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Un suspense et un humour très félins.
Dans cette nouvelle collection, qui s’écarte totalement de son style habituel, Gérard Chevalier propose une belle originalité : son héroïne et narratrice !
Catia, minette quimpéroise « surdouée », mène l’enquête en assistant son maître, journaliste d’investigation, dans ses recherches. Elle maîtrise le langage humain et emploie parfois des termes fleuris pour juger les comportements des « bipèdes ».
Je suis sur une grande poubelle dans la petite rue de la Providence. J’attends Gérard Chevalier... Ah, le voilà, avec sa dégaine de John Wayne anémié.
— Bonsoir Catia. Alors, pourquoi vouliez-vous me voir ? dit-il en posant sa tablette à côté de moi.
Je tape à une vitesse stupéfiante le plan phénoménal que j’ai imaginé pour me rendre plus célèbre encore. Enfin... NOUS, hélas... À la fin de sa lecture il reste figé.
— Mais... C’est insensé! bredouille-t-il. Pourquoi voulez-vous disparaître aussi ? Vous n’êtes que l’héroïne de mes romans ! Il n’y a que moi qui dois disparaître, si j’accepte votre combine fumeuse…
S'ensuivront des investigations et une pagaille médiatique hallucinante, de quoi atteindre une notoriété quasi-mondiale !
EXTRAIT
COMMENT ÊTRE ENLEVÉE ET LE FAIRE SAVOIR AUX MÉDIAS ? D’abord, les questions de logistique. Où vais-je me planquer ? Combien de temps ? Qui va garder Rose pendant mon absence ? Comment présenter ma disparition supposée ? Sous quel nom ?
Vouais, pas si simple… Procédons par ordre. Il n’y a pas tellement de gens qui peuvent m’accueillir. Soit mon vieil intellectuel chercheur, Jean-Marie Andrieux, soit Juliette, mon amie écrivaine. J’ai une confiance totale en eux et je serai choyée comme je le mérite. Bon, je choisis Jean-Marie car, auprès de lui, il y a aussi mon ami chat « Troicat ». Son admiration à mon égard me réconforte à l’avance. Un point de réglé. Pendant combien de temps dois-je rester “disparue” ? M’en fous ! Le temps que tout le monde en parle ! Le temps qu’un drame se produise et fasse oublier mon mystérieux enlèvement, ou supposé tel… Vient ensuite la garde de Rose… Ça, c’est un véritable problème ! On ne joue pas avec la vie d’un petit, humain ou animal.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Un roman bourré d'humour, des réflexions félines qui nous font sourire, de la tendresse et vraiment un super moment de détente. Alors, amoureux des chats, de la Bretagne et des traits d'esprit, ne passez pas votre chemin. Ce roman est un véritable élixir de bonne humeur. - Danielle, Babelio
À PROPOS DE L’AUTEUR
Après avoir tenu à la télévision des rôles populaires dans des séries comme Arsène Lupin et dans des téléfilms, Gérard Chevalier écrit et monte ses spectacles au café-théâtre puis de vraies pièces, comme Coup de pompe, dont il partage la distribution avec Annie Savarin et Bernard Carat.
Aujourd'hui, auteur de romans policiers et de thrillers, il s'est installé en Bretagne, sa terre d'inspiration inépuisable, terre qu'il affectionne tout particulièrement et à laquelle il rend un vibrant hommage à travers ses écrits. Son premier ouvrage, Ici finit la terre paru en 2009, a été largement salué par la critique et a remporté de nombreux prix. L'ombre de la brume, paru en 2010, La magie des nuages en 2011, Vague scélérate en 2013, Miaou, bordel! et Ron-ron, ça tourne! rencontrent également un véritable succès mettant une nouvelle fois la Bretagne à l'honneur.
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Seitenzahl: 182
Veröffentlichungsjahr: 2017
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GÉRARD CHEVALIER
Plumes…
et emplumés !
DU MÊME AUTEUR
Aux éditions du Palémon
La magie des nuages
Vague scélérate
Dans la collection Le chat Catia mène l’enquête
n°1 - Miaou, bordel !
n°2 - Ron-ron, ça tourne !
CE LIVRE EST UN ROMAN.
Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres,
des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant
ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.
À la mémoire de Remo Forlani,
J’ai ainsi eu, au cours de ma vie, des tas de contacts avec des tas de gens sérieux.
J’ai beaucoup vécu chez les grandes personnes.
Je les ai vues de très près.
Ça n’a pas trop amélioré mon opinion.
Antoine de Saint-Exupéry
Le Petit Prince
I - Ah, la vache !
Je suis consternée, anéantie, déglinguée, atteinte au plus profond de mon intestin grêle : les vaches pètent ! Et, ce faisant, sont responsables du réchauffement climatique ! Les salopes !!! Il y a un site sur Internet où l’on vous explique très bien la chose. Bercée dans mon cocon familial, entre mon homme Erwan, le grand journaliste d’investigation, sa femelle Catherine, biologiste de renom, ma petite Rose chérie, leur progéniture d’exception, et Yvon, mon commissaire de police celte, je ne me suis rendu compte de rien ! Comment est-ce possible ! La fragilité de notre existence est terrible : en une fraction de… ce que vous appelez le temps, vous les bipèdes, tout bascule ! On passe de la félicité béate au cauchemar le plus épouvantable… Mon raisonnement infaillible me suggère immédiatement que les ovins, les porcins, les lapins, les canidés en font autant ! Et que dire des humains ! Tout le monde pète ! Ahhhhhh… Les félins !!! Dont je suis une brillante représentation… Moi aussi ! C’est horrible… Je contribue à la destruction de mon environnement… Pourtant, je suis très attentive à ne me nourrir que de produits bio, afin de réduire au maximum ma fabrication personnelle de gaz. Car c’est du méthane qui, expulsé dans l’atmosphère, renforce l’effet de serre, phénomène bien connu aujourd’hui, sauf au fin fond de l’Auvergne. Mais là, être confrontée brutalement à ce cataclysme me déstabilise. La vie est cruelle. Il faut que je réagisse positivement. D’abord, étudier le problème dans son ensemble, méthodiquement. Si ! Il est important de bien parler au sujet des menaces qui pèsent sur notre devenir. La meilleure approche est scientifique. Alors, d’abord, combien y a-t-il de vaches sur terre ? Je me précipite sur l’ordinateur d’Erwan – il est sorti pour son travail – et, après quelques clics, je trouve : un milliard 700 millions de bovins, un milliard 900 millions de moutons, 980 millions de porcs et 19 milliards et demi de gallinacés. Rien ne vaut la rigueur des mathématiques pour apprécier les choses… Quand une vache pète quel volume de gaz expulse-t-elle ? Combien de fois par jour cela se produit-il ? D’après ce que je découvre, cette brave bête qui nourrit et habille l’homme depuis son apparition sur terre rejette 800 à 1000 litres de gaz par jour, soit 180 kilos à peu près. Donc, multiplié par 1 milliard 700 millions, ça fait… voilà la calculette…, na, na, na… 50 milliards de tonnes ! Par an ! Et uniquement pour les bovins !
L’idée folle me vient de comparer la pétomanie de ces irresponsables au rejet de CO2 du transport aérien… clic, clic, clic… en 2000, 664 millions de tonnes. Comme le trafic aérien a bien augmenté de 20 % depuis cette année-là, j’estime à un milliard de tonnes cette pollution. Le trafic aérien représente 11 % du transport terrestre, tous véhicules confondus. Donc… re-calculette… na, na, na… 454 milliards 545 millions de tonnes de CO2 ! Bon, je n’ai pas fini… Les humains… 7 milliards qui pètent partout, du métro Porte de Vincennes au cœur de la Papouasie… Un humain pèse en moyenne 60 kilos, compte tenu de certaines femelles qui font régime et des enfants qui boivent du Coca-Cola. Soit dix fois moins qu’une vache ! Si une vache pète 80 kilos de méthane par jour, un humain doit en relâcher 8 kilos environ. Non ? Moi, je pense que si. Comment ? C’est beaucoup trop ? OK. Alors ? Je vous écoute… Oh là là ! Que de dissensions dans vos suggestions ! Allez ! Je tranche : 2 kilos ! Ça vous va comme ça ? Bon. Ce qui fait quand même 5 milliards de tonnes de méthane humain à l’année. Je ne compte pas ces misérables insectes que j’exècre, ni ces abrutis d’oiseaux. Si j’additionne et compare les chiffres, nous en avons, d’un côté, 50 milliards pour les bovins et, de l’autre, à peu près 500 milliards pour l’activité des bipèdes… Je suis d’accord : les vaches pètent beaucoup trop ! Que faire ? Devenir tous végétariens, ou anthropophages comme au bon vieux temps ? On pourrait commencer par manger les paysans puisqu’on fait déjà tout pour les éliminer. Mais, comme d’habitude, je m’égare…
Qu’en ai-je à faire de votre folie destructrice, moi, la sublime Catia, l’unique chatte écrivaine de la planète, alors que je suis comblée familialement, que ma délicieuse pâtée tombe tous les jours dans ma gamelle, griffée Guy Degrenne. J’essaie d’évacuer de ma prestigieuse cervelle ces gaz nauséabonds de la gent “bêtes à cornes”. Que voulez-vous, je suis faite ainsi. Vos problèmes ont fini par empiéter sur ma zénitude. Mais si, je suis zen ! Je ne vous permets pas d’en douter, ni de ricaner bêtement. Votre statut de lecteur ne vous donne pas tous les droits ! Non, mais…
D’ailleurs, depuis quelque temps, il se passe un phénomène surprenant. Le nombre de mes centaines de milliers de lecteurs non seulement diminue (les chiffres communiqués par mon éditeur ne sauraient être contestés, pas comme pour certains !), mais encore je reçois – enfin, mon prête-nom reçoit – des réflexions manuscrites du style : « Mais pour qui elle se prend votre Catia ? » ou bien : « On ne va pas avaler tout ce qu’elle raconte, la bestiole ! » Bestiole ! Bestiole ! Est-ce que j’ai… zut, je l’ai déjà écrite celle-là !1 Quel culot ! Devant une telle situation, il est impératif de réagir… Oui, mais comment ? Cela fait un moment que la chose tourne en boucle dans ma tête, déjà si bien remplie…
— Ahhhhhhh… Reuuuuuu !!!
Le cri déchirant de Rose qui se réveille me fait sursauter. Je me précipite dans son petit lit à barreaux. Je garde mon bébé tous les jours en l’absence de ses parents, lesquels ont une absolue confiance en mes capacités extraordinaires. Dès qu’elle m’aperçoit, un merveilleux sourire sans dents illumine son adorable visage. Elle me prend dans ses bras et… « Aïe ! Ne me serre pas si fort, andouille ! »
— Ga ! Vruuuuuu…
Mais oui, mais oui, je sais que tu m’aimes. Mais ça, c’est de l’amour… vache ! Ah non, ça suffit, les usines à gaz ! Je me dégage péniblement de l’étreinte étouffante et vais renifler sa couche ! Hummm… Heureusement, et pour cause, le changement de couche ne fait pas partie de mes attributions. Tandis que Rose s’énerve, je cours pour envoyer un message à Erwan sur son iPhone, à partir de l’ordinateur. Ah oui, pour ceux qui n’auraient pas lu mes précédents chefs-d’œuvre, je me dois de vous préciser ma maîtrise absolue de toute la technologie informatique et ses supports. Quoi ? Vous ne me croyez pas ? Je m’en trifouille le panache !
« Erwan chéri, ta fille est réveillée. Viens vite ! »
Je sais que la réponse ne va pas tarder. Depuis l’arrivée au monde de la petite merveille, ma notion du temps, inexistante au début, s’est un peu affinée. Alors que l’espace-temps, la théorie de la relativité d’Einstein, ne me posait aucune difficulté de compréhension, l’appréciation du temps immédiat, celui qui passe lentement pour les travailleurs et à toute vitesse pour les vieux, m’était étrangère. Il a bien fallu que je fasse un immense effort.
La réponse d’Erwan s’affiche sur l’écran de l’ordi.
« Suis en route… Arrive dans trois minutes ! »
Bon, ce n’est pas encore précis, mais je présume un temps très court. Eh oui, je me suis embringuée dans une galère dont je ne suis pas près de sortir. Fallait pas commencer !2
— Hiiiiiiiiii ! hurle la femelle miniature.
Je retourne aussitôt pour la faire patienter jusqu’à ce que le père prenne le relais… C’est ça, l’esclavage… Mais cette fois, je ne saute pas dans le lit. On joue à “Attrape-moi si tu peux !”, c’est-à-dire que je passe le nez au ras du lit et, dès qu’elle se tourne vers moi, d’un côté ou de l’autre – elle ne sait jamais lequel –, je lui envoie des coups de patte de velours sur la main. Là, je fais très attention à ce qu’elle ne me saisisse pas ! C’est arrivé une fois ! Il a fallu que je la morde pour la faire lâcher ! Mais non ! Je ne l’ai pas blessée ! Vous me prenez pour qui ? Un chat “normal” ? Pendant le jeu, elle oublie ses fesses irritées. Son rire en gazouillis, teinté d’excitation, me fait tout oublier.
Ah, que la vie est belle avec les petits enfants ! Alors que pas mal de bipèdes sont capables de les massacrer au nom de la politique, de la religion ou de l’exploitation économique. Rien à faire de l’innocence, de la pureté, de leur petite vie qui commence, pourvu qu’on gagne la guerre, quelle qu’elle soit. Je ne fais pas de compliments à l’espèce humaine…
Ah ! J’entends la serrure qui se déverrouille. Mon homme se précipite vers nous, sachant bien que je suis en faction à mon poste de nounou.
— Mes chéries ! clame-t-il, bien qu’il n’ait d’yeux que pour Rose, laquelle trépigne, hystérique, en voyant son père.
Tous les ingrédients du contrôle des femelles sur les mâles sont déjà réunis chez cette donzelle. Il la prend dans ses bras et, malgré le fumet qu’elle dégage, il la couvre de baisers. Toujours pas de regard pour moi ! Voilà comment on humilie une humble baby-sitter, même pas rétribuée…
— Ma jolie fi… ma Catia chérie, je te ferai des câlins après. Il faut réparer la caca… strophe !
Il rit de son bon mot, et je dois avouer que je me sens un peu revigorée par son intention. Oui, je sais, je suis faible… C’est ça : “bonne poire”, ne vous gênez pas… Je les quitte dignement et me dirige vers le salon où je serai plus apte à recevoir les caresses qui me sont dues. J’ai le temps car, après la couche, il y aura le biberon… Et puis, après le biberon, il faudra installer la princesse avec nous dans son berceau-panier, où elle va tout faire pour consolider sa position de centre du monde. Il est très dur d’assumer ma position inférieure… Je ne l’ai pas voulue ! On me l’a imposée ! Alors que toute l’attention et tout l’amour de mes bipèdes convergeaient vers moi… autrefois. J’oscille constamment entre enthousiasme et déception. Ah ? Vous l’avez remarqué ? Oui, ce doit être évident… Que faire ? Je n’ai aucun syndicat des chats gardiens d’enfants à contacter… La SACD3 me rirait au nez si j’arrivais à joindre ses services… Je suis malheureuse…
Alors qu’ils arrivent, qu’Erwan me prend dans ses bras et m’embrasse derrière l’oreille, une fulgurance me traverse l’esprit… Tout à coup, je m’évade dans des élucubrations jouissives… J’ai peut-être trouvé l’idée géniale qui va tout remettre en place… enfin, me remettre en place et, du même coup, donner une formidable ascension à ma notoriété.
1. Voir Miaou, bordel ! même auteur, même collection.
2. Voir Miaou, bordel ! même auteur, même collection.
3. Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.
II - Comment fabriquer une célébrité
Chutttt ! Je cogite. Me reviennent en mémoire de faux enlèvements, de faux attentats, organisés par des tordus avides de présence médiatique. Même si leurs supercheries avaient parfaitement fonctionné, la police et les journalistes ne tardaient pas à découvrir la vérité. Qu’importe ! Le but était atteint. Pas une radio, une chaîne de télévision, un journal qui ne s’en était ému ! Au début, on évoquait un fait divers, le plus tragique possible, pour bien faire mousser “la chose” et, après la révélation de leur machination, c’était à qui aurait la raillerie la plus féroce ou la plus fausse compassion, selon la couleur politique des commentateurs. Il fallait régaler le public. Oui, mais il s’agissait de gens dont le nom était déjà connu de l’audience… alors que moi… Je suis coincée ! Impossible de révéler mes dons ! D’abord, parce que le grand moustachu qui corrige, ou adapte mes textes, ne voudrait plus collaborer avec moi – personnellement, ça ne m’empêcherait pas de ronronner devant mes croquettes ! Il est obtus, ses connaissances sont limitées en regard des miennes, et il n’accepte aucune fantaisie de mon langage naturellement imagé. Penn-kalet!4 Ensuite, parce que mon éditeur, submergé par la foule qui voudrait me connaître, se ferait un plaisir de nier mon existence… Et c’est le scribouillard, signant mes romans, qui en retirerait tout le bénéfice ! Alors ça, jamais ! Mes lecteurs savent bien que j’existe, que je suis exceptionnelle, et par là même me protègent, m’adulent, me portent…
— Catia ! Tu veux bien surveiller Rose, s’il te plaît ? J’ai un papier à rédiger.
Et voilà comment on passe de la réflexion la plus intense aux tâches bassement familiales.
Pfffft… Ça me gonfle ! Je me rapproche du maxi-cosi dans lequel des yeux perçants me scrutent, supputant quelle touffe de poils on va pouvoir m’arracher. Je reste hors d’atteinte et rends coup pour coup… euh… regard pour regard. Dieu, ou Bouddha, merci, les paupières s’affaissent doucement et, après un ro-toto dénué de poésie, le bébé-femelle plonge dans les délices de la sieste.
Ouf ! Je vais en faire autant, bercée par le cliquetis discret émanant du clavier frappé par Erwan… Que c’est bon de se détendre, de laisser son esprit vagabonder ! Mon bagage intellectuel est lourd à porter…
« L’instruction est à l’homme ce que l’alpaga est aux rotules. » J’aime bien le délire de Pierre Dac, comme celui de tous nos humoristes. La dérision est l’arme la plus efficace contre la bêtise… « À vendre cause double emploi, superbe dolmen état neuf. »
— Mademoiselle Catia ! Vous n’avez pas répondu à ma question.
Hein ? Que… Oh ! François Busnel me fixe, un peu crispé, attendant que je m’exprime sur… sur quoi ? Le clavier est devant moi sur la table et les écrans géants retransmettent l’image de ma personne, admirablement brossée pour faire briller mon poil. Je suppose qu’en frappant, mon texte va s’afficher. Mais que m’a-t-il demandé ? L’assistance retient sa respiration, le plateau de La Grande Librairie est bondé, et je distingue quelques célébrités assises au premier rang des spectateurs.
— Eh bien, frappé-je, c’est assez complexe à expliquer. Pouvez-vous répéter votre question, s’il vous plaît, pour que je puisse être la plus précise possible ?
Un murmure d’admiration parcourt le public en voyant la dextérité avec laquelle je tape ma question. Cependant, je décèle un léger agacement chez Busnel lorsqu’il répète :
— Pensez-vous que votre talent est un phénomène particulier ou bien s’inscrit-il dans un processus d’évolution normal ?
« Les deux, ma poule », ai-je envie de dire, mais je marque un temps pour faire grimper le suspense que je sens bien installé dans l’auditoire.
— C’est une bonne question, dis-je – en tapant. Je vous remercie de me l’avoir posée… Le talent est tombé sur ma modeste personne, c’est évident. Mais il était inéluctable qu’au contact des plus brillants représentants de la race humaine, depuis Ramsès II jusqu’à Bernard-Henri Lévy, les félins évoluent jusqu’à devenir leurs égaux, et même davantage si je considère mon cas.
Un frémissement ambigu balaie le studio. Busnel affiche un sourire narquois.
— Voulez-vous dire que vous pensez être supérieure aux grands intellectuels d’aujourd’hui ?
« Ah, il commence à m’énerver, lui ! Je vais t’en donner, moi, de l’ironie ! »
— Tout dépend de qui vous estimez être les grands intellectuels d’aujourd’hui… Pour ma part, en dehors d’Hubert Reeves, Yves Coppens ou le professeur Montagnier, ainsi que le cercle des scientifiques qui fait avancer le monde, le reste, en dehors de moi cela va de soi, n’est qu’un…
Je laisse volontairement ma phrase en suspens et il tombe dans le piège.
— Un… quoi, par exemple ?
Et c’est parti !
— Un ramassis de plumaillons qui pètent plus haut que leur cul !
Whaoouuu ! C’est un tollé général ! Au premier rang, les célébrités trépignent. Des cris d’indignation fusent, même du public anonyme. C’est à qui se fera remarquer par les cameramen.
— Quelle mascarade !
— La chatte est un robot télécommandé par une chaîne concurrente !
— Je vais t’en coller une, moi, du plumaillon !
Tiens, une réaction appropriée. De qui ? Ah, oui, Barbara Constantine, une des rares à avoir de l’humour5. François Busnel ne paraît pas mécontent.
— Vous y allez carrément ! La modestie ne fait pas partie de votre… évolution !
— Tout comme les plumail…
— CATIA !
Je sursaute et émerge, pantelante, de mon rêve.
— Miaou ?… Euh… Quoi ?
— Je vais poster mon courrier, dit Erwan. En passant, je t’achèterai des crevettes grises. À tout à l’heure, ma chérie…
Il pose ma tablette Samsung à côté de moi et s’en va. J’ai du mal à retrouver ma lucidité naturelle. Il est tellement important que les actes effectués par la conscience n’obéissent pas à ce principe d’inconscience psychique si cher à Freud !
Je jette un coup d’œil à Rose. Elle est réveillée, elle aussi, mais ses yeux sont ouverts sur un monde fascinant d’images, sans mots pour le traduire. J’aimerais tant savoir quel est cet univers des bébés humains à l’imaginaire si particulier… Remarquez bien que celui des animaux ne doit pas en être loin… Ah oui, bien sûr : nous ne sommes que des bêtes !
« Me ne ziverran mann ebet hirie ! »6 Et pourtant, je dois élaborer ce plan génial qui s’est imposé dans ma tête…
COMMENT ÊTRE ENLEVÉE ET LE FAIRE SAVOIR AUX MÉDIAS ? D’abord, les questions de logistique. Où vais-je me planquer ? Combien de temps ? Qui va garder Rose pendant mon absence ? Comment présenter ma disparition supposée ? Sous quel nom ?
Vouais, pas si simple… Procédons par ordre. Il n’y a pas tellement de gens qui peuvent m’accueillir. Soit mon vieil intellectuel chercheur, Jean-Marie Andrieux, soit Juliette, mon amie écrivaine.7 J’ai une confiance totale en eux et je serai choyée comme je le mérite. Bon, je choisis Jean-Marie car, auprès de lui, il y a aussi mon ami chat « Troicat ». Son admiration à mon égard me réconforte à l’avance. Un point de réglé. Pendant combien de temps dois-je rester “disparue” ? M’en fous ! Le temps que tout le monde en parle ! Le temps qu’un drame se produise et fasse oublier mon mystérieux enlèvement, ou supposé tel… Vient ensuite la garde de Rose… Ça, c’est un véritable problème ! On ne joue pas avec la vie d’un petit, humain ou animal.
Il est vrai que chez vous autres, certains n’hésitent pas à le faire. Rukunus !8 Je ne peux pas m’en aller brutalement. Il faut que Catherine et Erwan puissent être avertis suffisamment à l’avance pour trouver quelqu’un. Ah, ça va être difficile… Comment vais-je m’y prendre ? À étudier minutieusement… Reste la question du nom de la célébrité dont on a perdu la trace… Si vous, l’immense foule de mes lecteurs, vous savez qui je suis, les médias ne connaissent que ce grand c… euh, ce moustachu de mes deux : Gérard Chevalier. C’est lui qui va récolter les fruits de ma machination. Encore faut-il qu’il soit d’accord ! Le bonhomme n’est pas facile, un tantinet rigide au cours de nos rapports épisodiques. Ce n’est pas l’humour qui l’étouffe… Pourtant, il est nécessaire que je le mette au courant de ma combine, sans passer par mon éditeur…
Voilà, les bases de l’équation sont posées. Au travail !
4. Textuellement : tête dure ! Borné, têtu, en breton.
5. Barbara Constantine, auteure de Et puis Paulette.
6. Je n’avance en rien aujourd’hui ! en breton.
7. Voir Miaou, bordel ! et Ron-ron, ça tourne ! même auteur, même collection.
8. Dégoûtant, dégueulasse, en breton.
III - La mise en scène
« Quimper, le 17 janvier 2016,
À Gérard Chevalier
Cher Monsieur,
