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- Avez-vous toujours conservé le fameux rubis que l'émir remit pour dot à une de vos parentes ? - Oui, répond Aimery de la Roche Lausac au père de Meryem; il est toujours resté dans la famille. - On dit que ce bijou est un gage de bonheur pour celle qui le porte. - Cela dépend de ce que l'on entend par bonheur ! réplique Aimery d'un ton ironique. Marié à Flora, Aimery n'est pas heureux. Il l'avoue à sa jeune cousine Meryem de Grelley, il lui confie son espoir qu'un jour peut-être il sera libre ... Leur conversation, surprise par une oreille indiscrète, se retournera contre lui quand on découvrira sa femme Flora assassinée. Aimery est arrêté. Est-ce lui le coupable ? Qui a volé sur la morte le «rubis de l'émir»? Françoise Gibault, filleule recueillie par le père de Meryem ? Elvira de Gomaès, soeur de Flora, ambitieuse et amoureuse de son beau-frère, capable de commettre même un crime ? Meryem conservera-t-elle sa foi à celui que tout accuse et qu'elle aime en secret ?
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Seitenzahl: 147
Veröffentlichungsjahr: 2019
Delly est le nom de plume conjoint d’un frère et d’une sœur, Jeanne-Marie Petitjean de La Rosière, née à Avignon en 1875, et Frédéric Petitjean de La Rosière, né à Vannes en 1876, auteurs de romans d’amour populaires.
Les romans de Delly, peu connus des lecteurs actuels et ignorés par le monde universitaire, furent extrêmement populaires entre 1910 et 1950, et comptèrent parmi les plus grands succès de l’édition mondiale à cette époque.
La vieille maison était fermée depuis cinquante ans. À cette époque le propriétaire, Albéric Vaudal de Fougerolles, était parti pour le Mexique où il s’était fort enrichi. De retour en France, il avait marié sa fille unique au duc de la Roche-Lausac et la demeure périgourdine des ancêtres, dédaignée, ne l’avait plus revu.
Elle datait de 1715, ainsi qu’en témoignait le millésime inscrit au-dessus de la porte cochère. Construite en solide pierre de taille, elle dressait sa belle façade un peu noircie par les siècles dans l’étroite rue de la Pierre-Percée, qui avait été la rue aristocratique de cette petite ville de Montaulieu, autrefois centre assez important de la région. Les Vaudal de Fougerolles, bonne famille de robe, y occupaient une situation prépondérante. Aujourd’hui encore, un de leurs descendants, Rémy de Grelles, y habitait, dans un logis situé en face de celui qu’on appelait toujours l’hôtel de Fougerolles.
Il était d’apparence plus modeste et moins ancienne que son vis-à-vis. Une cour sablée, fermée par une grille, le séparait de la rue. À droite se trouvait un garage où M. de Grelles remisait sa petite voiture, à gauche un bâtiment dont Laurent, son fils, avait fait son atelier.
Le commandant de Grelles, officier d’artillerie, blessé en 1917 et devenu veuf peu après, s’était retiré dans cette demeure où il vivait en une relative aisance. Laurent avait établi aux environs une fabrique de poteries artistiques dont il composait les modèles. Cette famille, de vie très digne, continuait d’exercer une certaine influence dans le pays.
Or, un matin de mars, Louisette, la jeune servante, entra tout agitée dans la cuisine où Meryem, la fille du commandant, confectionnait un plat pour le déjeuner.
– Mademoiselle, il y a une belle voiture arrêtée devant la maison d’en face ! Elle prend presque toute la rue. Et la porte est ouverte... Peut-être qu’on va venir l’habiter ?
– C’est possible, dit tranquillement Meryem en continuant de tourner une sauce brune à souhait.
Elle penchait vers le fourneau sa taille souple, bien prise dans une blouse de toile bleu pâle. De beaux cheveux bruns soyeux, formaient un rouleau satiné sur sa nuque. Par une porte vitrée ouverte sur le jardin entrait un rayon de soleil qui éclairait son fin profil arabe, sa carnation mate, légèrement dorée.
Un Fougerolles, autrefois – une cinquantaine d’années avant la conquête de l’Algérie – avait rendu un important service à un grand chef de ce pays qui, en retour, lui donna comme épouse une de ses filles, Meryem, et lui fit don d’un magnifique rubis. Celui-ci, par voie d’héritage dans la branche aînée, devait être aujourd’hui la propriété du duc de la Roche-Lausac. Quant à la fille de l’émir, ramenée en France, baptisée, elle était devenue une dame de Fougerolles comme les autres. Cette ascendance expliquait le type arabe qui se retrouvait chez certains membres de la famille, et le nom de Meryem parfois donné à l’une des filles.
Non découragée par l’indifférence de sa maîtresse, Louisette reprit, tout en déposant sur une table les provisions qu’elle rapportait :
– On va peut-être la louer ?... ou bien c’est le propriétaire qui vient pour l’habiter ?
– Habiter quoi ?
Une grande jeune fille blonde entrait dans la cuisine.
– De quel propriétaire parlez-vous, Louisette ?
– Celui de l’hôtel Fougerolles, mademoiselle. Il y a une auto magnifique arrêtée devant...
Ouvrant une porte, la jeune fille traversa un petit office et entra dans la salle à manger, dont les fenêtres donnaient sur la cour. Soulevant un rideau, elle considéra la longue voiture foncée, qui, ainsi que l’avait dit Louisette, tenait presque toute la largeur de la rue. Le front contre la vitre, elle resta là jusqu’au moment où, par la porte cochère restée ouverte, sortirent deux hommes. L’un, gros et court, était Me Berger, l’un des notaires de Montaulieu ; l’autre, un homme jeune, grand, svelte, qui prit aussitôt place au volant, tandis que le notaire s’asseyait près de lui. La voiture, alors, démarra sans bruit et s’éloigna.
– Eh bien, votre curiosité est-elle satisfaite, Françoise ?
Meryem, entrée à son tour dans la salle à manger, interpellait en riant la jeune personne.
– Oh ! c’est une bien petite curiosité, ma chère amie ! Il n’y a guère de distractions, dans votre ville, et la moindre des choses prend une certaine importance.
Françoise riait aussi, d’un rire presque silencieux qui contrastait avec celui de Meryem, clair et léger.
– J’ai reconnu votre notaire qui accompagnait le propriétaire de cette voiture, un homme jeune, d’allure très distinguée, autant que j’aie pu voir si rapidement.
– Peut-être M. de la Roche-Lausac. Il est possible qu’il cherche à louer cette maison. Car je ne suppose pas qu’il songe à l’habiter. Le nom de la duchesse est l’un des plus fréquemment cités dans le carnet mondain du « Figaro » et je ne la vois pas dans ce vieil hôtel dépourvu de confort, dans notre ville où, comme vous le dites, les distractions sont plutôt réduites.
– En effet, c’est assez invraisemblable. Espérons que ces hypothétiques voisins seront gens agréables, avec lesquels nous pourrons nouer des relations.
– Oh ! nous avons nos amis ! Cela nous suffit, dit Meryem.
Un sourire, nuancé de dédain, détendit les lèvres un peu épaisses de Françoise.
– Vos amis sont charmants, ma petite Meryem, mais... légèrement province. Quelque variété ne ferait pas mal dans le paysage.
Une ombre de contrariété passa dans les yeux de Meryem, si beaux, d’un brun chaud et velouté.
– Je regrette que nos amis ne vous plaisent pas...
Il y avait une note de sécheresse dans sa voix.
– Certains sont évidemment un peu vieux jeu ; mais nous les aimons ainsi, car ce sont d’excellentes gens. Colette, par contre, est gaie, agréable, et met de l’entrain partout où elle passe.
– Certes, certes, dit mollement Françoise.
Elle se détourna, pour jeter un regard vers la rue maintenant déserte.
– N’avez-vous jamais visité cette maison, Meryem ?
– Jamais. Les clefs en ont été confiées au père de Me Berger, alors titulaire de l’étude, et celui-ci, puis après lui son fils, la faisait aérer, nettoyer de temps à autre. Il paraît qu’il y a là de beaux meubles, des tapisseries de valeur. Comme vous le savez, nous n’avons plus eu de relations avec cette branche de la famille depuis que le grand-père de M. de la Roche-Lausac a quitté définitivement Montaulieu.
– C’est dommage.
– Dommage pourquoi ?
– Eh bien, mais... il est toujours utile d’avoir des relations influentes.
– Et à quoi nous serviraient-elles, je vous le demande ? Laurent a sa situation faite, qui lui suffit. Quant à moi, je n’ai nullement le désir de trouver un mari dans le cercle mondain où doivent évoluer les la Roche-Lausac ! Non, ce n’est pas cela que je souhaite !
Françoise ne répliqua rien. Ses paupières, aux cils blonds très longs, s’abaissaient sur les yeux d’un gris pâle. Meryem regardait pensivement ce visage aux traits réguliers, un peu épais, ce teint clair, cette bouche trop lourde. Et ces yeux, doux, si doux, indéchiffrables comme la nature même de Françoise. Une fois de plus, elle sentit sourdement en son âme une obscure hostilité contre cette filleule de son père.
Dès le lendemain, la nouvelle courut dans Montaulieu : le duc de la Roche-Lausac allait venir habiter l’hôtel de Fougerolles.
Laurent l’annonça chez lui en rentrant à l’heure du déjeuner. Le commandant faillit lâcher la fourchette avec laquelle il piquait une galette au fromage déposée sur son assiette.
– Non ? C’est vrai ? Qui te l’a dit ?
– Colette, que je viens de rencontrer. Elle le tient de Jacqueline Berger. On va faire dare-dare les réparations nécessaires, y mettre tout le confort. Et M. le duc veut que ce soit prêt pour le premier mai ! Un homme de tête, d’après Me Berger.
– Ah bien ! par exemple ! qu’est-ce qu’il peut bien venir faire par ici ?
– Peut-être a-t-il des difficultés d’argent et veut-il faire des économies en venant vivre quelque temps à Montaulieu, suggéra Françoise.
– Hum !... oui, après tout, si belle que soit une fortune, certaines existences mondaines peuvent en venir à bout. Alors, il faut bien freiner si on ne veut faire la culbute.
Meryem dit, avec son joli sourire :
– Eh bien ! Mme de la Roche-Lausac trouvera quelque différence ici avec ses villégiatures de Deauville ou de Biarritz ! Je pense qu’elle ne tardera pas à mourir d’ennui.
– Cela va faire du mouvement dans notre vieille rue, ajouta Laurent.
C’était un garçon robuste, pas très grand, bien planté. Un front haut, sous les cheveux bruns qui frisaient légèrement, accentuait l’expression d’intelligence de cette physionomie, des yeux châtains où se discernaient la réflexion lucide, la finesse d’observation qui étaient remarquables chez lui.
Meryem dit pensivement :
– Je serais curieuse de savoir s’ils ont conservé le rubis de l’émir.
– C’est fort probable. D’autant plus qu’il s’y attache une certaine croyance superstitieuse, n’est-ce pas, mon père ?
Le commandant inclina affirmativement la tête.
– En effet, on prétend que la femme qui porte ce joyau est assurée du bonheur. J’ignore si l’expérience a confirmé ladite croyance. Mais comme tu le dis, Laurent, il est à supposer que les la Roche-Lausac l’ont conservé, puisque jusqu’ici ils paraissent avoir mené une existence qui suppose une très grosse fortune.
Des ouvriers apparurent dès le surlendemain, et ce fut le début d’un travail incessant dans le vieux logis. On dut faire des prodiges de célérité pour que tout fût prêt au jour dit. Il y eut seulement quarante-huit heures de retard. Et on vit apparaître ensuite des domestiques précédant des camions pleins de bagages. Des chevaux de selle furent amenés dans les écuries, deux automobiles furent garées dans les remises, qui donnaient sur une rue transversale. Enfin, un après-midi, la longue voiture déjà aperçue auparavant amena les maîtres du logis.
Meryem rentrait précisément de chez son amie Colette Langey. Elle distingua au passage le visage ferme, un peu dur de celui qui devait être M. de la Roche-Lausac, puis trois femmes, l’une d’un certain âge, les deux autres jeunes, ainsi qu’une petite fille. Et elle passa en détournant discrètement la tête.
Un domestique, sorti de la maison, aidait les trois dames à descendre. L’une d’elles, une brune fort jolie, jeta sur la sombre façade un long regard. Ses lèvres trop rouges se serrèrent, une lueur de haine jaillit de ses beaux yeux noirs.
– Je vois que vous avez bien choisi ma prison, Aimery, dit-elle à mi-voix.
Elle s’adressait à M. de la Roche-Lausac en ce moment debout près d’elle.
– C’est une prison que beaucoup envieraient, riposta-t-il froidement.
Et se tournant vers la dame plus âgée, qui semblait marcher péniblement :
– Venez vite vous reposer, ma mère... Antoine, appelez Gerbier pour qu’il rentre la voiture, puis conduisez madame et dona Elvira à leur appartement... Viens, Gisèle.
Ceci s’adressait à la petite fille de cinq à six ans qui, elle aussi, levait sur la noble et sévère façade des yeux curieux, un peu hostiles.
Elle obéit et suivit le duc sous la voûte. Mais, tout à coup, elle se détourna et, appuyant ses doigts sur sa bouche, elle envoya un baiser à la jolie femme brune. Celle-ci lui répondit en agitant la main. Puis elle se dirigea vers la droite où s’élevait un imposant escalier à rampe de fer forgé, mal éclairé par une fenêtre garnie de fort beaux vitraux.
– Elvira, c’est mortel !
La voix sortait assourdie, un peu rauque, des lèvres serrées de la jeune femme.
Sa compagne, debout au pied des marches de pierre recouvertes d’une épaisse moquette veloutée, resta d’abord silencieuse. Elle regardait autour d’elle, avec intérêt. Et elle dit enfin :
– Cette maison a beaucoup de caractère. Elle convient au genre de ton mari, Flora.
Une poussée de colère convulsa le charmant visage de la jeune duchesse.
– Le genre de mon mari ! Tu es idiote ! C’est tout ce que tu trouves à me dire quand tu sais quel effroyable supplice il m’inflige ?
– Si tu avais suivi mes conseils, tu n’en serais pas là. Il y a certains hommes qu’il ne faut pas braver. Aimery est de ce nombre. Tu n’as pas voulu le comprendre, Flora.
Une lueur de dédain passait dans les yeux sombres d’Elvira, la seule beauté de ce visage brun, anguleux, où cependant on retrouvait une ressemblance avec celui de sa sœur Flora.
Mme de la Roche-Lausac leva les épaules, avec un léger ricanement.
– Accepter bénévolement cet esclavage ? Non, non, ma chère amie. Pour le moment, il est le plus fort, mais je n’ai pas dit mon dernier mot.
– Chut, voici Antoine, murmura Elvira.
Le domestique s’avançait en demandant :
– Madame la duchesse veut-elle que je la conduise à son appartement ?
Flora acquiesça du geste et commença de gravir les degrés. Au premier étage, sur un large palier, ouvraient plusieurs portes. L’appartement désigné pour Mme de la Roche-Lausac et sa sœur donnait sur le jardin. Les pièces étaient vastes, hautes de plafond, en partie lambrissées de bois peint en gris. On les avait tendues de toiles de Jouy, et les beaux meubles anciens des Fougerolles les décoraient. L’une d’elles avait été aménagée en salle de bains. Le tout était confortable, mais sans rien de ce luxe délicat qui existait dans l’hôtel parisien de la Roche-Lausac, et dans leurs villas de Cannes et de Deauville.
Quand Flora eut fait le tour de l’appartement, elle revint à la pièce aménagée en salon. D’un ton plein de rage elle murmura :
– Et voilà donc où je dois vivre !
Elvira avait ouvert une des deux hautes fenêtres cintrées. Penchée sur le balcon, elle regardait le vieux jardin à la française aux allées ratissées, aux buis et aux ifs bien taillés. Des fleurs printanières l’égayaient, et un jardinier s’occupait de refaire les mosaïques des parterres.
– Ce n’est pas mal, Flora, pour une maison de province.
– Je te souhaite d’y rester toute la vie ! dit violemment Mme de la Roche-Lausac.
Les longues lèvres d’Elvira s’entrouvrirent en un léger sourire.
Ce séjour du descendant des Fougerolles à Montaulieu était tout un événement pour la petite ville. Dans les jours qui suivirent, on guetta le passage des nouveaux arrivés. Mais, en dehors des domestiques allant aux provisions, on ne vit que M. de la Roche-Lausac faisant chaque matin sa promenade, et sa fille, la petite Gisèle, sortant avec sa gouvernante anglaise.
– Une jolie enfant, dit Meryem, qui l’avait croisée dans la rue de la Pierre-percée. Elle m’a souri au passage, comme si elle devinait qu’un même sang coule dans nos veines.
– Eh bien, il paraît que son père s’en souvient...
Le commandant, qui rentrait, avait entendu la réflexion de sa fille.
– Me Berger vient de me dire qu’il souhaitait me rendre visite.
Françoise, assise à sa droite, leva vers lui un regard plein d’intérêt, tandis qu’il continuait :
– Je lui ai naturellement fait répondre que ce serait un plaisir pour moi.
– Allons, nous verrons quelle sorte d’homme il est, ce noble cousin ! dit gaiement Laurent. À cheval, il a grand air. Je l’ai aperçu ce matin. Et sa monture est une bien belle bête !
Le commandant poursuivit :
– Me Berger m’a dit aussi qu’il venait d’acheter le domaine de la Guibière et qu’il avait l’intention de s’en occuper avec l’aide d’un régisseur.
– La Guibière ? Cette belle propriété qui est tout près d’ici ? demanda Françoise.
– Oui, à trois kilomètres. La plus belle propriété du pays. Elle a autrefois appartenu aux Fougerolles.
– Le mondain veut donc se remuer en gentilhomme fermier ? dit en riant Meryem. Eh bien, je trouve que c’est tout à fait à son honneur. À cause de cela, il m’est sympathique à l’avance, notre cousin.
– L’élégante duchesse n’est peut-être pas de cet avis, répliqua Laurent. Les plaisirs de la campagne ne remplaceront pas les palpitantes séances chez le couturier, les soirées, les thés-bridges, et autres distractions de cet acabit.
– À moins qu’elle accepte de sacrifier tout cela par amour pour son mari, dit Meryem.
Laurent regarda sa sœur avec une affectueuse ironie.
– Chère petite sentimentale ! Je suppose que ces belles dames du monde ne s’embarrassent pas de ces considérations-là et qu’elles chérissent avant tout leur personne, leurs plaisirs, leurs vanités. Mais, après tout, peut-être Mme de la Roche-Lausac est-elle une exception à la règle. Nous en jugerons bientôt.
Aimery de la Roche-Lausac se présenta le surlendemain chez son cousin et parent. Louisette, fort intimidée, l’introduisit dans le salon, grande pièce ouvrant sur le jardin et qui était le centre de rassemblement de la famille, à certaines heures du jour. Meryem y avait sa corbeille à ouvrage et son bureau, Laurent, son violoncelle, le commandant une petite table où il posait, près de son service de fumeur, les revues dont il lisait des pages à haute voix, après les repas.
Meryem s’y trouvait seule quand fut introduit M. de la Roche-Lausac. Elle l’accueillit avec la simplicité qui était un de ses charmes. Il n’y avait en elle nulle complication, aucune de ces petites coquetteries trop fréquentes chez les femmes. Elle était gracieuse naturellement, sans détours, comme elle respirait. Gracieuse et loyale. Peut-être le visiteur en eut-il l’intuition soudaine, car sa physionomie fermée, un peu altière, s’adoucit dès les premiers mots échangés avec elle.
– Je me présente moi-même, dit-elle, Meryem de Grelles, la fille du commandant.
– Me Berger m’a parlé de vous, ma cousine. Vous êtes, m’a-t-il dit, une amie de sa fille.
Aimery s’asseyait sur le siège que lui désignait Meryem. Comme l’avait dit Laurent, il avait grande mine. Rien d’apprêté, un air aisé, sans morgue, une distinction parfaite dans la simplicité. En sa tenue, une élégance discrète qui ajoutait encore à cette distinction. Mais, surtout, Meryem fut frappée de l’énergie qui se dégageait de cette physionomie, de la bouche ferme, presque dure, des traits nettement sculptés, des yeux d’un bleu profond qui regardaient en face, lucidement, froidement.
