Ron-ron, ça tourne ! - Gérard Chevalier - E-Book

Ron-ron, ça tourne ! E-Book

Gérard Chevalier

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Beschreibung

La détective à quatre pattes est sur la piste d'un crime dans le monde du cinéma.

Dans cette nouvelle collection, qui s’écarte totalement de son style habituel, Gérard Chevalier propose une belle originalité : son héroïne et narratrice ! Catia, minette quimpéroise « surdouée », mène l’enquête en assistant son maître, journaliste d’investigation, dans ses recherches. Elle maîtrise le langage humain dans ses nuances les plus intimes et emploie parfois des termes fleuris pour juger les comportements des « bipèdes ».

Rose me fait tourner en bourrique, un comble pour une chatte géniale comme moi ! Rose est le bébé de mes bipèdes, Catherine et Erwan, j’assure sa garde et son éducation.
Aussi quand le commissaire Yvon, notre ami, vient me solliciter pour participer à une enquête sur le décès d’une actrice en plein tournage, c’est l’occasion pour moi de prendre des vacances.
Je découvre l’équipe du film à la sortie de sa garde à vue. Quel monde de tordus ! Enfin… pas tous. Et puis je fais la connaissance d’Hector, un chien Saint-Hubert exceptionnel. Il est le fidèle compagnon un peu décrépi du comte Guerrouane de Pennec, vivant au manoir de Kerpennadec. Un vieux noble avec de la thune ne peut pas être complètement mauvais…

L’auteur signe un ouvrage à la fois tendre et très drôle, laissant la part belle au suspense, qui ravira les amateurs de romans policiers, de Bretagne et les amoureux des chats… Un remède à « la crise », une pause entre les soucis.

EXTRAIT

— Il y a un tournage de film en ce moment au manoir de Kerpennadec. Hier matin les acteurs principaux, Soizic Le Bihan et Loïc Le Gall, jouaient une scène d’amour qui se terminait par un suicide. Soizic Le Bihan se tirait une balle dans la tête… Le problème est que la balle était réelle ! Elle s’est fait exploser le crâne !
— En pleine prise de vue ?
— Non, on l’a retrouvée au maquillage, écroulée sur la table. Elle a dû vouloir répéter son geste.
— Tu as des photos de la scène de crime ? Tapé-je.
— Bien sûr Catia, me répond Yvon directement. Tu connais ça aussi ! Bravo ! Je suis toujours bluffé par ton immense savoir, ma chère Catia.
Ah, que ça fait du bien ! Je me sens revivre soudainement. C’est un peu comme si on donnait du foie gras à un bénéficiaire du RMI.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Un très bon roman, idéal pour se détendre, mêlant policier, cinéma, félin et surtout beaucoup d'humour ! - Iris, Babelio

À PROPOS DE L'AUTEUR

À la suite d’une longue carrière au cinéma et à la télévision commencée à 30 ans Gérard Chevalier s’est lancé dans la littérature avec une affinité pour le genre policier et à suspense. Auteur de romans policiers et de thrillers, il s'est installé en Bretagne, sa terre d'inspiration inépuisable, terre qu'il affectionne tout particulièrement et à laquelle il rend un vibrant hommage à travers ses écrits.
Son premier ouvrage, Ici finit la terre paru en 2009, a été largement salué par la critique et a remporté de nombreux prix littéraires. L'ombre de la brume, paru en 2010, La magie des nuages en 2011, Vague scélérate en 2013, Miaou, bordel ! et Ron-ron, ça tourne ! rencontrent également un véritable succès mettant une nouvelle fois la Bretagne à l'honneur.

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Seitenzahl: 233

Veröffentlichungsjahr: 2015

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GÉRARD CHEVALIER

Ron-ron,

ça tourne !

DU MÊME AUTEUR

Aux éditions du Palémon

La magie des nuages

Vague scélérate

Dans la collection Le chat Catia mène l’enquête

n°1 - Miaou, bordel !

n°2 - Ron-ron, ça tourne !

CE LIVRE EST UN ROMAN.

Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres,

des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant

ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.

Pas de remerciements de la part de Catia

Dire merci quand on a été stressée, humiliée, tarabustée,

agressée, serait d’une veulerie lamentable.

Je n’ai pas trouvé d’autre éditeur car ils se soutiennent

entre eux et on m’a fabriqué une réputation d’em…

qui me condamne à continuer avec la même société.

Quant au grand type à moustache qui m’écrase de son savoir

continuellement, j’aimerais mieux manger une pâtée aux

Remerciements de Gérard Chevalier

Depuis la parution deMiaou, bordel !,

nous vivons tous un enfer avec cette Catia

qui se prend maintenant pour le commissaire Maigret.

Mes remerciements n’en sont que plus chaleureux

envers mes amis proches qui contribuent à l’élaboration

des délires en forme de roman de cette féline hallucinée.

Merci à ma fidèle Mauricette Lambert, outrée par l’attitude

de cette soi-disant auteure, et dont la patience est exemplaire

pendant toute la durée de la mise en page !

Merci à mon amie Françoise Chevais, attentive

aux aberrations perpétuelles qui se glissent dans le texte.

J’ai réussi à lui éviter tout contact direct avec Catia.

Merci aux Éditions du Palémon, à Jean Failler, Delphine,

Martine, Myriam, qui restent stoïques malgré les vexations,

les mesquineries, que nous subissons tous

jusqu’à la parution du livre, et même après.

Si nous devons continuer dans ces conditions, un médiateur

sera nécessaire pour préserver notre santé mentale.

Un chat, c’est comme le papier !

Ça se froisse très vite !

Guy de Maupassant

J’aime les chats parce que j’aime ma maison

Et qu’ils en deviennent l’âme sensible.

Jean Cocteau

Je n’en peux plus… Cela devait m’arriver. Quelle conne je suis ! Que n’ai-je tu mes dons extraordinaires afin de poursuivre une existence paisible en jouissant de mes connaissances, ô combien phénoménales ! J’avais tout pour être heureuse : un bon et bel homme, qui me choyait, une nourriture raffinée, un appartement confortable avec vue sur les toits de Quimper… qui valent bien ceux de Paris. Ah, ne commencez pas à chatouiller la bête : on peut très bien les classer aussi ! Rangez votre ostracisme de supermarché.

Je m’égare encore et toujours… Bref, ma tranquillité extatique est terminée. Je suis devenue une auxiliaire indispensable, non seulement professionnellement, mais aussi familialement. J’ai mis la patte dans l’engrenage et j’y suis passée jusqu’au bout de mon panache !… Comment ? Ah, oui, vous ne faites pas partie de ces centaines de millions de lecteurs qui adulent Catia, cette écrivaine mondialement connue, à l’immense talent… Eh bien oui, c’est comme ça. Allez jusqu’au bout du livre et vous en redemanderez… On me lit partout, même sous la coupole… entre les petites ronflettes de ces quarante travailleurs en CDI. Mais si ! Je suis une chatte unique sur cette planète et, pour ne pas pulvériser ma famille, condamnée à rester discrète intellectuellement. Écoutez, je ne vais pas me redonder1indéfiniment. Vous n’avez qu’à lire mon chef-d’œuvreMiaou, bordel !et vous aurez un petit aperçu de mes fabuleuses capacités… Où en étais-je… Je suis exténuée… Mon homme s’est marié avec une belle scientifique nommée Catherine, il l’a engrossée, elle a mis bas une petite fille, Rose, insupportable bambin dont je dois assumer la garde quotidienne. Qu’on ne vienne pas me chanter la sérénade sur la beauté et l’attrait des petits bipèdes ! Ils sont moches, si, si, ne sentent pas bon, et sont incapables de se débrouiller avant… des temps interminables.

Dans le mot interminable il y a : minable !

Mais oui, je fais attention à elle, mais oui, je m’y suis attachée, mais non, je ne lui ferai aucun mal ! Justement, si je suis au bout du rouleau c’est parce que je ne fais… QUE m’occuper d’elle ! Dès qu’elle s’éveille, c’est l’enfer. Il faut la chatouiller pour la faire rire, la calmer quand elle pleure, envoyer un mail avec mon Samsung quand je suis impuissante à intervenir : mal de ventre, mal de dent, la couche qui déborde, la liste n’est pas exhaustive. Et c’est tout juste, quand un des deux parents arrive, si on me dit merci. Ils trouvent mon comportement parfaitement normal !

(Demandez donc à votre bestiole de compagnie de placer vos économies dans les actions du CAC 40 ! Vous me direz que le résultat ne pourra pas être pis) Il n’est pas exclu d’ailleurs que je ne proteste pas un jour auprès de la C.F.T.2

Bref, il faut attendre la nuit pour que je puisse me télécharger uneBrève histoire du tempsde Stephen Hawking, ou bien pour me distraireRenéde François-René de Chateaubriand.

Ah, la, la ! C’est agaçant ! Bon, je vais me répandre en bla-bla pour éclairer vos ténèbres :

1. Je maîtrise le langage humain (mieux que beaucoup d’entre vous)

2. Je contrôle toute la technologie informatique (Erwan, mon homme, m’a offert une tablette)

3. Je tape aussi sur le clavier de l’ordinateur.

4. J’ai des connaissances bien au-dessus des vôtres.

5. Je m’en tape si vous ne me croyez pas.

Vous pouvez toujours vous renseigner auprès de mon éditeur pour savoir qui a pondu ce que vous lisez. Et pour pas cher ! Seule la gloire m’intéresse.

Ouf ! Rose vient de s’endormir. Au moins deux heures de tranquillité. Je dormirais bien moi aussi, mais je dois finir d’écrire mon livre… Tout ça est épuisant. J’ai bien mon ami Juliette qui pourrait me donner un coup de patte pour m’aider, mais il a obtenu le prix Femina et lui aussi doit travailler dur. Comment ça : Juliette est un prénom féminin… Et alors ? Même si c’est un homme, il a bien le droit de s’appeler Juliette, non ? Écoutez, je n’y comprends rien dans vos comportements sexuels. C’est mon ami, il ou elle, est magnifique et très intelligent. Donc vos réflexions vous vous les gardez. J’ai la fierté d’être la seule véritable amie de Juliette, être sensible qui aime les chats, et comprend la moindre de mes attitudes. Comme Jean-Marie, mon vieux scientifique génial à qui j’ai présenté Troicat, ce pauvre matou mal traité par son maître.3Il est tellement essentiel dans la vie d’éprouver et de recevoir de l’amitié. Comme de l’amour d’ailleurs, mais pour ça j’ai mon homme et sa taupe. Ah, bon ! Mes écarts de langage vous gênent ? Ben faudra vous y faire !

Tiens, quand on parle du loup on en voit les coucougnettes !

J’entends et je sens Erwan qui monte nerveusement l’escalier de notre petit immeuble. Nous habitons Quimper, rue du Chapeau rouge. Cette ville est une merveille en terre bretonne où la vie, ma vie, est un enchantement. Ne serait-ce que par la présence de cette boutique de fleuriste sous notre fenêtre. Les fleurs embellissent mon quotidien. Leur fragrance…

— Catia !

Le malotru ! Il a claqué la porte sans se soucier du sommeil de sa fille ! Si elle se réveille… Ça y est ! Elle braille comme un contribuable qui découvre l’augmentation de ses impôts ! M’en fous, je ne m’en occuperai pas ! Un peu de décence, je vous prie. D’ailleurs il vient de se rendre compte de sa bêtise et file directement calmer la bête.

— Oui, oui, ma titounette, Papa a oublié que tu dormais. Ma nounouche, ma petite bonne femme… Mon ti lapin rose… dodo, dodo, l’enfant do…

— Arrreuuu ! éructe la demeurée, digne émule de son père.

Oui, j’ai honte devant une telle nullité d’expression, mais c’est malgré tout de l’amour… comme lorsqu’il m’appelle « ma jolie fi-fille ». Allez, pas de quoi faire une chatte martyre.

Je n’entends plus rien… Il a réussi son numéro d’hypnose sans trucage et le voilà, en chaussettes, tout souriant, qui me rejoint.

— Ma jolie fi-fille ! Ça va ? chuchote-t-il.

Qu’est-ce que je vous disais… Je lui réponds par un miaou, au diapason de ses faibles décibels, néanmoins légèrement désapprobateur.

— J’attends la visite d’Yvon. Il veut me voir en urgence. Un fait divers incroyable vient de se produire.

Ah, Yvon ! Mon celte de choc, un autre de mes hommes que j’adule, le nouveau commissaire de police qui a remplacé l’infâme Peltier, le tortionnaire de Troicat, mon seul ami chat proche… Chat proche ? Ça ne sonne pas bien… Chat coince ! Ah, elle est bonne celle-là ! Non ? Tant pis.

Nous nous dirigeons vers nos tablettes réciproques afin de converser plus explicitement.

— Laisse la porte d’entrée légèrement ouverte, tapé-je en préambule !

— Ah, oui, à cause de la sonnette qui réveillerait Rose…

Les hommes sont incroyables, il faut tout leur dire. Ils ont des manques comportementaux surréalistes ! (Telle leur propension à chercher ce qu’ils ont sous leur nez sans le voir !)

Tandis qu’il s’exécute, je continue à écrire pour gagner… du temps.

— Quel est ce fait divers ?

Après un laps de… temps, dont je suis incapable d’estimer la durée, il revient. Pour les quelques-uns qui l’ignorent, à l’exclusion des centaines de milliers qui ont lu mon ouvrage précédent, je me répète : je n’ai pas la notion du temps ! Vous me diriez que pendant le temps nécessaire à l’entrebâillement de la porte mes croquettes sont devenues moisies, je ne mettrais pas votre parole en doute. Et alors ? vous avez vraiment cette notion, vous, les bipèdes, dont j’entends les jérémiades continuelles à propos de votre vie qui passe si vite ? Ne venez pas me donner des leçons avec des cafouillis pareils ! Au moins, moi je ne suis pas angoissée avec cette quatrième dimension de l’univers.

— J’ai cru comprendre, répond Erwan, que quelqu’un s’est suicidé d’une façon spectaculaire. Yvon était pressé et je n’en sais pas plus.

— Alors attendons. Tu ne nous préparerais pas un petit casse-croûte ?

— Avec plaisir, ma Catia chérie, me répond-il d’une voix enjouée.

Ah, quel bonheur d’entendre pareille phrase !

« Mais qui dira que d’amour sainte

Chastement au cœur suis atteinte,

Qui mon honneur onc ne foula :

Je ne sais rien mieux, que cela. »

Les vers de Pernette du Guillet correspondent à ce que je ressens. Comment ? Vous ne connaissez pas cette poétesse ? Allez donc voir chez Wikipedia si j’y suis…

Nous filons dans la cuisine avec l’enthousiasme des enfants à l’heure de la récréation. Il y a toujours dans le réfrigérateur une petite réserve de crevettes grises à mon intention. Je sais, j’ai mes petites faiblesses, moi aussi. À côté de la maison d’Einstein, en Suisse, habitait une petite fille avec sa mère. Tous les après-midi la gamine allait chez le grand homme. Un jour la mère, confuse, vint s’excuser auprès de lui, déplorant qu’il soit importuné par cette présence.

— Pas du tout, dit Einstein, je lui donne des bonbons et elle me réapprend l’arithmétique !4

À la différence que moi, en échange de mes crevettes, j’apprends à Erwan comment exploiter pleinement les fonctions de son ordinateur.

Si ! C’est comme avec votre cerveau : vous en exploitez à peine le millième des possibilités… Ce n’est pas le suivi de vos matchs de foot qui va arranger la situation !… Hein ?… M’en fous !

— Quelle gourmande tu fais, ma jolie fi-fille !

Je ne lève même pas la tête. Bien sûr, je suis trop grosse… Est-ce que je lui reproche ses « poignées d’amour » dont Catherine se sert si bien ? Est-ce que je lui tape un mail pour lui signaler un début de petit ventre rondouillard sur lequel je prends plaisir à faire un somme quand il regarde la télé ? Alors, pas d’allusions déplacées quant à mon surpoids, pauvre niais !

Je sursaute en manquant m’étrangler : la sonnette de la porte d’entrée ! Ah, le c… ! C’est inimaginable ! Que vous disais-je à propos du comportement humain ? Les hurlements du petit monstre fracassent mes tympans, tandis que Yvon claironne :

— Il y a quelqu’un ?

Pauvre taré ! Erwan étant déjà en train de tenter la maîtrise de l’éruption volcanique, je suis obligée d’aller accueillir le pachyderme.

— Ah, ma belle Catia ! J’ai cru qu’on vous avait cambriolés !

En langage psychiatrique ça s’appelle un « conditionnement obsessionnel » dû au stress de la profession.

Je me dois quand même de souhaiter la bienvenue à ce flic que j’aime, et qui m’aime, et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre… Ta gueule, Verlaine.

Il me prend dans ses bras, et nous allons dans le salon. Connaissant mes dons (ils sont cinq bipèdes à détenir ce secret) il me pose sur le bureau près du clavier de l’ordinateur afin que nous puissions converser.

— Je crois que j’ai réveillé la mignonne, dit-il.

Sans blague, ça alors !

— On avait laissé la porte entrebâillée pour que tu ne sonnes pas, tapé-je. Parle doucement, elle va peut-être se rendormir.

— Ah, c’était pour ça ! beugle-t-il.

— DOUCEMENT ! re-tapé-je.

— Oui, pardon, pardon ! dit-il dans un chuchotement qui peut être perçu quand même jusqu’au bout de la rue.

À ce moment Erwan nous rejoint avec la tornade rose.

Ah, la grande tragédienne ! Bien que deux larmichettes dégoulinent sur ses joues, elle arbore un sourire de triomphe égal à celui d’un président réélu ! Elle a gagné ! Elle est dans les bras de son papa, et bien décidée à défendre son privilège, coûte que coûte. Je suis très pessimiste quant à notre avenir.

Maintenant la séance de gâtisme intégral peut commencer.

Yvon est le parrain de la petite calamité. Oh ! Qu’elle est belle, qu’elle est gna, gna, gna, et qu’elle a l’air gna, gna, gna, et tu fais un sourire gna, gna, gna, un bisou gna, gna, gna… Et moi, alors, dans tout ça ? Hein ? Avant, ce déluge d’admiration m’était réservé ! Aujourd’hui, on me classe parmi les objets d’utilité ménagère… Je fais partie des humbles travailleurs exploités sans vergogne… reléguée au placard à balais… Quand ce n’est pas…

— Viens, on va s’asseoir au salon. Je t’offre un godet ?

Ah, non ! Pas ça ! On a un petit enfant avec nous !

— Avec plaisir.

— Whisky, porto, petit jaune… ?

Et voilà comment on donne l’exemple à la jeunesse ! Comment on bousille allègrement le début de l’éducation. Vous imaginez les dégâts ? Et qui va devoir corriger tout ça ? Hein ? Bande de nuls !

— Arrreuuu ! fait la bestiole, déjà au diapason.

— Ah ! Mademoiselle réclame son biberon ! Tu me la tiens, s’il te plaît ?

— Mais oui, viens voir parrain, ma belle petite poupée.

J’ai l’espoir pendant une seconde qu’elle se mette à hurler. Mais non, au contraire, elle fait des grands sourires à parrain.

— Oh, que tu es… gna, gna, gna.

C’est bien une bipède ! Dévergondée, va !

Erwan revient avec le biberon et le porto, donne l’un et l’autre aux récipiendaires, se sert lui-même. Pourquoi pas une goutte d’apéro pour le bébé, histoire de l’habituer tout de suite ? On gagnerait du… temps. Une petite clope pour achever le tableau ?… Je fulmine.

— Alors ? Quel est ce fait divers si étonnant ?

— Je suis stupéfait, et pourtant j’en ai déjà vu des trucs pas possibles. Toi aussi d’ailleurs… Avant de tout vous raconter, il faudrait donner sa tablette à Catia, car on va avoir besoin d’elle.

— Bien sûr. Tu gardes la petite, je vais la chercher.

Tiens, tiens, on se souvient que j’existe. On va avoir besoin de moi ! S’ils s’imaginent que je vais me laisser embarquer, ils se la mettent dans l’œil jusqu’au coude ! Ou, alors, il faudra satisfaire quelques revendications. Je n’ai pas résolu une affaire complexe5pour ne pas prétendre au respect de mon flair extraordinaire, de mon sens exceptionnel de la déduction, de ma faculté prodigieuse de synthèse…

— Il y a un tournage de film en ce moment au manoir de Kerpennadec. Hier matin les acteurs principaux, Soizic Le Bihan et Loïc Le Gall, jouaient une scène d’amour qui se terminait par un suicide. Soizic Le Bihan se tirait une balle dans la tête… Le problème est que la balle était réelle ! Elle s’est fait exploser le crâne !

— En pleine prise de vue ?

— Non, on l’a retrouvée au maquillage, écroulée sur la table. Elle a dû vouloir répéter son geste.

— Tu as des photos de la scène de crime ? Tapé-je.

— Bien sûr Catia, me répond Yvon directement. Tu connais ça aussi ! Bravo ! Je suis toujours bluffé par ton immense savoir, ma chère Catia.

Ah, que ça fait du bien ! Je me sens revivre soudainement. C’est un peu comme si on donnait du foie gras à un bénéficiaire du RMI.

— Donc je peux voir la scène autant qu’il est nécessaire, ajouté-je.

— Soizic Le Bihan est morte ! murmure Erwan, effondré.

— Tu la connaissais ?

— Oui, très bien, depuis longtemps. Je l’ai interviewée par hasard l’année dernière pour dépanner un confrère. Autrefois, je l’ai auditionnée pour une bricole au commissariat. C’était une fille bien, un peu… paumée à l’époque et qui, à force de travail, était sortie de sa condition modeste pour devenir une bonne actrice… Ça me fait de la peine… C’est vraiment un suicide ?

— Je n’en sais rien… J’ai bouclé le manoir, et j’ai placé toute l’équipe en garde à vue. Sauf les producteurs du film quicafter n’étaient pas là, ainsi que les autres comédiens prévus pour plus tard. Mes inspecteurs auditionnent tout le monde, et j’ai convoqué les producteurs pour 14 heures au commissariat.

Je suis passée en mode supersonique. Toute ma matière grise focalisée subitement sur l’énigme. Mes hommes s’en sont aperçus et me fixent comme s’ils attendaient déjà la solution. Même la biberonneuse me regarde. Tu veux ma photo, insolente ?

— As-tu fait venir la police scientifique ? tabletté-je.6

— Ils sont au travail en ce moment…

— Parfait. Et les propriétaires du manoir sont présents ?

— Oui. Je les ai laissés tranquilles. Ils ne sont pas du tout dans le coup. Je vois que tu penses à tout !

Non, pas : « je vois », je « constate » serait plus approprié, mais je ne vais pas vexer Môssieur le commissaire.

— Qu’attends-tu de… nous ? demande Erwan, redescendu de son gratte-ciel.

— Eh bien, je me demandais si votre présence sur les lieux ne serait pas souhaitable. Toi, Erwan, c’est tout de même ton métier d’enquêter, et toi Catia… tu pourrais être le chat du manoir. Personne ne soupçonnerait tes… dons fabuleux… Ce qui te permettrait de noter des détails précieux auprès de l’équipe de tournage. Je vais être obligé de les libérer au bout des quatre-vingt-seize heures de garde à vue si je n’ai rien découvert, c’est-à-dire dans deux jours. Le tournage va reprendre obligatoirement avec une autre actrice… d’autant plus facilement que c’était le début du film… Qu’en pensez-vous ?

Je note le « vous » avec une grande satisfaction. Enfin, je retrouve ma place. La, la, la, la-laire, reu !

— Arreuuu ! glisse l’insolente avec le sens du dialogue.

Toi, occupe-toi de… Nom d’un chien ! Je réalise en un seul éclair de pensée les problèmes qui vont dégringoler.

1. Il va falloir trouver une nounou pour Rose, en urgence.

2. Je vais rester seule au manoir avec des inconnus.

3. Comment me servir de ma tablette si la situation l’exige dans l’instant ?

— Je pense que c’est une bonne idée ! Je serai heureux de t’aider, s’enthousiasme mon homme avec la naïveté des mâles toujours à côté de leurs pompes.

— Et toi, Catia ?

Attention ma fille à ta réponse. Catherine n’étant pas là, je dois assumer mon rôle de femelle raisonnable.

— Je suis d’accord, réponds-je (quelle horreur phonétiquement !), mais comment fait-on pour garder Rose ?

Ah ! Ah ! La tronche des deux clampins ! On leur dirait que le Togo a écrasé le Paris Saint-Germain dix à zéro, ce ne serait pas pire !

— Catherine ne peut-elle pas prendre quelques jours de congés ? suggère Yvon.

— En ce moment, pas possible ! Elle est en mission spéciale et doit rendre un rapport dans huit jours.

— Je pourrais éventuellement demander à Annick7de fermer la boutique… Mais ça me paraît difficile.

Alors là, tout, mais pas ça ! Confier ma petite Rose à cette fêlée ! Elle serait capable de lui faire avaler une crème de beauté à la place de son pot deBlédina! Ou d’arroser sa couche pleine avec du parfum pour ne pas la changer.

— Avec toutes vos relations, vous ne pouvez pas trouver une jeune fille sérieuse et disponible ? leur envoyé-je en lettres majuscules pour que le message soit bien saisi par leurs cortex.

Ils ne répondent pas pour concentrer leurs faibles moyens sur ma question.

— Broooo ! fait la donzelle en un rot retentissant. Elle me flingue aussitôt l’attention des gugusses qui éclatent de rire.

— Oh, le beau rototo ! s’exclame le père.

— Ça fait du bien, hein ma pupuce ! ajoute le parrain. On a tout bu son lolo ! Mais qu’on est gna, gna, gna…

Et c’est reparti pour un dialogue de débiles nommé Marie comme on sait si bien le faire aujourd’hui dans tous les domaines.

— ON A UN PROBLÈME À RÉSOUDRE ! leur lancé-je en lettres surdimensionnées sur leur écran.

Ils ne regardent même pas leurs tablettes, trop occupés par l’embryon de femelle qui se sent illico le centre du monde. Maudit ADN ! Quel est ce chromosome scélérat qui détermine chez les gonzesses humaines cette façon d’attirer l’attention des mecs ? Chez nous autres, en dehors de ces volatiles détraqués de la cafetière qui font « la parade », les lois de la nature sont sans fioritures : notre odeur particulière, émise à certaines périodes, programme notre attirance envers les reproducteurs potentiels. Terminé ! Circulez, y’a rien à se mettre sous la dent… si j’ose dire. Et en ce qui me concerne8…

— Oh, pardon Catia ! Rose est si délicieuse…

— Oui, surenchérit Yvon, elle me fait craquer !

Mais bien sûr. Allons-y pour une nouvelle séance de « gna, gna, gna » Non ?… Si ?…

— J’y pense… Attendez, attendez… enchaîne super-flic, il y a quelques semaines une étudiante est venue au commissariat pour témoigner… bon, ça ne vous regarde pas, mais on a sympathisé et elle cherchait du boulot. Voilà, c’est elle qu’il nous faut… J’appelle Sébastien tout de suite, il a ses coordonnées.

Les miracles se produisent toujours en série. Tandis qu’il se lève pour téléphoner, la star du rototo s’est endormie !

Je dois reconnaître que son visage, débarrassé de sa malice séductrice, est angélique… Allons, allons, pas de laisser-aller, je vous prie.

— Je vais la remettre dans son berceau. Catia, dis à Yvon de parler moins fort.

C’est ça, avec mon mégaphone peut-être ?

Je dois toujours inventer des subterfuges époustouflants pour capter l’attention de ces êtres sous-doués.

Je me précipite sur le bas du pantalon d’Yvon, me lève sur mes postérieurs, et lui plante légèrement mes griffes dans la peau.

— Aïe ! Mais qu’est-ce que… Non, excuse-moi Sébastien. Oui, envoie-moi le numéro par SMS. C’est ça… Merci.

Il éteint son engin, et je cours vers ma tablette. Il a compris car il me suit et déchiffre mon message.

— Parle tout doucement, s’il te plaît. Rose dort !!!

— Ah, oui, c’est vrai ! Tu sais Catia, je n’ai pas l’habitude.

Oh ! Quelle surprise !

— Peut-être que bientôt je serai obligé, moi aussi, de faire attention ! Tu devines ce que je veux dire ?

Enfer et déviation !9Que le tigre me bouffe toute crue ! Il a couvert Pot-de-tartouille10pour la faire vêler !!! Les chutes du Zambèze sont un petit crachin en regard du tsunami qui balaye mon cerveau. Avec l’arrivée de ce nouveau gnard, je serai obligée de demander l’asile politique au Vatican. Je me refuse à cautionner et à élever la descendance de cette demeurée, ce résidu de…

— Alors ? murmure Erwan dans mon dos.

— Dès que Sébastien m’envoie le numéro de l’étudiante, on l’appelle, lui répond Yvon.

— Parfait…

C’en est trop. Je vais me réfugier sur le bord de la fenêtre pour évacuer ma surtension provoquée par la mauvaise nouvelle. La contemplation des toits de Quimper me fait tellement de bien.

« Je vis, je meurs : je me brûle et me noie ;

J’ai chaud extrême en endurant froidure :

La vie m’est et trop molle et trop dure.

J’ai grands ennuis entremêlés de joie. »

Merci Louise Labé d’exprimer pour moi mon état d’âme. Vous dites ? Vous ne la connaissez pas ?… Ouais, finalement ça ne m’étonne pas… Oh, allez, ça va, hein…

Je ferme les yeux, une douce langueur m’envahit, je largue les amarres pour une petite sieste qui va me calmer. Salut… Ronron…

Tiens… ce visage m’est familier… Ce sourire… Ces beaux yeux malicieux…

— Nous sommes honorés de vous accueillir, merveilleuse Catia.

Non !… Jean d’Ormesson !… Et derrière lui… pas possible… Hélène Carrère d’Encausse, Simone Veil, Alain Decaux (mon conteur préféré), Michel Serres, Max Gallo, ils sont tous là mes quarante immortels, mes défenseurs les plus nobles de notre bien si précieux : le beau langage, celui qui permet de comprendre clairement, de définir exactement le miracle de la pensée… Je rentre sous la Coupole… Ils sont là pour m’accueillir, m’introniser ! Sur quel fauteuil vais-je me vautrer ? Erick Orsenna me tend une gamelle en argent.

— Voulez-vous vous en jeter un avant la cérémonie ?

Pour lui faire plaisir je lape quelques gorgées tandis que, derrière moi, les compliments fusent.

— Quelle belle fourrure, lance Xavier Darcos !

— Une élégance rare ! proclame Alain Finkielkraut.

Oh, je l’aime, lui ! Je me retourne pour le saluer, à ma manière évidemment. Mon miaou dégouline de miellosité…

— Par ici, Catia, je vous prie, m’invite l’élégant Jean-Loup Dabadie.

Quel homme charmant, et quelle belle imagination aussi. Nous lui devons tant de films aux scénarios délicieux.

Ils forment maintenant une haie d’honneur en brandissant leurs épées. Comment vont-ils faire pour mon costume chamarré ? Je n’ai rien essayé ! Si je nage dedans je vais être ridicule… Et l’épée ? Nom de Dieu, ce n’est pas possible !

— Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer, me murmure François Cheng, cet écrivain si cher à mon cœur.

Ça va bien se passer… Il en a de bonnes, lui ! Je vais être obligée de faire mon discours sur une tablette, et s’ils n’ont pas prévu la connexion avec un grand écran, hein ? J’aurais l’air d’une quiche. Une quiche minuscule de surcroît.

Mon rythme cardiaque s’apparente aux « Tambours du Bronx » tandis que nous arrivons dans la grande salle. Quelle émotion d’entrer en ces lieux illustres qui, au fond, me conviennent très bien. Le cardinal de Richelieu, mon pote qui aimait les chats, a dû fonder cette belle institution sur une prémonition : mon arrivée quatre siècles plus tard.

Mais… tout le monde s’écarte… et… quoi ! Là-bas… Hein ! C’est un canular ! Une cuvette de toilette, là, sur une estrade ! Avec, en lettres dorées sur la faïence : C.A.T.I.A. !!! Un petit coussin brodé de feuilles de chênes est disposé dessus.

— Votre fauteuil, Majesté ! rigole François Weyergans.

Le quarante et unième siège inventé par Arsène Houssaye pour tous les auteurs qu’il aurait voulu voir élus académiciens !!! Ils m’ont fait venir pour se payer ma gueule ! Eh bien ils ne vont pas être déçus ! Je saute sur le coussin, je fais mes griffes dans la broderie et, en les fixant dans les yeux, je pisse dessus !

Un tollé éclate, les insultes remplacent les compliments ! Tous tirent de leur habit de lumière une sarbacane et ils me bombardent de boulettes maculées de peinture ! En quelques secondes, mon poil devient gluant et d’une couleur infecte. Je leur crache dessus de toute ma rage, ce qui fait qu’une boulette me rentre dans les dents et se coince. Au secours, j’étouffe…

Les hurlements redoublent :

— Impostrice ! crie quelqu’un (pour un académicien, bravo !) Usurpatrice, escroque (re-bravo !), chatte de plouc !

Quoi ! Qui a osé dire ça ? Je vais me le faire celui-là, style Rodin mais abstrait !

On m’empoigne par la queue, on me secoue, on me couine dans les oreilles…

— Catia !… Catia… CATIAAAA !

Hébétée, je vois Erwan à dix centimètres de mon nez.

— Catia ça va ?

Non, .…si, … je ne sais pas…

— Tu te débattais en dormant, tu nous as fait peur !