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Le Duigou et Bozzi se penchent sur le cas du mystérieux réseau Darknet alors que les meurtres s’enchaînent et que les pistes se divisent…
Un ingénieur en télécommunication est assassiné au cours de son jogging sur le sentier de la Côte de granit rose de Ploumanac’h. Il travaillait dans la téléphonie mobile à haut débit. Se dirige-t-on vers un piratage industriel à Lannion, berceau de cette technique de pointe ?
Un second meurtre, celui d’un professeur de l’enseignement supérieur, va faire planer le mystère.
Les pistes changent subitement d’orientation. Le disque dur des ordinateurs des deux victimes révèlent des trafics frauduleux via le Darknet, réseaux Internet privés...
Les affaires se compliquent pour le capitaine François Le Duigou et le lieutenant Phil Bozzi qui vont sillonner le Trégor : Lannion, Perros-Guirrec, Tréguier, Paimpol...
Les pistes s’entrecroisent quand survient un troisième meurtre, celui d’un ambulancier, a priori sans lien avec les deux autres.
Sans lien ? C’est ce que s’efforceront de découvrir nos deux officiers de police judiciaire...
Un roman intrigant et percutant sur les criminels évoluant grâce à un réseau internet obscur et difficilement accessible.
EXTRAIT
Cette fois, le capitaine François Le Duigou et le lieutenant Phil Bozzi étaient fixés sur leur sort… Leur entrevue avec la direction régionale de la police judiciaire à Rennes n’avait offert aucune place à la discussion.
Leur tête bourdonnait encore de l’avalanche d’informations qui venait de leur être servie.
Fidèle à son habitude, le directeur était parti de loin, leur rappelant que, depuis quelques années déjà, l’interpénétration de la police et de la gendarmerie était devenue banale… On pouvait dire que la révolution culturelle dans le paysage administratif français avait commencé par la circulaire interministérielle du 22 mai 2002, avec la création des GIR. On venait d’inventer une structure horizontale et partenariale en faisant travailler ensemble des corps différents pour lutter contre l’économie souterraine et les diverses formes de délinquance organisée qui l’accompagnent.
A PROPOS DE L’AUTEUR
Né à Kernével en 1950 , Firmin Le Bourhis vit et écrit à Concarneau en Bretagne. Après une carrière de cadre supérieur de banque, ce passionné de lecture et d’écriture s’est fait connaître en 2000 par un premier ouvrage intitulé Quel jour sommes-nous ?, suivi d’un second, Rendez-vous à Pristina, publié dans le cadre d’une action humanitaire au profit des réfugiés du Kosovo.
Connu et reconnu bien au-delà des frontières bretonnes, Firmin Le Bourhis est aujourd’hui l’un des auteurs de romans policiers bretons les plus appréciés, avec vingt-huit enquêtes déjà publiées. Il est également l’auteur d’essais sur des thèmes médicaux et humanitaires.
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Seitenzahl: 306
Veröffentlichungsjahr: 2015
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FIRMIN LE BOURHIS
Zones blanches
éditions du Palémon
DU MÊME AUTEUR
Auxéditions Chiron
- Quel jour sommes-nous ? La maladie d’Alzheimer jour après jour
- Rendez-vous à Pristina - récit de l’intervention humanitaire
Auxéditions du Palémon
n° 1 - La Neige venait de l’Ouest
n° 2 - Les disparues de Quimperlé
n° 3 - La Belle Scaëroise
n° 4 - Étape à Plouay
n° 5 - Lanterne rouge à Châteauneuf-du-Faou
n° 6 - Coup de tabac à Morlaix
n° 7 - Échec et tag à Clohars-Carnoët
n° 8 - Peinture brûlante à Pontivy
n° 9 - En rade à Brest
n° 10 - Drôle de chantier à Saint-Nazaire
n° 11 - Poitiers, l’affaire du Parc
n° 12 - Embrouilles briochines
n° 13 - La demoiselle du Guilvinec
n° 14 - Jeu de quilles en pays guérandais
n° 15 - Concarneau, affaire classée
n° 16 - Faute de carre à Vannes
n° 17 - Gros gnons à Roscoff
n° 18 - Maldonne à Redon
n° 19 - Saint ou Démon à Saint-Brévin-les-Pins
n° 20 - Rennes au galop
n° 21 - Ça se Corse à Lorient
n° 22 - Hors circuit à Châteaulin
n° 23 - Sans Broderie ni Dentelle
n° 24 - Faites vos jeux
n° 25 - Enfumages
n° 26 - Corsaires de l’Est
n° 27 - Zones blanches
n° 28 - Ils sont inattaquables
n° 29 - Dernier vol Sarlat-Dinan
Menaces - Tome 1 - Attaques sur la capitale
Menaces - Tome 2 - Tel le Phénix
Le blog de l’auteur :www.firminlebourhis.fr
CE LIVRE EST UN ROMAN
Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres,
des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant
ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.
NOTE DE L’AUTEUR
Comme pour chaque enquête, le texte intègre différents ingrédients que j’ai rassemblés ici, la majorité des personnages de cette histoire ayant existé, dit et fait ce que j’ai relaté. Souvent la réalité dépasse la fiction, et je laisse aux lecteurs le soin de deviner ce qui relève de ma seule imagination…
REMERCIEMENTS
À mon ami Pascal Vacher, Commandant de police honoraire de la police judiciaire.
Au commandant de police François Lange, État major, Direction départementale de la sécurité publique du Finistère à Quimper.
Au docteur Aurélie Fontaine, médecin légiste à Quimper.
Au commandant Jean-Marie Piprot, Chef de la circonscription de police de Lannion.
À l’équipe de l’Office de Tourisme de Lannion, en particulier à Carole Boëtti, guide, pour sa documentation.
Pour l’accueil qui m’a été réservé également aux Offices de Tourisme de Perros-Guirec, de Tréguier et de Paimpol.
Je remercie aussi vivement ma complice dans la vie et critique la plus sévère.
Il n’y a pas de fatalité extérieure, mais il y a une fatalité intérieure.
Vient une minute où l’on découvre ses fautes, où l’on se découvre vulnérable.
Alors les fautes vous attirent comme un vertige.
Vol de nuit. Antoine de Saint-Exupéry
La raison, c’est la folie du plus fort.
I
Lundi 30 mars.
Cette fois, le capitaine François Le Duigou et le lieutenant Phil Bozzi étaient fixés sur leur sort… Leur entrevue avec la direction régionale de la police judiciaire à Rennes n’avait offert aucune place à la discussion.
Leur tête bourdonnait encore de l’avalanche d’informations qui venait de leur être servie.
Fidèle à son habitude, le directeur était parti de loin, leur rappelant que, depuis quelques années déjà, l’interpénétration de la police et de la gendarmerie était devenue banale… On pouvait dire que la révolution culturelle dans le paysage administratif français avait commencé par la circulaire interministérielle du 22 mai 2002, avec la création des GIR1. On venait d’inventer une structure horizontale et partenariale en faisant travailler ensemble des corps différents pour lutter contre l’économie souterraine et les diverses formes de délinquance organisée qui l’accompagnent.
Depuis le 12 mai 2014, la DGSI2 se substituait à la DCRI3, née en 2008 de la fusion de la DST4 et des RG5, et passait de la tutelle de la police nationale à celle du ministère de l’Intérieur…
— Nous avons pu apprécier l’efficacité de cette nouvelle organisation que nous avons vue à l’œuvre lors des attentats contre Charlie Hebdo en janvier dernier, leur avait précisé le directeur ; ainsi, en cas de risque élevé, avait-il poursuivi, il est plus facile de mobiliser immédiatement des groupes d’intervention différents.
Depuis, toutes les cartes avaient été rebattues une nouvelle fois et les régions mettaient en place des équipes volantes qui conservaient leur lieu d’affectation mais pouvaient être mobilisées provisoirement dans telle ou telle ville selon les besoins et les décisions du directeur régional…
Pour la Bretagne, François et Phil étaient tout désignés pour être l’un des premiers binômes de cette nouvelle organisation.
Le directeur leur avait d’ailleurs glissé :
— Sans le savoir, c’est ce que nous avions commencé à mettre en place avec vous deux depuis quelques années, d’une façon totalement informelle, et il faut le reconnaître… avec succès !
— Peut-être, mais concrètement, comment cela va-t-il se passer pour nous ? avaient-ils demandé.
— Vous bénéficierez d’indemnités contractuelles conséquentes dans votre salaire, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent, ou dans une moindre mesure, et vous conservez votre point d’affectation originel, très appréciable par les temps qui courent ! leur avait-il été répondu.
Force était de constater que cette situation leur apportait bien des avantages, même s’ils savaient d’avance que ce ne serait pas du goût de leur patron actuel, Yann Le Godarec.
Comme ils n’avaient guère d’alternative, ils acceptèrent cette situation, se disant qu’au fond cela apporterait peu de changement à ce qu’ils connaissaient déjà, sauf qu’ils gagneraient davantage, ce qui n’était pas pour leur déplaire…
*
Sur le chemin du retour, François rêvait, encore tout heureux d’avoir profité d’une semaine complète de congés pour participer aux grandes marées du siècle, une dizaine de jours plus tôt, et il ne put s’empêcher de confier à Phil qu’il songeait déjà à mettre de côté les indemnités qu’il allait percevoir pour se payer un beau bateau pêche-promenade, ajoutant :
— Il faut bien que je commence à penser à ma retraite !
Phil ne répondit pas et se contenta de tourner la tête vers lui en souriant. Passionné de mécanique et de vieilles voitures, il se disait qu’il allait peut-être se faire plaisir et s’offrir enfin un autre véhicule ancien. Il s’était testé avec sa Priscilla Renault 5 GTL de 84 qu’il bichonnait avec amour et il avait repéré une Porsche 911 Carrera 3.2 Targa de 84 également. Finalement cela lui plairait bien de se la payer… Mais dans l’immédiat ce serait sa famille - Gwen et Clémence - qui serait privilégiée, priorité aux congés supplémentaires et aux voyages qu’ils pourraient entreprendre… D’ailleurs, les vacances de printemps étaient toutes proches, débutant le 10 avril pour la zone dont la Bretagne faisait partie…
*
Le soir, ils retrouvèrent leur patron qui affichait un air morne. Avant même que François et Phil ne s’expriment, il leur annonça :
— Je suis au courant, on m’a appelé dès votre départ de Rennes et signifié votre accord. Cela ne va pas simplifier les choses ici… soupira-t-il. Enfin, je trouve que pour vous, ce n’est pas si mal.
— Oui… c’est ce que nous nous sommes dit, se contenta de répondre François, approuvé de la tête par Phil.
— Savez-vous quand vous devrez partir ?
— Non, on ne nous a rien précisé pour l’instant, nous allons continuer comme si de rien n’était… Même si nous savons désormais que ça ne va pas durer.
Lorsqu’ils quittèrent le bureau du patron, les collègues vinrent aux nouvelles.
Phil et François leur relatèrent les faits et ils se sentaient à présent plutôt heureux de cette nouvelle situation. Certains OPJ ne cachèrent pas que, finalement, ils les enviaient et estimaient que c’était une bonne solution pour leur plan de carrière. Ils se disaient que cela pouvait aussi les intéresser ultérieurement.
Les jours suivants furent à cette image et chacun intégrait cette nouvelle donnée. Mais la vie suivait son cours, sans surprise, au rythme quotidien des affaires bien souvent banales…
La première affectation selon ce nouveau mode de fonctionnement tomba le Vendredi Saint, 3 avril, deux jours avant Pâques ; ils apprirent qu’ils devaient se rendre le mardi 7 avril au matin à Lannion…
Ils allaient profiter au maximum des trois jours du week-end qui se présentait…
1. Groupements d’Intervention Régionaux.
2. Direction Générale des Services Intérieurs.
3. Direction Centrale du Renseignement Intérieur.
4. Direction de la Surveillance du Territoire.
5. Renseignements Généraux.
II
Lannion - Mardi 7 avril, matin.
Ils étaient partis de Quimper au petit matin tandis que l’aube diluait la nuit sur les reliefs lointains de la campagne, qui se découpaient en ombres chinoises sur un ciel pâlissant.
Deux heures plus tard, à l’entrée de Lannion, le fragile soleil d’avril se laissait à nouveau cerner par les nuages en bandes bien organisées. Les zones commerciales traversées, semblables à celles que l’on trouve partout, ils passèrent un panneau indiquant l’entrée de la ville, empruntèrent la route de Guingamp et filèrent de rue en rue en suivant la voix mélodieuse de leur GPS, pour atteindre le boulevard du Forlac’h et s’arrêter juste en face du cimetière dont on apercevait ici et là quelques croix dépassant un haut mur de pierre.
Le commissariat était un bâtiment moderne, assez récent, bien centré sur un terrain bitumé ceint de grandes grilles métalliques vertes. Ils entrèrent pour se garer le long du rez-de-chaussée et notèrent que le premier étage et la toiture étaient uniquement recouverts d’ardoises.
Ils franchirent le sas d’entrée et se présentèrent à l’accueil où une femme de taille moyenne, cheveux courts, les reçut fort aimablement depuis son comptoir aux lignes arrondies. Derrière elle, des collègues en tenue discutaient dans un bureau. Sur leur droite, un petit espace d’attente avec deux distributeurs, l’un de boissons et l’autre de friandises, donnait sur un large escalier.
La femme prévint aussitôt le commandant installé au premier étage et ce dernier descendit rapidement pour les saluer et les inviter à le suivre jusqu’à son bureau.
En haut des marches, un long couloir où s’ouvrait un grand nombre de portes s’engageait sur la droite.
Ils entrèrent sur la gauche et s’assirent sur des chaises en cuir noir dotées d’une structure métallique chromée tandis que le commandant regagnait sa place en face d’eux, de l’autre côté de son bureau, fortement encombré de documents administratifs de toutes sortes. Ils remarquèrent le cavalier sur lequel était inscrit Cdt Jean-François Pernaut.
L’homme, d’un abord sympathique, était grand, élégant, portant bien le nœud papillon. Après les formules de politesse d’usage, il leur présenta brièvement le commissariat qu’il dirigeait, en sa qualité de commandant fonctionnel, et qui dépendait de celui de Saint-Brieuc.
Ce fut pour François l’occasion de lui parler d’une enquête précédemment menée avec le commissariat situé boulevard Waldeck-Rousseau de cette dernière ville.6
Une population de vingt mille habitants s’étendait sur tout le secteur de Lannion, comprenant la ville et ses alentours.
— Il nous faut une demi-heure en voiture pour nous rendre d’une extrémité à l’autre, leur précisa-t-il en leur montrant une carte du territoire du commissariat.
Il leur confia qu’il venait d’une région du nord de la France. Il trouvait que Lannion était une ville fort agréable avec son centre médiéval, ses maisons à pans de bois place du Centre et son marché incontournable le jeudi. Sa rivière, le Léguer, la traversait et offrait une note bucolique supplémentaire en toute saison. À marée haute, elle était praticable pour la navigation de plaisance, notamment entre la ville et la mer distante seulement de quelques kilomètres. Tout comme sur les côtes de la Manche, le marnage y était très élevé, si bien qu’à marée basse, le lit du fleuve se réduisait considérablement et laissait apparaître la vase sur une hauteur de plusieurs mètres…
Lannion avait connu sa révolution technologique avec les télécommunications à partir de 1960 et de très importantes entreprises étaient venues s’y installer, faisant passer la population de cinq mille habitants à quatre fois plus aujourd’hui. Si la ville ne connaissait pas plus de délinquance qu’ailleurs, elle subissait cependant un cycle saisonnier très net à la période estivale, fortement influencée par les stations balnéaires toutes proches, comme Trébeurden, Trégastel et bien sûr Perros-Guirec.
Cette présentation terminée, ils visitèrent au pas de charge tous les bureaux pour saluer les collègues et furent confortablement installés dans une pièce bien spacieuse située au fond du couloir et qui serait leur futur bureau.
Ils prirent connaissance du petit dossier qui leur fut remis et décidèrent de se rendre en centre-ville pour passer à l’office du tourisme, afin de se documenter et d’avoir un plan de la cité et des environs.
Dans une véritable verrière, l’office de tourisme se situait tout au bout d’un parking longeant le Léguer, près de la Poste, et à deux pas de la partie historique de la ville. L’accueil y fut fort aimable et ils ressortirent peu après, dotés de toutes les informations utiles. Ils décidèrent de s’accorder quelques minutes pour découvrir le cœur médiéval avec ses maisons à pans de bois, ainsi que ses constructions de caractère, parfaitement rénovées et entretenues.
Une heure après, ils avaient repris place à leur bureau ; des collègues leur demandèrent de l’aide pour enregistrer quelques plaintes car ils étaient tous très pris depuis le matin. Un lendemain du week-end de Pâques ne pouvait qu’être un peu chargé…
*
Mardi 7 avril, 14 heures…
Un couple se présenta à l’accueil et fut dirigé vers Phil et François, en raison de leur disponibilité.
— Que puis-je faire pour vous ? leur demanda François, une fois qu’ils eurent pris place après avoir décliné leur identité.
— Je suis directeur des ressources humaines7 dans une entreprise de haute technologie qui travaille en sous-traitance pour le groupe industriel national bien connu à Lannion et voici mon assistante.
— Bien. Enchanté. Pour quelles raisons êtes-vous là ?
— Voilà… commença l’homme, sous le regard attristé de son assistante. Nous avons un collaborateur qui ne s’est pas présenté au travail ce matin. C’est l’un de nos bons chefs de service. Nous avons d’abord été surpris de ne pas le voir, lui qui est toujours en avance… Nous l’avons appelé à plusieurs reprises, sans succès. Un de ses collègues qui habite non loin de chez lui s’est rendu à son domicile. Personne. Il est célibataire et laisse en permanence un double de clef à sa voisine, en cas d’absence. Cette dernière a accepté d’accompagner le collègue pour entrer dans sa maison, car elle s’étonnait également de ne pas l’avoir entendu partir ce matin. Il n’y était pas et tout était parfaitement rangé comme s’il devait revenir d’un instant à l’autre… Cependant, sa voiture était bien dans son garage ! Comme si rien ne s’était passé depuis la veille au soir lorsque la voisine l’avait entendu arriver.
— Alors pourquoi vous inquiétez-vous ?
— En raison de l’importance du dossier sur lequel il travaille… Il est venu au bureau hier toute la journée alors que c’était le lundi de Pâques, jour férié. Nous sommes en ce moment sur des études hautement confidentielles ; lui et son équipe ont en charge une partie du développement de la 5G… Avez-vous quelques connaissances dans ce domaine ?
— Oui, répondit François, en se tournant vers Phil qui prit aussitôt le relais.
— Pour l’instant, nous sommes au fait de la 4G… Quand je dis au fait, c’est tout de même un grand mot car nous ne sommes pas des spécialistes ! Vous pouvez nous en apprendre un peu plus en quelques mots ?
— Oui, d’une façon brève, disons que la 4G est la quatrième génération des standards pour la téléphonie mobile et permet le très haut débit… pour vous donner une idée, la 4G est dix fois plus rapide que la 3G, datant d’une dizaine d’années, et offre un débit maximum théorique de 150 Mbit/s, techniquement grâce, notamment, à la fibre optique qui sert à relier les installations afin d’assurer une qualité maximum par forte affluence. Bref… tout cela pour vous dire que la 5G va apporter une révolution… et c’est là-dessus qu’il travaille précisément.
Si Phil était passionné par les propos du directeur des ressources humaines de l’entreprise, François se perdait un peu dans les chiffres et les techniques qui ne voulaient rien dire pour lui et décida d’y mettre un terme.
— Et quel est le rapport avec votre visite ?
— Eh bien, ce dossier est porté par notre ingénieur, chef de projet… Laurent Rospez. Il a quarante ans. C’est sa vie. Pour rien au monde il n’aurait raté la réunion primordiale de ce matin fixée avec notre direction et le groupe national pour lequel nous travaillons… En son absence, nous avons d’ailleurs décidé de la reporter car c’est lui qui détient les éléments essentiels et il avait finalisé sa présentation la veille…
— Comment expliquez-vous cette carence et à quoi pensez-vous en priorité ?
— Pour nous, il lui est arrivé quelque chose de grave ! Mais nous ne disposons d’aucun élément pour l’expliquer, dans la mesure où il est rentré chez lui hier soir après être resté au bureau toute la journée pour pouvoir présenter sa proposition ce matin…
— Vous croyez qu’on l’aurait… je ne sais pas, disons kidnappé, pour lui soutirer des informations de la plus haute importance ?
— Nous ne pouvons pas aller jusque-là, mais son silence total est inquiétant.
— Aurait-il pu vouloir disparaître volontairement en emportant son dossier ?
— Non, sûrement pas, pas lui…
— Lui aurait-on dérobé ses dossiers ? Les avait-il avec lui ?
— Non, rien ne doit jamais sortir de nos bureaux. Nous n’avons pas remarqué de substitution de quoi que ce soit ni de dérangements particuliers dans ses affaires, c’est vraiment un mystère. C’est pour cette raison que nous avons décidé de venir vous voir afin que l’on puisse signaler sa disparition et lancer des recherches pour le retrouver…
— Avez-vous une de ses pièces d’identité, une photo ?
— Non, nous n’avons rien sur nous, mais si vous pouvez passer à notre bureau…
— D’accord, c’est ce que nous allons faire, nous établirons le procès-verbal là-bas.
— Nous sommes installés du côté de l’Espace Pégase, c’est tout en haut de la ville en prenant la direction de Perros-Guirec…
Ils prévinrent le patron du commissariat et sortirent tous les quatre. Les deux voitures se suivirent jusqu’aux installations de l’entreprise situées à proximité des mastodontes de la zone industrielle que sont France Télécom ou plutôt Orange Lab et Alcatel-Lucent. Le tout sous le regard très élevé du château d’eau qui domine la région et dont le sommet est harnaché de multiples antennes et appareils en tout genre…
Ils se garèrent côte à côte sur le parking réservé à la direction. Phil fit remarquer au DRH, désignant du doigt le château d’eau :
— Vous avez une sacrée construction près de chez vous !
— Oui, en réalité c’est la tour hertzienne du Cnet dont la première pierre a été posée en mai 1960. Elle domine le site Pégase du haut de ses 63 mètres. C’est un peu comme la Tour Eiffel. Juste en dessous du regroupement d’antennes qui constitue un puissant relais hertzien se trouvent de vastes bureaux désormais inoccupés, mais la tour possède encore son ballon de réserve d’eau. Sur Internet vous pourrez découvrir les installations et les différentes présentations à 360° filmées depuis la plate-forme offrant une vue exceptionnelle sur la région.
— Le Cnet existe encore ?
— En fait, le Cnet8 est devenu en 2000 France Télécom puis Orange Lab. Depuis le fameux 11 juillet 1962, soit plus de cinquante ans, cette région est au cœur des télécommunications, avec, à quelques kilomètres, les installations du radôme de Pleumeur-Bodou ; vous vous souvenez sans doute de cette première retransmission en direct entre les États-Unis et la France…
Phil et François approuvèrent de la tête et suivirent les deux personnes d’un pas ferme en direction des bureaux. Les deux OPJ remarquèrent toutefois que l’enceinte, grillagée, était équipée d’une multitude de caméras de surveillance, et que le portail électrique s’était refermé automatiquement juste derrière eux.
Les aménagements intérieurs étaient clairs, modernes et spacieux. Les deux OPJ furent conduits au bureau du DRH, toujours accompagné de son assistante.
Dès qu’ils furent installés, Phil put enregistrer l’état civil de Laurent Rospez ainsi que sa photo d’identité et un certain nombre de renseignements.
— J’ai vu que vous disposiez de caméras à l’extérieur, celles-ci sont-elles coupées lorsqu’un membre du personnel pénètre dans les lieux en dehors des heures habituelles de travail ?
— Non, personne n’a le contrôle, donc personne ne peut les couper. Selon un accord avec la direction générale, seule la société de surveillance a la main, pour des raisons de sécurité. Le cadre qui vient sur le site doit la prévenir. Mais toutes les caméras de surveillance restent en fonctionnement. Ce dernier sait que tous ses faits et gestes sont enregistrés. C’est la consigne.
— Comment fonctionne le portail ?
— La direction et les chefs de projet disposent d’une télécommande et d’une carte magnétique pour le portail et la porte d’entrée dans les locaux. Le reste du personnel doit s’identifier lors de ces deux points de passage puis composer un code qui ne peut être actionné que dans la plage horaire de travail, donc inexploitable sans la présence d’un cadre de direction capable de valider l’accès par sa propre carte.
— Dans ce cas, pouvons-nous visionner les images d’hier, pour l’instant au moment du départ de Laurent Rospez seulement, car selon ce que vous venez de nous dire, il a été filmé toute la journée, c’est bien ça ?
— Oui, tout à fait…
Le DRH et son assistante se regardèrent, sans doute réalisaient-ils qu’ils n’y avaient pas songé.
Le DRH le reconnut d’ailleurs :
— Nous n’avons pas pensé à le vérifier… J’appelle la société et lui demande d’effectuer le transfert des images d’hier sur un poste moniteur dans le bureau voisin, à son arrivée et lors de son départ dans un premier temps. Ensuite, je vous récupérerai la journée entière, ce qui sera plus long à visionner.
Quelques minutes plus tard, ils regardaient en mode ralenti les images des séquences qui intéressaient les deux OPJ. Laurent Rospez ne portait rien dans ses mains en arrivant ni en partant. Ils constatèrent qu’il avait regagné sa voiture et quitté les installations de façon tout à fait naturelle, sans paraître préoccupé, ni inquiet.
— J’ai noté qu’il a quitté l’établissement à 18 h 16 exactement, nous allons à présent vérifier auprès de sa voisine l’heure à laquelle son véhicule est arrivé à son domicile…
— Oui, il habite à Perros-Guirec, boulevard Thalassa comme vous l’avez noté, cela se trouve du côté de la plage de Trestraou… ajouta l’assistante, qui ne s’était pas exprimée jusque-là.
— Très bien merci, nous allons nous y rendre et interroger le voisinage, c’est en effet curieux cette disparition inexpliquée. Avait-il des soucis de santé ?
— Lui ? Non ! Sûrement pas ! C’est un sportif, il effectue entre autres le triathlon et s’occupe avec deux autres entraîneurs d’une équipe de jeunes. Tous les trois se complètent. Les deux autres assurent l’entraînement du mercredi après-midi car ils sont dans l’enseignement, lui intervient le samedi, jour où il ne travaille pas…
— Des soucis personnels, une compagne ?
— Non. Il vit seul. Ses deux seules addictions sont le sport et son travail. Il ne boit pas d’alcool, ne fume pas, il est très sympa et dirige ici un groupe d’une quinzaine de personnes.
— Pouvons-nous voir son bureau ?
— Suivez-moi…
Le bureau de Laurent Rospez était parfaitement rangé, rien ne traînait de façon désordonnée, plusieurs ordinateurs et écrans meublaient les deux espaces de travail qu’il devait utiliser. Quelques photos le présentaient en effort en course, d’autres lors de remises de trophée…
— Nous serions intéressés par cette photo… Pourriez-vous nous en procurer une photocopie de bonne qualité ? demanda Phil en désignant l’un des clichés du doigt.
— Je m’en charge, répondit aussitôt la femme en la décrochant, voulez-vous autre chose, tant que j’y suis ?
— Oui, merci, ajoutez ces deux-ci également.
La femme disparut. Les deux OPJ examinèrent plus précisément les lieux, ouvrant quelques tiroirs, sous l’œil attentif du DRH, qui se contenta de préciser que Laurent Rospez était un homme connu et reconnu pour ses compétences et unanimement apprécié par la direction et les sociétés partenaires ou donneuses d’ordres avec lesquelles il travaille.
— Il est ouvert dans ses activités sportives, exigeant envers lui-même et envers les autres, et l’on retrouve cet esprit de compétition dans son quotidien professionnel, car il ne supporte guère de contradiction ni de comportement s’écartant de sa propre morale ou de sa façon de voir les choses dans la société. Et ceci, toujours pour gagner, ajouta-t-il, sans donner toutefois d’exemples précis. Il sait se montrer cassant lorsqu’un collaborateur ne répond pas à ses attentes, mais toujours à juste titre, conclut-il.
La femme revint et leur tendit les photos. Les deux OPJ remirent leur carte de visite, les invitant à les appeler, quelle que soit l’heure, si un détail leur revenait ou si un élément nouveau survenait. Le DRH en fit de même, glissant qu’il ne voulait surtout pas que l’on évoque les recherches en cours sur le dossier de la 5G, car cela relevait du plus grand secret. Phil et François en convinrent immédiatement, ce qui sembla satisfaire le DRH.
Puis ils quittèrent l’entreprise pour rejoindre la route de Perros-Guirec, une voie express jalonnée de quelques grands ronds-points avant d’arriver à la ville voisine…
François appela le commandant sur le trajet afin de valider les extensions de compétence car ils entraient dans le territoire de la gendarmerie avec qui le commissariat entretenait de bons rapports. Le commandant leur demanda de passer se présenter à la gendarmerie, où ils pourraient également obtenir des informations supplémentaires sur Laurent Rospez…
6. Voir Embrouilles briochines, même auteur, même collection.
7. DRH.
8. Centre National d’Études des Télécommunications.
III
Perros-Guirec - Mardi 7 avril, après-midi.
Le temps restait résolument clair, le ciel partiellement dégagé même si le soleil jouait encore la timidité, il était agréable de circuler dans ce cadre exceptionnel… Ils roulèrent au pas le long du littoral. Les vagues, paisibles, semblaient épargnées par le chaos du monde, cependant qu’une légère brise caressait la surface de l’eau.
Ils longèrent l’esplanade de la douane qui bordait le port de plaisance où s’alignaient une multitude de bateaux dont certains propriétaires revenaient déjà pour les préparer à l’approche de la saison. Ils empruntèrent une rue assez étroite qui grimpait vers le centre-ville puis, près de l’église, tournèrent à gauche dans la rue des frères Montreer et découvrirent tout en haut sur leur gauche la gendarmerie dans un bâtiment moderne, à l’instar du commissariat de Lannion. Ici, le mur du rez-de-chaussée était en granit rose et les étages en crépi jaune avec différentes pentes de toits couverts d’ardoises…
Ils se garèrent à droite sur le petit parking situé juste devant et se présentèrent à l’accueil.
— Vous tombez mal, leur dit aussitôt le gendarme, visiblement excité, on vient de nous signaler à l’instant la découverte d’un corps sur le sentier des douaniers, apparemment un sportif qui devait l’emprunter pour courir…
Entendant parler de sportif, les deux OPJ pensèrent aussitôt à leur disparu.
— Vos collègues sont partis ?
— Non…
— Pouvez-vous les informer de notre présence et leur faire savoir que nous aimerions les accompagner ?
François donna en quelques mots l’objet de leur visite.
— D’accord, je comprends, je vais les prévenir.
Quelques minutes plus tard, ils suivirent les gendarmes, regagnant le boulevard Aristide Briand. Ils aperçurent furtivement la corniche et le sémaphore, dominant la côte, tandis que les véhicules prenaient un virage en épingle à cheveux. La route à cet endroit était bornée par des lignes de cuestas, pentes abruptes descendant jusqu’au chemin des douaniers qui longeait la mer à leurs pieds.
Puis le convoi entra dans Ploumanac’h et prit la direction de la plage de Saint-Guirec pour virer à droite et remonter tout au bout de la voie sans issue de la rue Amédée Fournier.
Ils se garèrent sur le large parking aménagé en bordure du chemin piétonnier.
En sortant des voitures, les deux OPJ furent soufflés par le fabuleux décor de chaos rocheux qui s’offrait à leur regard…
Un sentier, le GR 349, serpentait entre ces rochers de granit rose et longeait toute la côte.
Les gendarmes, sans doute habitués aux lieux, étaient moins sensibles au paysage que Phil et François qui le découvraient avec émerveillement.
Ils se dirigèrent vers un petit attroupement à une centaine de mètres et demandèrent aux badauds de s’écarter afin d’établir un périmètre de sécurité même s’ils savaient que celui-ci avait vraisemblablement déjà été très pollué par le piétinement. Ils appelèrent la personne qui avait découvert le corps et donné l’alerte afin de recueillir son témoignage.
Selon celle-ci, il s’agissait d’un homme en tenue de joggeur, recroquevillé sur le sol d’une petite construction circulaire, dotée de meurtrières, toute en pierre rose, notamment sa toiture se terminant en pointe. L’édifice, abrité des embruns, dominait un peu la côte, tout en se fondant dans le paysage environnant, et se situait un peu plus haut, à une vingtaine de mètres du sentier proprement dit. Une étonnante végétation spontanée poussait ici et là malgré les conditions climatiques et la pauvreté des sols, abandonnée aux lois de l’érosion et de la nature sauvage. Les petits ajoncs et les bruyères qui bordaient l’accès et se perdaient entre les rochers méritaient le respect.
— C’est la cabane du douanier, leur dit le gendarme qui montait avec eux l’étroit chemin d’accès, pavé de granit rose. Aux XVIIe et XVIIIe, les douaniers les utilisaient pour se cacher et surveiller la côte afin d’empêcher les trafics illicites, comme celui du tabac notamment.
Un trou rectangulaire servant de porte à la cabane donnait sur la partie arrière de la tour, invisible du sentier des douaniers.
Effectivement, un homme gisait là, replié sur le sol, vêtu d’une tenue en lycra fluo et de chaussures de sport dernier cri. François sortit les photos en leur possession. Elles passèrent de main en main et ils considérèrent qu’il s’agissait bien de Laurent Rospez…
Le meurtre avait eu lieu depuis de nombreuses heures car le corps était froid et des traces de strangulation apparaissaient très nettement. Cela ne semblait avoir aucun rapport avec un éventuel malaise dans l’exercice du sport. Ils appelèrent immédiatement le procureur et le médecin référent agréé afin de constater le décès et d’effectuer les premiers examens in situ, ainsi que les TIC10 de la gendarmerie. Il s’agissait à présent de libérer au mieux l’espace, même s’il y avait peu d’espoir de relever des traces significatives en raison de la fréquentation des lieux.
Peu de temps après, le procureur appela François pour obtenir un bref compte rendu de la déclaration du DRH du matin…
En raison du caractère confidentiel et de haute technologie du dossier traité par Laurent Rospez, il considéra qu’il devait avertir la DGSI et nomma François directeur d’enquête ; celle-ci devrait être menée en parfaite harmonie avec les collègues de la gendarmerie de Perros-Guirec.
Il tint également à en faire part au lieutenant de gendarmerie sur place.
Les promeneurs, intrigués par cette situation exceptionnelle, restaient à distance, spectateurs. Un gendarme leur demanda de quitter les lieux, au moment où les collègues TIC et le médecin arrivaient.
Les techniciens revêtirent leur tenue de cosmonaute, redoublant l’intérêt de ces badauds. Depuis 1987, le centre national de la police judiciaire avait formé plus de mille cinq cents techniciens en identification criminelle, que ce soit des militaires de la gendarmerie ou des OPJ ; Phil et François appréciaient toujours de les voir travailler avec calme et méthode, quelles que soient les circonstances. L’un d’entre eux prenait des photos tandis que le médecin, agréé également dans ce type d’intervention, procédait à une étude attentive. Ce rapport servirait ensuite au médecin légiste puisque le corps devrait être dirigé vers l’institut médico-légal de Rennes Pontchaillou pour être autopsié, tout comme ce fut le cas lors de leur précédente enquête qui s’était déroulée à Saint-Malo.11
L’examen terminé, le médecin vint vers eux en ôtant ses gants en latex tandis que les techniciens s’affairaient toujours.
— La strangulation ne fait aucun doute. L’homme a été, je pense, surpris par-derrière ; il est vrai qu’avec tous ces rochers ici, ce n’est pas difficile de se dissimuler et d’attendre sa proie…
— Peut-être, mais tout de même… pour intercepter et étrangler un homme jeune, sportif qui fait son footing sur le sentier, il faut déjà être fort et bien préparé. Une telle action ne s’improvise pas, observa Phil pour lui-même.
Tout le groupe approuva la réflexion, puis le médecin reprit son commentaire :
— L’homme s’est à peine débattu car il n’y a aucune trace de lutte, puis il a été traîné jusqu’à la cabane du douanier, le talon de ses chaussures l’atteste, il a ensuite été déposé là sans ménagement. Le meurtrier a tout de même fait en sorte que le corps ne soit pas vu du sentier.
— À quand estimez-vous le décès ?
— L’autopsie le précisera, mais pour ma part et sans engagement, je la situerais à hier soir, sans pouvoir vous donner d’heure évidemment, entre dix-huit et vingt heures peut-être pour vous donner une fourchette large… Connaissez-vous son identité ?
— Oui, c’est un cadre technique dans une entreprise de Lannion qui travaille sur un sujet de pointe. Il vivrait seul. C’est à peu près tout ce que nous savons.
Quand le médecin fut parti, Phil et François discutèrent de l’enquête avec les gendarmes. François leur proposa :
— Phil et moi, nous allons nous rendre chez lui et prendre les clefs de son domicile chez sa voisine. Nous viendrons les remettre aux techniciens de sorte que lorsqu’ils en auront terminé ici, ils pourront se rendre chez lui, à la recherche d’indices, et aussi pour récupérer son ordinateur et son téléphone portable, car il n’a rien sur lui en dehors d’un sachet de mouchoirs jetables et il va falloir fouiller, à moins que son agresseur l’ait délesté de ce qui l’intéressait…
— D’accord, je demande que le corps soit enlevé dès que nos collègues techniciens en auront fini… C’est étonnant qu’il ne porte pas de clefs de son logement sur lui.
— Oui, c’est ce que je me suis dit immédiatement, répondit Phil : soit son agresseur s’en est emparé avec l’intention de pénétrer dans son domicile durant la nuit, soit il avait une cachette chez lui pour ne pas avoir à les emporter lorsqu’il courait, vous savez, la vieille combine du pot de fleurs ou d’un objet quelconque pour les dissimuler…
Lorsqu’ils quittèrent la scène du crime, ils croisèrent de nombreux curieux allant et venant à proximité, car une portion du sentier restait momentanément fermée, ce qui ne les empêchait pas de contourner l’endroit condamné s’ils le souhaitaient. Le temps, clair jusque-là, s’était progressivement couvert de nuages venus de la mer.
Phil et François s’extasiaient devant cet admirable paysage changeant. L’eau bleue venait de passer au vert. Elle bouillonnait sur les rochers en contrebas, parfois des vagues plus hautes s’élevaient et quelques gouttes d’écume audacieuses parvenaient à les atteindre. La multitude de rochers roses comme une armée de témoins figés subissait son assaut et en se retirant, l’eau fuyait par les milliers de diaclases, offrant un spectacle exceptionnel…
François souffla :
