Ils longèrent le quai désert où la nuit tombait, puis la Citroën tourna à droite dans une petite rue sombre et s’arrêta devant une maison basse, toute en pierre avec des volets de bois verni.
Les deux hommes en descendirent, la porte s’ouvrit éclairant la venelle d’un rai de lumière et Mary perçut quelques éclats de voix féminine. L’accueil du maquettiste en son logis n’était pas des plus chaleureux.
L’hôtelier revint et il monta dans l’Austin.
– Pauvre Loulou, dit-il. Il aura de la soupe à la grimace ce soir!
– Il l’a bien cherché, dit Mary.
– Vous n’êtes pas mariée, dit l’hôtelier.
C’était une constatation.
– Non, et ce n’est pas ce que j’ai vu ce soir qui m’incitera à convoler.
– Il n’est pas comme ça tous les soirs. C’est exceptionnel…
– J’aime à le croire…
A nouveau ils longeaient le quai.
– A propos, demanda-t-elle, où peut-on dîner à Camaret? Tout semble être fermé de bonne heure.
L’hôtelier lui montra une maison basse portant pour enseigne « la Voilerie ».
– Allez là, vous ne serez pas déçue.
– D’accord…
Elle s’arrêta devant l’hôtel.
– Je vous remercie, dit l’hôtelier. Ce pauvre Loulou, je ne pouvais décemment pas le laisser conduire. Vous voulez voir votre chambre?
Elle le suivit, portant le sac de voyage qui ne quittait jamais le coffre de sa voiture. La chambre était petite mais confortable. Elle posa son sac sur une chaise et redescendit aussitôt.
– Voici le code de la porte, dit l’hôtelier en lui tendant une carte de la maison. Si jamais vous rentrez tard…
Elle regarda en souriant malicieusement :
– En effet. Je vais explorer les ressources de Camaret « by night ». Sait-on jamais ce qui pourrait arriver?
Mary fut réveillée par le cri des mouettes. Quand elle ouvrit les yeux, un rayon de soleil éclairait la tapisserie bleu pâle. Elle consulta sa montre qu’elle avait posée sur sa table de chevet : neuf heures. Elle avait dormi tout d’une traite et se sentait parfaitement dispose, avec une féroce envie de café noir et de pain beurré.
Après avoir pris sa douche, elle descendit au bar où le patron, assis à une table au soleil, lisait son journal.
– Ah, mademoiselle Lester, fit-il enjoué en repliant son canard, avez-vous passé une bonne nuit?
– Excellente, merci. Quand j’aurai mangé quelque chose, ça ira tout à fait bien.
Le patron était passé derrière son bar et on entendait le percolateur crachoter. Mary, campée derrière la vitre, regardait l’eau du port qui miroitait sous le soleil.
– On dirait que c’est le grand beau temps, dites-moi.
– D’après la météo marine, c’est parti en effet, et pour un moment.
Il sourit et ajouta :
– C’est parti pour rester, comme on dit ici.
– Belle expression, dit-elle.
Puis elle ajouta :
– On m’a dit qu’il y avait une grande marée aujourd’hui et que, avec ces vents, on n’était pas près d’avoir de la pluie.
– De la pluie? On en a eu bien assez! Parlez pas de malheur!
Il apporta le pot de café noir et sa femme, surgie silencieusement d’une petite porte derrière le bar, déposa devant Mary une corbeille contenant une baguette coupée en morceaux et quelques croissants en lui adressant un grand sourire et en disant, presque timidement : « bon appétit ».
– Voulez-vous une orange pressée?
– Volontiers. Et un verre d’eau s’il vous plaît.
Quand elle fut servie, elle écorna un croissant et le trempa dans le café. Avec une inépuisable bonne volonté, le patron lui proposa le journal.
– Vous l’avez lu? demanda-t-elle.
– Dans les grandes lignes.
– Et alors? quoi de neuf?
– Pfff! fit-il. Rien de neuf. C’est le bordel partout.
– Sauf à Camaret.
– Pourquoi dites-vous ça?
Elle eut un mouvement de la tête vers le port. La mer, lisse et brillante, sans une ride, se retirait imperceptiblement. Sur la route de rares voitures passaient de loin en loin.
– Eh… la vie est là simple et tranquille.
– Trop tranquille, maugréa le patron.
Et il ajouta, sans craindre le paradoxe :
– C’est pour ça que c’est le bordel!
Comme elle le regardait, surprise, il précisa :
– Nous sommes dans un port! Il y faut de la vie, une activité économique! Ah, si vous aviez connu Camaret dans les années soixante! Ça vivait! Tout au long du Sillon, là où est maintenant le cimetière de bateaux, il y avait des chantiers de construction qui employaient des centaines de charpentiers. Il y avait alors des milliers de marins, des magasins de marée qui expédiaient la langouste, le crabe, des usines où les femmes travaillaient la sardine… Et maintenant…
Il s’était mis près de Mary, et le front collé à sa vitrine, les poings serrés au fond des poches, il contemplait ce port qui ne servait plus guère qu’aux bateaux de plaisance.
– Je suppose, dit Mary, que ce Lannurien est un des derniers survivants de cette glorieuse époque.
– Oui. Vous ne l’avez pas vu sous son meilleur jour, mais Loulou était un maître ouvrier.
– Que fait-il maintenant?
– Retraité. Il est dans l’Association et il s’occupe de l’entretien de la Belle-Étoile.
– Ah, cette fameuse Belle-Étoile! Depuis hier, tout le monde m’en parle : d’abord le recteur, et puis Lannurien avec son ex-voto, et maintenant vous! Qu’est-ce donc que ce bateau pour qu’il ait une telle importance?
